Les grands oubliés de l’espace public québécois

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Date: 22 mai 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Jacques Godbout

Mon billet de ce matin est à certains égards exceptionnel. De manière générale, cette rubrique des grands oubliés de l’espace public québécois et canadien vise à remettre en mémoire de tous de grands personnages historiques qui ont marqué notre histoire, notre devenir. C’est la première fois que j’y traiterai d’une personnalité encore active au Québec.

Jacques Godbout est un cinéaste et un écrivain qui a vécu les grandes étapes de l’histoire du Québec. Il est en quelque sorte le symbole de cette génération qui a connu la guerre, accompagné le Québec dans sa volonté de se libérer du joug de l’Église catholique et qui a découvert le monde en voyageant. En un sens, la trajectoire professionnelle de Jacques Godbout contient à la fois le chemin parcouru par le Québec et sa destinée incarnée par le désir de séjourner à l’étranger, ce qui est très familier à notre jeunesse contemporaine. La publication de son autobiographie récente chez Boréal sous le titre : De l’avantage d’être né est un excellent prétexte pour se remémorer le parcours de vie de cet homme. Issu de notre monde littéraire, cinématographique et politique, Jacques Godbout est un emblème de la modernité québécoise. Concept largement discuté ces dernières années dans notre littérature scientifique notamment par l’historien Yvan Lamonde. (Lavènement de la modernité culturelle au Québec, Québec : Presses de lUniversité Laval, 320 p. [avec Esther Trépanier], La modernité au Québec, tome 1, La crise de l’homme et de l’esprit, 1929-1939, Montréal, Fides, 2011, 336 p. La modernité au Québec, tome 2. La victoire différée du présent sur le passé, 1939-1965, Montréal, Fides, 2016, 456 p.)

Jacques Godbout a vécu une enfance à l’enseigne du Québec traditionnel où l’Église occupe une place prépondérante. Cet homme est un emblème de la modernité. Il a écrit de nombreux romans significatifs de notre littérature, dont Les têtes à Papineau, a fondé la revue Liberté avec d’autres et à l’Office national du film et a créé plusieurs films qui ont marqué le Québec. Ami de Robert Bourassa, il a été parmi les membres fondateurs du Mouvement souveraineté-association de René Lévesque même s’il venait d’une famille libérale illustre, dont son oncle, Adélard Godbout, qui a été premier ministre du Québec. Celui-là même qui a accordé le droit de vote aux femmes et qui a créé Hydro-Québec.

Je vous invite à acheter et lire cet ouvrage autobiographique. Vous pourrez ainsi saisir l’esprit d’une époque et mieux comprendre ce que nous sommes devenus à partir du point de référence d’où nous venons.

Comme l’écrit son éditeur sur la jaquette au dos du livre : « Voilà comment Jacques Godbout présente De l’avantage d’être né, où ce témoin-acteur de l’évolution du Québec retrace son parcours d’homme et d’artiste d’hier à aujourd’hui. Nous y lisons le récit d’une enfance et d’une éducation à l’enseigne du Québec traditionnel, où l’Église occupe une place prépondérante. Issu d’une famille libérale, le jeune Godbout trouve très vite le moyen d’échapper à cette société étouffante. Dès le début de la vingtaine, il séjourne en Éthiopie, où il a été invité comme enseignant. À son retour, c’est un Québec, qui s’est déjà mis en marche qui l’accueille. Il emboîte le pas et se retrouve à l’avant-garde. Il évoque pour nous la fondation du Mouvement laïque québécois, celle de la revue Liberté ou encore la mise en place de la section française de l’ONF et la création de l’Union des écrivains québécois ».

Écrivain, cinéaste, intellectuel engagé, Jacques Godbout aura participé à l’évolution du Québec. Dans son livre, il nous livre un témoignage percutant où « il raconte aussi ses travaux de romancier, d’essayiste, de cinéaste. Nous voyons ainsi s’élaborer une œuvre en perpétuel dialogue avec l’actualité, où la fiction sert de révélateur au cheminement d’une société. »

Jacques Godbout a croisé les grands personnages de l’histoire du Québec contemporain. Il a milité pour un Québec laïque et contribué à le délivrer du joug de l’Église catholique. Il a voulu aider à libérer le Québec de ses fardeaux afin que nous puissions tous jouir du mot qui a le plus de résonnance dans son œuvre et dans sa vie : LIBERTÉ!

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