La police politique

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Date: 7 avril 2016
Auteur: Daniel Nadeau

Depuis quand la police se permet-elle de devenir un acteur-clé de l’opinion publique dans une démocratie libérale? Je suis un peu outré de voir l’UPAC tenir un colloque sur les activités de corruption au Québec et de faire le bilan de ses activités en tenant ce colloque.UPAC-police

L’UPAC est là, et je suis d’accord, pour traquer les gens qui usent des biens publics à mauvais escient, pas pour tenir des activités de relations publiques. C’est ce que l’UPAC a fait le 17 mars dernier en organisant un colloque-bilan à La Prairie sur la Rive-Sud de Montréal pour marquer ses cinq ans d’existence. Payons-nous à prix fort cette police spéciale pour faire des relations publiques? De quel droit la police s’ingère-t-elle dans nos débats publics pour créer des mouvements dans l’opinion publique? Combien a coûté l’organisation de cet événement? L’UPAC a-t-elle fait appel à des ressources extérieures pour organiser cet événement? Si oui, le contrat a-t-il été accordé après un appel d’offres?

Les questions posées ne se veulent pas intrusives. Au fond, je ne m’intéresse pas aux réponses. Ce que je veux mettre en lumière c’est qu’un organisme public qui prend la parole dans l’espace public est sujet à des questions de cette nature parce que c’est avec des fonds publics.

Plus grave encore, la position éditoriale de cet événement est la responsabilité de l’UPAC. Bien sûr, les organisateurs de l’événement ne disent pas eux-mêmes les choses, mais ils font appel à des experts indépendants. Lesquels experts indépendants ont l’entière liberté de leur propos. Néanmoins, lorsque nous choisissons des experts indépendants, nous connaissons généralement les idées de cet expert. Nous savons donc quel propos sera tenu et si les organisateurs sont bien conseillés, ils seront même capables de prédire les manchettes des médias qui couvriront l’événement.

Or, voici que le professeur Denis Saint-Martin relie la présence de la corruption au Québec à la question nationale. Hypothèse déjà évoquée publiquement par cet expert sur d’autres tribunes et idée reprise de l’article de 2010 du magazine Maclean’s qui avait fait une première page du Bonhomme Carnaval avec comme titre « Quebec the most corrupted province ». Une idée déjà énoncée dans Cité Libre où Pierre-Elliott Trudeau remettait en cause les capacités des Canadiens français à vivre une réelle démocratie à cause de leur nationalisme et de l’influence de Maurice Duplessis.

Sans minimiser le bien-fondé de cette hypothèse qui mérite d’être débattue, je trouve indécent le fait que ce soit la police qui mène le débat et qui introduit cette idée dans la sphère publique en faisant une opération de relations publiques. Ce n’est pas le travail de la police, fût-elle l’UPAC, de faire des relations publiques. Son travail c’est de mettre les bandits en prison pas de passer à la télévision.

Il faut dire que monsieur Robert Lafrenière a le sens des relations publiques. Trop à mon avis. À mon sens, il est possible de croire que les arrestations de madame Normandeau et de monsieur Côté, il y a quelques semaines, fassent partie de son opération pour se faire renommer à la tête de l’UPAC pour un autre cinq ans. Moi, en ce qui me concerne, je souhaite que le prochain dirigeant de l’UPAC soit nommé par l’Assemblée nationale et que parmi les qualités recherchées, la capacité de faire des relations publiques ne soit pas l’une d’elles.

Monsieur Lafrenière a gagné son pari. Hier, il a été nommé pour un autre mandat de cinq ans par le gouvernement Couillard.

Souhaitons qu’il comprenne maintenant qu’il est nommé que ce n’est pas le travail de la police de faire des relations publiques.

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