ARTHUR BUIES

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Date: 17 février 2020
Auteur: Daniel Nadeau

Si vous êtes un familier de la série dramatique Les Pays d’en haut d’ici Radio-Canada, vous connaissez Arthur Buies ou du moins la représentation qu’en donnent les auteurs dans cette série dramatique. Arthur Buies qui est décédé en 1901 était l’ami et le secrétaire du célèbre curé Labelle.

Pamphlétaire redouté et chroniqueur infatigable, Arthur Buies fut un libéral qui a lutté contre la confédération, contre le pouvoir despotique de l’Église et qui était un grand admirateur de la démocratie américaine. Ardent anticlérical, Buies était aussi un fervent défenseur de l’éducation et il a combattu farouchement l’évêché de Montréal de Mgr Bourget en étant un membre actif de l’Institut canadien.

Ce que l’on ignore souvent c’est que l’histoire familiale d’Arthur Buies est au cœur d’une des grandes œuvres de la littérature canadienne-française : le roman d’Anne Hébert, Kamouraska. « Les biographes de Buies semblent avoir ignoré un détail relativement important concernant sa famille. En effet, la mère de Buies, Marie-Antoinette-Léocadie d’Estimauville, née à Québec le 13 mars 1811, était la sœur de Joséphine-Éléonore d’Estimauville, née le 30 août 1816. Le 16 juillet 1834, cette dernière épousa à Québec Louis-Paschal-Achille Taché, propriétaire d’une partie de la seigneurie de Kamouraska. Celui-ci devait être assassiné par l’amant d’Éléonore d’Estimauville, le docteur George Holmes, le 31 janvier 1839. Cette histoire a inspiré Anne Hébert pour son roman Kamouraska. »

On se rappellera surtout d’Arthur Buies comme un thuriféraire de la colonisation au côté de son ami le curé Labelle et un défenseur acharné du régime libéral d’Honoré Mercier. Au moment de sa chute, il écrira une chronique percutante : « Dans un article remarquable intitulé “Le Coup d’État Angers et la Chute de Mercier”, paru dans La Patrie du 6 août 1892, Buies tente d’expliquer la chute du gouvernement Mercier. Il écrit ces mots, que les amis de l’ex-premier ministre ne lui pardonneront point : “Il avait la plus brillante partie en main qui jamais ait échu à un homme d’État canadien : il avait tout un peuple derrière lui et un rôle glorieux à remplir : sa vanité, son égoïsme, son dénuement absolu de sens moral ont tout perdu.” »

Arthur Buies fut aussi un grand chroniqueur qui s’est servi de sa plume pour la mettre au service de ses combats : « Ces années de lutte, Buies les évoquera plus tard avec nostalgie : “Nous avons vu les derniers jours du Montréal d’autrefois et nous avons été les derniers types des étudiants vieux modèle. Nous avons ainsi fermé le trait d’union entre une société qui s’éteignait et une nouvelle qui s’annonçait avec des goûts, un esprit et un genre tout différents.” À vrai dire, ce furent des années de formation intellectuelle et professionnelle. Les conférences et les articles lui permirent non seulement de développer ses talents d’orateur et de journaliste, mais de préciser sa vision de la société canadienne-française, dont l’épanouissement reposait, selon lui, sur la scolarisation universelle et une forte culture scientifique et technique. Par ailleurs, l’intégrité de la culture canadienne-française dépendait, d’après lui, d’une connaissance approfondie de la langue française, menacée au Canada par ses élites : avocats, hommes politiques, hommes d’affaires, journalistes, écrivains, qui s’acharnaient tous à corrompre le français. Enfin, fidèle en cela à l’idéologie de l’époque, il croyait, comme tous les intellectuels, que la colonisation non seulement arrêterait l’émigration vers les États-Unis, mais consacrerait l’occupation du territoire par les Canadiens français, minimisant ainsi les effets de l’immigration anglo-saxonne au Canada et permettant l’exploitation des vastes richesses naturelles ».

Arthur Buies fut l’un de nos plus prolifiques chroniqueurs. Voici ce qu’il disait de ce mode d’expression : « Selon lui, la chronique c’est “un plat hebdomadaire convenablement épicé, humoristique plus ou moins, pouvant se tenir deux colonnes durant, assez au point pour délasser le lecteur et lui permettre d’avaler la formidable argumentation des autres colonnes rangées en bataille et tonnant de toutes leurs pièces”. Mais il existe un côté plus sérieux à la chronique, qui peut aussi constituer une source importante de réflexion sur la société, et de ce type de chronique Buies donne une définition toute différente : “qu’est-ce en effet que la chronique, si ce n’est le récit, au jour le jour, des événements qu’on voit de près, des faits intimes auxquels on se trouve mêlé ou qui se passent sous vos yeux, un aperçu piquant et rapide de ces petits côtés de l’histoire de son temps, dont la critique historique, pour être sérieuse, ne peut plus se passer aujourd’hui ?” »

Arthur Buies fut l’un des plus grands écrivains du Québec. Si certains voulaient en prendre la mesure en lisant directement ses textes, je vous recommande la lecture de sa correspondance éditée et présentée par Francis Parmentier aux Éditions Lux et publiée en 2017.

Laissons à Francis Parmentier le soin de nous en convaincre : « Il laisse le souvenir d’un homme bon, intelligent, qui tenta toute sa vie d’aider ses compatriotes. Sur le plan littéraire, il est considéré comme l’un des meilleurs stylistes de son temps. Il fut, sans aucun doute, l’un des esprits les plus curieux, les plus avancés du Québec, convaincu que l’Amérique francophone ne devait pas vivre repliée sur elle-même, mais s’ouvrir aux grands courants politiques, culturels et économiques contemporains. Son attitude courageuse, son talent de polémiste, son esprit critique furent une source d’inspiration pour un grand nombre d’intellectuels. Grâce à ses Chroniques et à la Lanterne, il demeure l’une des figures marquantes de la scène littéraire et intellectuelle canadienne du dernier quart du xixe siècle ».

Arthur Buies, un être à découvrir autrement que par notre petit écran dans la série actuelle des Pays d’en haut qui soit dit en passant prend beaucoup de libertés avec l’œuvre originale de Claude-Henri Grignon et aussi avec l’histoire du Québec au 19e siècle…

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