Les querelleurs de droite

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Date: 5 février 2020
Auteur: Daniel Nadeau

Il faudrait vivre sur Mars pour ne pas avoir été informé du débat qui fait rage dans les milieux intellectuels sur le dogmatisme dans les universités. Cela fait suite à la publication d’un manifeste contre le dogmatisme universitaire signé par une soixantaine d’étudiantes et d’étudiants à l’initiative d’un étudiant en science politique et philosophie de l’Université de Montréal, Philippe Lorange. Un manifeste qui veut dénoncer la mainmise de la « gauche postmoderne » sur les universités et les cégeps québécois.

La lecture de ce manifeste nous amène à conclure que les auteurs font preuve d’une lecture assez courte de la réalité vécue dans nos universités et nos collèges. Les auteurs dénoncent ce qu’ils perçoivent comme un amalgame de concepts laissés sans définitions et des affirmations tenant de l’idéologie. Ils en ont contre l’idéologie qu’ils qualifient de progressiste qui professent des concepts comme islamophobie, transphobie, décolonialisme, capacitisme, spécisme, séparatisme lesbien et système de domination. Ils font l’impasse sur le fait tout simple que dans nos universités ce qui domine l’enseignement ce sont les théories libérales en droit, néo-classiques en économie et tutti quanti…

Le principal mérite de ce texte à mes yeux c’est qu’il promeut une position forte sans nuances qui favorisera le débat. Ce qu’il faut privilégier parmi les universitaires c’est justement le débat et non pas des croyances aussi méritoires que les causes sur lesquelles elles s’appuient. Débattre d’idées et de concepts c’est un art qui se perd à l’ère des réseaux sociaux et des algorithmes qui nous procurent des espaces sécuritaires de gens qui pensent comme nous, donnant ainsi l’illusion que nos propos sont en quelque sorte la vérité. C’est donc là le principal mérite de ce manifeste celui de susciter le débat. Quant aux arguments avancés, on pourrait en discuter longuement et je pourrais aisément prouver pourquoi je suis en désaccord en me fondant sur des faits vérifiables.

Le manifeste contre le dogmatisme suscite des débats et il nous rappelle que la principale vertu des études universitaires c’est de questionner le monde dans lequel nous vivons et les aprioris qui en fondent l’existence. Nous vivons toutes et tous dans une communauté imaginée qui est le résultat d’un combat idéologique quotidien. Les gens qui prennent la parole dans l’espace public et qui contribue ainsi à créer une opinion publique dans une conjoncture donnée sont des intellectuels organiques selon les termes de Gramschi et nous pouvons les diviser en deux grandes catégories. Celles et ceux qui regrettent le monde d’hier et celles et ceux qui souhaitent un meilleur monde pour demain.

En ce qui me concerne, je suis plus que jamais adepte de la citation de Karl Marx critiquant les thèses de Feurbach et qui disait : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer ». La vie est trop injuste pour que nous ne souhaitions pas lutter contre les injustices et prendre la défense des plus faibles et des démunis contre les puissants de ce monde qui mènent la planète à sa destruction. Cela dit, il y a plus d’un chemin qui mène à Rome…

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