Les grandes figures oubliées de l’espace public québécois

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Date: 5 décembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Benoit Lacroix

Benoit Lacroix est un prêtre dominicain, un théologien, philosophe médiéviste et professeur qui est né le 8 septembre 1915 à Saint-Michel de Bellechasse. Il s’est fait avantageusement connaître par son analyse pénétrante de l’œuvre du poète et écrivain québécois Hector de Saint-Denys Garneau. Homme de média, Benoit Lacroix est vite devenu une figure familière dans le panorama religieux et intellectuel au Québec. Qui ne se souvient pas de ces commentaires toujours pertinents lors de l’intronisation d’un nouveau pape ou sur des sujets litigieux discutés dans l’espace public québécois sur les matières religieuses. Benoit Lacroix qui est décédé le 2 mars 2016 à l’âge de cent ans est ce que l’on appelle un sage dans le monde intellectuel québécois.

Lors de l’attribution du prix Léon Guérin, qui lui a été décerné en 1981, voici le bilan de la carrière et de l’œuvre de Benoit Lacroix qui fut écrit :

« Théologien, spécialiste des religions populaires, écrivain, historien de la littérature et prêtre dominicain, Benoît Lacroix est, comme l’écrit Jacques Grand’Maison en 1981, “l’un des meilleurs témoins, au Québec, à titre de médiéviste et d’historien, de la tradition intellectuelle qui a façonné la pensée occidentale”.

Pour comprendre Benoît Lacroix, il faut avoir à l’esprit l’hypothèse selon laquelle la culture populaire des Canadiens français serait héritée directement du Moyen Âge et que les francophones du Québec auraient, en quelque sorte, escamotée la période de la Renaissance. Cela permet d’envisager l’histoire québécoise sous un jour nouveau.

Ce savant sait en outre comment éveiller l’intérêt pour les traditions et les religions populaires. Dès 1950, les qualités de médiéviste et de chercheur en traditions populaires se manifestent dans le premier ouvrage de Benoît Lacroix : Pourquoi aimer le Moyen Âge. Elles transparaissent ensuite tout au long de son œuvre et sont encore affirmées en 1986 dans La religion de mon père et, en 2001, dans La foi de ma mère »

Benoit Lacroix fut aussi un homme bien ancré dans son époque. La journaliste et chroniqueuse du Devoir Josée Blanchette en témoigne :

« Je me suis infiltrée à force de pots de confitures à la rhubarbe et de visites inopinées au fil des ans. J’avais émis le souhait d’y séjourner une semaine comme écrivaine en résidence; ils m’ont accordé 24 heures, un miracle. Ou du moins une première dans leur histoire.

Qu’une femme dorme entre les murs du couvent des frères dominicains Saint-Albert-le-Grand, c’est un peu comme faire entrer le loup dans la bergerie ou la bergère dans l’aumônerie. Mais il en faudrait davantage pour démonter ces 34 frères de 30 à 97 ans, qui vivent en communauté depuis 1873 au Canada et depuis 1960 sur le chemin de la Côte-Sainte-Catherine à Montréal.

Le père Benoît Lacroix, mon vieil ami nonagénaire, supervisait mon séjour d’un point de vue moral. Grand apôtre de la liberté et de la pensée pluraliste, le patriarche des dominicains s’amusait d’avance à l’idée de voir une athée confirmée partager leur quotidien et rencontrer ses frères de l’ordre prêcheur. » Josée Blanchette, « Bonté divine 24 heures au couvent des dominicains » Le Devoir, 26 octobre

Si je vous parle de Benoit Lacroix ce matin c’est que j’ai été invité ce jeudi à la librairie Mediaspaul au lancement d’une biographie de Benoit Lacroix intitulée : Un dominicain dans le siècle, biographie écrite par mon ancien professeur et ami, Guy Laperrière. Lui aussi fera bientôt l’objet d’un billet dans cette rubrique. Guy Laperrière est un excellent historien à la plume vive, alerte et simple…

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