Les médias obtiennent du financement de Québec

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Date: 29 mars 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Il y a parfois des incongruités dans nos vies que l’on s’explique mal. Nous vivons des paradoxes. L’un de ceux-ci est le financement des médias par le gouvernement du Québec. La situation est largement connue. L’arrivée du Web et des réseaux sociaux ont entraîné dans leur sillage l’effondrement des revenus publicitaires des médias imprimés et la diminution du taux de lectorat qui peine à conquérir le cœur et l’attention des clientèles plus jeunes. Si bien que le modèle d’affaires des médias écrits est mis à mal et que du même coup le droit du public à de l’information de qualité est menacé. Ce qui, plusieurs en conviennent, vient réduire la qualité de notre vie démocratique.

La question de l’éducation, de la participation des citoyens aux affaires de la Cité et de la formation d’une opinion publique avertie est au cœur des réflexions démocratiques du Québec depuis toujours. Rappelons ici une citation d’un des plus grands intellectuels de l’histoire du Québec, Étienne Parent (1802-1874) qui écrivait en juillet 1823 et janvier 1825 dans le journal Le Canadien, tel que rapporté par l’historien Yvan Lamonde : « La liberté de presse est “un levier dans la constitution qui fait remuer toutes les ressources d’un pays”; c’est elle qui “fait connaître à chaque individu ses droits et qui contient dans le devoir ceux qui les gouvernent”. Si mille actes d’injustice se commettent hors de la portée des tribunaux, “rien n’échappe à l’opinion, cette reine du monde” qui “fait régner les rois et les […] détrône.” Il n’est pas indifférent à un pays que le peuple ne s’y occupe pas du gouvernement et de la politique; il fait écho à Rousseau qui disait que “le pays où l’on disait que m’importe était un pays perdu.” » (Yvan Lamonde, Aux quatre chemins. Papineau, Parent, La Fontaine et le révolutionnaire côté en 1837 et 1838, Montréal. Lux Éditeur, 2018, p. 54)

S’il est vrai que la presse écrite, les quotidiens ont un rôle important à jouer dans notre vie démocratique, il tombe donc sous le sens que c’est la responsabilité celles et de ceux qui nous gouvernent de leur venir en aide. C’est ce que fait le Gouvernement du Québec dans son dernier budget en instaurant un crédit d’impôt de 35 % qui vise à appuyer la transformation des entreprises de presse jusqu’à un plafond de sept millions de dollars par entreprise. Cela vient répondre à la crise de la presse écrite qui voit son modèle d’affaires réduit à rien par la fuite de ses revenus publicitaires vers les Facebook de ce monde.

Néanmoins, si nous pouvons être sympathiques à l’aide du gouvernement aux médias, il faudrait qu’en retour ceux-ci en fassent plus à la faveur de l’information locale et régionale tout en abandonnant la désagréable habitude de tout transformer en commentaire et de décrire l’arène politique selon le prisme d’une course à chevaux ou de la lentille d’un parfum de scandales. Nous méritons mieux comme qualité d’information et j’espère que l’aide financière des contribuables-citoyens que nous sommes contribuera à l’amélioration de la qualité de l’information qui nous est communiquée chaque jour par nos médias.

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