Les grands oubliés de l’espace public québécois

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Date: 29 mai 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Le mouvement Richelieu (1944 -…)

Parmi tous les organismes qui ont fait la promotion et défendu la cause canadienne-française au Canada, il y a bien sûr le mouvement Richelieu. L’historien Serge Dupuis a publié un livre l’année dernière sur le sujet chez Septentrion intitulé : « Le Canada français devant la francophonie mondiale. L’expérience du mouvement Richelieu pendant la deuxième moitié du XXe siècle ». Dans un ouvrage fouillé, Serge Dupuis nous raconte l’histoire de ce mouvement qui a été fondé à Ottawa en 1944 en réaction à la présence des clubs Rotary et Lions qui étaient liés à la culture américaine et canadienne-anglaise. On voit sous la plume de Dupuis l’évolution d’un mouvement qui a mis en place un archipel de clubs. Ces derniers ont contribué à la réflexion sur des sujets liés à la question nationale, ils ont posé des gestes caritatifs et ils ont permis le développement d’une culture masculine des loisirs.

En parcourant l’ouvrage de Serge Dupuis, on voit aussi, au cours des années 1960 et 1970, le Mouvement Richelieu traversé par des problématiques nouvelles liées à l’évolution du Canada français et à l’affirmation du Québec. L’effritement du nationalisme canadien-français, la montée de l’idée de l’État du Québec et de l’État Providence, du féminisme et du mouvement de la contre-culture sont autant de facteurs qui ont contribué à transformé le Mouvement Richelieu. Ainsi, ce dernier est devenu plus libéral, plus mondialisé et s’est ouvert aux femmes : « Dès 1976, les cercles se sont également diversifiés sur le plan du genre, plusieurs clubs masculins devenant mixtes et de nouveaux clubs féminins se joignant à la chaîne. Ainsi, le mouvement est devenu plus démocratique, inclusif et libéral, conformément aux idéaux que chérissaient les promoteurs de la francophonie mondiale. » (Serge Dupuis, Le Canada français devant la francophonie mondiale. L’expérience du mouvement Richelieu pendant la deuxième moitié du XXe siècle, Québec, Septentrion, 2017, 286 p).

Ces décennies turbulentes ont vu s’affirmer une vive concurrence entre les identités, « … Le Canada français n’étant plus la seule, ou du moins, la principale communauté d’appartenance. Si le nationalisme canadien-français est demeuré le véhicule privilégié… d’autres projets régionaux, dont le nationalisme québécois, les identités provinciales et les projets pluralistes, notamment le nationalisme canadien et la Francophonie mondiale… » se sont imposés. Le mouvement Richelieu est passé alors d’un organisme regroupant des Canadiens français à un organisme francophone mondial. (Serge Dupuis, Ibid.. p. 267). Depuis 1995, le mouvement Richelieu poursuit ses objectifs, mais il est victime du vieillissement de ses effectifs. Il s’est mondialisé et est particulièrement désireux d’établir des liens avec l’Afrique francophone. Il y a un certain regain d’intérêt pour le concept de francophonie nord-américaine.

En conclusion de son étude, Serge Dupuis résume bien ce que représente le mouvement Richelieu : « Somme toute, le Richelieu a joué un rôle au Canada français pendant la deuxième moitié du XXe siècle à développer et à élargir un espace où les canadiens-français exprimaient leurs espoirs et contribuaient à des projets d’ordre politique, social et économique dans leurs localités. À partir des “années 68”, les raisons communes du mouvement ont été partiellement éclipsées, d’abord parce qu’il s’était établi en Europe, en Afrique et dans les Antilles francophones, mais aussi parce que les divergences sur la question nationale entre le Québec et les communautés de sa périphérie ne lui permettaient plus, par exemple, de véhiculer un nationalisme commun qui plairait au Québec, à l’Acadie et à l’Ontario français en même temps. Ce faisant, le réseau est devenu un lieu se penchant sur les questions sociales et des questions culturelles – à condition qu’elles soient d’ordre régional ou mondial – car les membres acceptaient presque tous une vague idée libérale et plurielle de la Francophonie. Autrement dit, le projet s’était ancré comme référence supranationale, voire suprême, en matière de francité. » (Serge Dupuis, Ibid. p.268-269).

Le mouvement Richelieu a été un important véhicule de la langue française et des espoirs des Canadiens français devenus Québécois. Son évolution témoigne des tensions qui se sont manifestées entre Canadiens français du Québec et ceux des autres régions du Canada. Le mouvement Richelieu a réussi à surmonter ces tensions dynamiques en se projetant dans l’avenir d’une francophonie mondiale où les Canadiens français et les Québécois occupent aujourd’hui une place importante. Cet héritage est celui que nous a légué le mouvement Richelieu. Il m’apparaissait important de le rappeler.

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