Les Canadiens français prennent le haut du pavé de l’opinion publique

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Date: 19 novembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Ce dernier weekend, nous avons eu droit à de nombreux reportages dans les médias, eu égard au recul appréhendé des minorités francophones dans la foulée de la décision du gouvernement ontarien de Doug Ford de couper les vivres à des institutions et des organismes liés à la langue française. Cela s’inscrit dans un contexte où l’élection du Nouveau-Brunswick a porté au pouvoir un premier ministre unilingue anglais de souche conservatrice soutenu par un parti ouvertement contre le bilinguisme. Il n’en fallait pas plus pour que le thème de la survie des Canadiens français revienne au premier plan de l’actualité. On en parle plus en termes de survie d’une minorité qu’en terme que l’un des deux peuples fondateurs. C’est dans l’air du temps. L’évolution du fédéralisme canadien tend à faire de l’un de ses deux peuples fondateurs une communauté culturelle comme les autres dixit la bible Trudeauiste sur le multiculturalisme.

C’est une question importante que celle de l’avenir du français au Canada. J’y consacrerai d’ailleurs ma chronique de mercredi dans le journal Internet EstriePlus. J’avais déjà abordé la question le 27 avril 2016 dans un texte intitulé : Sommes-nous toujours des Canadiens français ?

Dans ce texte, j’écrivais notamment que l’explication du malaise autour de la question du Québec et des minorités francophones tenait à une certaine façon de nous rappeler notre passé lié au Canada français : « L’une des pistes d’explication possible c’est que notre passé canadien-français est peu glorieux. Il nous rappelle l’emprise de l’Église catholique sur nos vies, les souffrances de notre héros Maurice Richard et surtout cette discrimination systémique dont les Canadiens français furent victimes au Canada. Ces nationalistes en veulent au pays le Canada pour avoir trahi la promesse d’un pays construit sur la reconnaissance de deux peuples fondateurs. Le discours des nationalistes nous rappelle avec force et insistance toutes les promesses brisées de ce Canada unitaire que ce soit la crise des écoles séparées du Manitoba de 1890, l’affaire Riel, le règlement 17 de l’Ontario, les crises de la conscription, les référendums volés de 1980 et 1995, le rapatriement inique de la constitution contre notre volonté en 1982, le scandale des commandites et le déséquilibre fiscal ainsi que les politiques tout au pétrole du gouvernement Harper contre le Québec. Au-delà de ce discours historiographique victimiste, il faut pourtant rappeler que ce sont les Canadiens français du Québec qui ont brisé la belle harmonie canadienne-française d’avant 1960 partout au Canada. Avec la tenue des États généraux sur le Canada français en 1967, les Canadiens français du Québec sont devenus des Québécois et le projet de construire un État indépendant est devenu réalité dans la mouvance de la Révolution tranquille. De nouveaux partis politiques sont apparus pour porter ces aspirations nationales soit le RIN de Pierre Bourgault et Andrée Ferreti et le PQ de René Lévesque. L’émergence des Québécois et la disparition des Canadiens français de notre imaginaire ont cependant créé un hiatus entre la volonté de protéger notre culture francophone et catholique en nous appuyant sur un État : le Québec, et notre volonté d’inclure les autres à ce projet. Quel est donc l’intérêt pour de nouveaux arrivants de devenir Québécois plutôt que Canadien ? C’est là tout le dilemme de la question nationale au Québec. »

Si l’on cherche vraiment à sortir de nos vieilles ornières quant à cette question et de véritablement venir en aide à nos compatriotes de même culture, il faudrait peut-être regarder tout cela avec des yeux neufs. Cela est d’autant plus nécessaire que chez nous le nationalisme et son achèvement en un État souverain sont en discussion à la suite des résultats des dernières élections. Voici ce que j’en pensais alors en avril 2016 : « Si l’on quitte le monde de la rhétorique politique, les preuves irréfutables de la nécessité pour le Québec de quitter le Canada sont moins évidentes. Des chercheurs sérieux divergent d’opinion sur cette question : pour le politologue Réjean Pelletier, le Canada met en péril la survie du visage francophone du Québec tandis que pour Jean-François Caron le système fédéral canadien a permis aux Québécois d’affirmer leur caractère distinct et de s’autodéterminer. Un débat qui n’en finira jamais, convenons-en. Une chose est cependant certaine, c’est qu’aujourd’hui la question nationale ne mobilise plus autant. Les jeunes de 20 ans que je fréquente à l’occasion ne se reconnaissent plus dans ce Québec nationaliste des années 1970. Ils ont une vision très différente du monde de celle que j’avais à leur âge. Même la question de la langue et de sa protection peut apparaître suspecte à leurs yeux. Férus de liberté et vivants dans un espace-temps mondialisé, ces jeunes ne se reconnaissent pas dans le discours nationaliste revanchard souvent véhiculé par les souverainistes. Ils ne sont pas plus emballés par le discours de peur des fédéralistes à la Couillard qui vilipendent l’idée même de tenir un référendum. On comprend de moins en moins que consulter la population est devenu un enjeu tabou au Québec. Il faudrait peut-être dans un premier temps réhabiliter auprès de nos mémoires le passé glorieux ou non des Canadiens français pour être en mesure de suivre le fil de notre histoire. Il faudrait aussi entreprendre un dialogue avec nos voisins et partenaires du Canada pour discuter de l’opportunité de doter le Canada d’une nouvelle constitution où le Canada pourra apaiser ses démons et faire une place véritable aux nations qui le composent, dont les Canadiens français du Québec, les Acadiens et les nations amérindiennes. Une constitution qui fera table rase de vieux symboles monarchiques pour faire place à une nation du 21e siècle qui croit au dialogue, à la paix, au respect et surtout qui s’est libéré de Dieu. Cela sera possible si nous les Québécois reconnaissons que nous sommes toujours des Canadiens français. »

On dit que l’occasion fait le larron. La crise actuelle de l’avenir du français au Canada constitue une occasion privilégiée pour repenser l’avenir du français au Canada et de ressusciter cette vieille idée encore d’actualité des deux peuples fondateurs…

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Theresa May livrée en pâture à une opinion publique divisée

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Date: 16 novembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

C’est le chaos au Royaume-Uni. Rien ne va plus. La crise du Brexit s’amplifie et Theresa May est livrée à elle-même devant un parlement en crise et à une opinion publique profondément divisée. Ébranlée par des démissions en série de son gouvernement, dont son ministre responsable du Brexit, la première ministre britannique Theresa May luttait pour sa survie hier. Le choix est simple pour les députés. Ils doivent soit soutenir son projet d’accord de divorce avec Bruxelles ou risquer une sortie sans accord, voire pas de Brexit du tout.

« “Le choix est clair : nous pouvons choisir de partir sans accord, risquer qu’il n’y ait pas de Brexit du tout ou choisir de nous unir et soutenir le meilleur accord que nous pouvions négocier, cet accord”, a dit Mme May, défendant dans une ambiance survoltée le texte de près de 600 pages que quatre membres de son gouvernement ont refusé d’endosser, choisissant de claquer la porte. »

Theresa May a connu une très mauvaise journée hier. « Sur le gril pendant trois heures, chahutée et critiquée par des députés de tous bords, elle a défendu bec et ongles le compromis, condamné d’avance par des parlementaires europhiles comme europhobes, sans arriver à éviter une demande d’un vote de défiance par les Brexiters les plus acharnés de son parti. »

C’est une situation intenable pour la première ministre May et le parlement divisé ne peut trouver de voie de passage. Cela risque fort de se terminer dans un autre référendum sur le Brexit pour sortir de la crise. Sans compter que ce débat surréaliste fait ressurgir dans la vie politique britannique ses vieux problèmes en Irlande et en Écosse.

Les Britanniques nous ont habitués à plus de retenue dans leurs débats politiques. Jadis, ils étaient les grands maîtres de l’atermoiement, des compromis étonnants dans des situations inextricables. Nous sommes loin du peuple de Churchill qui était à donner leurs vies pour sauver leur île contre les nazis. Le patriotisme anglais en prend pour son rhume et devant ce débat ce n’est pas la monarchie qui pourrait sortir le pays de cette crise à la fois identitaire et politique. À suivre…

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Comment échouer ses relations publiques

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Date: 15 novembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Sur cette page, j’ai déjà écrit des blogues donnant des conseils de relations publiques destinés à des organisations. Il y a, pour une entreprise par exemple, un triangle vertueux de toute communication réussie. Ce triangle repose essentiellement sur les trois piliers avec ses parties prenantes : 1) ses actionnaires, 2) ses employés, 3) les fournisseurs et la communauté. Pour toute entreprise qui désire avoir une image de marque solide et établir une relation confiance avec son triangle de base, le plus important est d’avoir une communication constante et transparente sur les enjeux positifs ou négatifs qui confrontent sa vie.

Ces dernières semaines, nous avons pu assister à l’échec des communications d’une des entreprises les plus importantes du Québec, l’un de nos fleurons. Une entreprise que nous avons collectivement sauvée des affres de la faillite à plus d’une occasion. Pourtant, cette entreprise a tourné le dos à son triangle vertueux en les détruisant un à un par des communications inefficaces. Vous aurez reconnu la compagnie Bombardier.

Par l’annonce en catastrophe de la suppression de 2 500 emplois dans l’aéronautique dans la région de Mirabel sans en avoir au préalable informé ses employés et les familles touchées, Bombardier a manqué à son devoir de conserver une relation de confiance avec ses employés. Une erreur majeure dans les communications de cette entreprise.

En refusant de tisser cette relation de confiance avec ses propres employés et en se désolidarisant des familles touchées par ces mises à pied, Bombardier a aussi rompu son pacte de confiance avec la communauté. Pire encore, en ne mettant pas le nouveau gouvernement du Québec à contribution et son ministre nouvellement en poste, Bombardier a manifestement rompu ses liens avec la communauté et cela ne peut qu’avoir des effets sur la troisième partie de ce triangle vertueux ses actionnaires. Comment des actionnaires peuvent-ils avoir confiance dans la direction d’une entreprise qui traite ainsi la communauté qui l’a toujours soutenu et qui vient d’injecter pas moins de 3,3 milliards de dollars au cours des dernières années ?

Bombardier a démontré du mépris et de l’arrogance envers le Québec et son gouvernement. La direction de cette entreprise s’est gouvernée comme les Corporate Bums dénoncés à une autre époque par les ténors du NPD. Une bien triste histoire cet épisode d’échec de la communication publique de cette grande entreprise québécoise. Un échec qui aura des répercussions à moyen et long termes sur la considération que nous lui témoignerons au cours des prochaines années. J’ai bien hâte de voir la réaction de la population du Québec dans le prochain dossier où Bombardier viendra solliciter l’aide de cette population qui ne mérite même pas la considération qu’on lui parle pour lui dire ce qui se passe. Bombardier a échoué à son examen de communication et de relations publiques 101.

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Quand l’opinion publique condamne par excommunication

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Date: 14 novembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

C’est sur toutes les lèvres. Chaque fois que l’on rencontre quelqu’un. As-tu signé le pacte? Le pacte c’est le mouvement lancé par le metteur en scène Dominic Champagne et brillamment défendu par le chanteur-comédien-acteur, Émile Proulx-Cloutier à l’émission par excellence des donneurs de leçon de Radio-Canada, Tout le monde en parle animée Guy A Lepage.

Il faut bien comprendre. Personne n’est contre la vertu. Encore moins contre la bonne tarte aux pommes de grand-mère. Je suis partant pour contribuer à sauver la planète. J’ai des petits enfants (sept) et je crois important de préserver du mieux possible cette petite planète bleue, berceau de l’humanité et de la biodiversité animale. Je n’ai donc pas de problème fondamental à signer le pacte puisque j’en partage les valeurs qui y sont véhiculées.

Alors si je ne le signe pas ce n’est pas pour cette raison. Je ne veux pas le signer à cause de son caractère ostentatoire et son effet de mode, de « buzz médiatique ». Désormais, on reconnaîtra la valeur des convictions sincères de quelqu’un au fait qu’il a signé ou non le pacte. Refuser de le signer ou l’ignorer serait un signe clair de la mauvaise foi d’une personne et de son peu d’engagement pour sauver la planète qui est en péril. Je refuse cette façon de voir les choses.

Sauver la planète veut dire cesser de manger de la viande, refuser de voyager en avion, se départir de son automobile, renoncer à vivre dans une maison individuelle, abandonner ses habitudes de voyager, abandonner tous ses gadgets électroniques comme les téléphones intelligents, les ordinateurs portables, les tablettes qui consomment énormément d’énergies en pures fadaises. J’exagère à peine.

Je crois important que la population du Québec et nos gouvernements fassent plus et mieux en matière de luttes aux changements climatiques. Il tombe sous le sens qu’il faut mettre en place des mesures énergiques pour favoriser l’électrification des transports, développer le transport collectif et encourager les gens qui doivent avoir une auto solo en acquérir une qui soit électrique.

Il importe aussi que nous puissions combattre la « banlieurdisation » du Québec par une plus grande densification urbaine, la création de collectivités durables partout au Québec. Manger moins de viande, favoriser l’achat local et abandonner notre propension à la surconsommation sont aussi de fichues bonnes idées pour notre santé collective et notre équilibre mental. Rompre avec ce capitalisme débridé mondialisé à l’extrême est à l’ordre du jour de tous les pays du monde.

Ce ne sont pas ces idées qui posent problème, mais la façon dont on les transmet au grand public. On prend trop souvent la voie du catastrophisme, de l’apocalypse annoncée plutôt que de s’adresser à la raison et à la bonne foi des gens. On excommunie facilement et on condamne encore plus aisément des centaines d’années d’habitus culturel au nom du péril annoncé. On invoque l’urgence de la situation pour prendre des raccourcis avec le rythme des changements souhaités. Mes années d’implication active m’ont convaincu que le changement même le plus souhaitable prend du temps. Il faut laisser du temps au temps. S’il est possible d’imaginer un monde sans auto et sans maison individuelle pour un monde à venir, il est clair que cela n’adviendra pas dans les dix prochaines années sans la mise en place d’un régime autoritaire qui ne laisserait pas d’autres choix. J’ai déjà écrit que l’urgence des changements climatiques est peu compatible avec les démocraties. Je n’en pense pas autrement aujourd’hui.

Rassurez-vous, je continuerai contribuer pour sauver la planète, mais je le ferais en conservant mon esprit critique bien éveillé tout en refusant de vivre dans un monde où l’on culpabilise les gens et les excommunie pour leur mode de vie. Voilà pourquoi je ne signerai pas le Pacte de Dominic Champagne.

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L’une des retombées les plus positives de l’élection d’un gouvernement majoritaire de la CAQ dirigé par François Legault c’est l’assainissement de l’atmosphère politique au Québec. J’en suis plus convaincu que jamais quand je ferme les dernières pages du dernier livre du journaliste et auteur Pierre Godin publié il y a quelques semaines chez Leméac : « Corruption, collusion, absolution. Quand Jean Charest tenait le volant ».

Pierre Godin est né en 1938. C’est un écrivain, journaliste et biographe. Il a fait ses études secondaires et collégiales au Séminaire de Québec. Détenteur d’un baccalauréat de sciences politiques de l’Université Laval et d’une maîtrise dans la même discipline à l’Université de Montréal, Pierre Godin a été reporteur à La Presse, chef de pupitre à l’hebdomadaire QuébecPresse, chef de l’information au quotidien péquiste Le Jour. Puis, il a collaboré au magazine L’Actualité avant de poursuivre sa carrière au journal où il fut directeur de l’information adjoint, chef de pupitre et chroniqueur politique au quotidien Le Devoir de 1986 à 1990.

Sa maison d’édition Boréal publie les notes suivantes sur sa carrière d’auteur : « Il est l’auteur de nombreux livres sur l’histoire politique du Québec, dont les biographies de Daniel Johnson et de René Lévesque, on lui doit également différentes émissions de radio et de télévision. Il a notamment écrit Le Procès de l’État-providence, série de onze émissions radiophoniques consacrée à la remise en question de l’État-providence en Europe, aux États-Unis et au Canada, et Trou de mémoire, série de huit émissions radiophoniques sur l’enseignement de l’histoire et l’ignorance des Canadiens et des Québécois au sujet de leur histoire. À la télévision, il a écrit, pour Radio-Canada, Louis Riel, docudrame télévisé d’une heure sur le chef des Métis de la Rivière rouge, ainsi que pour Télé-Québec ».

Son dernier ouvrage est publié chez Leméac et il est plutôt décevant. Il s’agit d’une synthèse des articles et des reportages qui ont été diffusés dans les médias imprimés et électroniques sous le thème de la corruption au Parti libéral du Québec. Il s’agit d’un long plaidoyer d’accusation à l’endroit de Jean Charest et du PLQ sans que l’on ait le droit d’entendre le point de vue des accusés. Un ouvrage qui a pour thèse que le Parti libéral du Québec était corrompu et que Jean Charest en fut le grand timonier. Un parti pris manifestement indépendantiste voile les yeux de l’auteur à qui l’on reconnaît un plus grand détachement et un esprit capable de plus de distance. Avec l’esprit critique en congé, Pierre Godin prêchera aux convaincus, mais il ne convaincra personne avec un plaidoyer aussi cousu de fils blancs.

Un exemple me suffira pour illustrer mon propos et il s’agit de son commentaire concernant les chances de la CAQ de former le prochain gouvernement. Godin écrit : « Le plus mortifiant pour les deux “vieux partis” reste que le transfuge François Legault, qui a rompu avec le PQ pour fonder son propre parti, caracole largement dans les sondages… Cependant, la flambée de François Legault n’est qu’un feu de paille qui, prédisent les gérants d’estrade de la scène politique, ne brûlera pas longtemps, une fois passé l’effet d’annonce de la formation du nouveau parti, La Coalition avenir Québec. »  (Pierre Godin, Corruption, collusion, absolution. Quand Jean Charest tenait le volant, Montréal, Leméac, 2018, p. 280). Ce livre a été rendu disponible le 12 septembre dernier. On remarque un peu de paresse pour une mise à jour des commentaires de l’auteur. On retrouve ce même laxisme un peu partout dans le récit de l’auteur.

L’ambition de Godin traduite en page in quarto par son éditeur n’est vraiment pas atteinte. Lisons ce que nous aurions dû retrouver : « Dans cet ouvrage volontiers pamphlétaire, Pierre Godin chronique l’un des moments les plus controversés de la vie politique québécoise et s’attache, à travers un portrait sans concession de l’ère libérale et de ses acteurs, à décortiquer (sic) et exposer une gouvernance minée par la corruption érigée en système (sic et resic). Quand, au faîte de son impopularité, le chef des libéraux répétait qu’en ces temps difficiles, il ne devait y avoir qu’une seule paire de mains sur le volant, il s’agissait bien sûr de la sienne… » (Ibid. 311 p.)

C’est pourquoi nous devons aujourd’hui nous réjouir que le gouvernement actuel n’ait rien à voir avec ces histoires même si une partie de cette nouvelle formation, l’ADQ, a aussi été atteinte par la maladie. Cela permet d’aborder les discussions politiques d’un œil nouveau et de laisser à la police et aux tribunaux le soin de faire la lumière sur les zones d’ombres encore présentes de cette époque et de nous concentrer sur les vraies affaires : l’économie, l’environnement et l’avenir de la nation québécoise.

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Coquelicot blanc

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Date: 12 novembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Hier, on célébrait le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale. De nombreux dignitaires de tous les pays se sont rendus en France pour souligner l’événement. Cela se passe pendant la période jusqu’au 11 novembre où l’on célèbre la mémoire de nos anciens combattants qui culminerait le 11 novembre avec la journée de l’armistice. Depuis 1921, le coquelicot rouge est porté à la mémoire des soldats morts à cette guerre et les fonds recueillis par sa vente vont au Haig Fund qui vient en aide aux vétérans et à leur famille. Quant à lui, le coquelicot blanc a été lancé comme symbole de paix pour la première fois en Angleterre en 1933 par la Co-operative Women’s Guild (CWG). Il visait à commémorer toutes les victimes de la guerre, aussi bien civiles que militaires. Depuis, il est devenu un symbole de lutte pour la paix dans plusieurs pays, notamment dans les pays du Commonwealth.

Au Québec et au Canada, « la campagne des coquelicots blancs prend son essor en 1998, à la suite de la publication d’un article dans le bulletin de Conscience Canada, un groupe d’objecteurs de conscience qui invite à retenir la part d’impôts qui sert aux dépenses militaires. L’année suivante, un dépliant d’appui à cette campagne a circulé parmi des groupes qui militent pour la paix dans différentes régions du pays. Un vétéran de la Deuxième Guerre mondiale, Frank Knelman, expliquait alors qu’il voulait non seulement se souvenir de ceux qui ont combattu et souffert comme soldats, mais qu’il travaille à empêcher la guerre et à mettre fin au militarisme. “Je veux me souvenir que 95 % des victimes dans les guerres modernes sont des civils”, disait-il. Au Québec, en 2011, le Collectif Échec à la guerre décide d’emboiter le pas et de lancer la campagne annuelle du coquelicot blanc pour rappeler que les victimes des guerres – toutes les personnes tuées, blessées, emprisonnées, déplacées, réfugiées, violées – sont non seulement des militaires, mais aussi, et surtout, des civiles. »

Pour célébrer la mémoire de celles et ceux qui sont morts à cause des guerres tant les civils que les militaires, il faut rappeler le Québec, Printemps 1918. « Le monde est plongé dans l’horreur de la Grande Guerre. Réputée pour sa tranquillité, Québec sombre aussi dans le chaos. Durant la Semaine sainte, cinq soirées d’émeutes sans précédent frappent la capitale. Des violences provoquées par des opposants à la conscription qui se soldent par les salves d’une mitrailleuse de l’armée canadienne dans Saint-Sauveur, le 1er avril. Les balles ont tué quatre résidents de ce quartier ouvrier, dont un adolescent de 14 ans et deux jeunes au tournant de la vingtaine. L’utilisation d’une vraie mitrailleuse [par l’armée], c’était la première et, je l’espère, la dernière fois que ça se produisait à Québec.

La violence s’est abattue sur la ville de Québec sous fond de haines raciales et de racisme sectaire d’une partie de l’opinion publique canadienne-anglaise entretenue par le discours belliciste du gouvernement conservateur de Robert Borden. »

Comme nous le rappelle le sociologue Fernand Dumont dans la préface qu’il a signée au livre de Jean Provencher : ce texte mérite d’être cité, car rien ne peut mieux résumer le contexte de l’époque : « 1917, 1918, en Ontario, quelques années plus tôt, le Règlement 17 a attenté aux droits des écoles françaises. La guerre mondiale se poursuit, interminable. Le recrutement, la conscription font déferler, chez les anglophones canadiens, les vieilles haines raciales; on réclame l’emprisonnement de ceux qui se sont opposés à la Loi du service militaire; on demande même la suppression du journal Le Devoir et l’exécution d’Henri Bourassa. Aux élections de 1917, les électeurs se sont opposés massivement au gouvernement conscriptionniste et se trouvent pratiquement sans représentation au sein du pouvoir. Des mouvements divers surgissent un peu partout. Des bagarres, des attentats ont lieu à Montréal. Ces manifestations ne se limitent pas à la métropole; elles s’étendent à Shawinigan, par exemple. Et voilà que la ville de Québec est atteinte à son tour, » (Jean Provencher, Québec sous la Loi des mesures de guerre 1918, Préface de Fernand Dumont à l’édition de 1971).

Comme nous le raconte Jean Provencher dans son récit de ces émeutes et les nombreux témoignages que l’on y retrouve, le Québec est profondément pacifiste et contre la violence. Nos compatriotes du siècle dernier ne voulaient pas aller se faire tuer en Europe. Cela remet aussi en question notre capacité de vivre ensemble dans le respect des grandes cultures fondatrices de ce pays. Jamais les humbles familles des quatre Québécois tués injustement et violemment par l’armée canadienne de Sa Majesté n’ont été dédommagées et elles n’ont jamais reçu d’excuses officielles de la part du gouvernement du Canada. Devrait-on oublier et cesser de parler de cet événement?

Refuser l’oubli

Dans sa préface Fernand Dumont a aussi abordé la question de l’oubli. « Que l’on n’en parle plus? On sera reconnaissant à Jean Provencher d’en reparler. L’histoire ne doit pas ressusciter des haines mortes… les peuples ne doivent pas accepter que l’on relègue à l’oubli les témoignages anciens de leur servitude. » (Loc. cit.)

Il est heureux que des médias comme Radio-Canada et d’autres nous rappellent cet événement. D’ailleurs, les émeutes de Québec de 1918 ont déjà fait l’objet de livres, ceux de Fernand Dumont et de Jean Provencher, d’une pièce de théâtre du Théâtre du Trident de Québec sous la direction artistique du comédien, le regretté Paul Hébert, Québec, Printemps 1918. La pièce fut jouée à Québec et fut l’objet d’un téléthéâtre dans le cadre de l’émission phare de l’époque à Radio-Canada, Les Beaux Dimanches. La pièce a été traduite en anglais par l’écrivain américain Leo Skir qui trouvait que la pièce rappelait les événements du 4 mai 1970 à l’université d’État Kent en Ohio où quatre étudiants furent tués par la garde nationale pour s’être opposés à l’intervention américaine militaire armée au Cambodge.

Puis dans les années 1980, des citoyens se sont levés et mobilisés pour ramasser des fonds, 80 000 $ était nécessaire. Aujourd’hui, nous dit l’historien Jean Provencher dans l’avant-propos de la réédition de son livre chez Lux Éditeur, il existe un monument, une œuvre d’art commémorative signée par l’artiste Aline Martineau qui a été érigé en 1998 et la Ville de Québec a créé la place du Printemps-1918.

Sauvegarder notre mémoire

Se souvenir est essentiel pour se rappeler ce que nous sommes et où nous voulons aller. D’ailleurs, notre aversion pour la guerre et l’aliénation de la société québécoise est bien présente dans notre littérature. Il faut évoquer ici l’excellent roman de l’auteur à succès Roch Carrier, son premier publié en 1968, intitulé : La Guerre, yes Sir! Le premier tome d’une trilogie; La trilogie de l’âge sombre. Un roman qui renvoie le Québec à la thématique « de l’opposition entre dominants et dominés, entre faibles et forts, entre francophones et anglophones ». (Aurélien Boivin, La Guerre, yes Sir! ou la guerre des autres/La Guerre, yes Sir!, Montréal, Stanké, 1981, 140 p., Montréal, Québec français, no 96, p. 85).

Il faut aussi se rappeler de l’« émeute de Québec du printemps 1918 » et inviter nos compatriotes québécois arrivés plus récemment à comprendre et à partager cette douleur universelle qui réside dans l’âme québécoise et qui tourne autour de cette strophe de Léo Ferré qui nous habite tous dans un langage universel, Ô ma sœur la violence…

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Réparer le passé par des excuses!

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Date: 9 novembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

L’un des livres les plus marquants que j’ai lus alors que j’étais un jeune étudiant en histoire est celui des historiens Irving Abella and Harold Troper intitulé : None is Too Many: Canada and the Jews of Europe 1933-1948 publié en 1983 et a été réédité en 2012 chez University Toronto Press. Un livre remarquable qui raconte l’histoire de la politique restrictive du Canada en matière d’immigration au moment de l’holocauste. Un livre qui fait la démonstration claire que le Canada libéral de Mackenzie King a été en quelque sorte complice de l’holocauste du régime nazi en refusant d’accueillir plusieurs juifs qui furent des victimes innocentes de cette folie allemande.

Ce récit singulier d’Abella et Troper prend appui sur le prétexte du refus des autorités canadiennes d’accueillir le navire MS St. Louis en 1939. Le navire MS St. Louis transportait 907 Juifs qui fuyaient les persécutions nazies. Il a été détourné à la fois de Cuba et des États-Unis avant qu’un groupe de Canadiens ne tente de convaincre le gouvernement de Mackenzie King de l’accueillir. C’est Frederick Blair, le chef des services de l’immigration, des mines et des ressources qui a opposé une fin de non-recevoir à l’accueil des réfugiés juifs du MS St. Louis. Les auteurs affirment que les politiques de Blair avaient le support le plus entier du premier ministre du Canada de l’époque Mackenzie King, 1935-1948, ainsi que de Vincent Massey, Haut-commissaire à Londres et des élites tant francophones qu’anglophones du pays à l’époque. Le bateau a rebroussé chemin et est rentré en Europe. Beaucoup de gens ont pu trouver un lieu d’accueil en sécurité aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en France, mais 254 d’entre eux sont finalement morts dans l’holocauste après leur retour en Allemagne.

Dans leur livre, “the authors argue that while many nations were complicit in the Holocaust for their refusal to admit Jewish refugees during the Nazi era, the Canadian government did less than other Western countries to help Jewish refugees between 1933 and 1948. The most infamous example of Canada’s immigration policy was the refusal to admit the MS St. Louis a German ocean liner carrying refugees. Only 5,000 Jewish refugees entered Canada from 1933 until 1945, which the book argues was the worst of any refugee receiving nation in the world. This response was possible in part because of Canada’s history of Antisemitism.”

Le premier ministre Justin Trudeau a présenté hier ses excuses au nom des Canadiennes et des Canadiens comme le rapporte le réseau TVA : « Évoquant la honte, la culpabilité collective et un échec humain, Justin Trudeau a présenté ses excuses officielles au nom du Canada aux juifs que le pays a refusé de secourir alors qu’ils fuyaient le nazisme. Le premier ministre a conclu son long discours aux Communes par les mots “plus jamais”, devant une assemblée de députés solennels aux mines longues. “De porter une telle haine et une telle indifférence face à des réfugiés, c’est partager la responsabilité morale de leur mort. Bien que des années ont passé depuis que nous avons tourné notre dos aux réfugiés juifs, le temps n’a aucunement absous le Canada de sa culpabilité et diminué le poids de sa honte”, a déclaré le premier ministre. »

Ces excuses sont plus que justifiées malgré les critiques de certains membres de l’opposition. Cela devrait amener les gens de notre pays à réfléchir au sort des réfugiés et des immigrants à une époque où les discours trumpien instrumentalisent le sort de ces migrants internationaux. C’est d’ailleurs aux États-Unis qu’un mâle blanc suprémaciste a lâchement assassiné des juifs dans une synagogue à Pittsburgh en Pennsylvanie. Un acte terroriste que nous devons dénoncer. Même chose pour l’attentat de la Mosquée de Québec, un autre acte terroriste. Le terrorisme fait beaucoup de victimes et les juifs et les musulmans ne sont pas épargnés. Les excuses de Justin Trudeau et surtout ces mots ‘plus jamais’ devraient nous inspirer tous.

En 2011, un mémorial a été érigé qui est appelé par les médias le memorial none is to many au Halifax’s Canadian Museum of Immigration at Pier 21 afin de commémorer cet épisode de l’histoire canadienne impliquant le MS St. Louis.

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La victoire du maître, Trump gagne son pari!

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Date: 8 novembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Le résultat des élections américaines de mardi dernier est éloquent. Donald Trump, celui que nous qualifions de maître de l’opinion, a gagné son pari. Il a évité la perte des deux chambres. Bien sûr, il a perdu la majorité à la Chambre des représentants, mais du même coup il a renforcé la position des républicains au Sénat. Chambre qui contrôle les nominations à la Cour Suprême et qui peut voter les procédures d’impeachment. C’est pourquoi nous affirmons que Donald Trump, le président le plus anticonformiste de l’histoire américaine a gagné son pari.

Il est clair que la politique américaine et la nation américaine n’ont jamais été aussi divisées. Malgré les discours racistes, malgré les comportements inacceptables et en dépit de l’irrespect de ce président envers les institutions américaines, Trump gagne. Les bonnes consciences, les experts de la politique n’ont qu’à aller se rhabiller. Celui qui a le plus réussi à mettre en mouvement le mantra, faire de la politique autrement, c’est le mal aimé Donald Trump.

Certes, la perte de la Chambre des représentants causera bien des ennuis dans les prochains mois au président Trump. Il ne faut pas cependant le compter pour battu. Il vient d’ajouter une corde à son arc. En plus des ennemis du peuple que sont les médias, il pourra dorénavant ajouter la Chambre des représentants de Nancy Pélosi. Il n’y aura pas que les médias qui seront les ennemis du peuple américain, mais aussi désormais la Chambre des représentants dominée par les démocrates. Ceux-là mêmes qui sont complices avec les pires criminels et qui veulent la faillite du pays.

La réalité politique actuelle de notre voisin du Sud pourrait faire l’objet d’une satire politique et dans ce cas, on trouverait cela osé. Il y a de quoi décourager les bonnes âmes surtout les plus croyantes. Les fois vacillent sous le trumpisme.

Celles et ceux qui pouvaient croire que la perte de la Chambre amènerait le président Trump à filer doux comme on dit chez nous ont tout faux. Hier, il a largué son ministre de la justice, Jeff Sessions, pour complaisance envers les enquêtes de son ministère sur la famille Trump. Puis, il a tenu une conférence de presse surréaliste où il a été abject envers le journaliste de CNN et d’une journaliste du réseau public PBS, l’accusant de poser des questions racistes.

L’homme qu’est le président Trump ne changera pas. Cela est une certitude. Tout comme il est aussi certain que ce qui change c’est le parti républicain qui est plus trumpisme que jamais. On a compris aussi par les propos tenus par Donald Trump hier que désormais la loyauté envers sa personne était une condition de survie si l’on est républicain.

L’Amérique selon Donald Trump est à écrire les prochains chapitres de son histoire. Reste à voir si ce grand pays y survivra et dans quel état il sera à la fin de son parcours…

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Bernard Landry in memoriam

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Date: 7 novembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Bernard Landry est mort hier. Il fut un grand personnage politique du Québec. Un homme qui a toujours défendu avec âpreté, beau temps, mauvais temps, la cause de sa vie : l’indépendance politique du Québec. Bernard Landry fut d’abord un leader étudiant remarqué et remarquable.

Puis, il est devenu un militant politique de la cause de l’indépendance du Québec. Pour cet homme, rien ne surpassait le devoir que nous devions à notre nation. La patrie avant le parti, avait-il habitude de dire. Pour lui, l’indépendance du Québec n’était ni à droite, ni à gauche, mais en avant. C’était la seule cause noble de la politique du Québec. Je ne partageais pas sa passion pour le moyen choisi, mais je partage sans équivoque sa passion pour le Québec et pour la reconnaissance que nous sommes une nation. Bernard Landry aura été de tous les combats pour convaincre les Québécoises et les Québécois de choisir la voie de la liberté. Bernard Landry fait partie de la courte liste des libérateurs des peuples avec René Lévesque, Jacques Parizeau, Pierre Bourgault, Lise Payette, Pauline Julien, Gérald Godin et Félix Leclerc pour n’évoquer que ceux qui nous ont quittés dans notre vie temporelle, mais qui habiteront toujours la mémoire politique du Québec.

Bernard Landry fut aussi un homme pragmatique et un économiste qui croyait à la force économique du Québec. Il a été de tous les combats pour le libre-échange, pour l’innovation, le développement des petites et moyennes entreprises, pour le maintien de nos sièges sociaux au Québec, nos fleurons.

Homme politique de premier plan, premier ministre du Québec progressiste et authentique social-démocrate, Bernard Landry a aussi été généreux de son temps pour la jeunesse québécoise tant comme enseignant que comme mentor politique pour les jeunes indépendantistes et souverainistes.

Bernard Landry aura des funérailles nationales. C’est pleinement mérité et nous devons rendre hommage à sa mémoire. Monsieur Landry vous avez été un patriote de tous les instants pour toutes les es et tous les Québécois.

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Le maître de l’opinion publique américaine

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Date: 6 novembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

C’est aujourd’hui que se joue une partie de l’avenir du président américain, le plus atypique de toute l’histoire de ce pays. Faisant campagne pour les démocrates, le président Barack Obama a déclaré que cette élection serait la plus importante de l’histoire américaine. Souvent, on utilise cette affirmation à tort, mais cette fois je serai en accord avec Obama. L’élection de mi-mandat de la présidence de Donald Trump, un véritable maître de l’opinion publique américaine, sera fondamentale pour l’avenir non seulement des États-Unis, mais de l’ensemble des pays de la planète.

Bien malin qui saura prédire le résultat de ces élections. De nombreux facteurs vont jouer pour influencer le vote des électeurs américains. Bien sûr, la mobilisation des jeunes, des femmes sont des nouvelles de bon augure pour les partisans démocrates. Il ne faut pas cependant minimiser l’emprise de Donald Trump sur sa base partisane ni son importante implication dans cette campagne.

En misant sur une économie qui tourne rondement et en faisant miroiter la peur de l’envahissement par les migrants, Donald Trump joue sur un registre qui l’a très bien servi lors de l’élection présidentielle. Comme nous le savons, Donald Trump ne fait pas dans la dentelle. La publicité des républicains montrant un délinquant immigrant et prédisant le chaos si les démocrates prenaient le contrôle du Congrès et du Sénat aura sûrement réussi à réjouir la base partisane indéfectible de Donald Trump. Les discours de campagne de Trump sont de la même eau. Un discours populiste créant la division et amplifiant les fissures entre les villes et les campagnes, entre les blancs, les Hispaniques et les personnes d’origine africaine. Un discours qui ne fait que donner du ressort à l’expression de sentiments haineux, racistes et polémiques. Jamais la société américaine n’aura paru aussi près de la falaise qu’aujourd’hui à la veille du résultat de cette élection.

Depuis la guerre civile au 19e siècle, les États-Unis d’Amérique n’ont jamais été si près de sombrer dans la violence. Des gestes isolés, mais répétitifs ne peuvent que nous convaincre de la présence d’une violence sourde dans cette société capable du meilleur et du pire. Pour le reste du monde, pour les pays libres de souche de démocratie libérale, une victoire de Trump ce soir sera la poursuite d’un cauchemar.

Donald Trump détruit peu à peu tout ce que ses prédécesseurs ont construit patiemment depuis la Seconde Guerre mondiale. Un ordre libéral où les libertés, la paix et le commerce étaient le fer de lance de la politique étrangère américaine. Adepte du multilatéralisme, les États-Unis de Trump sont devenus un pays qui se distingue de moins en moins des pires élèves de la classe dans le concert des nations à l’échelle mondiale.

C’est avec intérêt que nous suivrons les résultats de cette élection ce soir. Un sursaut de lucidité des Américains sera le bienvenu. Si Trump ne sort pas affaibli et mis hors d’état de nuire à la suite de cette élection, notre monde sera plus près de l’abîme. Que l’on aime ou pas les États-Unis d’Amérique, force nous est de reconnaître que les puissances occidentales, dont le Canada, avons besoin d’eux. S’il y a une chose que nous aura apprise l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis il y a presque deux ans maintenant, c’est que la démocratie et les valeurs libérales ne sont jamais acquises. Elles sont fragiles et, bien que résilientes, elles ne peuvent indéfiniment résister aux assauts répétés de son plus grand promoteur que sont les États-Unis d’Amérique. L’opinion publique américaine résistera-t-elle ce soir à son maître? C’est le suspense que nous réservera le résultat de cette élection. La plus importante de l’histoire américaine pour les démocraties occidentales.

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