Mariage royal pour les patriotes

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Date: 21 mai 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Les médias nous offrent parfois d’amusants spectacles comme ce mariage du prince Harry, fils imprévisible de Charles et de Lady Di, avec la roturière et actrice américaine, Meghan Markle. Ayant été par le passé un amateur de la série américaine Suits, j’avais succombé aux charmes et à la beauté de la belle Rachel Zane.

Il est quand même étonnant qu’au Québec, nos médias consacrent autant d’espaces à un mariage royal. Qui plus est, le long weekend de la fête des Patriotes. Jamais les choix n’auraient été aussi clairs pour les Québécois. S’intéresser aux ruines d’un régime monarchique qui nous a un jour conquis ou célébrer nos patriotes dont plusieurs ont été pendus haut et court pour avoir trahi la couronne britannique en ayant voulu faire valoir les droits des Canadiens de l’époque. Quand même curieux cet intérêt pour le mariage du mauvais garçon et de la roturière.

Cela en dit long sur notre époque. Le goût du spectacle, la perte de repère identitaire, le besoin de se réfugier dans des institutions qui sont rassurantes pour nous comme le sont les films de Walt Disney pour les familles. Celles et ceux qui militent pour l’instauration d’une république québécoise comme cette pauvre Martine Ouellet doivent être bien désemparés par nos comportements collectifs par les temps qui courent. S’il est vrai que le choix des médias de donner de la visibilité à un événement comme ce mariage royal est leur choix, il n’en demeure pas moins que les médias font des choix en lien avec les auditoires qu’ils pensent rejoindre par les produits qu’ils mettent à la disposition de leur public.

Il est aussi étonnant de voir cette tradition monarchique se maintenir au Canada alors que nous avons cru bon de rapatrier notre constitution canadienne en 1982, mais en conservant nos liens avec la monarchie.

Quoi qu’il en soit, il ne faut pas attribuer trop d’importance aux phénomènes qui n’en ont pas. Je crois que l’accent mis sur le mariage royal est beaucoup plus attribuable à son caractère spectaculaire et au fait qu’il mettait en scène un bad boy, fils d’une mère célèbre et d’une roturière, actrice à Hollywood. Tous les ingrédients pour donner un caractère spectaculaire à une vieille institution qui continue à rassurer celles et ceux qui s’inquiètent de la fulgurance de notre époque.

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Idées reçues : Immigration et opinion publique

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Date: 18 mai 2018
Auteur: Daniel Nadeau

C’est bien connu. Certains sujets font exploser les opinions dans l’espace public. Parmi ces sujets chargés d’émotion, il y a bien sûr la question de l’immigration. Au Québec, depuis la déclaration de Jacques Parizeau lors de la défaite du camp du Oui au référendum de 1995 disant que la défaite souverainiste était attribuable « à l’argent et des votes ethniques », nous sommes devenus sensibles à la question du « Nous » et des « Eux ». Il y a eu aussi l’épisode d’Hérouxville suivi de la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, les débats sans fin sur les symboles religieux, les débats sur la laïcité et bien sûr la fameuse charte des valeurs du Parti québécois. Cela n’a rien à voir avec l’immigration ou si peu, mais c’est qui rend le débat impossible sur une question pourtant simple : En vertu de nos besoins démographiques et économiques, il est clair qu’à l’image de plusieurs pays aux économies avancées, nous ne faisons plus assez d’enfants, combien de nouveaux arrivants devons-nous accueillir pour soutenir notre développement?

Question simple, mais qui prend l’aspect d’un psychodrame identitaire au Québec. Pourtant, nous avons des politiques claires en ces matières et des critères précis pour choisir les nouveaux arrivants qui se joignent à nous. Même c’est le Québec qui fait le choix de ses immigrants. Alors pourquoi tout ce bruit autour de la politique de la Coalition avenir Québec sur la question de l’immigration?

Une politique pourtant simple et raisonnable. Choisir les immigrants en fonction des besoins de nos entreprises aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre. S’assurer de la francisation des gens que nous allons accueillir chez nous, car la langue officielle et du travail au Québec est le français. Veiller à ce que les gens que nous allons accueillir chez nous partagent le socle de nos valeurs qui sont en fait des valeurs universelles : égalité entre les hommes et les femmes, politique de non-discrimination envers les minorités visibles ou sexuelles, etc. Enfin, veiller à ce que ces nouveaux Québécois soient bien intégrés à la société d’accueil. Cela m’apparaît hautement raisonnable.

Qui plus est, la Coalition avenir Québec s’engage à reconnaître à ces nouveaux Québécois la francisation comme un droit et promet d’ajouter des ressources financières suffisantes pour que l’intégration soit un succès. La CAQ veut aussi réussir la régionalisation de l’immigration. Pas sorcier tout cela. Elle ajoute qu’en ce moment, la régionalisation est un échec, la francisation connait des ratés et l’intégration à l’emploi est caractérisée par un taux de chômage trois à quatre fois plus élevé que dans la population québécoise. En attendant de rétablir la situation, de réussir notre immigration, la Coalition avenir Québec décrète qu’il faut diminuer le nombre d’immigrants de 10 000 personnes par année et ajoute qu’après une certaine période les gens accueillis chez nous qui ne parleront pas notre langue, seront étrangers à notre culture commune partagée et ne feraient pas d’efforts pour occuper un emploi ne pourront demeurer chez nous et obtenir la citoyenneté canadienne munie du certificat québécois confirmant notre intérêt à l’accueillir chez nous.

Les intentions sont bonnes, mais les moyens sont à peaufiner. Par exemple, il faut mieux choisir nos immigrants. On ne nous dit pas quels seront les nouveaux critères. Il faut rouvrir l’entente sur l’immigration avec le gouvernement du Canada afin d’y introduire la notion de certificat temporaire probatoire de trois ans avant de pouvoir obtenir son statut de résident permanent, puis de citoyen du Canada. Il faut faire en sorte que les nouveaux arrivants aillent dans les régions du Québec. On pourrait ainsi assigner par exemple un nombre d’immigrants maximal par région administrative du Québec et penser à accorder des points pour le choix des régions ciblés par le gouvernement. Enfin, le nombre d’immigrants reçus au Québec chaque année devrait être lié par des critères objectifs soumis à notre taux de réussite. Plus notre taux de rétention est haut, plus on accueille de nouveaux arrivants, etc.

Bref, mettre des balises et discuter de l’immigration n’est pas un crime, ce n’est non plus un acte raciste ou xénophobe. Les bien-pensants veulent faire croire que tout va pour le mieux alors que le taux de chômage est plus élevé chez les immigrants que dans la population québécoise, que les immigrants sont concentrés à Montréal et que l’on retrouve très peu dans les régions. Ce sont là des idées reçues qui sont fausses lorsque soumises au test de la réalité.

Le plus important c’est que l’on débatte sereinement de cette question, car les immigrants sont une richesse pour le Québec et que nous en avons grandement besoin. Il faut distinguer l’immigration économique des réfugiés. C’est une tout autre question qui mériterait un autre débat.

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La rentrée ratée d’Alexandre Taillefer en politique

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Date: 17 mai 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Trop souventes fois, on critique les spécialistes de relations publiques les accusant d’être des manipulateurs de l’opinion publique ou pire encore des chantres de l’emprise des élites sur la population. Ce métier est largement discrédité à gauche. Cela est incontestable.

Chose certaine, le richissime homme d’affaires montréalais aurait eu avantage de faire appel à un professionnel de ce milieu la semaine dernière pour l’aider à gérer sa rentrée en politique. C’est quand même incroyable qu’un parti politique aussi aguerri que le Parti libéral du Québec puisse laisser place à un tel laisser-aller lorsque depuis plusieurs semaines, il joue l’une de ses meilleures cartouches en matière d’images.

Nous savons tous, que l’on aime ou pas, que la Politique avec un grand P est souvent plus une affaire de perception que de réalité. Tout se fonde sur les perceptions. Or, les perceptions actuelles à l’endroit du gouvernement libéral sortant de Philippe Couillard c’est qu’il est un gouvernement usé par quinze années ou presque d’exercice de pouvoir quasi ininterrompu. Un gouvernement qui a bien fait en matière économique, mais au prix de sacrifices sans nom pour la population dans la foulée de la mise en œuvre d’une politique d’austérité qui a touché en plein cœur de nombreux services à la population notamment dans le domaine de l’éducation et de la santé. Un gouvernement enfin de fin de régime que ses propres troupes quittent dans un véritable « tsunami de départs ». On ne peut s’empêcher d’avoir en tête l’expression : « les rats qui quittent le navire ».

Dans un tel contexte, l’arrivée d’une personnalité forte comme celle d’Alexandre Taillefer aurait pu être le début de quelque chose pour modifier les perceptions ambiantes de la population envers ce gouvernement. Au lieu de cela, on a appris cette nouvelle au profit d’une fuite, calculée ou non l’histoire ne le dit pas, et monsieur Taillefer a dû se « dépatouiller » dans des eaux troubles de ses adhésions à des partis multiples et à des motivations pas toujours nettes. Monsieur Taillefer aurait dû refuser de répondre aux questions sur ce sujet alors qu’il était à un événement pour parler d’énergie et donner rendez-vous aux mêmes journalistes à une date et une heure prévue à cette fin. Une sourde a le droit de ne pas répondre immédiatement aux requêtes des médias. Le « pas de commentaires » est légitime en certaines circonstances. Au lieu de cela, Alexandre Taillefer s’est enferré dans des explications et des propos parfois loin de la vérité.

On dit souvent que l’on n’a pas beaucoup de chance de faire bonne impression une deuxième fois. C’est ce que monsieur Taillefer a eu droit plutôt cette semaine. Si l’exercice a été beaucoup mieux réussi cette fois, de nombreuses questions demeurent encore sans réponses. C’est un fait unique qu’un président de campagne électorale soit ainsi mis de l’avant par un parti politique. Daniel Johnson, qui avait joué ce rôle auprès de monsieur Couillard en 2014, n’avait pas eu droit à tant de fla-fla. Pourquoi cela? Quel rôle jouera Alexandre Taillefer dans cette campagne alors qu’il refuse de se porter candidat?

Tout cela sent l’improvisation et le désespoir chez les libéraux. L’arrivée de monsieur Taillefer avec le PLQ ressemble ainsi à une balle perdue et l’effet voulu aura été gâché par une improvisation en matière de relations publiques. Sans compter que désormais, Alexandre Taillefer étant un joueur sur le terrain, des questions ne manqueront pas de surgir par rapport à son aura de succès en affaires comme l’indique le reportage d’hier du Journal de Montréal sur la grogne dans Théo Taxi. Bienvenue en politique monsieur Taillefer!

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L’affaire Guy Ouellet, l’UPAC et le gouvernement Couillard

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Date: 16 mai 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Il est toujours fascinant de constater qu’un jour, un sujet de toutes les préoccupations devient inaudible sans pour autant que les questions soulevées aient pu trouver des réponses. Les médias, les porte-parole d’opposition et même le président de l’Assemblée nationale s’étaient mis de la partie dans ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Guy Ouellet. Qui ne se souvient pas du célèbre mot du président Jacques Chagnon à propos de l’UPAC et de son dirigeant Robert Lafrenière : « Qu’ils s’excusent ou bien qu’ils accusent ».

Si le gouvernement libéral de Philippe Couillard est fort heureux du silence entourant cette affaire aujourd’hui, on ne peut pas en dire autant des citoyennes et des citoyens du Québec qui n’ont toujours pas obtenu de réponses à des questions aussi simples que : L’UPAC est-elle une organisation crédible ou est-ce un mur d’apparat commode aux libéraux pour masquer les faits et la réalité? Le dirigeant Robert Lafrenière s’active-t-il à effacer les traces de corruption et de collusion au sein du gouvernement liant organismes et ministères au Parti libéral du Québec et à ses organisateurs?

Toutes des questions sans réponses. Annie Trudel, la compagne de Guy Ouellet et la célèbre lanceuse d’alerte au ministère des Transports du Québec vient de publier un livre aux Éditions de l’homme dans lequel elle raconte sa version de l’histoire. Dans « Jeux de coulisses. Les dessous de la lutte contre la corruption au Québec », Annie Trudel fait un récit passionnant des événements liés à des dysfonctionnements dans l’octroi des contrats au MTQ, nous parle des rivalités incroyables entre les divers organismes liés à des policiers retraités et actifs dans la foulée de la création d’une ribambelle d’unités de luttes contre la collusion et la corruption.

Nous ne savons pas à la lecture de ce livre si nous avons affaire à un récit fidèle des faits ou plutôt à un règlement de compte d’une femme liée à Jacques Duscheneau comme mentor, puis à Guy Ouellet comme amoureux. Deux ennemis jurés de Robert Lafrenière, le patron de l’UPAC. Ce que nous pouvons néanmoins déduire de ce récit de madame Trudel c’est que sous le couvert de la lutte à la corruption et à la collusion, thème qui a le dos large, qu’il y a eu ces dernières années une lutte de pouvoir féroce entre divers corps policiers, personnages publics et personnages politiques. Une lutte de pouvoir qui n’avait pas pour objectif d’annihiler la corruption, mais de mettre en valeur celles et ceux qui voulaient devenir les Elliot Ness de notre époque.

Le livre d’Annie Trudel nous rappelle que derrière l’écheveau qu’est aujourd’hui la lutte à la corruption, il y a des luttes de pouvoir des guerres intestines qui ont fait les manchettes. On a passé plus de temps à se battre entre gens de bien qu’à pourchasser les vrais bandits. Que c’est décevant! Sur cet aspect, le livre d’Annie Trudel est convaincant.

Peut-on imaginer une fin heureuse à toute cette sale histoire un jour? Pour répondre à cette question, donnons la parole à Annie Trudel : « La corruption existera toujours, au Québec comme ailleurs. Mais plus la volonté politique sera honnête, plus on pourra la combattre avec efficacité. Pour l’instant, la priorité consiste à gérer la pression des citoyens de manière à faire réélire une majorité de députés pour accéder au pouvoir. La volonté est de faire du marketing. Seuls les spécialistes de la lutte contre la corruption montrent une véritable volonté de s’y attaquer. » (Annie Trudel, Jeux de coulisses. Les dessous de la lutte contre la corruption au Québec, Montréal, Éditions de l’homme, 2018, p. 245)

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Léo-Rhéal Bertrand ou Tuxedo Kid

Dans l’histoire du Québec, on croise toute sorte de personnages. Dans ces billets consacrés aux oubliés de notre espace public et de nos mémoires, j’ai relaté le destin de pirates, d’intellectuels, d’hommes politiques, de révolutionnaires, d’artistes. C’est la première fois que j’évoque un criminel qui ne figure dans nos mémoires que parce que c’est un criminel notoire. On doit à Raymond Ouimet un récit sur la vie de cet homme, Léo-Rhéal Bertrand : « Voleur de moutons, coureur de jupons, avorteur amateur, voleur de banque, Léo-Rhéal Bertrand est un homme peu fréquentable. »

Léo-Rhéal Bertand a marqué l’imaginaire du public de son époque. Originaire de Saint-Polycarpe, il est soupçonné du meurtre de sa première femme, il évite finalement l’échafaud, mais lorsque sa deuxième conjointe passe de vie à trépas, là, il ne peut esquiver son rendez-vous ultime avec le bourreau et il est pendu.

Homme à femmes, beau bonhomme, reconnu pour son smoking noir, sa chemise blanche et son nœud papillon, ce sont les journalistes anglophones qui le surnommèrent Tuxedo Kid. « Après son mariage avec Rose-Anna Asselin, il est allé s’installer à Ottawa avec sa femme qui elle, venait de Sainte-Justine de Newton où elle travaillait comme téléphoniste. Elle savait pertinemment bien qu’il n’était pas un saint », relate Raymond Ouimet d’entrée de jeu. Évidemment, il est retourné souvent à Saint-Polycarpe sur le rang Sainte-Marie pour visiter sa famille, lui qui était le benjamin d’une famille de 11 enfants. La famille de Tuxedo Kid a été entachée par les gestes du dernier de la famille. « C’était une belle famille, une famille honorable, et Léo-Rhéal en était le mouton noir, si l’on peut dire », mentionne l’auteur.

« Mouton noir en effet. Car, outre les deux événements avec ses deux épouses, il a été condamné à 15 ans de prison et incarcéré avec un complice à la prison de Kingston en Ontario pour le braquage d’une banque. Il passera finalement 12 ans en prison.

Plus d’une quinzaine d’années plus tard, au début des années 1950, Bertrand se remaria à Rosa Trépanier. Il était alors âgé de 39 ans alors que celle-ci en avait 55. “Établie dans la capitale fédérale depuis son mariage, elle possédait des biens évalués aux environs de 35 000 $, ce qui n’est pas peu quand on sait qu’une maison se vend alors dans les 5 000 $. Ses propriétés lui rapportent près de 3 000 $ annuels brut” de décrire Raymond Ouimet.

Le 10 novembre 1951, Rosa perdit la vie dans l’incendie d’un chalet de chasse situé au lac Sainte-Marie, à une soixantaine de milles au nord de Hull, en Outaouais. Il n’en fallait pas plus pour que les enquêteurs soupçonnent que Léo-Rhéal Bertrand ait mis le feu pour encaisser l’héritage. Du corps de Rosa, on ne retrouva que des fragments d’os et des cendres.

Au procès du meurtre de sa deuxième femme, il a trébuché à plusieurs reprises. “Le Tuxedo Kid a fait plusieurs erreurs au cours du procès et là, il ne pouvait s’en sortir”, de rappeler Raymond Ouimet. Reconnu coupable du meurtre de sa deuxième femme en 1951, il est pendu à la prison de Bordeaux en 1953. »

L’ouvrage de Raymond Ouimet Tuxedo Kid : La beauté du diable édité chez Septentrion est un véritable roman qui se lit comme un thriller policier. C’est un criminel qui n’a rien à son épreuve. Il faut être reconnaissant à Raymond Ouimet de nous avoir mieux fait connaître ce personnage singulier de l’histoire du Québec.

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Le beau risque de Michel Gauthier

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Date: 14 mai 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Comme je l’évoquais la semaine dernière, le Parti conservateur du Canada d’Andrew Scheer a poursuivi son opération charme auprès du Québec cette fin de semaine en tenant pour la première fois depuis longtemps un Conseil général à Saint-Hyacinthe. L’opération semble un succès pour les troupes d’Andrew Scheer et la réplique assassine « l’avortement n’est pas un droit » du député conservateur du Manitoba, Ted Falk, ne semble pas avoir survécu dans les esprits présents lors du dernier weekend.

Il faut dire que nous avons eu droit à la version adaptée du « Beau risque » de René Lévesque, de la part de l’ancien chef du Bloc Québécois, Michel Gauthier. Ce dernier a décidé de rallier les rangs du Parti conservateur du Canada pour les aider à faire triompher les valeurs conservatrices et à combattre les volontés centralisatrices du gouvernement libéral de Justin Trudeau. Big deal pour Andrew Scheer. Non seulement Michel Gauthier sonne-t-il le glas au grelot de la souveraineté du Québec, la population n’est plus là dit-il, mais aussi il se lance dans des accusations sur la volonté de centralisation de l’actuel gouvernement de Justin Trudeau à partir de la question de la culture des plants de pot à la maison. Grosse affaire…

Il y a vraiment de quoi se réjouir pour Andrew Scheer au lendemain de ce coup politique réussi au Québec dans l’opération « Andrew aux pays des Gaulois ». Pour celles et ceux qui sont encore impliqués dans la tragi-comédie de mauvais théâtre d’été de Martine Ouellet et des « Québec debout », il y a de quoi s’inquiéter. La disparition totale du Bloc québécois semble pointer son nez à notre ordre du jour politique.

Justin Trudeau et l’équipe libérale doivent commencer à prendre au sérieux ce qui se passe au Québec et revenir au jeu de base, car l’avenir pourra réserver des surprises. Il faut comprendre que les libéraux ont aussi de bonnes raisons d’être rassurés. Une lutte à deux entre les conservateurs d’Andrew Scheer et les libéraux de Justin Trudeau au Québec pourrait bien tourner à l’avantage des troupes libérales. Surtout si le député manitobain Ted Falk vient se rappeler à nos souvenirs et que la droite morale qui a appuyé Scheer vient nous dire tout le mal qu’elle pense des homosexuels, des mariages gais et du droit à l’avortement. Andrew Sheer a bien promis de ne pas ouvrir à nouveau ces débats, mais le problème c’est que ce sont là des convictions importantes pour lui et une partie des conservateurs au Québec. Ce sera intéressant à suivre ce « beau risque 2.0 » de Michel Gauthier…

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La politique, l’opinion publique, les médias et les élections

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Date: 11 mai 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Nous sommes en période de saison haute de la politique. À l’aube d’une campagne électorale qui se déroulera cet automne, toutes les formations politiques fourbissent leurs armes. Avec les élections à date fixe, de nouveaux phénomènes apparaissent. Nous sommes en campagne électorale depuis plusieurs semaines déjà. Cela s’ajoute au contexte où triomphe la spectacularisation des médias.

Dans un vieil essai publié en 1988, le politologue américain, Murray Edelman, faisait état des transformations majeures ayant cours dans le discours politique qui était devenu un spectacle. S’il y a une évidence c’est que non seulement les thèses du professeur Edelman sont toujours d’actualité, mais que plusieurs des idées émises alors ont connu un approfondissement spectaculaire pour faire en sorte que de nos jours la politique est véritablement devenue un spectacle.

Dans son essai, publié en 1988, « Constructing The Political Spectacle », Edelman avait noté que l’accroissement de la littératie parmi les populations joint à une présence plus invasive des médias dans la vie collective depuis la Seconde Guerre mondiale faisait en sorte que la population mieux informée des faits politiques pouvait faire de meilleurs choix rationnels quant à sa gouvernance. Ainsi, selon Edelman, la population serait mieux à même de protéger leurs intérêts et de promouvoir le bien commun. Murray Edelman, Constructing The Political Spectacle, Chicago, The University of Chicago Press, 1988, p. 1).

Il est vrai que le choix des médias de faire des reportages sur la politique de façon continuelle, de travailler à faire la narration quotidienne en construisant et en reconstruisant les faits sociaux et économiques liés à la politique ainsi qu’à présenter cette actualité comme un combat entre des partis et des personnalités sont des facteurs structurants dans la construction du spectacle politique. Cela est encore plus vrai de nos jours avec l’avènement de l’information continue et des réseaux sociaux.

Ce qu’avait sous-estimé l’auteur dans sa thèse du « spectacle politique » c’est l’effet pervers de l’avènement du cynisme en politique et de personnalités hors-norme, création des médias comme celle du président américain Donald Trump. Le cynisme ambiant lié à la désaffection de la population pour le politique et le « vivre-ensemble » a créé un nouveau climat où les intérêts personnels prévalent sur les intérêts collectifs. Si l’on ajoute à cela les nouvelles techniques de persuasion basées en grande partie sur des analyses marketing de publics cibles, nous nous retrouvons avec le système politique d’aujourd’hui.

Les gens peuvent bien critiquer la politique. On peut bien s’égosiller et dénoncer la langue de bois de nos politiciens ou l’emprise des élites sur la gouvernance, mais cela demeurerait lettre vaine tant et aussi longtemps que nous ne ferons pas une véritable prise de conscience sur l’importance du politique dans nos vies.

À l’approche de la campagne électorale québécoise, il n’est pas inutile de s’interroger sur nos attentes et sur nos horizons collectifs en matière de gouvernance collective. Le Québec est à l’heure des choix, comme à chaque période électorale. Il serait dommage qu’une fois encore cette prochaine campagne ne donne lieu qu’à la description d’une course de chevaux commentés par nos « doctes savants commentateurs » et qui va une fois de plus privilégier l’anecdotique aux questions de fond. L’opinion publique dont on parle si souvent exerce une influence certaine sur la classe politique, mais il n’est pas dit qu’elle ne soit pas manipulée par notre paresse et notre indifférence à parler de sujets complexes d’une façon raisonnée. Une personne avertie en vaut deux, dit le vieil adage…

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Opération charme des Conservateurs d’Andrew Scheer

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Date: 10 mai 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Lors du prochain weekend, la ville de Saint-Hyacinthe accueillera plus de 400 militantes et militants du Parti conservateur qui se réuniront en Conseil général afin de développer des orientations et des idées qui pourront plaire à l’électorat québécois lors de la prochaine élection fédérale qui se tiendra en 2019.

Comme les requins sentant le sang au milieu de l’océan, les conservateurs du Québec sont conscients des difficultés actuelles du Bloc québécois qui n’en finissent plus d’agoniser sur nos écrans ou dans les médias imprimés. La guerre des clans n’est plus qu’une émission de télé, elle est devenue le sujet d’une téléréalité. Imaginez, le Bloc est divisé en trois clans : le clan Ouellet, le clan Beaulieu et le clan des démissionnaires « Québec Debout! » Une véritable tragi-comédie.

S’ajoutent aux difficultés du Bloc celles du Nouveau parti démocratique de Jagmeet Singh qui ces temps-ci nagent dans les cas d’inconduites sexuelles. Il faut dire que le chef lui-même n’a pas réussi à séduire l’électorat québécois. Les libéraux de Justin Trudeau ont pour leur part à gérer l’héritage de la popularité en déclin de leur chef Justin Trudeau tout en faisant face à des dossiers difficiles comme la légalisation du cannabis et l’afflux de réfugiés aux frontières à Lacolle. À tort ou à raison, l’opinion québécoise s’inquiète de cet afflux de réfugiés et souhaite que leurs gouvernements contrôlent celles-ci. Il faut noter que le tweet de Justin Trudeau annonçant que le Canada accueillera tous les déshérités de la terre n’est pas étranger à cette situation. Les tensions avec notre voisin américain sur le libre-échange nord-américain et sur le bois d’œuvre sont aussi des points d’ancrage d’une opinion qui devient mouvante.

Dans un tel contexte, les conservateurs flairant le sang veulent mieux faire connaître leur chef et souhaitent défendre des politiques favorables au Québec en misant sur le nationalisme latent de la population au Québec. Il faut reconnaître qu’ils prennent des moyens pour atteindre leurs objectifs. La présence d’Andrew Scheer à l’émission Tout le monde en parle a été un succès. Il a d’ailleurs transgressé la règle non écrite de son prédécesseur Stephen Harper de boycotter cette émission et la Société Radio-Canada. Les bonnes performances des députés du Québec ne sont pas étrangères à cette nouvelle stratégie des conservateurs au Québec.

Bref, l’opération charme des conservateurs au Québec est amorcée. L’avenir nous dira si cette stratégie était porteuse de résultats. À suivre cette fin de semaine à Saint-Hyacinthe…

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La crise de la presse écrite

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Date: 9 mai 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Si des gens doutaient encore de la gravité de la crise qui agite la presse écrite au Québec, ils doivent être aujourd’hui plus convaincus que jamais de cette réalité en prenant connaissance de la décision prise par Power Corporation et annoncée hier de transformer le journal La Presse en organisme à but non lucratif. Une décision lourde de sens et qui laisse place à de nombreuses interrogations.

Ce nouveau modèle permettra selon le président de La Presse, Pierre-Elliott Levasseur, de trouver de nouvelles sources de revenus notamment auprès des gouvernements et des dons de citoyens et d’entreprises privées à la grande cause de l’information. Cela peut nous laisser perplexes. La première question qui se pose est l’impact de cette décision dans le marché étroit du monde des dons caritatifs. Ainsi, dorénavant, La Presse concurrencera les organismes culturels, les fondations d’université, d’hôpitaux et les organismes sociaux pour les dollars de la générosité des Québécois. D’autre part, ouvrir la porte à des subventions gouvernementales vient remettre en cause, en théorie du moins, l’indépendance des médias eu égard aux pouvoirs publics. Les dons des grandes entreprises auront le même effet sur l’indépendance des médias devant le pouvoir économique.

Certes, le monde de la presse écrite connaît de grands bouleversements avec l’arrivée du numérique et des réseaux sociaux. Les énormes ponctions faites dans le marché publicitaire québécois par les géants du Net ne sont pas sans conséquence pour la survie du modèle économique traditionnel des médias et particulièrement pour la presse écrire.

Il est indéniable que les médias traversent une crise financière sans précédent. Il est aussi indiscutable que l’apparition du Web et des réseaux sociaux ont un impact important sur le modèle d’affaires traditionnel des médias. Il est enfin clair que la démocratie a besoin d’une presse libre, diversifiée et indépendante.

Néanmoins, nous sommes circonspects devant la transformation de La Presse en OBNL (organisme à but non lucratif). Il semble que dans ce nouveau modèle d’affaires proposé, on aurait dû faire place à l’achat par les abonnés du contenu proposé par ce journal. Comme le fait si bien Médiapart en France. Encore une fois, l’audace québécoise passe par l’aide de l’État. Il aurait mieux valu que notre innovation passe par les lecteurs de La Presse+. Pourquoi un journal aussi populaire et avec une communauté engagée, si l’on en croit les dires de monsieur Levasseur, ne pourrait-il pas vivre de ses clients d’abord et avant tout? C’est la question qui se pose aujourd’hui au lendemain de l’annonce de cette nouvelle.

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André Laurendeau

Alors que le ministre démissionnaire du gouvernement libéral de Philippe Couillard, Jean-Marc Fournier déclare qu’il n’existe pas de fruits pour tuer dans l’œuf cette métaphore et que le fruit n’est pas mûr pour parler de la place du Québec dans le Canada, une jeune historienne, Valérie Lapointe-Gagnon vient de publier un ouvrage passionnant sur la Commission Laurendeau-Dunton. Thèse de doctorat à l’origine, ce livre nous replonge dans une période où tout était possible pour construire le Canada. On redécouvre aussi un visage marquant de l’histoire politique du Québec et du Canada : celui d’André Laurendeau.

André Laurendeau est né le 21 mars 1912 à Montréal et est décédé le 1er juin 1968 à Ottawa. Il a vécu une vie remplie étant tour à tour romancier, dramaturge, essayiste, journaliste et homme politique. Député du Bloc populaire à l’Assemblée nationale du Québec de 1944 à 1948, il fut aussi très près de la mouvance nationaliste incarnée par Lionel Groulx. Il a aussi été à la direction de la revue Action nationale. En 1947, il devient rédacteur-en-chef du journal Le Devoir puis rédacteur en chef en 1957. C’est surtout son rôle de coprésident de la Commission Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme créé par le premier ministre libéral Lester B. Pearson qui retiendra l’attention. André Laurendeau fut un authentique nationaliste qui cherchait une voie de passage pour le Québec dans le Canada n’hésitant pas à dénoncer la discrimination systémique dont étaient victimes ses compatriotes canadiens-français surtout sur le plan économique tout en envisageant un statut particulier pour le Québec à l’intérieur du Canada.

André Laurendeau était obsédé par la place du Québec au sein du Canada. Il n’est guère étonnant qu’il se soit retrouvé à la tête de la Commission Laurendeau-Dunton qui fut un grand moment de la tentative de réconcilier le Canada et ses peuples fondateurs. Dans un éditorial du journal Le Devoir signé par André Laurendeau en mars 1962, il nous annonce les contours de ce que deviendra la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme :

« Je demande une étude honnête de la question – et notamment une enquête systématique sur la façon dont les États où le problème se pose l’ont résolu (par exemple, la Suisse et la Belgique); une autre enquête aussi poussée que possible, sur les motifs qui empêchent à l’heure actu2elle les Canadiens français de participer autant qu’ils le devraient et le pourraient à l’administration de leur pays.

On me fera remarquer que ces suggestions ne tiennent aucun compte des frontières constitutionnelles : c’est exact. J’examine en ce moment ce que devrait être un État bilingue; or, dans une Confédération, ses pouvoirs sont morcelés. Il faudrait donc que les réformes proposées reçoivent l’adhésion de onze gouvernements. N’est-ce pas signaler au départ qu’elles sont parfaitement irréalisables? À l’heure actuelle, en tout cas, je ne pense pas que l’État central ou qu’un seul des États provinciaux soit prêt à en accepter l’idée. L’expérience pourrait être tentée d’une autre manière.

Existe-t-il, au sein du Canada anglais, des individus assez nombreux et assez éclairés pour accepter d’examiner cette utopie? J’imagine qu’ils se réunissent et qu’ils forment, avec des Canadiens français, une sorte de constituante officieuse, qu’enfin ils arrivent à se mettre d’accord sur un programme commun. Autour du programme ainsi dégagé, une campagne d’opinion est amorcée dans toutes les parties du Canada.

A-t-elle des chances de succès? Il y a quelques années, je n’aurais même pas osé poser la question. Mais deux faits, il me semble, rendent cette expérience imaginable : d’une part, la réaction d’un certain nombre d’Anglo-canadiens devant l’américanisation de notre pays : d’autre part, le séparatisme québécois. Ces deux facteurs nouveaux ont assurément modifié les vues de plusieurs Anglo-canadiens. Il s’agissait de savoir jusqu’où. » (Valérie Lapointe-Gagnon, Panser le Canada. Une histoire intellectuelle de la commission Laurendeau-Dunton, Montréal, Éditions du Boréal, 2018, p. 68-69).

André Laurendeau fut un penseur majeur de la Québécitude. Un authentique homme de la Révolution tranquille qui avait comme Jean Lesage le Canada comme pays, mais le Québec comme patrie. Son principal héritier est sans conteste l’ancien premier ministre du Québec René Lévesque. Comme lui, les volontés d’André Laurendeau se sont butées à Pierre Elliott Trudeau. André Laurendeau souhaitait un statut particulier pour le Québec. Il voulait que notre nation soit reconnue comme l’un des peuples fondateurs de ce pays s’inscrivant en cela dans les sentiers de la pensée du fondateur du journal Le Devoir, Henri Bourassa.

On ne saura jamais s’il aurait osé affronter Pierre Elliott Trudeau devenu premier ministre du Canada en 1968 au moment de sa mort et avant la remise du rapport de sa commission. Chose certaine, tous les grands éléments du débat Québec-Canada que l’on a connu par la suite se sont retrouvés au cœur des préoccupations d’André Laurendeau et faisaient l’objet de virulentes discussions au sein de ce groupe d’intellectuels. Le multiculturalisme, le sort des minorités francophones, le statut du Québec, autant de sujets qui mettaient aux prises les différents membres de la Commission Laurendeau-Dunton.

Chose certaine, les gens qui comme moi croient en un avenir du Québec au sein du Canada sont héritiers de ce grand intellectuel que fut pour le Québec : André Laurendeau.

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