Les ritournelles et les candidats toxiques

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Date: 17 septembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Ceux qui lisent mes chroniques que je publie chaque mercredi dans le journal Internet EstriePlus seront étonnés de ce blogue. Dans la prochaine chronique, je dénonce la couverture média de la présente campagne électorale en reprochant le fait qu’ils s’attachent à l’anecdotique plutôt qu’à l’essentiel. Alors que la civilisation occidentale dont nous sommes partie intégrante est en crise profonde de légitimité, d’inégalités et que la démocratie représentative ne parvient plus à rassembler autour d’un vouloir-vivre commun, nous nous intéressons à des futilités concernant le passé des candidats en présence surtout chez les conservateurs d’Andrew Scheer et les verts d’Élizabeth May.

Imaginez, la semaine dernière on a fait les manchettes avec le passé d’un candidat qui avait été condamné pour alcool au volant, il y a 27 ans. Il y avait, soyons bons joueurs, des cas plus préoccupants de propos homophobes, racistes, antisémites et même anti-canadien-français. Pas étonnant qu’Andrew Scheer ait jugé utile de tenir une conférence de presse en pleine nuit dans le vol de son avion. Les chefs de partis et les formations politiques ont la responsabilité de régler ces questions en amont. Ce qui est mis en doute dans de tels cas ce n’est pas tant le jugement des chefs, mais plutôt le professionnalisme de leur organisation.

Hier et durant le weekend, la manchette était les ritournelles du Parti libéral de Justin Trudeau. Je ne veux pas m’étendre sur le sujet, mais en 2019 offrir une mauvaise traduction qui n’a pas de sens pour affirmer sa foi dans le bilinguisme du pays n’est pas la trouvaille du siècle. Il aurait mieux valu utiliser la version anglaise qui est excellente qu’une mauvaise traduction. Idéalement, c’était d’avoir une traduction de qualité de cette ritournelle. Ce qui sera fait avons-nous appris hier en fin d’avant-midi de la part des autorités libérales.

Tout cela n’aura pas d’effets réels sur les résultats de la campagne électorale, mais cela traduit un bruit de fond qui n’est pas infondé. Pour les conservateurs de Scheer, cela indique que son parti est constitué de gens qui ont des opinions plus à droite que la population canadienne. On peut voir les effluves de l’ancien Reform Party dans ces événements. Pour le Parti libéral de Justin Trudeau, cela dénote que les conseillers près du chef Trudeau n’ont pas une sensibilité à fleur de peau pour le fait français et le Québec. Cela mène à de mauvaises traductions de ritournelles, mais aussi parfois à une méconnaissance de la dynamique politique québécoise qui incite le chef à faire des déclarations fermes sur des sujets délicats comme la loi 21. Cela pourrait avoir des conséquences plus graves que de mauvaises traductions de ritournelles sans signification.

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Dieu et les catastrophes naturelles

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Date: 16 septembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Lu dans l’édition de La Presse+ d’hier, cet intéressant article de Nicolas Bérubé qui publie le résultat de son entrevue avec la professeure agrégée d’économie à l’Université de Copenhague, Jeanet Sinding Bentzen concernant les liens entre les catastrophes naturelles et les croyances en Dieu. Fascinant comme étude.

Intitulée Acts of God? Religiosity and Natural Disasters, l’étude réalisée auprès de 400 000 personnes dans 96 pays révèle que le sentiment religieux est plus présent dans les lieux géographiques où se produisent des catastrophes naturelles. Un phénomène qui est perceptible et qui se transmet de génération en génération.

Qui plus est, ce phénomène touche toutes les classes sociales et toutes les nationalités. Le journaliste de La Presse+ Nicolas Bérubé rapporte les propos suivants de la professeure Sinding Bentzen : « Des gens de toutes classes sociales, de tous niveaux de revenus et d’instruction se tournent vers la religion pour faire face à l’incertitude. Ce qui m’a le plus surprise, c’est à quel point l’effet était marqué et allait au-delà du type de désastre naturel, du revenu des gens ou de leur lieu de résidence dans le monde. Mes collègues économistes croyaient que ces gens se tournaient vers les églises pour trouver de l’aide matérielle après une catastrophe, ce qui, en conséquence, accroissait le sentiment religieux. Mais quand j’ai regardé les données, j’ai vu que cet effet était très mineur et que les gens se tournaient vers la religion comme moyen de faire face psychologiquement à l’adversité. » (loc. cit.)

L’étude de la professeure de l’Université de Copenhague ne nous dit pas cependant si ce sentiment de religiosité pourrait s’accroître dans les prochaines années ou dans un futur prévisible sous l’impulsion des catastrophes naturelles qui seront le produit des changements climatiques : « … il est difficile de se prononcer sur la trajectoire du sentiment religieux. Mon étude montre que les tsunamis influencent le sentiment religieux, ce qui s’applique jusqu’à un certain point à l’Amérique du Nord. Aux États-Unis, les gens qui habitent dans les États ayant des risques accrus de tremblements de terre sont plus nombreux à chercher sur le Net des termes comme “Dieu”, “Jésus”, “Bible” et “prière”. Une autre de mes études a montré qu’aux États-Unis, certains changements dans les lois ont entraîné une hausse de la religiosité. Ces initiatives visent à augmenter la coopération entre l’État et l’Église, à garantir la liberté religieuse et à augmenter l’autonomie de l’Église, de plus en plus appelée à fournir de l’aide à partir de fonds publics. De façon générale, la religiosité est gouvernée par l’offre et la demande. Les désastres naturels causent une hausse de la demande pour la religion, tandis que des initiatives pilotées par l’Église semblent augmenter l’offre religieuse. » (loc. cit.)

Un rapide survol de la toile permet de trouver de nombreux sites religieux qui font état de liens entre les catastrophes naturelles et l’existence d’un Dieu vengeur ou encore d’un Dieu qui assiste imperturbable à cette recrudescence de catastrophes naturelles de tous genres. Un échantillon de ce type de littérature trouvée sur le Web : « Pourquoi Dieu permet-il des tremblements de terre, tornades, ouragans, tsunamis, typhons, cyclones, glissements de terrain et autres catastrophes naturelles ? Il permet à la terre de refléter le péché. De fait, la création attend avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. En effet, la création a été soumise à l’inconsistance, non de son propre gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise. Toutefois, elle a l’espérance d’être elle aussi libérée de l’esclavage de la corruption pour prendre part à la glorieuse liberté des enfants de Dieu. La chute de l’humanité dans le péché a eu des conséquences sur tout, y compris sur le monde dans lequel nous vivons. Tout dans la création est soumis à la “vanité” et à la “corruption”. Le péché est la cause ultime des catastrophes naturelles, ainsi que de la mort, de la maladie et de la souffrance.

D’une part, de tels événements ébranlent notre confiance en cette vie et nous obligent à penser à l’éternité. Les églises sont généralement remplies après une catastrophe naturelle, parce que les victimes prennent conscience de fragilité de leur vie, qui peut prendre fin en un instant. Mais nous savons une chose : Dieu est bon ! De nombreux miracles étonnants sont survenus à l’occasion de catastrophes naturelles, pour les empêcher de faire encore plus de victimes. Les catastrophes naturelles poussent des millions de personnes à réévaluer leurs priorités dans la vie. Des centaines de millions de dollars d’aide sont envoyés afin d’aider les personnes qui souffrent. Des ministères chrétiens ont l’occasion d’aider, de conseiller, de prier et de conduire des âmes au salut par la foi en Christ ! Dieu peut faire beaucoup de bien par les pires tragédies et il le fait. »

Hallucinant n’est-ce pas ? Ainsi devant les catastrophes naturelles, on peut prévoir selon une étude sérieuse la montée des sentiments de religiosité. Déjà, on perçoit avec les éléments les plus radicaux de l’écologisme une forte tendance à la montée de l’autoritarisme. Quelqu’un se rappelle quelle époque de l’histoire de l’humanité se caractérise par la conjonction de l’autoritarisme et de la religiosité. Si je vous parle de l’époque des croisades et du Moyen Âge, ça vous dit quelque chose ? Vivement la rationalité à notre secours et l’action structurée pour contrer les changements climatiques et éviter la recrudescence des catastrophes naturelles. Sinon, on peut s’interroger dans quel monde vont sombrer nos enfants et nos petits enfants ?

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Passer le relais aux nouvelles générations

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Date: 13 septembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

La population du Québec vieillie. Cela fait souvent l’objet des manchettes. Pas toujours pour les bonnes raisons d’ailleurs. Ce qui fait que toute une génération de femmes et d’hommes qui ont contribué à bâtir le Québec que nous connaissons aujourd’hui tombent dans l’oubli. Parfois, ces gens quittent la scène dans la retraite de l’anonymat, en d’autres occasions c’est la fin de leur vie qui met fin à leurs contributions. Parmi ces gens qui ont contribué à construire le Québec contemporain, il y a l’ancien maire de Québec, Jean-Paul L’Allier qui est décédé en janvier 2016. Dans les années 60, Jean-Paul L’Allier a jeté les bases de la coopération internationale du Québec. Dans les années 1970, il a été un ministre de la culture fort actif dans le gouvernement libéral de Robert Bourassa de 1970 à 1976 où il a mené des batailles épiques contre Ottawa sur les responsabilités des communications notamment. Il était l’un des défenseurs du concept de la souveraineté culturelle du Québec.

Jean-Paul L’Allier a par la suite traversé le mur partisan et s’est fait un des défenseurs du Oui lors du référendum de 1980 du gouvernement du Parti Québécois de René Lévesque. On a aussi connu Jean-Paul L’Allier comme maire de Québec qui de 1989 à 2005 a embelli sa ville, renouvelé son urbanisme, dynamisé sa culture et surtout accru le rayonnement international de la ville de Québec. Le quartier Saint-Roch c’est Jean-Paul L’Allier.

Décédé en 2016, il avait laissé des notes derrière lui que l’historien Gilles Gallichan a patiemment réunies pour donner un livre qui constitue les mémoires de Jean-Paul L’Allier. Le résultat des efforts de Gilles Gallichan vient d’être publié chez Septentrion sous le titre Le Relais. Mémoires inachevés. Avec l’aide de Johanne Mongeau, la compagne de Jean-Paul L’Allier, ce livre publié cette dernière semaine constitue un livre au genre hybride qui tient à la fois de la biographie, des mémoires, de réflexions et d’analyses diverses.

Une semaine avant sa mort, Jean-Paul L’Allier avait noté dans ses carnets une réflexion qui explique ses intentions : « J’écris énormément pour parler et être lu, pour raconter, faire rire, surprendre et partager. C’est comme si j’avais à dire sur tout. Quand quelqu’un parle, je parle aussi sur le sujet ou pas loin. Mes morceaux de mémoire morte s’activent, le temps d’en rajouter. Je ne sais pas bien écouter. La vie m’a toujours fait parler. C’est mon outil de travail et de plaisir. Ma mémoire est un bordel, mais je sais où sont mes affaires. J’ai voulu écrire, laisser quelque chose. Pour qui? Pour moi, par orgueil et parce que j’ai vécu heureux. » (Jean-Paul L’Allier avec la collaboration de Gilles Gallichan, Le Relais. Mémoires inachevés, Québec, Septentrion, 2019, p. 12)

Jean-Paul L’Allier a été un personnage important du Québec et assurément un grand personnage de la ville de Québec. Il laisse un souvenir d’un homme compétent, cultivé et surtout qui a aimé d’un amour fou la ville de Québec. Son nom est inscrit à jamais dans l’histoire du Québec, mais surtout de sa capitale. Lire ses mémoires inachevés c’est en quelque sorte nous rappeler combien il manquera au Québec…

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La laïcité s’invite dans la campagne électorale fédérale

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Date: 12 septembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Hier, la campagne électorale a débuté au Canada avec la visite de Justin Trudeau chez la gouverneure générale. Les hostilités à peine amorcées, déjà Justin Trudeau a été mis sur la défensive. Comment cela ? En raison de l’imposition par les journalistes et les médias de deux questions : la loi 21 du Québec interdisant les signes religieux et l’affaire SNC-Lavalin où le Globe and Mail révélait dans son édition d’hier le maintien du secret ministériel qui empêche certaines personnes de parler avec la GRC au sujet de cette affaire.

Souvent, on parle du quatrième pouvoir lorsque l’on parle des médias. La journée d’hier constitue une excellente illustration de l’exercice de ce pouvoir par ce que l’on appelle communément en anglais l’agenda-setting. Les questions soulevées par la presse nationale sont-elles des questions qui préoccupent les électeurs et les électrices ? Qui sont les gens au Québec qui ont encore envie de parler de la loi 21 ? Mis à part les opposants à cette Loi, d’énergiques minorités qui contestent la Loi, je ne connais pas grand monde qui parle de cet enjeu au quotidien. C’est un exemple d’un enjeu qui est un non-enjeu sauf pour mettre en boîte Justin Trudeau dont on connaît la position vraiment ferme sur la question des droits individuels et la Charte des droits. Cela dit, il y a une question qui s’impose et qui a été rappelé par François Legault, le premier ministre du Québec et par la candidate à la chefferie au PLQ, Dominique Anglade. Cette question relève des compétences du Québec et de son assemblée nationale et l’invocation par notre chambre législative de la disposition de dérogation est parfaitement légale et permise dans le cadre de la constitution canadienne rapatriée en 1982.

Quant à l’affaire SNC-Lavalin, je comprends le Canada anglais et ses médias de vouloir poursuivre à accabler le premier ministre Trudeau avec cette question. L’enjeu ici c’est de s’assurer que dans un prochain mandat aucun gouvernement ne vienne en aide à SNC-Lavalin et aux 10 000 emplois canadiens en jeu. Au Globe and Mail, on souhaite, si j’en crois les éditoriaux et les chroniqueurs que je lis sur une base régulière, que l’on n’applique pas une loi autorisant notre parlement canadien à permettre des ententes particulières protégeant les emplois des employés innocents des actions de leurs dirigeants corrompus. C’est un choix. Il serait souhaitable que si ce choix est celui de la population canadienne, on en profite aussi pour défendre au gouvernement du Canada d’interdire l’activité de compagnies étrangères au Canada qui ont bénéficié de telles ententes aux États-Unis ou en Europe. Parlant de la campagne, ce serait intéressant de voir ce que les autres chefs politiques des partis fédéraux entendent faire des emplois des employés innocents qui sont des victimes collatérales des actions de leurs dirigeants.

Quoi qu’il en soit, la première journée de campagne ne fut pas celle de Justin Trudeau et ce n’est pas à cause de la qualité de l’argumentation ou des idées de ses adversaires, mais de l’action des médias qui ont imposé les sujets de la journée d’hier. C’est cela que l’on veut dire quand on parle du quatrième pouvoir. Dommage que ces gens des médias n’aient pas à répondre à personne sauf à leurs patrons et à leurs commanditaires qui financent leurs médias de leurs actions et de la crédibilité que nous les spectateurs leur accordons…

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La violence apprivoisée

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Date: 11 septembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

La ministre de l’Environnement du gouvernement libéral, Catherine McKenna, a fait appel à un service de sécurité rapprochée renforcé selon la dépêche de presse dont nous avons pu prendre connaissance il y a quelques jours. La journaliste Isabelle Hachey de La Presse+ consacre une chronique à cette question. Je ne sais pas si vous avez pu prendre connaissance de cette chronique, mais je vous le dis ça vaut la peine d’y faire un détour.

Ce dont il est question dans ce texte, au-delà des menaces reçues par la ministre McKenna c’est la recrudescence de la violence non seulement sur les réseaux sociaux, mais aussi dans le monde réel qui s’insinue chez nous lentement, mais inexorablement. De tout temps dans l’histoire de l’humanité, la violence est partie de la nature humaine. Des historiens comme Dominique Reynié a écrit dans son livre le triomphe de l’opinion publique que la démocratie était une lutte continuelle entre l’autorité et le consentement. Il est sous-entendu que l’autorité dispose de la violence légitimée par la force de l’État.

La présence de cette violence dans l’espace public qui est d’abord issue des égouts à ciel ouvert que représentent les réseaux sociaux de cette époque conduit les humains à s’affranchir de toute civilité pour dire n’importe quoi à n’importe qui avec des mots qui autrefois étaient jugés inacceptables. Cette recrudescence de l’incivilité contamine l’espace public et notre mode de vivre-ensemble. On est loin de l’espace public rationnel imaginé par Jürgen Habermas où tous participent de façon égale aux débats publics et à la discussion démocratique. Cela ne doit pas nous faire voir pour autant la liberté d’expression comme une tare de notre siècle. Au contraire, il faut défendre la liberté de s’exprimer de celles et ceux qui font la promotion de ce nous pouvons le plus haïr, car la liberté d’expression n’a pas de prix et c’est à ce prix seulement que nous pouvons vivre en démocratie.

Cela dit, il faut par contre sévèrement réprimer les comportements odieux comme ceux qui viennent miner la vie de la ministre libérale Catherine McKenna. Il faut donner à nos lois des dents sur les débordements possibles. Il faut légiférer la bêtise en fait. Dans sa chronique, Isabelle Hachey nous apprend que la bêtise humaine est dans tout et qu’il y a des études qui font une corrélation entre la droite antiféministe, le négationnisme du climat et la misogyne et le racisme. Bref, quand on est con on est con partout. Il faut dire non à cette violence verbale et à ces bêtises sans noms répétées et partagées sur les réseaux sociaux. Nous méritons mieux que d’apprivoiser cette violence inacceptable. Catherine McKenna aussi…

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Au cours des prochaines semaines, nous serons en campagne électorale. Partis politiques, médias, commentateurs et spin doctors feront le maximum pour nous convaincre du bien-fondé ou non des propos des différents protagonistes en lice. Au-delà de nos choix et de nos préférences personnelles, pour l’un ou l’autre des chefs ou des partis en présence, il apparaît important de garder l’esprit ouvert et critique devant ce que nous raconteront les différents chefs et les formations politiques au cours des prochaines semaines. Prenons par exemple les débats des chefs.

Au-delà des performances des candidats qui s’affrontent dans nos démocraties libérales, il y a la perception que les gens auront de ces derniers à l’issue des débats. Chaque camp en présence déploiera tous les efforts possibles afin de donner l’image la plus positive de leur candidat, parfois même au risque de sombrer dans le ridicule. Je dis parfois à mes amis que la partisanerie en politique est indirectement proportionnelle à l’intelligence. En d’autres mots, plus on est partisan, moins on fait preuve d’intelligence dans nos échanges avec autrui. Comprenez bien cette affirmation, je ne dis pas que lorsque l’on est intelligent, on ne peut être partisan. Je dis plutôt que même si on est intelligent, on ne peut le démontrer lorsque l’on est partisan.

Le meilleur exemple de cela c’est les spin doctors. Qu’est-ce qu’un spin doctor ? Voici ce qu’en dit, Wikipédia : « Un spin doctor est un conseiller en communication et marketing politique agissant pour le compte d’une personnalité politique le plus souvent lors de campagnes électorales. Le terme est généralement porteur d’une connotation négative : la pratique a montré que le spin doctor n’agit pas toujours de façon morale notamment du fait de l’emploi de la technique dite du storytelling. »

Voici un bon exemple, les débats sur les débats au lendemain de l’événement qui aura été soigneusement mis en marché dans les semaines et les jours qui précédent. Attendez-vous à voir et à entendre au lendemain des prochains débats qui opposeront les chefs des formations politiques canadiennes en présence dans la prochaine campagne électorale les spin doctors sur les différents réseaux de télévision et de radio défendre l’indéfendable et argumenter contre des faits et des évidences qui étaient défavorables aux déclarations et aux positions adoptées par leur candidat.

Je n’ai rien contre les communicateurs et les gens de marketing qui s’investissent en politique. Jadis, j’ai pratiqué cela avec aussi peu de retenue que les spin doctors que je dénonce dans ce billet. Néanmoins, avec le recul des ans et avec l’expérience, j’ai acquis la conviction que nos démocraties seraient mieux servies avec plus de vérité, d’authenticité et d’intelligence. En attendant, continuons à vociférer les uns contre les autres sous l’habile direction des maestros spin doctors… Cela donnera encore plus de crédibilité à des phénomènes comme celui de Donald Trump aux États-Unis…

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Débattre à la française

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Date: 9 septembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

En cette fin de période estivale, alors que la programmation automnale de nos télés le dimanche soir n’est pas encore installée, je me suis pris au jeu de m’intéresser à l’émission de Laurent Ruquier, On n’est pas couché. Je connaissais déjà cette émission et j’en étais un téléspectateur attentif de façon épisodique. Il n’en demeure pas moins que la nouvelle saison de cette émission démarre sur des chapeaux de roue.

La semaine dernière, il y a eu tout un plat avec le roman de Yann Moix, Orléans, qui a mené à des discussions fort animées sur l’antisémitisme, la violence familiale, le rôle de la fiction et de l’écrivain. Bref, des discussions musclées qui furent fort intéressantes sur des sujets que nous abordons avec beaucoup de prudence sur les ondes de nos stations de télévision québécoise.

Hier, nous avons eu droit à un débat d’écologistes alors que des candidats très déterminés se sont présentés pour expliquer pourquoi il fallait défaire la maire actuelle de Paris, Anne Hidalgo. Des débats très vigoureux qui ont évoqué la disparition du téléphérique, la fin du tourisme de masse à Paris et des taxes sur les logements vacants pour répondre à la crise du logement.

Chez nos amis français, il n’y a pas la langue de bois. Dans les débats, les protagonistes ne se gênent pas pour attaquer leurs adversaires, les ridiculiser ou encore les pousser dans leurs derniers retranchements. Une attitude culturelle très différente de la nôtre ou encore de celle qui prévaut au Canada ou aux États-Unis.

Cela peut nous faire réfléchir au fait que nous sommes nous québécois parlant français très différents des Français. Notre proximité culturelle nous fait oublier le fossé culturel qui nous sépare. Nous sommes différents. Chez nous, nous n’aimons pas la chicane alors que les Français la cultivent dans leurs débats. Dans tous les cas de figure, être téléspectateur de ces émissions où tous parlent en même temps et s’invectivent est une expérience culturelle fort intéressante. Merci à TV5 de diffuser de telles émissions chez nous. Cela nous permet de mesurer que notre façon de débattre est différente de la façon qu’ont les Français de débattre ensemble.

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Les femmes et l’opinion publique

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Date: 6 septembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Il est fascinant de constater comment les femmes qui s’investissent en politique ont un traitement différencié dans l’espace public. C’est bien simple, les femmes en politique ont droit à l’expression de plus de préjugés et à l’expression de plus d’idées reçues que les hommes. C’est à mon sens une preuve supplémentaire, comme si nous en avions besoin, pour attester de la présence d’une discrimination systémique à l’endroit des femmes.

Pourquoi est-ce que j’écris cela ? Quelle mouche le pique diront certains ? Ce commentaire m’est inspiré par la lecture du dernier livre de la candidate malheureuse de la dernière élection présidentielle américaine, Hillary Rodham Clinton.

Je n’ai pas terminé encore la lecture de cet intéressant récit sur la dernière campagne électorale à la présidence américaine. J’en suis au chapitre 6. Néanmoins, j’en ai lu suffisamment pour trouver que les rapports de presse sur ce livre que l’on a pu lire dans les différents médias sont partiaux, sensationnalistes et qu’ils ne rendent pas justice au témoignage de madame Clinton. Je ne parle pas ici des commentaires politiques entendus qui ont, trop souvent, vilipendés madame Clinton l’accusant d’avoir écrit ce livre pour faire un « coup d’argent » et pour se justifier en attaquant tous les autres intervenants sans regarder ses propres erreurs.

Disons-le franchement, il n’est pas facile pour un être humain de se regarder dans le miroir et de dire à tous publiquement les fautes que l’on a pu commettre. Hillary Clinton fait pourtant une lecture très réaliste de la dernière campagne électorale et elle nous écrit avec beaucoup de candeur les choix stratégiques qu’elle a faits et le contexte dans lequel elle a agi. Certes, elle réagit fortement à la couverture de presse qui a magnifié la candidature de son principal adversaire, Donald Trump. Elle ne comprend pas comment il est possible que le scandale des courriels qu’elle a conservés sur un serveur privé ait pris autant d’espaces dans les médias ni les attaques vicieuses contre la Fondation Clinton faites par Donald Trump qui ont été banalisés par la couverture de la presse.

Madame Clinton nous livre un récit passionnant de son expérience et elle fait la démonstration par celui-ci que les femmes ont un traitement différencié dans l’espace politique. Elle a le mérite de dire les choses clairement. Par exemple, le temps que lui prend chaque jour la nécessité de se maquiller et de se coiffer, car les médias ne parleront que de cela si elle n’a pas une présentation impeccable alors qu’un homme ne fait pas face à de telles exigences.

Bref, la lecture du livre d’Hillary Clinton publié chez Simon & Schuster et intitulé « What happened » mérite le détour. Un livre de 512 pages qui nous fait vivre la dernière campagne présidentielle américaine de l’intérieur du point de vue de Hillary Clinton. Un livre fascinant que je vous recommande. La version française sera publiée d’ici la fin septembre. Néanmoins, lire ce livre dans la langue originale ajoute au témoignage.

 

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Un grand du journalisme nous quitte…

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Date: 5 septembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Le journaliste Pierre Nadeau est décédé il y a quelques jours des suites d’une maladie dégénérative : le parkinson. À l’écart de la scène publique depuis près d’une décennie, Pierre Nadeau laisse une profonde empreinte sur la société québécoise et le journalisme. L’auteur de ce blogue a été pour ainsi dire éduqué à la citoyenneté par les reportages et le travail de ce journaliste émérite. Adolescent, voulant être informé, je ne manquais jamais une émission de Format 60 animé par Pierre Nadeau.

Les témoignages que nous avons pu lire de ses pairs depuis l’annonce de son décès sont pleinement mérités et sont plus explicites que bien des mots que nous pourrions écrire.

Sur Twitter, le chroniqueur à La Presse Stéphane Laporte a déclaré que c’était grâce au journaliste qu’il dévorait l’actualité depuis son enfance. « Il rendait le monde palpitant. Quand Pierre Nadeau était là, on ne voulait pas être ailleurs. Merci pour tout. Il y a un nouvel envoyé spécial au ciel », a-t-il écrit sur Twitter. Le premier ministre Legault a déclaré sur Twitter apprendre avec tristesse « le décès d’un grand du journalisme québécois ». « On s’ennuie de ses grands entretiens à Format 60. Pensées pour sa fille », a-t-il ajouté. L’ex-journaliste et ex-éditorialiste au Devoir Serge Truffaut a travaillé avec Pierre Nadeau à la fin des années 1970, alors qu’il était documentaliste et recherchiste en économie à Radio-Canada. En entrevue au Devoir, il dit se souvenir d’un homme « d’une grande courtoisie, très aimable ». « Ils n’étaient pas tous comme ça », ajoute-t-il en riant. Enfin, l’ex-journaliste Gilles Gougeon a fait parvenir une lettre au Devoir dans laquelle il écrit que Pierre Nadeau « a survolé le métier en n’hésitant jamais à fondre sur les proies qu’il identifiait comme adversaires de la vérité. » Il ajoute que son ancien collègue de l’émission d’information jeunesse Bonjour dimanche était un homme « courageux, résilient, colérique, flamboyant, généreux, honnête. »

J’ai eu le plaisir de côtoyer ce brillant journaliste dans le cadre d’un dossier alors qu’il était délégué général du Québec à Boston. Il avait été d’une aide précieuse et d’un commerce fort agréable. Quelques années auparavant, à l’occasion de la tournée de promotion de son autobiographie l’impatient, la première fois où je l’ai vraiment rencontré, il s’était amusé avec le fait que nous avions le même patronyme. Il avait dédicacé la copie de son livre à mon attention en écrivant : « À mon lointain cousin ». Nous n’étions pas apparentés, mais notre discussion sur les origines de ma famille lui avait fait dire que nous sommes tous des cousins au Québec. C’était un vrai pince à rire avec beaucoup de classe et surtout avec une intelligence pénétrante. C’est grâce à lui si je me suis un jour vraiment intéressé aux affaires internationales et au journalisme. Sa façon de mener des entrevues avec les personnalités politiques faisait de lui un debater redoutable et laissait croire aux politiciens qui lui accordaient un interview qu’ils étaient en visite chez leur dentiste… Il avait le don d’aller au fond des choses avec intelligence et sans arrogance.

Pierre Nadeau a marqué l’histoire du Québec et du Canada et il fut un grand personnage de notre histoire…

 

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Culpabilité à rebours

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Date: 4 septembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, demandait pardon dimanche dernier aux victimes polonaises de l’agression nazie il y a aujourd’hui 80 ans. Pour une seconde fois, dans la même journée, le président allemand Steinmeier a reconnu la responsabilité allemande pour la Seconde Guerre mondiale.

France-Info sur son site Web rapporte les propos du président allemand qui a fait cette déclaration lors d’une cérémonie à Wielun à 4 h 40, heure exacte du bombardement allemand il y a 80 ans, et il l’a réitéré lors d’une cérémonie internationale à Varsovie. De façon percutante, Frank-Walter Steinmeier a d’abord demandé pardon au nom du peuple allemand aux victimes : « Je m’incline devant les victimes de l’attaque de Wielun. Je m’incline devant les victimes polonaises de la tyrannie allemande. Et je demande pardon. »

Puis, il a reconnu la responsabilité de l’Allemagne : « Ce sont les Allemands qui ont commis un crime contre l’humanité en Pologne. Quiconque prétend que c’est fini, que le règne de terreur des national-socialistes sur l’Europe est un événement marginal dans l’histoire allemande se juge lui-même, a souligné le président allemand. Le chef de l’État a semblé faire ainsi référence à l’extrême droite allemande, dont le co-président Alexander Gauland avait estimé que les années du Troisième Reich n’ont été qu’une “fiente d’oiseau” dans un millénaire allemand glorieux. »

Cela apparaît simple comme déclaration, mais c’est faire l’économie de l’énorme débat politique que cela provoque en Allemagne entre les partis de gauche et de droite. Déjà, dans les années 1990, au moment de la réunification des deux Allemagnes, des voix parmi les plus respectées, comme celle de l’éminent penseur de l’Allemagne contemporaine, Jürgen Habermas, s’inquiétaient de la résurgence de l’État-nation. Son biographe Stefán Müller-Doohm rapporte à ce sujet : « Habermas se montre profondément sceptique à l’égard de l’État-nation, compris comme unité ethnique, et à l’égard du nationalisme en tant qu’une ressource pourvoyeuse d’identité. » (Stefan Müller-Doohm, Jürgen Habermas. Une biographie, [Nrf], Paris, Gallimard, 2018, p. 307.)

Il faut rappeler aussi en 1986 la célèbre querelle des historiens autour d’un article d’Ernst Nolte publié dans FAZ intitulé Un passé qui ne veut pas passer. Dans ce texte, Nolte remet en cause la singularité de l’Holocauste et réinterprète le national-socialisme comme un contre-mouvement séculier au bolchévisme et prétend que le meurtre de classe des communistes aurait précédé le meurtre de race des nazis et que les camps d’extermination soviétiques seraient plus originels qu’Auschwitz. (ibid. p. 294) Habermas est intervenu fortement dans ce débat accusant les protagonistes de falsification de l’histoire, de manque de sens politique et surtout de révisionnisme qui minimise les responsabilités de l’Allemagne. Pour ce philosophe, sociologue, il est clair que l’Allemagne doit reconnaître sa responsabilité. Il en va, selon lui, de la santé démocratique du pays. Lisons encore son biographe déjà cité : « Habermas met l’accent sur la responsabilité des Allemands pour les crimes du national-socialisme. Cette responsabilité impose à ses yeux d’entretenir le souvenir de ceux qui ont été assassinés par les Allemands. “Ces morts-là, écrit-il, peuvent doublement revendiquer la force d’une solidarité — si faible que soit sa résistance à l’oubli — dont les enfants ne peuvent user qu’au moyen d’une mémoire sans cesse ravivée, souvent désespérée, en tous cas obsédante”. Pour Habermas, la reconnaissance des crimes du national-socialisme envers les victimes et le monde est l’une des plus grandes conquêtes politiques de l’Allemagne contemporaine. »

Les propos tenus ce dernier dimanche par le président allemand Frank-Walter Steinmeier s’inscrivent dans la foulée de la pensée habermassienne et les allusions de ce dernier au refus des groupes d’extrême droite de reconnaître ces faits s’inscrivent dans un débat politique commencé dans les années 1980. Se souvenir est toujours utile pour comprendre…

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