La désillusion militante

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Date: 31 mai 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Même si les échos se font rares dans l’espace public, à l’exception de l’épisode de la députée de Marie-Victorin Catherine Fournier, l’intelligentzia du Parti québécois vit une profonde désillusion à la suite de la pire défaite de leur histoire en octobre dernier. Je prendrai pour preuve le livre publié par son ex-chef, Jean-François Lisée, Qui veut la peau du Parti québécois ? Et autres secrets de la politique et des médias et l’essai que vient de publier le professeur d’histoire au Collège Dawson, Frédéric Bastien chez Boréal sous le titre ; Après le naufrage. Refonder le Parti québécois. (Frédéric Bastien, Après le naufrage. Refonder le Parti québécois, Montréal, Boréal, 2019, 223 p.)

L’auteur nous livre dans un langage clair et avec une plume parfois acérée ses états d’âme et ses réflexions à la suite de l’implacable défaite du Parti québécois en octobre dernier. Bien entendu, l’auteur se prête un rôle déterminant dans la narration de l’histoire qu’il nous raconte. En bref, Frédéric Bastien nous partage un secret bien gardé, la potion magique des souverainistes. Il nous fait part de sa conviction que le Parti québécois aurait pu éviter la catastrophe d’octobre 2018 s’il avait proposé aux électeurs, au cœur de son programme, une proposition de réforme constitutionnelle. Cette certitude lui vient du fait qu’un jugement de la Cour Suprême a établi dans l’un de ses jugements que les gouvernements sont obligés de négocier de bonne foi si l’une des parties en fait la demande. Il s’agissait d’y penser. Après avoir réfléchi et jonglé avec l’idée, l’ancien chef du Parti québécois l’aurait tout simplement mise de côté. Remballant ainsi les chances du PQ et les ambitions politiques de l’auteur qui voulait être candidat dans Mercier.

Frédéric Bastien a une haute opinion de lui-même et de ses idées. Il faut rappeler que l’auteur de La Bataille de Londres a toujours eu l’impression que ses découvertes dans les archives secrètes réussiraient à changer la donne quant au devenir national des Québécoises et des Québécois. Après tout, le rapatriement unilatéral de la constitution canadienne par Pierre Elliott Trudeau était non seulement illégitime sur le plan politique, mais aussi illégal. Ce qui en soi devrait susciter une forte vague de protestation au Québec. La Bataille de Londres est un autre élément marquant de l’univers victimaire des souverainistes québécois avec le référendum volé de 1995 grâce « à l’argent et à des votes ethniques », comme l’avait dit le regretté premier ministre du Québec, Jacques Parizeau.

Le témoignage de Frédéric Bastien n’est pas inintéressant et il apporte des éléments supplémentaires à notre compréhension de l’ampleur des conséquences de la dernière défaite électorale du Parti québécois en octobre 2018. Reste cependant que beaucoup d’idées, notamment sur l’immigration et sur certaines communautés et en particulier sur la communauté musulmane, suscitent notre circonspection. Certains commentaires plutôt disgracieux, en particulier sur madame Michèle Blanc, enlèvent de la crédibilité à l’argumentaire de l’auteur. Pourquoi blesser autrui pour convaincre de son point de vue ?

Le point de vue défendu dans ce petit essai par Frédéric Bastien s’inscrit dans la mouvance idéologique souverainiste traditionnelle avec les arguments forts contre le multiculturalisme, la détestation du Canada et l’idée de la diversité culturelle. On y apprend que même sous le couvert de la respectabilité de vieilles idées et des préjugés tenaces sont toujours présents dans la grande famille souverainiste.

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