Le burkini, quel non-événement!

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Date: 30 août 2016
Auteur: Daniel Nadeau

Au Québec, on a largement commenté les événements se déroulant en France entourant l’interdiction du burkini puis sa réhabilitation dans l’espace public français par la Cour supérieure.Burkini Cet événement a été largement suivi par les médias québécois et beaucoup de nos chroniqueurs ou d’émissions d’affaires publiques en ont fait état. Pourtant, nous n’avons pas vu une trace de ces burkinis chez nous.

Ce non-événement est devenu un sujet d’actualité au Québec. On peut s’interroger sur les raisons qui expliquent cela, mais pas trop longtemps puisque nous connaissons la réponse. Il y a un inconfort, pour ne pas employer de termes plus fort, d’une certaine mouvance intellectuelle nationaliste québécoise et d’une partie de la population québécoise avec les manifestations trop visibles de la culture d’autrui et surtout de la culture arabe.

Plusieurs commentateurs n’hésitent pas à franchir la ligne de l’amalgame des vêtements typiques à la culture musulmane et le terrorisme ou encore le maintien des femmes dans un état d’infériorité et de discrimination. Pour ma part, je suis toujours étonné de constater la ferveur militante au Québec pour le droit et la défense des femmes et la condition réelle de leur sort que les statistiques placent toujours dans un état de discrimination systémique chez nous comme ailleurs en Occident.

Mais là n’est pas la question. La vraie question est : comment peut-on accepter de faire des débats ici qui ne sont que l’importation de débats d’ailleurs sans prendre la mesure de notre propre culture? Ce serait beaucoup mieux pour la qualité de nos débats, mais aussi pour les relations que nous souhaitons entretenir avec celles et ceux que nous avons accueillis comme immigrants ou réfugiés.

L’idée de débattre de ce type de problème, si problème il y a, par le prisme de notre propre culture enrichirait notre contribution à la conversation publique. Si le Québec est comme nous le croyons une société distincte, il faudrait en faire la preuve dans ce genre de débats si nous ne voulons pas ressembler à de vulgaires abrutis.

Dans sa chronique de dimanche dernier dans La Presse+, l’éminent sociologue Gérard Bouchard le rappelait et je crois qu’une partie de ce texte mérite d’être porté à l’attention de tous : « Or, l’histoire de la France n’est pas la nôtre. C’est un parcours marqué de collisions brutales entre des options peu conciliables, qui a conduit à de nombreux affrontements, certains particulièrement sanglants, à l’intérieur comme à l’extérieur. L’histoire de notre société est bien différente. C’est celle d’une petite nation minoritaire malmenée, convaincue très tôt de sa fragilité, colonisée par deux empires, dominée de l’intérieur par des élites souvent complices et peu soucieuses de démocratie. »

L’éminent intellectuel québécois poursuit en écrivant sur la culture québécoise : « C’est une culture qui incite à se concerter, à s’entendre (à “s’asseoir ensemble” selon un autre de nos clichés). Elle nous a rendus très sensibles à la démocratie, à l’égalité, à l’équité, ce qui se reflète dans nos manières d’agir et d’interagir. Elle a engendré un art de vivre réfractaire au radicalisme, une façon de se gouverner qui fait partie de notre héritage. A-t-elle cautionné parfois la mollesse, la tricherie, la démission? Assurément. Mais elle a tout de même façonné une sorte de sagesse qui nous a aidés à survivre et à nous développer. » (loc. cit.)

Finalement, Gérard Bouchard ramène la question du burkini à une simple question de tolérance aux autres : « Qu’est-ce que tout cela nous enseigne sur la question du burkini? C’est d’abord le souci de l’aborder avec une grande circonspection. Rien ne sert ici de mobiliser l’arsenal des grands principes de la laïcité. Ce qui est en cause, ce n’est pas le rapport entre le citoyen et l’État, entre le politique et le religieux. C’est un simple rapport quotidien entre des personnes qui ont à convenir d’un mode de coexistence ou de voisinage, et qui doivent établir le degré de différence qu’elles sont disposées à admettre entre elles. Au fond, l’affaire est un test de tolérance élémentaire : de quel droit contraindre les choix d’une personne alors qu’ils ne portent aucunement atteinte aux droits d’autrui? La querelle du burkini, comme d’autres auparavant, nous apprend qu’il vaut mieux s’en remettre à notre culture pour trancher ces questions d’une manière qui nous ressemble : une manière pacifique, généreuse, respectueuse de chacun. À tout prendre, cette recette ne nous a pas si mal servis. Elle en vaut bien d’autres. »

À méditer…

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