Donner des leçons ou faire la leçon

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Date: 15 février 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Dans son dernier livre, le sociologue politique Joseph Yvon Thériault, invité régulier des émissions d’information de la radio de Radio-Canada, fait la distinction entre donner la leçon et faire la leçon. Il s’appuie sur la célèbre conférence de Max Weber prononcée devant les étudiants de l’Université de Munich en janvier 1919 et publiée depuis sous le titre « Le savant et le politique ».

Lisons ce que nous dit Joseph Yvon Thériault à propos de Weber : « Max Weber énonce dans ces deux conférences un cul-de-sac pratique, quelque chose d’impossible à réaliser. Il établit une coupure radicale entre la vocation de savant, qui serait la recherche de la vérité, et la vocation du politique, qui se rapporterait à la passion. Ce seraient des vocations irréconciliables. Le savant veut comprendre le monde, le politique le transformer. La science repose sur l’intellectualisation et la rationalisation, le politique sur la morale, la passion voire le prophétisme. Si pour “l’homme politique”, il ajoute comme qualités déterminantes à la passion le sentiment de responsabilité et le coup d’œil (avoir du pif, plus savamment, de la vertu), pour le savant, il lui interdit d’avoir des valeurs, des passions bref de donner des leçons. » (Joseph Yvon Thériault, Sept leçons sur le cosmopolitisme. Agir politique et imaginaire démocratique [Débats], Montréal, Québec-Amérique, 2019, p. 25-26)

Cela commence bien son essai sur le cosmopolitisme qui est un récit qui situe bien la trajectoire de la modernité, de la démocratie et de la diversité. Alors que nous sommes de plus en plus sans repères pour comprendre le monde dans lequel nous vivons, les textes rassemblés ici par Joseph Yvon Thériault nous permettent d’appréhender le monde avec une grille fort pertinente de son évolution depuis le temps des Grecs jusqu’à nous aujourd’hui.

Ce professeur et sociologue a toujours le don de nous faire part de ses idées souvent originales dans un discours structuré et convaincant. En cette époque où nous en avons marre collectivement des donneurs de leçons, il n’est pas inutile que quelqu’un nous fasse la leçon de façon convaincante et pertinente. Je vous invite à lire cet excellent essai d’un auteur qui a marqué notre histoire intellectuelle au cours des vingt dernières années notamment avec sa thèse sur l’américanité du Québec. À lire et à partager…

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