Bâillonner la démocratie

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Date: 9 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Pour une autre session parlementaire, les travaux de l’Assemblée nationale du Québec se sont terminés par l’adoption d’un projet de loi sous le bâillon. En fait, le gouvernement Legault semble avoir beaucoup de difficulté à gérer les travaux en ayant à faire face à une opposition. Malgré les remarques du premier ministre Legault sur le nombre d’heures nécessaires pour respecter la démocratie, il n’a convaincu personne. Il semble bien que ce gouvernement qui n’a pas de réelle opposition n’aime pas beaucoup souffrir la contradiction (le Parti Québécois et le Parti libéral n’ont pas de chefs et commencent des courses au leadership).

Non seulement monsieur Legault n’aime pas les partis d’opposition parce qu’ils s’opposent aux politiques de son gouvernement. Il n’aime pas non plus les groupes de pression, car ces groupes s’opposent eux aussi aux politiques de son gouvernement. Pire encore, le gouvernement Legault semble ne pas aimer toute forme d’opposition, car il n’hésite pas à abolir tous les contre-pouvoirs qui pourraient faire obstacle à ses volontés comme il veut le faire avec les élus des commissions scolaires et qu’il l’a fait avec le Conseil d’administration du Fonds vert.

Monsieur Legault devrait se rappeler que la société québécoise est une société démocratique qui est souvent divisée sur de nombreuses questions. C’est plutôt sain de ne pas avoir toutes les mêmes opinions. Ce n’est pas vrai qu’un parti aussi populaire auprès de l’électorat représente la vérité et les seules options possibles. La Coalition avenir Québec est un point de vue sur le Québec, mais cette formation politique n’incarne pas le Québec et toute sa population. Il n’existe pas d’opinion de la nation québécoise et solidaire. Il existe des opinions dans la société québécoise et au gré des conjonctures il se dégage une opinion majoritaire qui est toujours circonstancielle et surtout qui ne justifie pas que l’on fasse taire les opinions minoritaires au nom des droits d’une majorité. On reconnaît la santé d’une démocratie à la façon dont elle négocie les opinions de celles et ceux qui ne pensent pas comme la majorité. C’est cela une démocratie saine et vigoureuse.

Le premier ministre Legault aurait intérêt à méditer sur ces questions et ainsi il pourrait découvrir la vertu des oppositions à l’Assemblée nationale et cesser de vouloir bâillonner toutes celles et tous ceux qui ne partagent pas ses opinions sur la conduite des affaires du Québec.

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