Leonard Cohen, le montréalais

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Date: 3 novembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

C’est profondément rassurant que le Québec tout entier célèbre et soit ému de l’hommage qui a été rendu dimanche soir dernier lors du gala de l’ADISQ à l’un des plus grands poètes montréalais du 20e siècle, Leonard Cohen. Que le Québec francophone contemporain rende un hommage aussi senti à ce Juif montréalais qui chante en anglais en dit plus sur l’évolution de notre société que tous les discours politiques que nous pourrions lire ou entendre.

Leonard Cohen est le fier descendant de Lazarus Cohen qui est arrivé au Canada en 1860. À cette époque, on comptait moins de 500 Juifs à Montréal. C’est cet ancêtre de Leonard Cohen qui a construit la première synagogue à Montréal, Shaar Hashomayim. C’est sous l’impulsion de l’énergie de cet homme Lazarus Cohen que Montréal devint le siège de la communauté juive canadienne. L’un des fils de Lazarus, le grand-père de Leonard Cohen, Lyon Cohen fut lui aussi un homme d’affaires prospère et, tout comme son père, il se mit au service de sa communauté. IL fut le cofondateur du journal anglo-juif, Le Jewish Times. Patriote, les Cohen n’ont pas hésité à participer à la défense de l’Empire britannique et le père de Leonard Cohen, Nathan fut l’un des premiers officiers juifs de l’armée canadienne. Revenu diminué de la guerre, il n’a pas poursuivi l’œuvre d’implication des Cohen dans la communauté. Contrairement à son père et son à grand-père, Nathan Cohen n’était pas un intellectuel, il n’était pas non plus un érudit religieux. (renseignements tirés de : Sylvie Simmons, I’m your man. La vie de Leonard Cohen, Montréal, Gallimard-Edito, 2017, chapitre 1 p. 9-20).

Leonard Cohen eut une enfance paisible dans le West Island de Montréal. Sa biographe raconte que : « Il traversa les premières années de l’enfance sans problème. Il faisait tout ce qu’on lui demandait… les petits films tournés par son père Nathan… montrent un petit garçon radieux, heureux de pédaler sur son tricycle dans la rue, de se promener en compagnie de sa sœur ou encore de jouer avec le chien. » (Ibid. p. 17-18.) En fait, Leonard Cohen a eu une enfance dorée dans le quartier des Juifs et des Anglais. Son enfance fut marquée par les épisodes de xénophobie juive que le Québec a connus dans les années 1930-1940. À preuve, « En 1942, une manifestation antisémite éclata sur le boulevard Saint-Laurent ─ que les Montréalais appellent la Main ─, qui trace la démarcation entre les Canadiens anglophones et francophones. Elle était organisée par le mouvement nationaliste francophone de Montréal où figuraient des partisans du régime de Vichy. L’un des prétextes invoqués, parmi les plus grotesques, était que les Juifs avaient mis la main sur les entreprises de confection de vêtements pour contraindre de modestes jeunes filles canadiennes-françaises à porter des robes indécentes comme à New York. Pendant la manifestation, les vitrines de plusieurs boutiques et restaurants de la Main appartenant à des Juifs furent vandalisées et leurs murs couverts d’insultes. » (Ibid. p. 17).

C’est de ce Québec que l’on veut souvent oublier que Leonard Cohen est issu. Aujourd’hui, on a fait table rase du passé. Sa poésie universelle et sa fierté de montréalais ont touché le cœur et l’âme du Québec. Il faut s’en réjouir. Cela témoigne de l’évolution du Québec. Néanmoins, il ne faut pas se méprendre l’enfer est toujours près du paradis. La xénophobie ambiante à l’égard des musulmans aujourd’hui n’est pas sans nous rappeler le traitement que nous avons jadis fait aux Juifs. Il faut apprendre du passé.

Pour en savoir plus, je vous recommande deux livres :

Pierre Anctil, Histoire des Juifs à Montréal, Montréal, Éditions du Boréal, 2017, 504 p.

Sylvie Simmons, I’m your man. La vie de Leonard Cohen, Montréal, Gallimard-édito, 2017, 579 p.

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