Les grandes figures oubliées de l’espace public québécois

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Date: 14 novembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Une autre grande figure oubliée de notre espace public est madame Léa Roback. En une époque où les attaques injustifiées envers nos compatriotes d’origine juive se multiplient dans les médias et où l’intolérance est palpable, il convient de rappeler le destin singulier de Léa Roback, une militante féministe qui a marqué le 20e siècle québécois. Elle fut de tous les combats pour promouvoir et défendre le droit des femmes, des ouvriers et des victimes du racisme ambiant. Léa Roback est née en 1903 à Montréal au sein d’une famille d’immigrants polonais et elle a grandi à Beauport près de Québec.

Issue d’une famille de boutiquiers, elle a travaillé comme ouvrière à la teinturerie British American Dyeworks et plus tard elle fut caissière au théâtre montréalais, le Her Majesty. Elle a vite développé une aversion pour les rapports inégalitaires qui marquaient la société québécoise de l’époque. Au milieu des années 20, elle va étudier la littérature française à Grenoble, études qu’elle poursuivra à Berlin en Allemagne. C’est là qu’elle sera sensibilisée à la montée de l’extrême droite en Allemagne et où elle sera du combat contre cette mouvance politique en se faisant communiste.

Membre du Parti communiste, elle reviendra au Canada au début des années 1930, elle deviendra militante et lancera la bataille syndicale de la syndicalisation de plus de 5 000 ouvrières de l’industrie de la confection à Montréal en se mettant au service de l’International Ladies Garment Workers Union (ILGW). Une juive à la défense des midinettes canadiennes-françaises.

Plus tard, elle sera aussi de la lutte pour soutenir la formation du premier syndicat à l’usine RCA Victor. Elle sera aussi parmi celles qui ont permis l’ouverture d’une librairie marxiste-léniniste à Montréal, Le Modern Book Shop. Elle rompra avec le parti communiste en 1958, mais cela n’empêchera pas de poursuivre son engagement dans plusieurs luttes sociales. Outre son engagement pour le vote des femmes obtenu en 1940 au Québec, Léa Roback sera aussi une, militante pour la paix, contre la prolifération des armes nucléaires, contre l’apartheid, contre la guerre au Vietnam et bien sûr pour les droits des femmes à l’avortement.

Léa Roback a été une femme engagée et qui a consacré sa vie à défendre les exclus, les victimes d’injustices et de guerre. Elle a fait ses luttes aux côtés de femmes comme Thérèse Casgrain, Madeleine Parent et Simone Monet-Chartrand. À la fin de sa vie, elle s’est rapprochée des milieux communautaires pour réclamer de meilleures conditions pour les femmes en éducation ou sur le marché du travail et pour la légalisation de la contraception. Battante, elle a aussi dénoncé la situation faite aux femmes autochtones et le racisme sous toutes ses formes.

Léa Roback a toujours pris la parole pour défendre les défavorisés et les exclus. La réalisatrice Sophie Bissonnette lui a consacré un film en 1990, Des lumières dans la grande noirceur. En 1993, une fondation portant son nom sera créée et en 2004 un centre de recherche qui porte son nom sera mis en place à Montréal. Ce centre de recherche sera consacré aux inégalités sociales dans le domaine de la santé. Léa Roback est une autre de ces grands personnages oubliés de notre histoire. Il serait temps que l’on y consacre une biographie. (Ce billet a été rédigé à même les informations contenues dans le livre de l’historien Pierre Anctil, Histoire des Juifs du Québec, Montréal, boréal, 2017, p. 405-406-407).

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