Feu les discours politiques

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Date: 18 mai 2017
Auteur: Daniel Nadeau

L’époque des grands discours politiques est révolue. L’idée qu’une femme ou qu’un homme ayant beaucoup de charisme puisse prendre la parole publiquement et marquer la conscience d’une époque nous est parfaitement étrangère. Est-ce parce que les femmes et les hommes qui s’investissent aujourd’hui en politique ont moins de talents que celles et ceux des générations qui nous ont précédés? Est-ce que notre époque est plus critique que celles qui l’ont devancée et que c’est ce qui explique qu’il y a aujourd’hui moins de discours politiques mémorables qu’auparavant?

Il n’y a pas de réponse nette à ces questions. Il faut cependant comprendre que le contexte de notre époque se distingue par la fluidité des paroles dans un monde en constant mouvement. Les auditoires sont plus difficiles à réunir et à capter. La montée de l’individualisme et le déclin du sentiment d’appartenance et l’évanescence de la figure de l’autorité sont au premier rang des facteurs qui expliquent l’absence de grands discours politiques dans notre vie démocratique.

C’est pourquoi il faut saluer le dernier livre du sénateur André Pratte, Biographie d’un discours. Wilfrid Laurier à Québec, le 26 juin 1877. L’ancien rédacteur en chef de La Presse brosse un portrait édifiant du contexte et du discours épique de Sir Wilfrid Laurier le 26 juin 1877 alors qu’il était invité par le Club canadien de Québec à discourir sur le libéralisme politique. Cela peut sembler banal aujourd’hui de vanter les mérites du libéralisme au Québec alors que la marque libérale est plus que jamais entachée et que pour de trop nombreuses gens, libéral rime avec corruption et financement illégal des partis politiques.

Pourtant, le 19e siècle était l’époque où les représentants de la puissante Église catholique ultramontaine décriaient les libéraux en chaire en clamant que le « ciel est bleu et l’enfer est rouge ». Dans son livre, le sénateur Pratte nous brosse un portrait instructif de ce discours de Laurier qui a réussi à marquer à ce point les consciences et qu’il a réussi à rétablir le libéralisme dans la société de l’époque. Libéralisme vu par l’Église comme une dérive et qui était dénoncé par le pape Pie IX lui-même.

La quatrième de couverture du livre nous dit ceci : « André Pratte nous propose ici une “biographie” d’un discours, c’est-à-dire qu’il retrace tout le parcours, depuis l’invitation lancée par le Club canadien jusqu’aux échos qui retentiront encore quand Laurier sera devenu premier ministre. Les thèmes que celui-ci aborde — liberté de conscience, indépendance du processus démocratique, éducation politique — trouvent toutefois une résonnance inattendue dans les débats qui secouent aujourd’hui nos démocraties occidentales, où l’on croyait, à tort peut-être, les valeurs du libéralisme fermement installées. » (Pratte André. Biographie d’un discours. Wilfrid Laurier à Québec, le 26 juin 1877, Montréal, Boréal, 2017, 170 p.)

Ce livre est original aussi par son sujet et la façon de le traiter. Il met en scène l’un des plus imposants personnages de l’histoire canadienne considéré par plusieurs comme le plus grand premier ministre que le Canada ait eu à sa tête. Il était le premier des nôtres (nous les Canadiens français) à diriger ce pays qu’est le Canada. Il traite aussi d’une philosophie politique le libéralisme qui avec le nationalisme sont encore aujourd’hui les principaux vecteurs de notre compréhension du monde dans lequel nous vivons. Un livre qui est à lire et que je recommande à tous.

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