La valse des égos

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Date: 21 mars 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Au gré de nos lectures, en nous épivardant un peu, on fait parfois de belles découvertes sans vraiment nous y attendre. C’est l’une de ces découvertes que nous partageons avec vous ce matin.

Une bande de jeunes déglingués a publié une sorte de cahier souvenir anti-375e anniversaire de Montréal intitulé Montréal ville dépressionniste publié chez Moult Éditions. Dans une trentaine de textes, le collectif d’auteurs ne craint pas de s’ériger contre les idées reçues et qui font de Montréal une ville de design ou une ville festive. Nous sommes loin des images de marque bien léchées. Nous avons plutôt droit à la dénonciation sans artifices du discours du vide. Les auteurs l’affirment : « la décolonisation n’est pas un exercice de la pensée positive. »

Ce regard critique sur le monde de Montréal n’est pas sans écho ailleurs au Québec. Cette pensée décapante que l’on peut catégoriser, selon le collaborateur Dominic Tardif du journal Le Devoir, comme « …un groupe de jeunes intellectuels rageurs caustiques et intraitables, descendants de Barthes et de Debord qui se seraient défoncés les oreilles aux Béruriers noirs. »

Ce qui a le plus capté notre attention, c’est l’article de Frédéric Mercure-Jolette, There is A New Sheriff in Town. L’irrésistible attrait du boss politique. Dans cet article, Mercure-Jolette cherche à comprendre cet attrait que nous avons pour les figures charismatiques et il prône que les partis politiques municipaux sont les principaux instruments de la vie politique municipale. Idée qui est loin d’être partagée par plusieurs dans de petites villes de province. L’auteur commente de façon vitriolique cette idée : « Sur quelle base les gens vont choisir leurs représentants s’il n’y a pas de bannière politique? Sans bannière, on ne peut porter notre attention sur autre chose que des noms propres qui investissent l’espace public avec leur égo. Abolir les partis, c’est très dangereux sur le plan de la participation, parce que les électeurs sont moyennement stupides politiquement. Ça prend des bannières pour se représenter qui porte les idées. » Jugement à l’emporte-pièce certes. Il y a cependant une vérité dans la valse des égos qui envahissent l’espace public.

S’il est vrai que s’investir en politique devrait toujours être un geste par lequel on veut servir les gens, les autres, il est malheureusement bien connu que pour faire ce type de travail ça prend un gros égo afin de faire face à l’adversité de l’arène politique. Parfois, les égos deviennent démesurés…

Collectif d’auteur, Montréal, ville dépressionniste Montréal, Moult Éditions, 2018, 270 p.

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