La nation québécoise : la cible, Trudeau le prétexte

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Date: 5 mars 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Il n’y a pas à dire, Justin Trudeau est devenu la cible des attaques de ses adversaires politiques. Profitant d’une ligne de faiblesse de son gouvernement, la démission de madame Jody Wilson-Raybould, l’addition hier la démission de son amie, Jane Philpot, vient de jeter un autre pavé dans la mare du gouvernement libéral de Justin Trudeau. Ce qui est difficile à comprendre pour des observateurs extérieurs c’est les origines de cette tentative de putsch du chef du Parti libéral du Canada par deux de ses plus influentes ministres. Le fait que les démissionnaires quittent le gouvernement et demeurent libéral ne peut que conduire à la conclusion que c’est une tentative orchestrée de putsch du chef du Parti libéral du Canada et premier ministre Justin Trudeau.

Comment penser autrement quand on peut raisonnablement croire que la fuite au Globe and Mail sur l’affaire SNC-Lavalin a été faite par l’entourage de Jody Wilson-Raybould. Puis, la démission de madame Raybould et le supplice de la goutte infligé à Justin Trudeau. La saga de la rencontre de madame Wilson-Raybould avec le conseil des ministres, le départ du principal conseiller de Justin Trudeau, Gérald Butts, son témoignage devant la Commission de la justice de la Chambre des communes, et finalement hier la démission de Jane Philppot.

Parallèlement à ces événements, la presse du Canada anglais est déchaînée. Le prochain numéro du Maclean’s consacre sa une à Justin Trudeau en le traitant d’imposteur. Un fort mouvement d’opinion se cristallise, comme nous l’apprennent les sondages, contre le leadership de Justin Trudeau. Par ailleurs, en marge de cet article en première page, on assiste dans les médias du Canada anglais à une véritable campagne contre le Québec, on peut ainsi entendre que le Québec est une province aux mœurs politiques discutables et que Justin Trudeau n’a rien fait qui vaille depuis qu’il est premier ministre du Canada. Je ne serais pas étonné d’apprendre que les ministres du Québec et ceux du Canada ont des visions opposées quant au dossier concernant la préservation d’un siège social au Québec. Les démissions des deux ministres amies ne seraient que le début d’une fronde contre le leadership de Trudeau et contre le Québec.

La ligne de fracture du dossier SNC-Lavalin met en scène un vieux problème du Canada, celui du Québec bashing. Justin Trudeau est devenu un mauvais premier ministre parce qu’il est originaire du Québec et parce qu’il défend les intérêts du Québec. Le Canada anglais est déchaîné contre le Québec sous le couvert de beaux principes.

Il est vrai que le narratif Canadien anglais de l’histoire du Canada met toujours en scène un Québec arriéré, corrompu ou encore allergique aux droits et libertés individuels. En fait, le Canada a toutes les vertus et c’est un peu grâce à lui si le Québec n’est pas infréquentable.

À preuve, voici une citation tirée d’un livre publié à l’occasion du 150e anniversaire du Canada en 2017, édité par Phillipe Tortell, Margot Young et Peter Nemetz, sous le titre Reflections of Canada. Illuminating our opportunities and challenges at 150 + Years. Dans un article sur le Québec de Philip Resnick Quebec and Confederation, cet auteur écrit : « The Québécois constitute one of Canada’s national communities, Aboriginal peoples constitute a constellation of micro-national communities scattered across the country, and what it sometimes referred to as “English Canada” makes up the single largest national community within the federation. As has been made plain by the Truth and Reconciliation Commission (TRC), the relationship between the French and English settlers nations and the First Nations has long been troubled by systematic discrimination and lack of respect for the original inhabitants of this country. » (Philip Resnick, Quebec and Confederation dans Phillipe Tortell et coll., Reflections of Canada. Illuminating Our Opportunities And Challenges At 150+ Years, Vancouver, UBC Press, 2017, p. 206)

Écrire que la nation québécoise a discriminé de façon systémique les nations autochtones c’est faire un grand raccourci de notre histoire. La nation québécoise, ou ses ferments avaient une relation conviviale avec les autochtones. Des comportements fort différents du conquérant anglais qui, ne l’oublions pas, a aussi conquis la nation québécoise et a obligé ses membres à prêter serment à son monarque pour qu’elle puisse exister. Nous avons dû nous battre et verser notre sang pour obtenir nos droits. Cela la contribution de Resnick n’en parle pas.

La crise actuelle révèle le vrai visage d’un Canada qui veut soumettre la nation québécoise au joug de ses dogmes d’un État plurinational, multiculturel et autochtone. Les lignes de faille actuelles mettent ensemble le Canada et les nations autochtones contre le Québec et contre un premier ministre qui est originaire du Québec. Affaire SNC-Lavalin ou pas, c’est l’histoire canadienne qui se poursuit sous nos yeux et qui vient happer de plein fouet le gouvernement Trudeau. Le Québec doit défendre ses intérêts et le Canada anglais doit savoir que nous sommes une nation et une société distincte et nous ne nous laisserons pas bafouer impunément. Que les orangistes et leurs alliés se le tiennent pour dit…

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