La concentration de la propriété des médias

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Date: 16 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

C’est une heureuse nouvelle que nous avons appris hier quand on nous a informés que le financement des coopératives des cadres et des employés avait été finalisé. Cela permet non seulement la survie de nos quotidiens régionaux, mais aussi empêche une plus grande concentration de la presse. Ce n’est pas d’hier que ce sujet fait l’objet des préoccupations. Ce qui caractérise le monde des médias aujourd’hui n’est pas né aujourd’hui. C’est depuis la fin des années 60 que les journalistes et certains gouvernements s’inquiètent des conséquences de la concentration de la propriété des médias. Comment ce mouvement de concentration de la propriété de la presse vient-il réduire la liberté de presse et le droit du public à l’information ?

Le rapport McBride

En 1980, Sean McBride publia un rapport sous l’égide de l’UNESCO, « Voies multiples, un seul monde ». On retrouve les mêmes préoccupations dans des rapports canadiens, les rapports Davey et Kent et même au Québec, où le Centre d’études sur les médias de l’Université Laval a publié une étude sur la concentration des médias.

On peut résumer les inquiétudes et les diverses préoccupations de ces études et rapports par la citation suivante tirée du rapport McBride que je cite à partir du livre de Lise Boily et Marcel A. Chartrand que j’ai cité la semaine dernière dans mes billets sur le blogue de Nadeau Bellavance.

Voici ce qu’en disent les auteurs à la page 50 : « Le rapport McBride valorise des principes essentiels à respecter pour assurer une société démocratique. Parmi ces principes, soulignons l’élimination des effets négatifs que peuvent engendrer les concentrations et les monopoles d’entreprises, la libre circulation des nouvelles et des idées ainsi qu’un meilleur équilibre dans la diffusion, l’expression de la pluralité des sources et des réseaux d’information, la liberté de presse et d’expression à laquelle est rattaché le devoir des responsabilités de la presse et de leurs patrons. »

La convergence des profits

À ce phénomène largement répandu et inquiétant de la concentration de la propriété des médias, il s’ajoute aujourd’hui le principe de la convergence. Cette convergence se manifeste par la propriété de multiples médias par un même propriétaire usant de multiples plateformes de diffusion et adoptant une stratégie globale de mise en ligne de l’information de type poupée russe. Chaque élément venant en renforcer un autre. De la sorte, on peut économiser sur le coût de la main-d’œuvre pour fabriquer la nouvelle ou le contenu tout en maximisant les profits par l’utilisation de multiples plateformes de diffusion. C’est Pierre Karl Péladeau qui a le mieux utilisé cette stratégie avec le succès qu’il a connu avec l’empire Québecor.

Cette stratégie de convergence a fait le succès d’émission de télévision comme Star Académie de l’increvable Julie Snyder. Avec la puissance de l’antenne TVA, les journaux et les revues de Québecor, on a fabriqué instantanément de nouvelles vedettes populaires dont la population est si friande.

Un monde adverse pour les relationnistes

Les profondes mutations du monde des médias, l’arrivée dans notre vie quotidienne des nouvelles technologies de l’information ont provoqué des mutations profondes dans notre univers culturel. Les médias sont devenus de plus en plus des marchandises recherchant le spectaculaire, ce que j’ai appelé dans des textes plus anciens parus dans La Tribune ou EstriePlus, la « spectacularisation des médias ». La multiplication des plateformes de diffusion a pour sa part engendré la fragmentation des auditoires et une diminution catastrophique des revenus publicitaires. À terme, l’ancien modèle d’affaire des médias a été mis à mort par ces nouveaux phénomènes.

Cela a des conséquences sur le métier des professionnels des relations publiques. De technicien de l’opinion, il est devenu en quelque sorte un « intellectuel organique » du nouvel environnement médiatique du 21e siècle. Un intellectuel organique tel que l’avait défini Antonio Gramschi du fond des prisons de Mussolini au temps de la seconde guerre mondiale du 20e siècle.

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