Victoire de l’opinion publique, recul de Bombardier

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Date: 4 avril 2017
Auteur: Daniel Nadeau

La saga des primes versées aux dirigeants de Bombardier s’est conclue par le recul de Bombardier sur cette question. Les généreuses primes à ses dirigeants sont en partie reportées à 2020 et elles ne seront versées que si les ambitieux objectifs de cette entreprise sont atteints. Le dossier semble clos et l’opinion publique montée contre ces hausses semble avoir triomphé. Faire un tel constat c’est cependant avoir une courte vue de ce dossier. Quatre phénomènes méritent notre réflexion.

Le premier, c’est l’opportunité ou non pour les gouvernements de soutenir des entreprises privées à même les fonds publics pour réaliser leurs objectifs d’affaires. L’idée de soutenir financièrement des « fleurons » de notre économie pour aider à la création d’emploi de qualité et assurer la présence du Québec dans des marchés de produits hautement compétitifs n’est peut-être plus l’idée de ce siècle. Un de mes bons amis qui se dit plutôt de droite me répète depuis plusieurs années que l’État devrait se retirer de cette « mauvaise business » qui consiste à appuyer financièrement des entreprises privées. Une idée qui mérite d’être débattue…

Le second phénomène qui pointe dans ce dossier des primes aux dirigeants de Bombardier c’est l’utilisation des fonds qui sont attribués par l’aide financière de l’État par l’entreprise qui reçoit une telle somme. Ne devrait-on pas prévoir dans le contrat la façon dont l’aide financière sera utilisée? C’est pourtant pratique courante pour nous tous lorsque nous contractons un prêt auprès d’une institution financière. Nous devons montrer patte blanche à notre prêteur et lui dire l’utilisation que nous désirons faire de l’argent obtenu. Parfois, des conditions sont même ajoutées par l’institution financière quant à l’utilisation des fonds obtenus.

En troisième lieu, il est peut-être ringard d’entourer les négociations et les conditions octroyées à une entreprise d’un voile opaque. Lorsqu’il est question de fonds publics, la transparence est obligatoire. Les lignes de relations publiques quant à la nécessaire opacité des ententes en vertu de la concurrence et de la compétitivité apparaissent sans objet en regard du caractère public des fonds utilisés.

Enfin, la force de l’opinion publique et l’efficacité de l’indignation populaire par médias interposés peuvent nous rassurer quant à notre vie en commun, mais cela met à la fois en évidence le manque de jugement des dirigeants de Bombardier et la complicité de nos gouvernants avec ces gens qui « pompent » notre argent à leur profit. De toute manière, cette victoire de l’opinion publique sur le manque de jugement ne sera pas sans effet sur la réputation de la marque Bombardier. Sans l’avoir cherché, on vient de donner un dur coup à la réputation des produits de la CSeries et ce n’est pas à celles et à ceux qui ont dénoncé une situation inacceptable qu’il faut attribuer la responsabilité, mais plutôt à la cupidité des dirigeants de Bombardier.

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