Populisme et politique

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Date: 7 mars 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Nous vivons dans une drôle d’époque. Notre rapport aux autres au vivre-ensemble s’est transformé au cours de la dernière décennie. Notre rapport à la Politique est l’un des lieux où cette profonde transformation s’est fait le plus sentir.

Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais il y a cinquante ans à peine, le député ou le ministre d’un gouvernement était un personnage respecté et même craint. Il était tout aussi important que monsieur le curé ou l’évêque. Ces figures d’autorité ont fait long feu à notre époque. Nul besoin de rappeler la disparition des soutanes et des cols romains dans nos vies dans la foulée de la Révolution tranquille et de la montée de l’anticléricalisme au Québec. Cela a coïncidé avec l’entrée du Québec dans la modernité.

La figure du politique quant à lui a pris plus de temps avant de s’estomper de nos vies. Le déclin de la figure du politique au Québec est lié à un double mouvement : la montée de l’individualisme et la fin d’un projet collectif ainsi que l’affadissement du projet de faire du Québec un pays. On peut situer chronologiquement le point de bascule au référendum de 1995 comme point de repère. Certes, cette périodisation n’est pas précise à une date particulière et à un jour particulier. Convenons que le moment politique qui va de l’élection du Parti québécois en 1976 à l’échec du référendum de 1995 est celui qui marquera la rupture du Québec avec son destin de peuple élu voguant vers sa souveraineté.

Cela n’est pas que lié à des phénomènes proprement québécois. Le Québec n’est pas une île. Nous avons aussi assisté au même moment à l’irruption dans nos vies d’une nouvelle phase de transformation du capitalisme et du libéralisme qui s’est traduit par l’hégémonie de ce que les politologues et économistes ont appelé « l’âge d’or du néo-libéralisme ». Un univers idéologique qui remet en question le rôle de l’État en rupture avec les enseignements de Keynes et Galbraith et qui valorise les droits individuels dans une version ultralibérale. Ce double mouvement a été accompagné par l’émergence de nouveaux médias issus du Web qui a fait de nous tous des médias en puissance et où l’opinion du simple citoyen est devenue une sorte de dieu tout puissant.

En nous repliant sur nous-mêmes, en valorisant à outrance les droits individuels au détriment du bien commun collectif, en érigeant la performance au rang de valeur première, les sociétés occidentales ont ouvert la porte à une déchéance du politique et des politiciens et de nos institutions. Est-il étonnant de nos jours d’assister au triomphe du populisme et au rejet des élites et des intellectuels? Voilà le terreau fertile qui a permis au populisme de s’installer à demeure dans nos vies.

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