Quand la mécanique prime sur le contenu…

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Date: 3 juin 2015
Auteur: Daniel Nadeau

J’écrivais hier dans mon billet sur l’envers du décor de l’affaire Bugingo que les médias avaient des intérêts commerciaux et que parfois ces intérêts pouvaient venir en contradiction avec la mission première des journalistes qui consiste à bien informer le public. Il m’apparaît utile de vous donner quelques pistes pour comprendre le monde des médias en regardant ensemble son organisation.media popularite

Il faut rappeler ici que l’industrie mondiale des médias a connu « une transformation fondamentale et irréversible qui a rendu le “modèle réseau” traditionnel désuet. Ce modèle, nous disent les auteurs, Lise Boily et Marcel A. Chartrand du livre Conjuguer avec les médias. Les défis inédits du relationniste paru aux Presses de l’Université Laval en 2012, était fondé sur un petit nombre d’empires financés surtout par la publicité et fonctionnant en général en un seul secteur médiatique, par exemple celui de la presse. » (p. 37-38)

Tout a changé. Aujourd’hui, consommateurs d’information que nous sommes, pouvons trouver des contenus sur une pléiade de plateformes interactives, de canaux et d’appareils. Les médias sont face à la fragmentation de leur auditoire, ce qui n’est pas sans conséquence sur leurs revenus publicitaires et ce qui vient donc affecter le modèle d’affaires qui avait fait leur succès jusqu’à maintenant. Un bel exemple de cette transformation nous est donné par la Société Radio-Canada qui a compris que : « le traitement de l’information devait passer par une intégration d’affectation et d’expertise. Ciblant à la fois la radio, la télévision et le Web. En réunissant ses effectifs des trois plateformes. Pour y arriver, elle a créé un centre intégré d’affectation. » (p. 38) Le but avoué de l’opération aux dires du directeur général de l’information de la SRC n’est pas d’uniformiser les contenus, mais plutôt d’accroître l’efficacité de l’expertise au bénéfice de l’impact des reportages (loc. cit.).

Cette intégration a des conséquences sur ce que nous lisons, regardons ou écoutons en tant que citoyens et consommateurs d’information. Cela a aussi des répercussions sur le métier des professionnels des relations publiques. Parmi les plus grandes conséquences de ces transformations, il y a bien sûr le phénomène de la fragmentation des auditoires et du déclin des revenus publicitaires des médias, la multiplication des canaux et des formats médiatiques et « l’augmentation de la durée de vie du contenu par l’offre d’un plus grand volume de contenus numériques qui peuvent être présentés rapidement, facilement et uniformément. » (p. 38)

C’est ici que la mécanique vient influer sur les contenus. Retenez les adverbes utilisés : rapidement, facilement et uniformément. Des ressources réduites, une cadence accélérée, une compétition féroce. Voilà les éléments fondamentaux à la constitution d’un vortex de l’information comme le dit Michel Lemay dans le livre que j’évoquais hier et qui créé les conditions gagnantes pour une information de moins bonne qualité et souvent fausse.

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