La laïcité caquiste : ça ne sera pas facile

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Date: 29 janvier 2019
Auteur: Daniel Nadeau

À la veille de la reprise des travaux à l’Assemblée nationale du Québec, nous savons tous que cela ne sera pas facile pour le nouveau gouvernement de François Legault de mettre derrière nous toutes ces questions liées à la laïcité. J’ai d’ailleurs évoqué cette question dans l’une de mes dernières chroniques que je publie tous les mercredis dans EstriePlus.

J’écrivais le 16 janvier dernier au sujet de ce que je nomme la querelle des bouts de chiffon : « Dans le même esprit, l’idée d’affirmer la laïcité du Québec est excellente, mais là aussi les modalités pourraient faire mal au gouvernement. Reprendre la querelle des bouts de chiffons et des droits fondamentaux est à mille lieues des attentes des Québécoises et des Québécois qui ne veulent que se sentir respectés chez eux dans leurs valeurs et leurs coutumes. Interdire le port des signes religieux pour les personnes en autorité et le personnel enseignant est une chose, mais maintenir en même temps le crucifix à l’Assemblée nationale au-dessus du trône du président est bien plus le reflet d’une catho-laïcité que de notre histoire. S’il est vrai que le catholicisme fait partie de notre histoire, c’est aussi vrai qu’il ne fait plus partie de nos vies aujourd’hui ou si peu… »

Or, un excellent article du professeur Jocelyn Maclure de l’Université Laval publié en 2018 dans la revue Politics and Religion intitulé Strange Bedfellows ? Attitudes toward Minority and Majority Religious Symbols in the Public Sphere. Les travaux du professeur Maclure posent l’hypothèse que l’appui à la Charte des valeurs du PQ reposait sur une alliance improbable entre les conservateurs nationalistes, la clientèle primaire de la CAQ, et les partisans d’un libéralisme des lumières plus favorables généralement aux libéraux ou aux péquistes. Cette coalition fragile et contre nature a un point de rupture qui se situe à la place réservée au crucifix à L’Assemblée nationale.

Dans un excellent reportage, la journaliste Magdaline Boutros du journal Le Devoir résume bien le point de rupture : « Incidemment, les travaux des chercheurs ont permis de démontrer que les Québécois qui se sont prononcés en faveur de la charte, mais contre le retrait du crucifix avaient des attitudes plus négatives envers les minorités et l’immigration et avaient un sentiment de menace culturelle plus fort que ceux qui étaient contre la Charte. »

« Mais ceux qui étaient pour la charte et pour le retrait du crucifix n’avaient pas une attitude plus négative par rapport aux minorités culturelles et aux gens issus de l’immigration. Ce sont des gens qui, du point de vue du libéralisme social, sont plus progressistes que les gens qui étaient contre la charte », remarque Luc Turgeon.

Alors que le débat sur le port de signes religieux est sur le point de rejaillir à l’Assemblée nationale, la question du crucifix risque encore de soulever les passions. »

Quoiqu’il en soit, la question de la laïcité demeure une question clivante pour le nouveau gouvernement de monsieur Legault. L’opinion publique a très peu bougé sur cette question depuis 2014. Cela demeure un enjeu potentiel de division des Québécoises et Québécois, mais aussi des partis politiques. Il faudrait voir comment évoluera le débat chez Québec solidaire, au Parti libéral du Québec et même au PQ.

Le gouvernement Legault fait le bon choix en voulant régler cette question en début de mandat, mais cela ne lui garantit pas une promenade dans un jardin de roses au printemps. On a beau dire, mais l’Église catholique et ses symboles continuent de hanter la destinée du Québec français. On ne se débarrassera donc jamais de cette foutue Église qui a tant fait pour nous et qui nous a aussi longtemps asservis. À suivre…

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