Le silence et l’opinion publique

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Date: 8 septembre 2016
Auteur: Daniel Nadeau

Il est rare que l’on associe les termes silence et opinion publique ensemble. Cela est facile à imaginer puisque l’on a plutôt l’habitude d’associer les mots et les bruits à la manifestation de l’opinion publique. Pourtant, les silences sont aussi de puissants signes de l’expression de l’opinion publique.elisabeth-noella-neumann

Qui ne dit mot consent est une expression qui signifie que le silence des gens à l’endroit d’une idée, d’un événement est réputé traduire le consentement et l’approbation. Depuis les travaux d’Elisabeth Noelle-Neumann sur le silence et le rôle des médias dans la formation de l’opinion publique, nous savons que le silence n’est pas synonyme d’approbation.

La spirale du silence est une théorie sociologique et de science politique formulée par la sociologue allemande Elisabeth Noelle-Neumann en 1974.spirale-du-silence Elle s’intéresse à l’influence de l’opinion publique et des médias sur les choix des individus.

La thèse d’Elisabeth Noelle-Neumann, publiée en 1974, se base sur le constat que l’individu est sensible à son environnement social. Si ses opinions se retrouvent à contre-courant de l’opinion publique véhiculée par les médias de masse, l’individu, devant la crainte de se retrouver isolé dans son environnement social, aura tendance à taire son avis.

Voilà ce qu’en dit Elisabeth Noelle-Neumann : « L’individu peut se trouver d’accord avec le point de vue dominant. Cela renforce sa confiance en soi, et lui permet de s’exprimer sans réticence et sans risquer d’être isolé face à ceux qui soutiennent des points de vue différents. Il peut, au contraire, s’apercevoir que ses convictions perdent du terrain; plus il en sera ainsi, moins il sera sûr de lui, moins il sera enclin à exprimer ses opinions. »

histoire-du-silenceCe que cela signifie concrètement c’est qu’il ne faut pas interpréter les silences des gens comme une approbation à une politique ou à une cause. Mieux encore, souvent le silence est équivalent à leur désapprobation, mais aussi il veut signifier leur crainte de vivre de la réprobation de leur milieu. C’est à partir de ce constat et de travaux comme celui de madame Noelle-Neumann que l’on parle à l’occasion de la majorité silencieuse comme force politique.

Accessoirement, ceux qui aimeraient lire sur le sujet du silence et voir l’évolution de ce concept dans l’histoire, je leur recommande l’excellent livre de l’historien Alain Corbin intitulé : Histoire du silence, de la Renaissance à nos jours publié en 2016 chez Albin Michel.

Un ouvrage passionnant qui vous fera percevoir les bruits d’une tout autre façon et qui vous permettra de mieux apprécier les rares silences dans nos vies.

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