Fin de la saga Wilson-Raybould ?

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Date: 3 avril 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Hier, le premier ministre du Canada et chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a enfin posé un geste de leadership approprié en congédiant de sa formation politique et de son caucus, les deux ex-ministres récalcitrantes, Judy Wilson-Raybould et Jane Philpot. Il faut dire que la seconde était moins coupable de déloyauté que la première. Elle fut plutôt victime de sa trop grande proximité avec l’ancienne ministre d’origine autochtone de l’Ouest canadien devenue personnage hautement toxique pour le gouvernement Trudeau.

La décision d’expulser Judy Wilson-Raybould a beaucoup trop tardé. Justin Trudeau aurait dû prendre cette décision il y a longtemps. Il est vrai que la favorite des médias du Canada anglais, Wilson-Raybould, avait ajouté l’insulte à l’opprobre en publiant un enregistrement d’une conversation qu’elle avait eu avec l’ancien greffier du Conseil privé du gouvernement fédéral, Michael Wenick. Ce fut la goutte qui a fait déborder le vase de Trudeau.

Pourtant, pour qui se donne la peine d’avoir lu et entendu les témoignages, cette affaire est simple à comprendre. Voilà une ministre et procureure générale du Canada qui a une vision bien à elle du droit et de la justice. Sur le fond, elle était mal à l’aise avec une idée répandue en Amérique du Nord et en Europe occidentale qu’une grande compagnie coupable de corruption puisse avoir accès à une autre forme de justice afin de préserver les emplois et les retombées économiques d’une telle entreprise dans des économies nationales. Madame Wilson-Raybould l’a dit et répété, elle ne voulait pas s’ingérer, même si elle en avait le droit constitutionnel, dans le plus grand procès de corruption de toute l’histoire canadienne. C’est là que le bât blesse. Ce dont il est question c’est d’une compagnie importante qui a son siège social au Québec et qui génère 9 000 emplois, dont 6 000, au Canada.

La compagnie en question SNC-Lavalin s’est donc vue refuser un accord de réparation et a déployé une intense activité de lobby auprès du gouvernement Trudeau pour faire changer cette décision en vertu de la possibilité qui s’offrait légalement au gouvernement et à sa procureure générale. L’ancienne procureure générale s’y est refusée. Elle a décidé pour des raisons qu’elle n’a jamais expliquées de mettre en péril les emplois de 9 000 familles canadiennes pour des raisons obscures de théorie juridique qui lui sont personnelles. Une décision que la ministre a prise en 12 jours alors qu’elle était en vacances avec sa famille. Quoi de plus normal pour un gouvernement ayant à sa tête un premier ministre issu du Québec de se préoccuper d’un dossier comme celui-là. Ce fut joué de façon malhabile peut-être, mais cela devait être fait. Il fallait s’assurer que le gouvernement, y compris sa procureure générale, ait exploré toutes les hypothèses avant de mener à la suppression de ce siège social et de ces emplois.

Cela a mal tourné. C’est devenu l’affaire SNC-Lavalin puis aujourd’hui l’affaire Wilson-Raybould. Le leadership de Justin Trudeau a été atteint. Le Parti libéral du Canada a plongé de plus de dix points dans les sondages nationaux au profit des conservateurs d’Andrew Scheer. SNC-Lavalin va probablement déménager son siège social à New York d’ici la fin de l’été. Le Canada perdra des milliers d’emplois et le Québec un autre siège social. Quel gâchis !

Pendant ce temps, nos gouvernements achèteront des produits de la compagnie allemande Siemens qui a fait dix fois pire que SNC-Lavalin en matière de corruption avec la bénédiction de la presse économique de Toronto surtout si les produits Siemens sont en compétition avec ceux de Bombardier. Quel beau pays le Canada !

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