Les citoyens-journalistes ou «citoyenournalistes»

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Date: 30 décembre 2015
Auteur: Daniel Nadeau

Quand on s’y arrête quelques instants, on mesure l’ampleur des changements qu’a engendrés la naissance du Web et d’outils tels les téléphones intelligents et les tablettes électroniques.

Prenons l’exemple du journalisme et de la politique. À une époque pas si lointaine, les femmes et les hommes politiques se préparaient à rencontrer un groupe dans une région donnée. Avant d’être mis en présence des membres de ce groupe, « la cour » du politicien, citoyens-journalistesc.-à-d. ses adjoints politiques, lui faisait état du dossier, portait à son attention les principales critiques formulées à son égard ou à l’endroit d’une politique qu’il défend et lui préparait des éléments de réponse afin de bien paraître devant le groupe en question.

Aujourd’hui, la situation est quasi la même, mais à la différence importante que la femme ou l’homme politique pourrait voir les propos qu’il a tenus auprès de ce groupe de façon quasi simultanée et voir même apparaître de nouveaux arguments qui sont en réaction avec la rhétorique employée pour chercher à défendre son point de vue. Dans le pire des cas, un excès de langage ou un geste d’impatience pourra être mis en ligne sur les différents médias sociaux par l’un ou l’autre des membres du groupe rencontré.

Même chose avec les manifestations que nous connaissons depuis quelques années, des images des actions des policiers envers des manifestants se retrouvent en peu de temps sur les réseaux sociaux et sur le Web sans aucun effet de recul, ni de mise en contexte.

Nous sommes à l’ère des citoyens-journalistes que j’ai baptisée aux fins de ce billet de « citoyenournalistes ». Cette ère des citoyens-journalistes qui se portent à la défense de la veuve de l’orphelin rend très difficile l’exercice de toute autorité dans notre société. Elle privilégie l’anecdotique et le spectaculaire. On privilégie ainsi les opinions des tout puissants citoyens à l’encontre des experts et on n’a plus besoin du filtre des médias pour choisir le bon grain de l’ivraie avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur la santé démocratique de notre société.

Si l’on y pense sérieusement, cela n’aura jamais été possible sans la révolution Apple qui a fourni aux citoyennes et aux citoyens que nous sommes des outils puissants pour venir embêter les puissants qui nous gouvernent. Certains diront que c’est beaucoup mieux ainsi alors que d’autres regretteront l’époque où nous avions du respect pour nos femmes et nos hommes politiques. Que l’on pense l’une ou l’autre de ces idées, il n’en demeure pas moins que le monde d’aujourd’hui est ainsi fait. Il faut donc maîtriser le monde des médias sociaux et du Web pour pouvoir tirer son épingle du jeu. En êtes-vous capables?

Une réponse à Les citoyens-journalistes ou «citoyenournalistes»

  1. Richard Leblanc dit :

    L’ère du citoyen-journaliste va bien au-delà de la défiance des méthodes de communication traditionnelle ; elle remet en cause les bases sur lesquelles reposent la démocratie dans nos sociétés. En devenant une autre expression de la domination de la société de consommation (tout devient monnayable – y compris les non-nouvelles relayées par les médias de masse à la recherche de cotes d’écoute et de part de marché), l’explosion du recours aux médias sociaux embrouille les enjeux de société (les commentaires sur l’arrivée des réfugiés syriens occulte le mandat humanitaire et la solidarité des pays réunis dans une confrérie internationale) au profit de l’anecdotique.

    On les a traqués comme des bêtes de cirque parce que ca remplissait facilement les bulletins de nouvelle et ca flattait notre égo de petite société qui aime bien se donner bonne conscience.

    Il serait donc faux de voir dans cette abondance d’information une soi-disant démocratisation des moyens de communication.

    «Elle apprend dans la presse à scandale la vie des autres qui s’étale. Mais finalement de moins pire en banal, elle finira par trouver ça normal» chantait Jean-Jacques Goldman dans «La vie par procuration». Tout cela procède de la même démarche : une infantilisation des masses.

    Ce qui, par extension, nous amène à la difficulté pour la moyenne des gens de comprendre les gestes de nos politiques (plus facile de critiquer que de comprendre) et le cynisme ambiant.

    Donald Trump, vous connaissez ?

    Il est là le danger.

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