La bonne entente

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Date: 19 mars 2019
Auteur: Daniel Nadeau

On ne peut se féliciter de la bonne entente qui semble régner en ce moment entre la ministre caquiste de la Justice Sonia Lebel et les députées Véronique Hivon du Parti québécois, d’Hélène David du Parti libéral du Québec et de Christine Labrie de Québec solidaire. Sur quoi s’entendent-elles ?

Elles ont accepté de travailler ensemble dans le cadre d’un groupe de travail non partisan afin de mieux accompagner les femmes qui sont victimes d’agressions sexuelles. Cette initiative fait suite à la suggestion de la députée péquiste Véronique Hivon de créer un tribunal spécialisé afin de mieux répondre aux besoins de la justice en matière de poursuite criminelle concernant les agressions sexuelles. Nous savons que peu de plaintes sont déposées et que peu de jugements sont rendus à la faveur des victimes dans des crimes de cette nature.

Bien que la présomption d’innocence ne peut être remise en cause, c’est le fil d’or de la toile de notre code criminel, comme l’a affirmé la ministre Lebel, on peut néanmoins trouver de nouveaux moyens pour mieux accompagner les femmes victimes d’agressions sexuelles. Accompagner les victimes de la trousse du viol à l’hôpital jusqu’à la résilience psychologique nécessaire des victimes. Entre les deux, peut-on imaginer faciliter des recours au civil pour les victimes afin que les coupables puissent payer pour leur crime. On sait qu’en matière civile, il faut obtenir une prépondérance de preuves alors qu’en matière criminelle, il faut des preuves hors de tout doute raisonnable. C’est bien plus difficile d’obtenir une condamnation au criminel qu’en matière de droit civil. C’est une piste que doivent explorer les députées.

Nous saluons l’initiative de la ministre Sonia Lebel et de ses collègues députées à l’Assemblée nationale du Québec. Ce n’est pas tous les jours que nous voyons nos élus travailler de concert pour résoudre un vrai problème en dehors des joutes partisanes. Nous les félicitons de leur ouverture et de leur collaboration.

La question des agressions sexuelles est un problème sérieux. Pour nous en convaincre, rappelons les statistiques suivantes :

  • 5 % des crimes sexuels sont rapportés à la police ;
  • 3 plaintes pour agressions sexuelles sur 1000 se soldent par une condamnation ;
  • 96,8 % des agresseurs sont des hommes et 78,1 % des victimes sont des femmes ;
  • Les deux tiers des victimes ont moins de 18 ans ;
  • Les deux tiers des infractions sexuelles sont commis dans une résidence privée ;
  • La majorité des victimes connaissent l’auteur présumé, soit 85,6 % des victimes mineures et 68,3 % des victimes adultes.

D’ici un an, le comité remettra son rapport. C’est un peu long, mais notre patience en vaudra la peine si de véritables solutions sont proposées aux victimes de crimes sexuels qui sont souvent des femmes, plus de trois quarts des victimes. Souhaitons que la transpartisanerie accouche de solutions…

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La marche de la jeunesse pour la planète

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Date: 18 mars 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Nul ne peut être insensible au cri du cœur de la jeunesse mondiale envers les gouvernements de toute la planète leur demandant d’agir pour contrer les changements climatiques. Après tout, c’est de sauver la maison de tout le monde dont il est question. Là où tout se complique, c’est ce cri du cœur pour agir, mais c’est agir où, quand et comment ? Que veut-on faire au juste pour sauver la planète ? C’est la question à laquelle la marche de la jeunesse ne donne pas de réponses.

Tous s’entendent pour que l’on agisse promptement afin de sauver la planète et de ralentir le réchauffement climatique, mais la réalité est complexe. Par exemple, la Chine, les États-Unis et l’Inde sont les principaux responsables de l’émission des gaz à effet de serre sur la planète. Les économies occidentales y jouent aussi un grand rôle notamment le Canada avec sa production de pétrole en Alberta. Le Québec fait beaucoup mieux. Nous faisons mieux, pas parce que nous sommes plus vertueux, mais parce que nous avons accès à des ressources hydrauliques. Cela permet à l’économie québécoise de présenter un bilan beaucoup plus favorable. Par exemple, chez nous les autos électriques peuvent être une solution pour remplacer notre parc automobile alors que cela n’est pas aussi vrai pour nos voisins ontariens qui carburent à l’énergie nucléaire. Ce qui ne nous exempte pas pour autant de développer de meilleurs transports collectifs partout sur le territoire québécois, mais rend plus improbable la fin du règne de l’auto-solo.

Pour ce qui est du développement urbain, le Québec fait piètre figure avec la « banlieurdisation » de son territoire urbain partout sur le territoire québécois. Cela appelle de profondes transformations à commencer par la mise hors-jeu de la plus-value foncière où l’espace urbain est un fondement de l’accumulation du capital. Il y a longtemps que la preuve de ce phénomène a été faite notamment par Alain Lipietz.  L’historien Paul-André Linteau a illustré ce phénomène avec son étude sur la ville de Maisonneuve au 19e siècle où il nous a expliqué comment les promoteurs fabriquaient une ville. Cela n’a guère changé.

Changements majeurs de nos façons de nous véhiculer, de la manière de développer nos territoires ne suffisent pas à contrer les changements climatiques. Il faudra aussi que l’on abandonne la viande et l’importation de fruits et légumes. Ce qui signifie des changements profonds de notre façon de nous alimenter. Plus d’oranges, plus de kiwis, plus de pamplemousse, plus d’avocats. Il faudra se remettre à nos racines. Même les légumineuses ne sont pas produites en si grand volume que cela. Il faudra aussi faire notre deuil de la viande. Adieu bœuf, porc, agneau, poulet, et toutes les viandes. Comme l’alimentation est une partie de notre culture identitaire, cela ne se fait pas en criant ciseau.

Le transport des personnes, l’habitation, l’aménagement urbain et l’alimentation ne sont qu’une partie de la tâche qui nous attend pour sauver la planète. Il faudra aussi renoncer à voyager en avion. Fini la découverte et l’exploration des autres cultures. Il y aura bien les voyages par Goélette qui demeurera possible, mais ça prendra beaucoup plus de temps et sera des voyages moins accessibles.

Il faudra aussi cesser d’épuiser les énergies dans tous ses gadgets électroniques téléphones mobiles, tablettes, ordinateurs portables et autres trouvailles du 21e siècle qui sont composés de minerais rares et qui puisent beaucoup d’énergie par le nuage.

Ainsi, il est clair que faire tous ces changements importants en 12 ans apparaît comme un défi colossal si l’on veut obtenir l’appui massif de la population mondiale à ces transformations majeures de nos vies. Pour nous Québécois nord-américains, cela nous amène à renoncer à nos modes de vie. La question fondamentale demeure que veut-on faire exactement pour sauver la planète ? Je crois qu’il faudra encore plusieurs marches pour nous entendre sur les réponses à ces questions.

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Bravo professeure Micheline Dumont !

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Date: 15 mars 2019
Auteur: Daniel Nadeau

C’est hier que la gouverneure générale du Canada, l’astronaute Julie Payette, a annoncé que l’historienne Micheline Dumont deviendra membre de l’Ordre du Canada. Après avoir reçu en 2017, un Prix du Gouverneur général du Canada, Micheline Dumont voit une fois de plus sa brillante et remarquable carrière d’historienne soulignée en recevant l’Ordre du Canada. Micheline Dumont est une femme remarquable qui a consacré toute sa vie à tenter de faire ressurgir dans nos mémoires la place des femmes qui ont été trop souvent absentes de notre histoire.

Je n’ai pas eu le privilège d’être l’un de ses étudiants durant ma formation en histoire puisque je ne me suis jamais inscrit au cours d’histoire des femmes, mais j’ai eu l’occasion d’échanger à de nombreuses reprises sur cette question avec madame Dumont dans le cadre de ma formation d’historien. C’est elle qui la première m’a fait découvrir toute l’ignorance que j’avais concernant la place des femmes dans l’histoire. C’est à la suite d’une conversation avec elle que j’avais fait un travail de session sur une femme patriote Charlotte Hortense Globensky. Micheline Dumont était et est toujours convaincante quand il est question de l’histoire des femmes. Dans mes pérégrinations de recherche sur ma thèse de doctorat sur l’Accord du lac Meech, que je viens de reprendre ces derniers mois, Micheline Dumont m’a fourni des renseignements éclairants sur le rôle des groupes de femmes du Québec et du Canada concernant cet accord constitutionnel mort au feuilleton en 1990. Tout cela pour dire que madame Dumont est une ressource sans égale quand il est temps de parler de la place et du rôle des femmes dans l’histoire du Québec et du Canada.

Micheline Dumont a signé et cosigné 18 livres et brochures, dont Histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles (avec le Collectif Clio) et Le féminisme québécois raconté à Camille. Elle est également l’une des plus importantes collaboratrices du Dictionnaire biographique du Canada. Elle a enseigné l’histoire pendant près de 30 ans à l’Université de Sherbrooke. Professeure émérite du département d’histoire de l’Université de Sherbrooke, Micheline Dumont mérite bien les honneurs qui lui échoient en ce moment.

L’une des plus grandes qualités de Micheline Dumont c’est qu’elle cultive une jeunesse éternelle. Le poids du temps n’en a pas fait une femme rabougrie ou encore une intellectuelle prise dans des œillères. Depuis que je la connais, madame Dumont a toujours été non seulement de son temps, mais bien souvent en avance sur son temps. Son œuvre d’historienne sur les femmes en témoigne éloquemment.

Pas plus tard ce mercredi, je l’ai cité abondamment dans ma chronique publiée dans EstriePlus. J’ai consacré cette dernière aux femmes en guise de marque de respect à la journée internationale de la femme du 8 mars en parlant du livre de la jeune historienne Camille Robert sur le travail domestique. Dans cette chronique, je citais Micheline Dumont qui a écrit la préface de ce livre de Camille Robert : « L’ouvrage qu’elle publie a d’abord été un mémoire de maîtrise qui a mérité le prix du livre politique, remis par la Fondation Jean-Charles Bonenfant de l’Assemblée nationale du Québec au printemps 2017… Le prix du livre politique pour un mémoire sur le travail ménager ? Oui. Vous avez bien lu. Par quels détours cette question a-t-elle atterri sur les plages de l’histoire politique ? C’est que vous ignorez sans doute que le travail ménager est une question éminemment politique et fait désormais l’objet d’études savantes dans les grands organismes internationaux. Certes, on met en exergue et on se félicite de la nouvelle place des femmes en politique et dans la vie économique, mais pendant ce temps-là, le ménage doit être fait, les vêtements doivent être lavés et les repas préparés. L’OCDE mesure le nombre de minutes qu’hommes et femmes consacrent quotidiennement aux tâches ménagères à travers le monde et ont construit de savants graphiques… » (Camille Robert, Toutes les femmes sont d’abord ménagères. Histoire d’un combat féministe pour la reconnaissance du travail ménager. Québec 1968-1985, Montréal, Éditions somme toute, 2017, p. 10)

Plus tôt dans la même préface, Micheline Dumont avouait ses accointances intellectuelles avec les jeunes et cette jeune féministe ; « Camille Robert fait partie du groupe de “jeunes féministes”, ces jeunes femmes qui sont nées à la fin du siècle dernier. Elles n’ont pas 30 ans et elles n’ont pas vécu les décennies chaudes du féminisme des années 1070. Elles sont nées au moment où la société proclamait la fin du féminisme, au moment où les jeunes femmes d’alors manifestaient beaucoup de réticences à se proclamer féministes. Elles tiennent beaucoup à se démarquer de leurs aînées. » (ibid. p. 9)

En recevant cet honneur, Micheline Dumont a déclaré à la journaliste de Radio-Canada dont nous avons repiqué le texte sur le Web que : « Cette dernière souligne que ce dont elle est la plus fière dans sa carrière est d’avoir ouvert un champ de recherche, d’avoir pu démontrer que les femmes sont dans l’histoire. C’est une erreur de penser que les femmes n’ont pas été dans l’histoire. Elles ont été dans l’histoire, mais on ne les a pas vues. »

Du grand Micheline Dumont. Une femme exceptionnelle qui a redonné une voix aux femmes et surtout une mémoire des femmes et de leur rôle à la société québécoise et canadienne. Micheline Dumont est un personnage exceptionnel de notre histoire. Je suis choyé de la connaître. Quand on s’inquiète du peu de noms féminins dans nos environnements à raison, il faut garder espoir, car il est déjà certain que madame Micheline Dumont donnera un jour son nom à un endroit de choix pour que jamais les générations futures ne l’oublient. Si l’on nomme un jour un lieu à sa mémoire, ça devrait une autoroute, car c’est ce qu’elle a fait dans sa vie ouvrir une autoroute a huit et douze voies pour les femmes d’ici afin que nous puissions savoir ce qu’elles ont fait pour faire de nous ce que nous sommes aujourd’hui. Hommage bien mérité. Bravo Micheline Dumont !

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Requiem pour le PQ

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Date: 14 mars 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Sans vouloir joindre notre voix à de nombreuses autres qui prédisent la mort du Parti québécois, il faut convenir que ce grand parti politique, le seul parti de masse qu’a connu le Québec, vit des heures difficiles.

Le noyau de survivants qui demeurent membres de l’aile parlementaire devenue exsangue est bien d’accord pour tout remettre sur la table sauf la raison d’être du parti, l’indépendance du Québec, mais le problème c’est que les gens ont quitté l’antenne depuis longtemps. À part les militants de ce parti qui sont encore nombreux, plus nombreux que ceux des autres partis présents à l’Assemblée nationale, peu de personnes se lèvent la nuit pour se demander ce que sera leur avenir sans le Parti québécois.

De nombreux commentateurs, le commentateur Lisée derechef, pointent le doigt vers les défaites successives. Le Parti québécois serait devenu, comme le dit la jeune députée démissionnaire de Marie-Victorin, Catherine Fournier, un parti de perdants. Un parti dont la marque de commerce est morte. Comme le disait l’humoriste Daniel Lemire, il faut repartir cela sous un autre nom en parlant du Canada dans son cas. Faut-il vraiment assassiner le Parti québécois ? Tâche difficile puisque l’électorat québécois a bien fait la job lors de la dernière élection. Le Parti québécois a été rayé de la carte électorale du Québec étant repoussé dans les régions de l’est du Québec, à l’exception du comté de Marie-Victorin, aujourd’hui occupé par une députée indépendantiste indépendante et le comté de Joliette représenté par Véronique Hivon.

Pendant ce temps, le Parti québécois lance une grande opération de remise à neuf. Tout est sur la table nous dit la présidente du PQ, Gabrielle Lemieux. Que ce soit le nom, le logo, le financement, le mode d’organisation, le programme, etc. Tout est sujet à modifications sauf la réalisation de l’indépendance du Québec.

C’est ici que le bât blesse. L’appétit pour un Québec souverain n’est plus là. La jeunesse érigée en monument d’autorité ne se reconnaît plus dans ce projet. On a beau citer Québec solidaire, mais Québec solidaire n’est pas un parti dédié à la souveraineté, il est un parti dédié à changer la vie des gens notamment par la souveraineté. Québec solidaire veut abolir le capitalisme, l’économie de marché, nos modes de vie actuels individualistes pour des modes de vie plus collectifs. Cela rejoint une frange de la jeunesse, surtout le discours anti-establishment et le discours pro-environnement.

Le problème du Parti québécois n’est pas que son nom, son programme c’est son membership. Les gens qui le font vivre par leur militantisme sont jugés non pertinents pour l’avenir par cette jeunesse que l’on ne cesse d’invoquer. Pour cette jeunesse, les vieux doivent laisser la place aux jeunes. Ils ont fait leur temps. Dans le rapport de l’ex-candidat à la chefferie St-Pierre-Plamondon, cela coulait de source.

Tout cela n’est que rhétorique. La vraie raison du déclin du PQ remonte à la déclaration malheureuse de son ancien chef le soir du référendum où il avait attribué la défaite du pays à l’argent et à des votes ethniques. Ces propos de Parizeau étaient maladroits et inconvenants. Il a ainsi ouvert la boîte à pandore du nationalisme ethnique. Le nationalisme identitaire est venu souiller la marche du Québec vers son destin que ce soit comme société distincte à la Bourassa ou comme pays. C’est depuis ce temps que les Québécoises et Québécois ont cessé d’être à l’écoute du Parti québécois. Cela devrait faire partie des réflexions qui s’amorceront sous peu au Parti québécois.

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Feu la vague orange : pas si certain…

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Date: 13 mars 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Il y a branle-bas dans toutes les formations politiques fédérales présentes au Québec. Nous le savons il y aura des élections cet automne et le Québec sera un important lieu dans l’échiquier politique canadien.

Nous avons déjà amplement discuté du positionnement des libéraux de Justin Trudeau qui avec les retombées de l’affaire SNC-Lavalin au Canada, tout particulièrement en Ontario, auront fort à faire pour gagner de nouveaux sièges au Québec afin de compenser les pertes qu’ils encaisseront dans les provinces maritimes et en Ontario. Les conservateurs d’Andrew Scheer ont bien tenté de se positionner avantageusement au Québec en se disant ouverts aux demandes du nouveau gouvernement du Québec de François Legault, mais leur positionnement sur les pipelines et surtout leur maladresse dans le dossier SNC-Lavalin risque de leur faire perdre des plumes. Il faut surtout rappeler que la droite morale incarnée par Andrew Scheer n’a pas la côte au Québec même si le charme du lieutenant québécois Alain Rayes peut opérer jusqu’à un certain point.

Le Bloc québécois sous la gouverne de son nouveau chef, Yves-François Blanchet, pourra causer des surprises. Il était décimé à la suite des frasques de Martine Ouellet et aux divisions fratricides. S’il est vrai que l’arrivée du leader Blanchet a pu redonner espoir aux souverainistes, il est aussi vrai que la tragi-comédie lancée cette semaine par la députée de Marie-Victorin, Catherine Fournier, risque d’avoir les mêmes effets délétères que ceux qu’ont pu avoir les effets de la crise du Bloc sur l’élection québécoise et le PQ. Cette fois, dans des rôles inversés, on risque de repartir pour un nouveau tour de manège.

Voilà maintenant que le NPD avec son chef mal-aimé et méconnu, Jagmeet Singh, cherche à affirmer sa place au soleil et à sauver ses sièges au Québec. La décision de nommer comme chef adjoint, le député de Rosemont-La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice, a des chances de donner des dividendes au NPD. L’annonce hier de la candidature de la conjointe d’Amir Khadir, Nimâ Machouf, dans l’ancien comté de Gilles Duceppe vient renforcer cette idée d’alliance entre Québec solidaire et le NPD peut être porteuse surtout si l’environnement devient le fer de lance du discours de ce parti au Québec. Si l’on se fie aux résultats des dernières élections québécoises, le NPD n’a pas encore dit son dernier mot. Une histoire à suivre…

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Le navire du PQ perd une matelot !

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Date: 12 mars 2019
Auteur: Daniel Nadeau

La politique ne change pas fondamentalement. À l’image des équipes sportives, en politique quand on perd l’esprit d’équipe en prend pour son rhume. Personne ne voudra tirer sur une ambulance, mais le Parti québécois continue de vivre sa lente agonie par sa faute, sa très grande faute. La démission de la jeune députée Catherine Fournier du caucus du Parti québécois ne vient qu’ajouter au dossier mortifère du Parti québécois.

Tous en conviendront, le Parti québécois a été le premier parti politique de masse au Québec. Un vrai parti avec des militants et des débats interminables sur le sexe des anges qui prenaient la forme d’une souveraineté avec ou sans trait d’union, des stratégies de relance plus ou moins pertinentes autour du calendrier référendaire et de flirt dangereux avec l’identité québécoise et l’adoption de positions politiques s’abreuvant à ce qu’il y a de plus laid dans le nationalisme ethnocentrique qui s’est traduit par une Charte des valeurs québécoises.

Hier, nous commentions le dernier livre de Jean-François Lisée qui faisait le bilan de sa dernière campagne électorale en s’interrogeant sur qui veut la peau du Parti québécois. Malheureusement pour les militantes et les militants de ce grand parti politique de l’histoire du Québec contemporain, il semble que la réponse à cette question pointe vers les acteurs du Parti québécois eux-mêmes. Par son départ du caucus, madame Catherine Fournier vient donner de l’oxygène à Québec Solidaire. Son départ du caucus du PQ vient donner la troisième place à l’Assemblée nationale à Québec Solidaire : de meilleures places, plus de temps de questions et surtout une légitimité renouvelée d’être la voix souverainiste à l’Assemblée nationale du Québec.

Madame Fournier dit partir pour redonner de l’espoir aux souverainistes et son désir de pratiquer la politique de la terre brûlée repose sur sa volonté de repartir à neuf pour pouvoir se reconnecter avec la jeunesse québécoise. Seul l’avenir nous dira si la députée de Marie-Victorin a raison. Nous en doutons. L’idée de la souveraineté n’est plus à l’ordre du jour. La jeunesse québécoise attache de moins en moins d’importance à ce qui en a constitué les plus puissants symboles comme la défense et la promotion de la langue française. Même la spécificité du Québec, la société distincte, est remise en cause. Dans la trame narrative de l’histoire du Québec, on assimile de plus en plus l’histoire de l’État québécois, non pas à une longue marche de libération des Canadiens français et à leur émancipation du conquérant britannique, mais plutôt à la construction d’un État blanc, misogyne et capitaliste qui n’a eu comme priorité que l’asservissement des femmes, des membres des communautés culturelles et des minorités sexuelles. La nouvelle gauche, si l’on peut utiliser ce vocable, n’a rien à faire avec le nationalisme. Madame Fournier rêve tout haut à la grande union des souverainistes, mais elle s’apercevra rapidement, comme d’autres avant elle, que le Québec est devenu une société fragmentée où le nationalisme n’a plus la côte dans les boîtes de scrutin…

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Lisée-moi…

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Date: 11 mars 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Jean-François Lisée vient de publier un livre à compte d’auteur sur la dernière campagne électorale au Québec. Ce livre sera disponible dans les prochains jours. Nous l’avons acheté lors de son lancement sur le site Web de la boîte à Lisée, mais nous ne l’avons pas encore lu. Nous avons cependant pu prendre connaissance des faits saillants du livre de Jean-François Lisée dans les fuites orchestrées dans les médias et surtout en regardant ou en lisant les entrevues données par l’auteur au journal Le Devoir et à l’émission Tout le monde en parle de Guy A. Lepage sur les ondes de Radio-Canada.

Cinq mois après l’élection Jean-François Lisée, publie un livre au titre accrocheur : Qui veut la peau du Parti québécois ? Il énumère une série de leçons à tirer de la débandade électorale de son parti, dénonce Québec solidaire (QS) et porte un regard critique sur les médias.

« Je suis bien l’homme qui a conduit le grand parti de René Lévesque à la plus grave défaite de son histoire. » Jean-François Lisée lance cette phrase dès les premières pages de son ouvrage, comme s’il voulait nous dire qu’il prend la responsabilité de son échec électoral. Le lecteur qui cherche des excuses ou un mea culpa restera par contre sur sa faim. L’ancien chef du PQ dresse plutôt une liste d’une cinquantaine de « leçons de politique appliquée » – certaines de son cru, certaines empruntées à d’autres – en espérant probablement que son parti évite les erreurs qu’il a commises.

Pour notre part, nous avons trouvé assez convaincante la thèse de l’évitement défendue de façon originale par Lisée concernant la désaffection des Québécoises et des Québécois envers le Parti québécois de façon constante depuis la défaite au référendum de 1995 du camp du OUI.

De manière générale, Jean-François Lisée tient des propos intéressants sur la politique québécoise et il demeure un excellent stratège ainsi qu’un écrivain d’essai politique prolifique. Dès que nous aurons lu le dernier livre de Lisée, nous vous reviendrons sur ce sujet. Chose certaine, lire du Jean-François Lisée n’est jamais dénué d’intérêt. Après nous avoir invités à l’élire, éLisée-moi, Jean-François nous invite à le lire : Lisée-moi…

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La politique de la transparence

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Date: 8 mars 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Désolé. Nous écrirons encore aujourd’hui sur l’affaire SNC-Lavalin. Hier, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau a rencontré la presse nationale pour donner sa version de l’histoire. Toute la journée d’hier, les commentateurs politiques se sont égosillés à dire quelle version de l’histoire était la plus crédible, trahissant bien souvent leurs appartenances politiques préférentielles. Nous ne voulons pas ajouter au spectacle du commentaire. Dans cette affaire qui mobilise tant nos énergies, nous devons en tirer des enseignements utiles pour l’avenir. C’est que ce que nous voulons mettre en lumière dans ce court billet.

Au-delà de la tragi-comédie de l’opposition et de la faiblesse du leadership du premier ministre du Canada, Justin Trudeau, dans ce dossier, il importe de se poser des questions incontournables.

Pourquoi le Canada a-t-il senti le besoin de faire voter une Loi permettant à une entreprise accusée au criminel de demander un accord de réparation si sa procureure générale croyait que cette possibilité était contraire à sa conception de l’État de droit ? Pourquoi la procureure générale n’a-t-elle pas l’obligation d’expliquer sa décision de ne pas se prévaloir de cette Loi sur la place publique ? Pourquoi l’état de droit a-t-il préséance sur l’état de la vie réelle ? La procureure générale a mis moins de 12 jours pour décider que le gouvernement du Canada déclarait l’arrêt de mort d’une entreprise qui génère 9 000 emplois au Canada et qui a son siège social au Québec.

Ces questions demeurent aujourd’hui sans réponses. Il est étrange qu’à une époque où l’on favorise la transparence, on puisse se satisfaire de réponses comme c’est ma décision et je ne la changerai pas en fonction de ma conception du rôle du procureur de la justice du Canada. Les commentateurs du Canada anglais portent aux nues cette ancienne ministre comme l’égérie de la pureté de la compréhension de la société de droits, mais au fond ils passent sous silence son désir de vengeance et son égocentrisme au nom du fait qu’elle est une femme et une autochtone. Ça ressemble au Canada multiculturel et postnational de Justin Trudeau. Nous ne sommes pas d’avis qu’être autochtone ou femme ne donne pas une passe gratuite de crédibilité. Nous pouvons ne pas être racistes ni antiféministes et trouver que madame Jody Wilson-Raybould est une traîtresse à son parti, à son chef et au Canada.

Ce qui serait important pour l’avenir du Canada et de la société de droits dont tous nos compatriotes du Canada anglais sont follement amoureux c’est de faire en sorte qu’à l’avenir la procureure générale devrait justifier devant l’opinion publique l’utilisation ou non de l’une ou l’autre de ses prérogatives. Plus encore, la procureure générale devrait être à l’avenir une fonctionnaire nommée par le Parlement du Canada et cette personne devrait rendre des comptes devant l’opinion publique canadienne.

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La valse des égos et SNC-Lavalin

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Date: 7 mars 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Dans l’affaire Trudeau-Wislon-Raybould, et non pas SNC-Lavalin, on assiste à la querelle des égos. Or, s’il y a une chose certaine, c’est que l’égo de l’ancienne procureure générale et ministre de la Justice, Judy Wilson-Raybould, et sans égal. Pour ses ambitions personnelles, pour sa conception étroite du droit, pour des principes d’un État de droit qui n’empêchera jamais personne de dormir, elle joue son va-tout et elle est prête à sacrifier la réélection de tous ses collègues libéraux sur l’autel de ses ambitions. Si c’est cela faire de la politique autrement, il n’est pas certain que les vieilles façons de faire étaient si détestables à bien y penser.

Revenons à l’essentiel. Le gouvernement du Canada dirigé par Justin Trudeau souhaite doter le Canada de règles de gestion concurrentielles dans le domaine des entreprises qui ont joué dans le film de la corruption. Nous savons que SNC-Lavalin a obtenu un premier rôle dans cette production cinématographique honteuse. SNC-Lavalin s’est adonnée à des pratiques d’affaires criminelles pour enrichir ses actionnaires. Cela est entendu et prouvé.

Devant ce cas, et à d’autres à venir, le Canada a fait adopter une loi en catimini pour permettre à des entreprises corrompues d’obtenir des mesures remédiatrices pour faire en sorte que l’entreprise fautive paie le prix juste de ses actions tout en protégeant cette dernière et ses employés. Dans ce cas, il lui faudra montrer patte blanche et faire le grand ménage pour obtenir un accord de réparation de la part de la justice canadienne. Ainsi, l’entreprise pourra continuer d’opérer et les emplois seront sauvés. Ce n’est pas une si mauvaise idée si ces pratiques ont cours dans les économies concurrentes à l’économie canadienne. La mesure du gouvernement canadien venait ainsi rétablir en quelque sorte l’équilibre concurrentiel.

Bien sûr pour que cela soit jouable, il faut que cela se fasse dans un pays où l’on ne hait pas une nation plus que l’on aime les emplois que ses entreprises peuvent fournir aux Canadiennes et Canadiens. Il faut aussi une arène politique mature où l’on ne fait pas de la petite politique sur le dos des emplois. À cet égard, le discours du chef conservateur, Andrew Scheer est pitoyable. Déchirer ses habits pour défendre l’État de droit envers et contre tous quand au fond ce que l’on vise, c’est de faire de la politique populiste et de passer la gratte au Canada anglais dans tout ce qui bouge, scribouille et gribouille contre le Québec n’est pas l’un des gestes politiques les plus courageux. Gerald Butts a été convaincant. Trudeau doit parler et il est temps qu’il fasse preuve de leadership et qu’il débarrasse la scène politique canadienne de ses égos démesurés qui empoisonnent notre vie démocratique. Il faut en finir avec la valse des égos dans l’affaire SNC-Lavalin.

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Les fausses nouvelles

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Date: 6 mars 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Depuis l’élection du président américain, Donald Trump, le concept de fausses nouvelles ou son expression anglaise fake news est devenu omniprésent dans nos débats en société. Ces dernières semaines, une dépêche rapportait que le débat québécois sur la Loi 9 subissait des attaques de robots sur le Web où il se propageait des fausses nouvelles pour venir envenimer le débat. De sérieux soupçons pèsent sur l’organisation électorale de Donald Trump pour avoir été complice de ce genre de procédé dans sa campagne contre Hillary Clinton. Des voix se font entendre parce que l’on craint que les fausses nouvelles deviennent un enjeu cet automne, lors de la prochaine campagne électorale fédérale au Canada. Les fausses nouvelles sont un objet de préoccupations pour quiconque croit à la démocratie.

Ce que l’on sait moins cependant c’est que le concept de fake news n’est pas de Donald Trump. C’est plutôt un concept polysémique et politiquement controversé qui nous a été révélé par le journaliste canadien Craig Silverman en 2017. Il est à l’origine de la propagation de cette notion qu’il a utilisée pour la première fois dans un tweet le 14 octobre 2014 alors qu’il dénonçait les fausses nouvelles retrouvées sur un site de fausses nouvelles, le nationalreport.net. À ce sujet, Florian Sauvageau et Simon Thibault écrivent : « Craig Silverman dénonçait alors la fausse nouvelle d’un site de fake news, le nationalreport.net, qui annonçait la mise en quarantaine d’une ville du Texas après qu’une famille du Texas ait prétendument contracté l’Ebola, un virus fort contagieux qui a fait des milliers de morts lors d’une épidémie en Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016. » (Florian Sauvageau et Simon Thibault, Introduction dans Florian Sauvageau, Simon Thibault et Pierre Trudel, Les fausses nouvelles. Nouveaux visages, nouveaux défis. Comment déterminer la valeur de l’information dans les sociétés démocratiques ?, Québec, Presses universitaires Laval, 2018, p. 7)

Peu connus au départ, les travaux de Silverman sur les fausses nouvelles ont connu une notoriété accélérée à l’automne 2016 après des articles fracassants qu’il a écrits sur l’ampleur du phénomène sur Internet dans le cadre de l’élection présidentielle américaine. « Les médias, cherchant des réponses à la victoire surprise de Donald Trump, ont abondamment utilisé cette formule sur les fake news pour parler de la désinformation sur les réseaux sociaux. Ce que Trump n’a pas manqué de tourner à son avantage en faisant des fake news l’un des thèmes prédominants des interventions publiques depuis qu’il est président en s’attaquant aux médias américains ! »

L’automne dernier, un livre a été publié sur ce sujet que nous avons cité dans cet article. Le titre de ce livre provient d’un séminaire tenu à l’Université de Montréal par le Centre d’études sur les médias en octobre 2017 avec comme thème Les fausses nouvelles : le nouveau visage d’un vieux problème. Les auteurs du livre écrivent dans la présentation de leur ouvrage que : « Ce livre n’entend pas trouver de solutions définitives au problème des fausses nouvelles. Bien malin qui prétendrait le faire. Nous espérons toutefois grâce à la diversité des contributions de nos collaborateurs et à leur expertise éclairer un peu mieux une question complexe et controversée et évoquer quelques avenues possibles de solutions. » (Ibid. p. 2)

Celles et ceux qui s’intéressent à ce sujet ne devraient pas hésiter à lire cet intéressant bouquin qui fait le tour de la question et suscite la réflexion sur la santé démocratique de nos démocraties.

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