Le pipeline de la zizanie

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Date: 29 avril 2016
Auteur: Daniel Nadeau

Vous vous souvenez de l’album d’Astérix publié en 1970, le 15e de la série, publié par Goscinny et Uderzo intitulé : La zizanie?La zizanie

L’histoire prend appui sur la volonté de Jules César de prendre le contrôle du village gaulois dissident, le dernier village à prendre et pour arriver à ses fins. Il délègue Tullius Détritus, un Romain peu recommandable qui sème partout où il passe la zizanie. Détritus sèmera la zizanie au sein du village gaulois d’Astérix et fera croire que ce dernier a vendu le secret de la potion magique aux Romains contre un vase remplie de pierres précieuses. L’histoire tournera mal pour Tullius Détritus, car comme toutes les histoires d’Uderzo et Goscinny, le héros triomphera à la fin et les Gaulois feront un banquet pour célébrer leur aventure.

Je vous écris cela ce matin, car les derniers événements concernant le pipeline Énergie Est de TransCanada s’apparentent de plus en plus au personnage de Tullius Détritus de l’histoire d’Uderzo et Goscinny. De plus en plus, l’étau se resserre autour de Justin Trudeau et du gouvernement libéral de Philippe Couillard. Les pressions s’intensifient d’ouest en est et les groupes de la société civile se mobilisent. Les uns pour faire advenir le projet, les autres pour l’enterrer avant qu’il ne soit construit.

Il y a d’abord Rachel Notley, la première ministre néo-démocrate de l’Alberta qui a fait un appel du pied au gouvernement Trudeau et à ses collègues premiers ministres des autres provinces pour la réalisation de ce pipeline. Puis, l’ex-premier ministre du Canada, Brian Mulroney a enjoint le premier ministre Trudeau de prendre ses responsabilités de leader dans ce dossier en l’invitant à ne pas se contenter du rôle d’arbitrage dans lequel il se campe jusqu’à maintenant.

TransCanada a fini par reconnaître la légitimité des institutions québécoises et a accepté de soumettre ce projet au BAPE après avoir obtenu les assurances du gouvernement concernant l’échéancier qui sera compatible avec celui de l’Office national de l’énergie qui doit juger du projet. Les groupes environnementaux se sont élevés contre le calendrier jugé trop serré pour procéder à l’évaluation environnementale de ce projet en accusant le gouvernement du Québec de s’être fait imposer les conditions par le promoteur.

Sans compter le brûlot que vient de lancer Éric Pineault, professeur de sociologie à l’UQAM et chercheur associé à l’organisme de recherche de gauche, l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) sur le piège Énergie Est. L’auteur invite la population à se mobiliser et à dire non à ce projet sans avoir besoin de l’étudier au nom des principes environnementaux.

Toutes les conditions sont réunies pour qu’il n’y ait pas de dialogue public sur cette question. Les positions sont bien campées et il n’y a aucune place à un dialogue rationnel dans l’espace public sur cette question. Des questions aussi élémentaires de penser dire oui à ce projet, si les conditions de sécurité pour la population et pour l’eau potable, au nom de la solidarité du Québec avec l’Alberta ne sont pas envisageables. Cette fois, toutes les habiletés sociales et relationnelles de Justin Trudeau ne suffiront pas à éteindre ce feu qui attisera la zizanie au Canada et permettra l’expression d’un virulent « Québec bashing ». Il n’y a pas de doute possible, le pipeline Énergie Est est bel et bien le Tullius Détritus du Canada aujourd’hui…

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