Le leurre de l’opinion publique

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Date: 16 novembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Nous vivons dans une société du spectacle. Un lieu où le paraître, les apparences et le discours sont trop souvent les clés de notre appréhension du monde dans lequel nous vivons. Cela est bien souvent un leurre.

Nous en avons un exemple concret au lendemain des élections municipales au Québec. Partout, les candidates et les candidats qui se sont opposés, pour un poste ou un autre, dans l’une ou l’autre des municipalités et villes du Québec, ont rivalisé d’ardeur pour nous dépeindre leurs adversaires comme des gens inaptes alors que le locuteur représentait la solution souhaitée par la population. À Sherbrooke, plus qu’ailleurs, nous en avons un bon exemple avec le virage à 180 degrés du nouveau maire élu, Steve Lussier, sur des sujets comme le gel des taxes, la vente du Centre de foires, la mise au rancart du projet de revitalisation Well Inc., le déplacement ou non du pont des Grandes-fourches ou encore la composition de son comité exécutif. Il faut s’attendre aussi à ces brusques virages de son discours quant au déversement dans les rivières Saint-François et Magog ainsi que sur sa position concernant les référendums qu’il a promis de maintenir en matière de changements de zonages.

Depuis la création des municipalités au Québec en 1855, alors appelé le Canada-Est, les relations entre le pouvoir et le territoire se sont profilées dans notre vie commune et cela a donné lieu à de multiples bouleversements. Celles et ceux qui voudraient s’en convaincre peuvent lire l’excellent recueil d’articles que viennent de publier Harold Bérubé et Stéphane Savard chez Septentrion intitulé : Pouvoir et territoire au Québec depuis 1850. Dans ce recueil d’articles de plusieurs historiens experts des questions des municipalités et des villes, on peut manifestement voir émerger l’évolution de ces structures de pouvoir entre la modernité et la modernisation dans le sillage des transformations qu’a connues la société québécoise. Ce livre plutôt que d’épuiser les débats en suscite de nouveaux et nous laisse à la fin de notre lecture sur plusieurs questionnements sur nos municipalités et nos villes et sur le discours que nous entretenons à ce sujet entre nous.

Ce que je veux particulièrement porter à votre attention c’est la thèse du professeur titulaire du département d’histoire de l’Université de Montréal, madame Michèle Dagenais, concernant la gouvernementalité. Inspirée des travaux de Michel Foucault, Dagenais en vient à faire la démonstration dans un article concernant la taxation de l’eau à Montréal que les intentions des législateurs, les détenteurs de pouvoir dans les municipalités et les villes, sont plus transparentes lorsque l’on étudie « les ensembles constitués par les institutions, les procédures, analyses et réflexions, les calculs et tactiques qui permettent d’exercer cette forme bien spécifique, quoique très complexe, de pouvoir qui a pour cible principale la population » Harold Bérubé, « S’approprier les outils, s’approprier le territoire, des cultures politiques en mutation » dans Harold Bérubé et Stéphane Savard, Pouvoir et territoire au Québec depuis 1950, Québec, Septentrion, 2017, p. 94.

De façon concrète, Michèle Dagenais en fait la démonstration dans son article en reconstituant l’histoire de la taxation de l’eau à Montréal (Michèle Dagenais, Gouverner Montréal, gouverner les Montréalais, taxation de l’eau et qualification électorale dans Harold Bérubé et Sébastien Savard, op.cit., p. 61-89) que c’est par l’adoption et de règlements spécifiques que le gouvernement local se crée et que sa relation avec les gouvernés prend forme. Le gouvernement local et les gouvernés sont dans une relation dynamique qui perpétue et leur donne une existence. C’est pourquoi on peut affirmer que ce sont les gestes et les actions concrètes du pouvoir municipal qui nous donnent la pleine mesure de la personnalité d’un élu. À cet effet, tenir pour acquis les discours ne serait qu’un vulgaire leurre pour l’opinion publique.

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