Journalisme et relations publiques

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Date: 27 novembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Depuis la mise à jour du budget fédéral du ministre des Finances du gouvernement Trudeau, Bill Morneau, un débat fait rage concernant l’aide aux médias. La réaction des conservateurs d’Andrew Scheer à ce programme d’aide, pas encore défini, pour permettre à la presse écrite de survivre dans le monde numérique d’aujourd’hui n’élève pas le débat.

Andrew Scheer et ses troupes cherchent à diaboliser les journalistes et le gouvernement Trudeau assimilant les mesures annoncées en une vulgaire manœuvre pour Justin Trudeau et les libéraux de s’acheter une couverture de presse favorable à la veille du rendez-vous électoral de l’automne 2019. Non seulement les conservateurs s’attaquent-ils aux médias en les mettant dans un moule de complaisance appréhendée et de compromission avec le pouvoir selon les mots du directeur du journal Le Devoir, Bryan Miles, mais « ils s’en prennent à ce que les journalistes ont de plus précieux : leur crédibilité ».

Dans son opinion publiée samedi dernier, le directeur du journal Le Devoir, Brian Myles écrit : « Bien qu’ils ne fassent pas partie d’un ordre professionnel, les journalistes dits “professionnels” se reconnaissent entre eux par l’adhésion à des valeurs communes : recherche d’équité dans la couverture journalistique, vérification des faits, séparation des genres entre le journalisme factuel et le journalisme d’opinion, séparation des contenus rédactionnels et publicitaires, devoir de corriger les erreurs, etc. ». (Loc.cit.)

Récemment, un partenaire de l’un de mes clients me rapportait qu’un journaliste l’avait contacté plutôt que de communiquer avec le porte-parole de l’entreprise pour vérifier une situation concernant le client en question. Celui-ci m’a relaté les propos de ce journaliste qui sont révélateurs : « je vous appelle vous, car si nous appelons le porte-parole de l’entreprise, il ne nous dira pas la vérité ». (Propos rapporté par un tiers à l’auteur.)

Incroyable d’entendre une telle chose. Au moment où le monde des médias a besoin de toutes les bonnes volontés pour les aider à traverser la pire crise de leur existence sous l’impulsion des mutations qu’engendrent le monde numérique, il n’est pas inutile de rappeler que le monde du journalisme et celui des spécialistes des relations publiques sont le revers d’une même médaille. Les spécialistes de relations publiques ne sont pas des gens qui mentent aux médias pour protéger des intérêts inavouables. Ce sont des professionnels qui sont là pour faciliter la tâche des médias tout en protégeant les intérêts de son client.

Tout comme les journalistes, les spécialistes de relations publiques ne sont pas membres d’un ordre professionnel, mais ils adhèrent tous, celles et ceux qui exercent leur métier de façon consciencieuse et professionnelle tout au moins, à des valeurs communes, à la recherche d’équité, à un souci de validité des faits transmis, à des pratiques professionnelles interdisant les conflits d’intérêts et à un code de déontologie sévère et sérieux. Par son adhésion à ce code le membre de la Société québécoise des professionnels-les en relations publiques s’engage « à faire preuve d’honnêteté et d’un sens de l’éthique développé dans l’exercice de sa profession. Il évite tout geste ou toute parole qui pourrait porter préjudice à un membre, à la Société ou à l’ensemble de la profession. À l’intérieur des règles fixées par le Code de déontologie, il sert loyalement et prioritairement les intérêts de son employeur ou de son client. »

Au bénéfice de tous, voici les trois premiers éléments de ce code.

  1. Tout membre doit pratiquer les relations publiques conformément aux plus hauts standards professionnels

Les membres doivent exercer leur profession conformément à l’intérêt public et dans le respect de la dignité des personnes, tel que le prévoient les dispositions pertinentes de la Constitution canadienne et de la Charte des droits et libertés.

  1. Tout membre doit se conduire avec équité et droiture dans ses relations avec les médias et le grand public

Les membres ne doivent ni conseiller ni poser des actes dans le but d’influencer indûment les médias, les organes du gouvernement ou le processus législatif, en offrant par exemple des cadeaux, privilèges ou autre gratification en échange de faveurs.

  1. Tout membre doit s’astreindre aux plus hautes normes d’honnêteté, d’exactitude, d’intégrité, de vérité

Tout membre ne doit pas sciemment diffuser des informations qu’il sait fausses ou trompeuses. Les membres ne doivent pas soutenir de prétentions exagérées ou faire des comparaisons injustes, ni s’approprier la paternité d’idées ou de déclarations d’autrui. Tous les membres doivent éviter une conduite professionnelle ou personnelle qui jette le discrédit sur eux-mêmes, la Société ou la pratique des relations publiques.

En cette ère des fausses nouvelles et de l’impérialisme envahissant des pseudo-journalistes et de l’omniprésence des théories du complot sur les réseaux sociaux, jamais les spécialistes de relations publiques et les journalistes n’auront été aussi frères dans un combat pour la liberté d’expression et la défense du bien commun. Frères je dis bien même si parfois ce sont des frères qui se croient ennemis…

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