La course de chevaux

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Date: 5 mai 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Mercredi soir dernier, celles ceux qui sont mordus de politique comme moi ont pu regarder le débat des débats entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen dans le cadre de l’élection présidentielle française. Nous connaîtrons l’issue prévisible dimanche prochain.

Un débat d’une rare violence où les accusations, les procès d’intention et les propos malveillants se sont multipliés pendant l’exercice. Marine Le Pen n’avait de cesse de rappeler que son adversaire était le représentant de la soumission à l’Europe et à l’Allemagne de Merkel et qu’il était responsable de la désindustrialisation de la France et de sa désarticulation sociale. Quant à lui, Emmanuel Macron a présenté Marine Le Pen comme le parasite des trente dernières années de la scène politique française qui se nourrissait de l’incompétence des divers gouvernements qui se sont succédé pour se faire une place au soleil.

Macron où Le Pen a très peu dit sur ce qu’il entendait faire pour relancer la France. Encore que cela n’est pas exact, Macron a beaucoup dit ce qu’il entendait faire que ce soit avec les lois du travail, l’école, la politique étrangère ou encore en matière de sécurité intérieure. Le Pen aussi nous a donné sa recette, mais nous étions loin d’un débat où des idées étaient échangées et où l’auditeur pouvait en juger les mérites. De tous les débats politiques que j’ai vus ou entendus dans ma vie, c’est de loin celui qui fut le moins instructif. Il faut admettre que je ne suis pas français. Ce débat a peut-être une résonnance particulière pour les nationaux qu’il n’a pas pour l’observateur étranger.

Mais si l’on s’interroge, pouvait-on s’attendre à autre chose d’une course présidentielle atypique où l’extrême-droite réussi à s’imposer en s’appuyant sur le malheur des gens et leur misère et du candidat le moins mal aimé de tous les candidats? C’est ce qui arrive lorsque la démocratie perd son sens et que les médias à la recherche de spectaculaire décrive une course électorale comme une course de chevaux.

La déliquescence de la démocratie française à l’image de nombreuses autres démocraties avancées souffre d’un déséquilibre entre la démocratie de représentation et la démocratie de participation. Le capitalisme néo-libéral plus financiarisé que jamais déploie son triomphe dans une insensibilité totale aux conséquences économiques, sociales et culturelles de ses avancées partout dans le monde. L’enrichissement effréné du 1 % par rapport au 99 % des autres ne fait que s’amplifier selon une logique inexorable comme l’a si bien établi Thomas Piketty dans son livre Le Capital au XXIe siècle.

La planète souffre, la jeunesse de bien des pays ne sait où trouver une place dans un monde aussi inégal. Pourtant, il y a toujours place à l’espoir, à une autre politique plus humaine et plus respectueuse des différences. C’est de cet horizon que se réclame Emmanuel Macron. Le moins que l’on puisse constater c’est que son discours n’a pas réussi à nous en convaincre. Certes, il a gagné le débat contre Marine Le Pen, mais le peuple français lui a perdu. Cette élection à la présidence de la France est une autre occasion manquée pour la France de redevenir pour l’humanité un phare pour la guider dans l’invention d’une autre politique. Nous sommes loin de l’Europe des lumières…

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