Les grandes figures oubliées de l’espace public québécois

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Date: 28 novembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Idola Saint-Jean

Parmi les figures aujourd’hui oubliées que nous rappelons dans ce billet de chaque mardi du blogue de Nadeau Bellavance, Idola Saint-Jean est moins oubliée que certaines qui ont fait l’objet de notre attention. Femme engagée et féministe, Idola Saint-Jean est représentée dans un monument sur les terrains de l’Assemblée nationale du Québec avec ses consœurs Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie, Thérèse Casgrain et Marie-Claire Kirkland-Casgrain, toutes des pionnières de la lutte des femmes pour l’égalité et pour la justice sociale.

Par ailleurs, Idola Saint-Jean voit son nom associé à un prix remis chaque année par la Fédération des femmes du Québec et la Ville de Montréal lui a rendu hommage en 2015 en la faisant bâtisseuse de la Cité. Il existe aussi un parc Idola-Saint-Jean dans l’arrondissement montréalais Rosemont-La Petite Patrie. Récemment, les historiennes Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean lui ont consacré un livre qui est une biographie de sa vie intitulée Idola Saint-Jean l’insoumise, Biographie publiée aux éditions du Boréal.

À la lecture de cet excellent livre, nous pouvons découvrir une femme issue de milieux aisés et qui fréquente des collèges privés. Une femme pour qui l’art et la langue française sont ses premières passions. Lentement mais sûrement, elle s’impose en devenant une artiste accomplie bien qu’elle n’a pu devenir une comédienne à temps plein même si on lui reconnaît de nombreux talents. Puis, elle réussit à s’imposer dans le monde universitaire et des médias. La radio, les revues et les quotidiens lui permettent de devenir une femme qui s’impose dans l’univers intellectuel masculin de l’époque.

Parallèlement à ces activités, elle est une militante active auprès des démunis et des malades. Elle s’implique pour venir en aide aux victimes de la tuberculose et de la grippe espagnole. C’est à la faveur de cette volonté d’aider les autres qu’elle fera la rencontre d’autres femmes comme Marie Guérin-Lajoie et qu’elle sera une figure importante du combat des femmes pour l’obtention du droit de vote tant au fédéral qu’au municipal. Issue d’une famille où son père fut un membre respecté et éminent du Parti libéral de son époque, Idola Saint-Jean fera honneur à son hérédité en devenant la première candidate à une élection en 1930. Elle n’obtiendra que 3 % des voix et terminera troisième.

Femme indépendante, femme intellectuelle, Idola Saint-Jean sera une adversaire redoutable pour celles et ceux qui s’opposaient au suffrage féminin, à l’amélioration du sort des plus vulnérables et à la vigueur de la langue française. Ces biographes écrivent : « À la différence de la plupart des femmes qui ont marqué notre histoire durant la première moitié du XXe siècle, elle n’est ni religieuse ni mariée. Il s’agit d’une femme autonome qui assure seule sa subsistance. Comédienne, gardienne de la langue française, journaliste, militante, Idola Saint-Jean est une self-made wowan. En un mot, c’est une femme insoumise, qui refuse de se plier aux stratégies tout en douceur des féministes au langage réservé comme Marie Guérin-Lajoie, ou au ton diplomatique, comme Thérèse Casgrain. Ce qui distingue son action, c’est la recherche d’une identité différente, urbaine, francophone, dégagée d’un lourd nationalisme du terroir » (Marie Lavigne, Michèle Stanton-Jean, Idola Saint-Jean l’insoumise, Montréal, Boréal, 2017, 378 pages, citation page quarto-couverture.)

Idola Saint-Jean a largement contribué à la cause des femmes et des démunis tout en étant une journaliste et une militante qui a marqué son époque. Depuis, cette femme remarquable est un peu tombée dans l’oubli au-delà des cercles des historiennes et des historiens. Il faut quant à nous se rappeler des gens comme Idola Saint-Jean, car nous sommes ce que nous sommes grâce à des femmes comme Idola Saint-Jean et nous ne soulignons jamais assez le rôle des femmes dans l’histoire du Québec. Elles sont souvent les plus grandes oubliées comme nous l’a rappelé si souvent l’historienne Micheline Dumont…

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