La parfaite maîtrise d’une crise non annoncée : ALÉNA

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Date: 4 septembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

La semaine dernière, rien n’a été laissé au hasard par le gouvernement libéral de Justin Trudeau dans sa gestion de crise de la renégociation du traité de l’ALÉNA. Pris par surprise avec la signature d’une entente plus globale qu’anticipée entre les États-Unis et le Mexique, le gouvernement Trudeau et sa ministre Chrystia Freeland ont agi avec doigté et efficacité pour maintenir leurs positions.

Il faut comprendre que sur la ligne de départ, cela n’était pas facile. Le gouvernement canadien a été pris par surprise non pas par l’existence de négociations entre ses partenaires, les États-Unis et le Mexique, mais plutôt par le fait que leurs négociations ont débordé le simple secteur de leurs différends en matière d’industrie automobile pour englober toutes les autres questions. Seule l’histoire nous dira un jour si cela est le résultat de la négligence de la ministre Freeland et de son gouvernement ou tout simplement un coup fourré de l’administration américaine. Sans avoir aucune idée des faits, j’opterai pour le coup fourré.

Mis devant ce fait accompli, la ministre Freeland est revenue en catastrophe de son voyage en Europe et s’est dirigée directement à Washington sans poser pied-à-terre au Canada. En position de faiblesse dans la négociation, le Canada devait aussi faire face à un ultimatum artificiel posé par le président américain Donald Trump. Situation délicate. Pire encore, le Canada a eu droit à l’attention du président hyperactif sur les réseaux sociaux qui n’a eu de cesse de tenir des propos incendiaires pour faire dérailler le processus. Il faut comprendre que pour le président Donald Trump, la cause canadienne est déjà entendue. Il ne veut pas d’entente à moins que ce soit à ses conditions et ce qui est en jeu c’est l’appui du Congrès et du Sénat à la cause canadienne. On voit toute l’efficacité de la politique terrain mise en œuvre au cours de la dernière année par le Canada et les provinces, notamment par le Québec.

Devant cette situation impossible, la ministre Freeland a eu un parcours sans faute en matière de communication. Elle s’est adressée régulièrement aux journalistes. Elle a donné des réponses sans dévoiler le contenu des négociations. Elle a proposé un récit où, ce qui était décrit c’est une équipe de négociations en mouvement qui travaillait d’arrache-pied à défendre les intérêts du Canada et des Canadiens sans jamais insulter ses partenaires dans la négociation. Elle a fait preuve d’une grande diplomatie en ne réagissant pas aux propos incendiaires de Donald Trump. Elle a constamment rappelé l’importance d’en arriver à une entente gagnante-gagnante-gagnante. Jamais elle n’a dit un mot contre le Mexique qui nous a, en quelque sorte, abandonnés à la vindicte trumpienne. Elle a toujours rappelé la bonne foi de son vis-à-vis américain. Les gestes et les paroles de madame Freeland étaient bien coordonnés avec le premier ministre Trudeau. Aucun faux pas de ce côté. En prime, madame Freeland et le gouvernement Trudeau ont tenu informées les provinces tout en présentant un dos de canard aux invectives et procès d’intention provenant du Québec en plein combat électoral.

Bref, une parfaite maîtrise d’une crise majeure entre le Canada et les États-Unis pour la ministre Freeland et le gouvernement Trudeau. Un parcours sans faute qui mérite une note parfaite.

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