Notre grand poète Félix Leclerc : censuré

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Date: 27 février 2020
Auteur: Daniel Nadeau

Les Fourches caudines du politiquement correct ne sont jamais bien loin en 2020. Lors d’un cours de théâtre dans une école primaire à Montréal, des parents se sont plaints du choix d’un professeur d’utiliser le texte d’une chanson de Félix Leclerc sous prétexte que ce texte ne portait pas les valeurs de solidarité sociale. Le texte c’est celui de la chanson Les 100 000 façons de tuer un homme. Les parents reprochaient plus particulièrement à ce texte un peu satirique le fait qu’il condamnait l’oisiveté. Un crime en 2020.

Ce qui ressort de cet événement insignifiant au fond c’est d’une part de constater l’inculture rampante de ces parents qui sont incapables, semble-t-il, de lire un texte au second degré. Ils ont plutôt fait une lecture du texte en lui donnant un sens littéral. Puis, avec la Loi no 40 qui vient d’entrer en vigueur, les parents auront de plus en plus de pouvoir à l’intérieur des écoles. Sans le savoir, nous venons peut-être de créer un nouveau « politburo » qui risque de censurer de nombreux pans de la civilisation sous prétexte que cela ne respecte pas les valeurs 2020. Après les enfants-rois apparaissent les parents-rois.

L’autre observation à faire c’est la faible résistance de l’école et du professeur devant cette demande des parents. Non seulement la chanson de Félix Leclerc a été retirée du programme d’étude, mais on l’a aussi mise au recyclage. Dans quelle société vivons-nous quand on met nos plus grands poètes au recyclage ? Un autre grand poète, Léo Ferré, a écrit un très beau texte qui disait Poète à vos papiers. Il ne sert à rien d’écrire si l’on nous jette au recyclage. Jeter Félix au recyclage c’est de l’inculture et une censure inacceptable.

Le pire c’est que l’on ne sait pas où cela arrêtera. Faut-il supprimer l’étude de Baudelaire parce qu’il célèbre les drogues et l’alcool ? La question peut se poser pour plusieurs de nos artistes. La censure de nos jours a quitté les habits religieux pour revêtir ceux d’une nouvelle pensée politiquement correcte qui n’a que pour qualité son inculture. On sait maintenant que la meilleure façon de tuer un homme c’est de censurer ses chansons et sa poésie.

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