Le maître de l’opinion publique américaine

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Date: 6 novembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

C’est aujourd’hui que se joue une partie de l’avenir du président américain, le plus atypique de toute l’histoire de ce pays. Faisant campagne pour les démocrates, le président Barack Obama a déclaré que cette élection serait la plus importante de l’histoire américaine. Souvent, on utilise cette affirmation à tort, mais cette fois je serai en accord avec Obama. L’élection de mi-mandat de la présidence de Donald Trump, un véritable maître de l’opinion publique américaine, sera fondamentale pour l’avenir non seulement des États-Unis, mais de l’ensemble des pays de la planète.

Bien malin qui saura prédire le résultat de ces élections. De nombreux facteurs vont jouer pour influencer le vote des électeurs américains. Bien sûr, la mobilisation des jeunes, des femmes sont des nouvelles de bon augure pour les partisans démocrates. Il ne faut pas cependant minimiser l’emprise de Donald Trump sur sa base partisane ni son importante implication dans cette campagne.

En misant sur une économie qui tourne rondement et en faisant miroiter la peur de l’envahissement par les migrants, Donald Trump joue sur un registre qui l’a très bien servi lors de l’élection présidentielle. Comme nous le savons, Donald Trump ne fait pas dans la dentelle. La publicité des républicains montrant un délinquant immigrant et prédisant le chaos si les démocrates prenaient le contrôle du Congrès et du Sénat aura sûrement réussi à réjouir la base partisane indéfectible de Donald Trump. Les discours de campagne de Trump sont de la même eau. Un discours populiste créant la division et amplifiant les fissures entre les villes et les campagnes, entre les blancs, les Hispaniques et les personnes d’origine africaine. Un discours qui ne fait que donner du ressort à l’expression de sentiments haineux, racistes et polémiques. Jamais la société américaine n’aura paru aussi près de la falaise qu’aujourd’hui à la veille du résultat de cette élection.

Depuis la guerre civile au 19e siècle, les États-Unis d’Amérique n’ont jamais été si près de sombrer dans la violence. Des gestes isolés, mais répétitifs ne peuvent que nous convaincre de la présence d’une violence sourde dans cette société capable du meilleur et du pire. Pour le reste du monde, pour les pays libres de souche de démocratie libérale, une victoire de Trump ce soir sera la poursuite d’un cauchemar.

Donald Trump détruit peu à peu tout ce que ses prédécesseurs ont construit patiemment depuis la Seconde Guerre mondiale. Un ordre libéral où les libertés, la paix et le commerce étaient le fer de lance de la politique étrangère américaine. Adepte du multilatéralisme, les États-Unis de Trump sont devenus un pays qui se distingue de moins en moins des pires élèves de la classe dans le concert des nations à l’échelle mondiale.

C’est avec intérêt que nous suivrons les résultats de cette élection ce soir. Un sursaut de lucidité des Américains sera le bienvenu. Si Trump ne sort pas affaibli et mis hors d’état de nuire à la suite de cette élection, notre monde sera plus près de l’abîme. Que l’on aime ou pas les États-Unis d’Amérique, force nous est de reconnaître que les puissances occidentales, dont le Canada, avons besoin d’eux. S’il y a une chose que nous aura apprise l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis il y a presque deux ans maintenant, c’est que la démocratie et les valeurs libérales ne sont jamais acquises. Elles sont fragiles et, bien que résilientes, elles ne peuvent indéfiniment résister aux assauts répétés de son plus grand promoteur que sont les États-Unis d’Amérique. L’opinion publique américaine résistera-t-elle ce soir à son maître? C’est le suspense que nous réservera le résultat de cette élection. La plus importante de l’histoire américaine pour les démocraties occidentales.

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