L’espace public d’Habermas et ses premières critiques anglo-saxonnes

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Date: 24 avril 2020
Auteur: Daniel Nadeau

Craig Calhoun a publié en 1992 le principal recueil critique à l’endroit du concept d’espace public de Jürgen Habermas à l’occasion de la traduction en anglais de son livre sur l’espace public. Cela a eu lieu dans le cadre d’un colloque auquel a participé Jürgen Habermas. Ce livre publié au Massachusset University Press sous le titre Habermas and the Public Sphere. Craig Calhoun est professeur de sociologie et d’histoire et directeur du programme de théorie sociale et des études transculturelles à l’Université de Caroline du Nord de Chapel Hill au moment de la publication de cet important et fondamental livre sur l’espace public et le concept de Jürgen Habermas. Rappelons que ce recueil d’articles auquel ont participé plus de 50 philosophes, anthropologues, historiens, germanistes et sociologue dont Jürgen Habermas lui-même qui commente les contributions à la fin de ce livre.

Ce livre a été publié à l’occasion de la traduction en anglais de l’ouvrage d’Habermas intitulé : The Structural Transformation of Public Sphere. Cet ouvrage est apparu 27 ans après sa publication originale en langue anglaise et il était attendu de la communauté scientifique.

À l’occasion de ce colloque, les intentions des organisateurs c’était d’informer la communauté scientifique des problèmes liés à la relation entre l’État et la société civile, les origines de la démocratie et des institutions démocratiques, l’impact des médias sur la démocratie.

Le sujet de ce livre est de discuter de la théorie de l’espace public de Jürgen Habermas dans la vision défendue d’Habermas qui s’appuyant sur Emmanuel Kant et Hegel défend l’idée d’une sphère publique bourgeoise où la raison devient la norme et que les discours raisonnés prennent le pas sur les notions de tradition. Nous sommes au cœur de l’exploration du monde de la modernité imaginée par Habermas et discutée dans plusieurs autres ouvrages dont ceux liés à l’agir communication et au discours sur la modernité. Même si Habermas rejette certains pans de la pensée de Kant, il est d’accord avec lui sur le concept de la rationalité dans la conduite des affaires communes : « Though Habermas rejects Kantian epistemology and its corollary ahistorical exaltation of philosophy as an arbiter and foundation of all science and culture, in his recent work he nonetheless argues that something remains crucial from the Kantian view of modernity. Above all else, this is a notion of procedure rationality and its ability to give credence to our views in the three areas of objective knowledge, moral-practical insight and aesthetic judgment. This procedural rationality is fundamentally a matter of basing judgment on reasons. Habermas’s task in Structural Transformation is to develop a critique of this category of bourgeois society showing both (1) its internal tensions and the factors that led to its transformation and partial degeneration and (2) the element of truth and emancipatory potential that is contained despite its ideological misrepresentation and contradictions. » (p. 2)

Dans le livre, les divers auteurs viendront commenter, discuter et critiquer la théorie suivante de Jürgen Habermas : « The early bourgeois public spheres were composed of narrow segments of the European population, mainly educated, propertied men, and they conducted a discourse not only exclusive of others but prejudicial to the interests of those excluded. Yet the transformations of the public sphere that Habermas describes turn largely on its continual expansion to include more and more participants (as well as on the development of large-scale social organizations as mediators of individual participation). He suggests that ultimately this inclusivity brought degeneration in the quality of discourse, but he contends that both requirements of democracy and the nature of contemporary large-scale social organization mean that is it impossible to progress today by going back to an elitist public sphere. » (p. 3)

Essentiellement, les critiques qui seront formulées par les divers auteurs traitent de l’un ou l’autre de ces aspects par exemple la place des femmes, l’exclusion des pauvres, des gens racisés, le rôle de manipulation des médias, les mouvements culturels et les cultures minoritaires et le caractère national de l’espace public d’Habermas.

De toutes les contributions, il faut garder en tête que l’un des défis de la lecture et de la réponse à la thèse d’Habermas est de garder pleinement à l’esprit la constitution à deux volets d’Habermas de la catégorie de la sphère publique comme simultanément sur la qualité de la forme de discours rationnel critique et la quantité, ou si vous préférez, son ouverture à la participation populaire.

Ces divers essais donnent un éclairage à la théorie de l’espace public et au concept d’opinion publique dans la mesure où les discussions des auteurs et leur dialogue avec l’œuvre d’Habermas cherchent à la fois à récupérer l’idéal durablement précieux de la sphère publique bourgeoise de sa réalisation historiquement contradictoire et partielle dans l’élaboration d’une théorie de démocratie délibérative.

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