L’affaire Harvey

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Date: 27 juin 2017
Auteur: Daniel Nadeau

On fait grand cas dans le petit village sherbrookois des propos tenus par le consultant et citoyen Pierre Harvey sur le conseil municipal et ses décisions de même que sur les opinions émises par des citoyens de Sherbrooke concernant l’emplacement du Costco au plateau Saint-Joseph. Loin de moi l’idée de me porter à la défense de monsieur Pierre Harvey pour la tenue de propos plutôt crus et mal avisés. J’avais d’ailleurs eu l’occasion de donner mon opinion sur sa dénonciation de certains membres du conseil municipal dans la foulée de la décision de l’octroi d’un contrat à sa firme dans le dossier de l’aéroport de Sherbrooke. Pour moi, la chose est entendue. Monsieur Harvey s’était mis le pied dans la bouche en dénonçant publiquement son client. Cela ne se faisait pas. D’ailleurs, sa démission à titre de membre du conseil d’administration de la Chambre de commerce de Sherbrooke est une bonne chose. Peut-être le début d’une prise de conscience sur l’impact des propos que l’on peut tenir dans l’espace public.

Néanmoins, a contrario de la déclaration de certains conseillers municipaux, je ne crois pas que le fait que la firme de monsieur Harvey contracte avec la Ville de Sherbrooke le disqualifie de ses droits de s’exprimer sur des sujets d’intérêt municipaux. Même si dans le cas de Costco, je diverge d’opinion avec ce dernier.

Les propos qu’a tenus monsieur Harvey sur la relocalisation du Cotsco étaient très discutables, mais ils n’en demeuraient pas moins légitimes. Je faisais partie « des tatas et des singes » qui remettaient en question cette décision dans des écrits publiés ici sur ce blogue. Bien entendu, on a affaire à un personnage. Quelqu’un qui donne des images fortes et colorées de ses opinions pour marquer l’imagination. Personnellement, je ne m’exprime pas de cette façon. Nonobstant cela, il est clair cependant que le citoyen Harvey a parfaitement le droit d’opiner sur les décisions du conseil municipal qui ne sont pas liées à un objet sous contrat avec sa firme. Le citoyen Harvey conserve ses droits et sa liberté d’expression même s’il est aussi un consultant Harvey.

Le fait d’avoir un contrat avec la Ville de Sherbrooke n’est pas un motif pour se voir retirer ses droits de citoyens. Prenons-moi par exemple, j’ai une firme de communication sous l’égide de la loi des compagnies qui œuvre sous la raison sociale du Cabinet de relations publiques et de communication Nadeau Bellavance. Cette entreprise est une personne morale authentique qui a des droits prévus dans les Lois du Québec et du Canada. Cette entreprise, cette personne morale n’a pas d’opinion sur aucun sujet, mais des clients et des obligations. Parmi ses obligations, elle doit loyauté à ses clients. C’est donc dire que si mon entreprise a un contrat avec un client dans un dossier donné, les représentants et les porte-parole de celle-ci ne peuvent critiquer ou commenter publiquement les décisions ou les attitudes d’un client. C’est sur ce principe clair que j’avais dénoncé les propos tenus par l’officier de son entreprise Pierre Harvey dans le dossier de l’aéroport.

Par contre, dans le dossier du Cotsco, Pierre Harvey a tout à fait le droit de se prononcer comme citoyen même si par ailleurs sa firme a un contrat avec la Ville de Sherbrooke. À ce que je sache, monsieur Harvey est toujours citoyen de Sherbrooke et à ce titre il a pleinement le droit de s’exprimer comme n’importe quel citoyen de cette ville. À titre de membre de la Chambre de commerce de Sherbrooke, il défendait la même position, oui pour le Costco au Plateau, mais par des mots plus colorés et dans une langue châtiée.

Dans ce contexte, je suis en total désaccord avec les propos tenus par certains membres du conseil municipal affirmant que la firme de monsieur Harvey ne devrait pas avoir de contrats avec la Ville de Sherbrooke s’il s’avise de commenter ou de critiquer une position de la ville. Ces conseillers proposent ni plus ni moins de suspendre la liberté d’expression de certains citoyens sous le prétexte qu’ils ont des contrats avec la Ville de Sherbrooke. On exagère, je crois. Ce qui pour autant ne signifie pas que je cautionne les propos tant sur le fond que sur le style de monsieur Harvey. Personnellement, j’ai écrit et affirmé que la relocalisation du Costco faisait la preuve d’une incohérence crasse du conseil municipal par rapport aux orientations antérieures de ce même conseil. J’ai opiné que c’était une mauvaise décision présentée sous de faux arguments (la baisse du prix de l’essence), mais je n’ai insulté personne. La politique c’est l’art de débattre de ses idées et d’accepter la critique. Si des membres du conseil actuel trouve cela trop difficile l’exercice de la démocratie, ils n’ont qu’à rester chez eux. Ils nous manqueront, mais d’autres sauront les remplacer. Le maire Sévigny serait bien avisé de ne pas cautionner de telles attaques à la liberté d’expression de citoyens de Sherbrooke qu’il soit courtois ou non. On est dans une question de principe pas dans une affaire personnelle…

Une réponse à L’affaire Harvey

  1. Pierre Harvey dit :

    Daniel, je n’avais jamais lu ça avant ce soir. Très bien écrit, c’est vraiment très bien fait!

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