Connaissez-vous Antonio Gramschi ?

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Date: 23 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Antonio Gramschi est né à Ales en Sargdaigne le 22 janvier 1891 et est décédé à Rome le 27 avril 1937. Écrivain, théoricien politique italien et membre fondateur du Parti communiste italien, dont il fut un temps à sa tête, il demeure en prison durant le régime de Benito Mussolini. Gramschi est un intellectuel majeur de la pensée communiste du 20e siècle. Chez nous au Québec, c’est le politologue de gauche Jean-Marc Piotte qui a le plus vulgarisé sa pensée dans les milieux intellectuels.

La contribution théorique de Gramschi à la pensée marxiste a été majeure. Il a surtout planché sur les problèmes de culture et de l’autorité. De l’avis de plusieurs, il a été l’un des principaux penseurs du courant marxiste. Il a eu une très grande influence auprès de la gauche britannique notamment les historiens Eric Hosbawn et Edouard Thompson. Son influence est aussi présente chez Perry Anderson. Gramschi a théorisé une « philosophie de la praxis » qui désigne le matérialisme dialectique, mais c’est surtout son concept de l’hégémonie culturelle qui actualise la pensée de Gramschi. Selon ce concept, si la société capitaliste se maintient ce n’est pas juste grâce à sa main de fer sur le prolétariat, mais sur nos consciences grâce à la rhétorique puissante. Lisons ensemble Aurélien Berthier :

« Gramschi formule une hypothèse. Si le pouvoir bourgeois tient, ce n’est pas uniquement par la main de fer par laquelle il tient le prolétariat, mais essentiellement grâce à son emprise sur les représentations culturelles de la masse des travailleurs. Cette hégémonie culturelle amenant même les dominés à adopter la vision du monde des dominants et à l’accepter comme “allant de soi”. Cette domination se constitue et se maintient à travers la diffusion des valeurs au sein de l’École, l’Église, les partis, les organisations des travailleurs, l’institution scientifique, universitaire, artistique, les moyens de communication de masse. Autant de foyers culturels propageant des représentations qui conquièrent peu à peu les esprits et permettent d’obtenir le consentement du plus grand nombre ».

Gramschi dans sa lucidité nourrie par ses années de détention dans les prisons de Mussolini comprend bien que pour renverser la vapeur, changer le cours des choses, la conquête du pouvoir devient la première tâche de tout travail de changement réel pour les sociétés. Le combat premier est de gagner les esprits du plus grand nombre et faire obstacle à la perversion des esprits qui installent une hégémonie culturelle propice aux intérêts de celles et ceux qui possèdent tout même nos esprits.

En fait, pour Gramschi, l’État ne se résume pas au seul gouvernement. Il faut selon lui distinguer deux lieux de son pouvoir :

  • La société politique qui regroupe les institutions politiques, la police, l’armée et la justice. Ce lieu est régi par la force et la contrainte de la Loi ;
  • La société civile qui regroupe les institutions culturelles (universités, intellectuels, médias, artistes) et qui diffuse de manière ouverte ou masquée l’idéologie de l’État afin d’obtenir la majorité de la population. Ce lieu est régi par le consentement. (Aurélien Berthier, Ibid.)

C’est à un intellectuel britannique, Stuart Hall, que nous devons la naissance du courant des « cultural studies ». Un mouvement d’idées et de pratiques qui place au cœur de sa mission la critique de l’état des choses et des idées reçues. La pensée critique devient ainsi une sorte de lieu de rassemblement des intellectuels pour le changement contre ceux qui maintiennent l’ordre actuel des choses.

De la pensée de Gramschi est donc né le concept d’intellectuel organique. Les intellectuels organiques se livrent un combat dans la sphère publique pour convaincre les gens du bienfondé de leurs opinions et de leurs valeurs. C’est le combat pour obtenir l’assentiment du tribunal de l’opinion publique.

Ce combat devant le tribunal de l’opinion publique est aujourd’hui transcendé par la technologie (Internet et les appareils électroniques) et par le raffinement des techniques de persuasion (le « storytelling »). Il n’en demeure pas moins que dans un univers en pleine mutation, les intellectuels organiques de premier plan sont les praticiens des relations publiques. Ce sera l’objet de mon billet de demain sur ce blogue.

 

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Le monde des médias aujourd’hui

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Date: 22 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

De nombreuses pratiques et façons de faire ont changé dans le monde de l’information sous l’impulsion des phénomènes de la concentration de la propriété des médias, la convergence et l’introduction des nouvelles technologies de l’information.

La première conséquence de la numérisation des contenus est une information plus homogène et moins diversifiée tout en favorisant une présentation plus personnalisée de l’information.

Cela peut conduire à une sorte d’atomisation de la société, car désormais le consommateur peut choisir à la carte l’information qui l’intéresse. Ce qui tend à éliminer du même coup la diversité parce que chaque média cherche à conquérir le même consommateur avec les mêmes recettes.

Cette atomisation de l’univers social sous l’impulsion des nouvelles technologies de l’information fait en sorte que les individus cherchent à retrouver dans les informations qui lui sont offertes celles qui partagent le même système de valeurs, la même idéologie et la même vision du monde. Cela favorise l’éclatement du monde commun à tous au profit d’un monde fragmenté qui encourage le relativisme et qui défavorise la recherche du bien commun et d’une vérité parlante à tous. Cela ne peut qu’avoir de grandes conséquences sur la façon dont les journalistes traitent l’information.

Ces nouvelles technologies ont aussi donné naissance à de nouvelles plateformes de diffusion comme celle de l’information continue. Cela a eu pour effet collatéral de remplacer la figure de l’intellectuel par celle de l’expert. Vous avez remarqué comment les médias d’information continue se fient aux experts pour tuer le temps de leur émission en direct sur un événement important. On y répète ad nauseam les mêmes choses. On appelle cela de l’information en direct. À trop répéter les évidences, on en vient plutôt à désinformer. Les mêmes images en boucle, insoutenables souvent, rendent le monde encore plus imbuvable. Pire encore, on se sert de nombreuses plateformes de diffusion associées pour y répéter les mêmes choses. On comprendra que dans de telles circonstances une mauvaise nouvelle a tendance à s’incruster à demeure dans notre vécu commun.

Ce nouveau monde crée aussi ces vedettes. Des gens qui consacrés sont devenus les nouveaux rhéteurs du temple postmoderne. Ils sont non seulement des journalistes, mais aussi des experts de tout et de rien. Ils tirent leur autorité de leur fréquentation avec les gens riches et célèbres dont ils commentent les faits et gestes dans l’actualité. On peut ainsi lire Michel David réécrire pour nous lecteur du journal Le Devoir les savants propos qu’il a distillés la veille au Téléjournal de Céline Galipeau à Ici Radio-Canada Télé. Bien sûr, on peut retrouver plus d’informations sur le même sujet sur le blogue du même journaliste.

Le monde des médias et de l’information est donc profondément transformé par les nouvelles technologies de l’information et par de nouvelles façons de produire et de livrer l’information à un public de plus en plus fragmenté et atomisé. Peuplé de vedettes, experts en tout, ce monde médiatique est de moins en moins diversifié et, où les faits, ceux qui sont plus têtus que la réalité, ont de moins en moins de valeur au profit de l’opinion.

 

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Noël dans quelques heures…

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Date: 20 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Nous prendrons congé de la publication de billets sur ce blogue jusqu’au 13 janvier 2020.

De retour en grande forme avec plein d’idées, de commentaires et d’observations sur l’opinion publique, les communications et la politique québécoise, canadienne et américaine.

D’ici là, tous les membres de l’équipe du Cabinet de relations publiques et de communication Nadeau Bellavance vous souhaitent un joyeux Noël et une merveilleuse année 2020 meublée de prospérité, de santé et de bonheur. Profitez bien de ces jours de repos et de retrouvailles…

On se revoit en 2020 !

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La concentration de la propriété des médias

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Date: 16 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

C’est une heureuse nouvelle que nous avons appris hier quand on nous a informés que le financement des coopératives des cadres et des employés avait été finalisé. Cela permet non seulement la survie de nos quotidiens régionaux, mais aussi empêche une plus grande concentration de la presse. Ce n’est pas d’hier que ce sujet fait l’objet des préoccupations. Ce qui caractérise le monde des médias aujourd’hui n’est pas né aujourd’hui. C’est depuis la fin des années 60 que les journalistes et certains gouvernements s’inquiètent des conséquences de la concentration de la propriété des médias. Comment ce mouvement de concentration de la propriété de la presse vient-il réduire la liberté de presse et le droit du public à l’information ?

Le rapport McBride

En 1980, Sean McBride publia un rapport sous l’égide de l’UNESCO, « Voies multiples, un seul monde ». On retrouve les mêmes préoccupations dans des rapports canadiens, les rapports Davey et Kent et même au Québec, où le Centre d’études sur les médias de l’Université Laval a publié une étude sur la concentration des médias.

On peut résumer les inquiétudes et les diverses préoccupations de ces études et rapports par la citation suivante tirée du rapport McBride que je cite à partir du livre de Lise Boily et Marcel A. Chartrand que j’ai cité la semaine dernière dans mes billets sur le blogue de Nadeau Bellavance.

Voici ce qu’en disent les auteurs à la page 50 : « Le rapport McBride valorise des principes essentiels à respecter pour assurer une société démocratique. Parmi ces principes, soulignons l’élimination des effets négatifs que peuvent engendrer les concentrations et les monopoles d’entreprises, la libre circulation des nouvelles et des idées ainsi qu’un meilleur équilibre dans la diffusion, l’expression de la pluralité des sources et des réseaux d’information, la liberté de presse et d’expression à laquelle est rattaché le devoir des responsabilités de la presse et de leurs patrons. »

La convergence des profits

À ce phénomène largement répandu et inquiétant de la concentration de la propriété des médias, il s’ajoute aujourd’hui le principe de la convergence. Cette convergence se manifeste par la propriété de multiples médias par un même propriétaire usant de multiples plateformes de diffusion et adoptant une stratégie globale de mise en ligne de l’information de type poupée russe. Chaque élément venant en renforcer un autre. De la sorte, on peut économiser sur le coût de la main-d’œuvre pour fabriquer la nouvelle ou le contenu tout en maximisant les profits par l’utilisation de multiples plateformes de diffusion. C’est Pierre Karl Péladeau qui a le mieux utilisé cette stratégie avec le succès qu’il a connu avec l’empire Québecor.

Cette stratégie de convergence a fait le succès d’émission de télévision comme Star Académie de l’increvable Julie Snyder. Avec la puissance de l’antenne TVA, les journaux et les revues de Québecor, on a fabriqué instantanément de nouvelles vedettes populaires dont la population est si friande.

Un monde adverse pour les relationnistes

Les profondes mutations du monde des médias, l’arrivée dans notre vie quotidienne des nouvelles technologies de l’information ont provoqué des mutations profondes dans notre univers culturel. Les médias sont devenus de plus en plus des marchandises recherchant le spectaculaire, ce que j’ai appelé dans des textes plus anciens parus dans La Tribune ou EstriePlus, la « spectacularisation des médias ». La multiplication des plateformes de diffusion a pour sa part engendré la fragmentation des auditoires et une diminution catastrophique des revenus publicitaires. À terme, l’ancien modèle d’affaire des médias a été mis à mort par ces nouveaux phénomènes.

Cela a des conséquences sur le métier des professionnels des relations publiques. De technicien de l’opinion, il est devenu en quelque sorte un « intellectuel organique » du nouvel environnement médiatique du 21e siècle. Un intellectuel organique tel que l’avait défini Antonio Gramschi du fond des prisons de Mussolini au temps de la seconde guerre mondiale du 20e siècle.

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Enfin une issue au Brexit

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Date: 16 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

La victoire des tories britanniques de Boris Johnson au Royaume-Uni semble bien avoir scellé le sort de l’appartenance de ce pays à la Communauté européenne. À la suite d’une victoire majoritaire, le nouveau premier ministre anglais pourra enfin clore ce long chapitre des débats au Royaume-Uni quant à sa sortie de l’Europe.

Ce qui ne signifie pas que le Royaumne-Uni ne vivra pas de grands bouleversements de sa sortie de l’Europe. D’ailleurs, en sortir est une chose, mais savoir de quoi seront faites les relations futures du Royaume-Uni avec le reste de l’Europe particulièrement avec la France et l’Allemagne est une tout autre affaire. Au cours des prochaines années, il sera intéressant de suivre ce qui adviendra de l’Europe sans le Royaume-Uni. L’idée même de la communauté européenne risque d’en faire les frais. Une histoire à suivre.

Il reste aussi à voir ce qui adviendra des droits nationaux des Écossais et des Irlandais qui au lendemain de la victoire de Boris Johnson et du Parti conservateur ont plus de raisons que jamais de ressusciter l’idée de l’indépendance. Si l’on se fie aux premiers éléments du discours entendu chez Boris Johnson, il semble qu’il annonce son intention d’emprunter la voie dure de l’Espagne en matière de droits nationaux et du droit à la souveraineté. Cela ne sera pas sans heurts pour le Royaume-Uni. L’Écosse n’est pas la Catalogne et le Royaume-Uni aura de la difficulté à maintenir la ligne dure sur ces questions.

Bref, la victoire de Boris Johnson loin de simplifier la vie politique anglaise vient la complexifier davantage et fait en sorte que le Royaume-Uni rejoint la trop longue liste des pays occidentaux qui vivront de l’instabilité politique au cours des prochaines années. La France est aux prises avec de violents mouvements de manifestations dans les rues, les États-Unis n’ont jamais été aussi divisés par un président populiste et imprévisible et l’Espagne continue de maintenir la ligne de la répression contre les droits nationaux du peuple catalan. L’Europe vivra au cours des prochaines années une profonde cirse tout comme les démocraties occidentales. Cela n’augure rien de bon pour nous au Canada qui semblons épargnés de ces grands maux pour le moment.

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Le départ prévisible

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Date: 13 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

C’est sans surprises que nous avons appris hier que le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, a décidé de quitter son poste de chef de son parti et de leader de l’opposition officielle. C’était écrit dans le ciel qu’Andrew Scheer devait quitter son poste. Il avait beau argumenter qu’il avait obtenu plus de votes que Justin Trudeau et les libéraux au suffrage populaire, qu’il avait offert une performance notable concernant le nombre de sièges, mais il ne pouvait faire oublier que sa profonde nature conservatrice l’a empêché de faire progresser le vote conservateur en Ontario et au Québec.

Le départ d’Andrew Scheer ne règle pas les problèmes du Parti conservateur. Il amorce une fenêtre d’opportunité pour que ce parti puisse se donner des orientations et des politiques qui seront capables de rejoindre les Québécois et les Ontariens. Bien sûr, il y a les valeurs morales de la droite qui posent problème. Au 21e siècle, il est un peu incongru que le chef d’une formation politique qui veut diriger le Canada ait des problèmes avec de vieux dossiers comme l’avortement, le mariage du même sexe ou les peines d’emprisonnement plus sévères pour les criminels. La population canadienne est ailleurs. Déjà, que le discours conservateur sur la responsabilité fiscale est un peu hors cadre par rapport aux travaux des économistes en vogue. Nous en sommes plus à chercher à réduire les inégalités, à taxer les grosses multinationales américaines qu’à pratiquer une politique budgétaire de restrictions. Bref, le Canada a changé, le Parti conservateur doit aussi changer s’il veut à nouveau en diriger les destinées.

Andrew Scheer n’était pas un mauvais bougre. Il était simplement un mauvais choix de chef pour le Parti conservateur. Il faut dire qu’au moment de ce choix, peu de gens auraient gagé sur les chances des conservateurs d’ébranler le régime libéral de Justin Trudeau. Pourtant, les conservateurs auraient dû gagner la dernière élection à la suite des tuiles qui se sont abattues sur Justin Trudeau et son gouvernement. Le voyage en Inde, l’affaire SNC-Lavalin et le black face constituaient des éléments sur lesquels les conservateurs auraient pour construire leur victoire électorale. En lieu et place, ce parti a donné un triste spectacle d’un parti pris dans les sables mouvants de ses valeurs morales qui ne sont pas en adéquation avec les valeurs des Canadiennes et des Canadiens.

Si les conservateurs veulent un avenir au Canada, ils ne doivent pas se satisfaire du départ de leur chef mal-aimé Andrew Scheer. Ils doivent revoir de fond en comble leurs orientations politiques et comprendre que le Canada des années 2020 n’est pas le Canada de Stephen Harper. Ce sera intéressant à suivre…

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François Legault, premier ministre

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Date: 12 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Nous peut parfois critiquer certains gestes posés par notre gouvernement, à d’autres occasions déplorer le caractère improvisé de ses positions, mais nous ne pouvons pas refuser de reconnaître que François Legault porte bien les habits de premier ministre.

Son récent séjour en Californie en constitue un excellent exemple. Nous avons pu y voir le François Legault séducteur qui a cherché à faire valoir les atouts du Québec auprès des grands joueurs du cinéma et du Web afin d’attirer des investissements chez nous avec surtout sa lubie des emplois payants pour le Québec. Il n’a pas craint dans les discussions qu’il a eues avec les dirigeants des entreprises géantes de faire valoir que son gouvernement est prêt à faire des deals avec eux. Du François Legault à son meilleur.

Rattrapé par l’actualité du pays, François Legault a aussi révélé son côté plus conservateur en invitant le gouvernement Trudeau à la prudence avant de taxer les géants du Web. Le monde à l’envers quoi ! Il faut cependant évoquer que des propos différents auraient fait scandale. On ne va pas visiter les gens qui nous offrent le gite et cracher dans la soupe. Comme monsieur Legault a quand même dit qu’il faut taxer les géants du Web à la hauteur de 3 %. L’honneur est sauf, mais la colonne vertébrale est souple.

Puis, il y a eu au sortir de la rencontre avec le gouverneur de la Californie le Legault converti aux vertus de l’environnement. Il a profité de l’occasion pour annoncer qu’il sera de la partie l’an prochain lors de la tenue de la conférence sur le climat qui se tiendra à Glasgow en Écosse.

Enfin, il y a eu le François Legault, homme d’État qui a invité les parlementaires à Ottawa d’entériner la nouvelle entente sur le libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada. Au-delà des peurs que l’on peut ou ne pas nourrir concernant les pratiques commerciales chinoises et leur présence accrue dans le marché de l’aluminium au Mexique, il est important que le Canada entérine cette entente. Monsieur Legault en homme d’État réaliste se dit déçu que madame Freeland n’ait pas obtenu les mêmes succès avec l’aluminium que les démocrates américains avec l’acier. Faut-il s’en étonner connaissant le poids du Canada dans l’échiquier politique ? Robert Bourassa citant Tayllerand avait l’habitude de dire qu’un État a la politique de sa géographie. On peut ajouter que l’on a aussi la politique de sa démographie.

Dans les circonstances du poids du Québec tant sur le plan économique, géographique et démographique, François Legault a réussi à nous faire rayonner et à représenter notre nation avec brio. Monsieur Legault excelle quand il nous représente simplement et c’est ce qu’il a fait en Californie.

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Il est rare qu’au Canada, nous puissions nous réjouir d’un succès de Donald Trump. Il est vrai que sous sa présidence des États-Unis, nous avons tendance à oublier les liens très étroits qui nous unissent à notre puissant voisin américain. L’annonce de la conclusion et de la signature hier du nouveau traité de libre-échange entre notre pays, les États-Unis et le Mexique est une excellente nouvelle pour terminer l’année 2019 qui ne fut pas de tout repos.

La conclusion de ce nouveau traité, le nouvel accord de libre-échange liant Canada, États-Unis et Mexique (ACEUM), qui a obtenu mardi l’aval des démocrates américains, a subi d’importants amendements – en particulier sur la législation du travail au Mexique – par rapport au texte initialement signé le 30 novembre 2018. Il semble aussi qu’une demande des démocrates concernant l’acier à laquelle a dû consentir le Mexique vienne perturber l’industrie canadienne de l’aluminium. L’affaire c’est que des protections supplémentaires ont été consenties à l’acier et que le Mexique a refusé d’accorder l’équivalent à l’aluminium. Ce qui a fait bondir les porte-parole de l’industrie de l’aluminium principalement concentré au Québec. Cela pourra occasionner des débats à la Chambre des communes. Déjà hier, le très conciliant chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet a déchiré ses habits sur la fausse prémisse que le gouvernement Trudeau a abandonné l’Industrie de l’aluminium québécoise. Ce qui s’avère à l’examen des faits une affirmation nettement exagérée. Néanmoins, l’occasion était trop belle pour le Bloc pour faire un peu de politique et se draper dans la fleur de lys québécoise.

À terme, il semble que l’accord ait été nettement amélioré du point de vue des droits des travailleuses, des travailleurs et de l’environnement. Ce qui devrait réjouir les progressistes canadiens habituellement réfractaires à ce type d’entente économique. Quoi qu’il en soit, l’ACEUM, qui doit être ratifié aux États-Unis d’ici la fin de l’année, remplacera l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) en vigueur depuis 1994 et qui a créé une vaste zone de commerce regroupant quelque 500 millions d’habitants. Reste à voir si les partis d’opposition au Canada prendront le risque de dire non à cette entente pour de futiles raisons politiques.

Contrairement aux apparences, le jeu politique est nettement à l’avantage du gouvernement libéral de Justin Trudeau. S’il fallait que des élections dont les Canadiennes et les Canadiens ne veulent pas soient déclenchées sur la question de la signature ou non de ce traité, il n’est pas dit que Justin Trudeau ne pourrait pas remporter sa majorité qui lui a échappé la dernière fois.

La logique veut que nous ratifiions ce traité dans les plus brefs délais et que nous passions à autre chose. Il y a bien d’autres dossiers urgents au Canada, dont celui de l’aliénation de l’Ouest et de l’environnement. Souhaitons que nos parlementaires canadiens soient à la hauteur de leurs tâches et qu’ils ne nous convient pas à jouer dans une tragi-comédie dont personne ne veut.

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Le canari de Mike Ward

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Date: 10 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Nous n’avons pas vraiment été impressionnés par les propos de l’humoriste Mike Ward lors de la réception de son Olivier dimanche soir dernier. Il s’est livré à un vibrant plaidoyer pour sa liberté d’injurier et de discriminer un jeune enfant handicapé. Pour Mike Ward, ce geste de s’attaquer à un enfant en raison de son handicap est courageux. C’est une vieille affaire qui encombre l’espace public et qui aurait dû se terminer il y a longtemps et Mike Ward aurait dû offrir ses excuses au bon moment avant que cette affaire ne dérape et ne devienne un faux enjeu de société.

Plutôt que cela, Mike Ward s’est entêté dans un véritable acharnement même s’il nous dit que c’est les médias qui en sont responsables et non pas lui. Ne craignant pas de se tourner en ridicule, il a aussi plaidé être le canari dans la mine qui est notre mesure de la liberté d’expression dans notre pays. Pousse Mike, mais pas trop fort…

Que l’on comprenne bien, je serai le premier à défendre la liberté d’expression de quiconque dans cette société même la liberté d’expression de celles et ceux avec lesquels je suis en désaccord avec les idées. Là n’est pas la question. Ce n’est pas une question de liberté d’expression que de s’arroger le droit de tenir des propos discriminatoires envers quelqu’un pour le ridiculiser. Cela ce n’est pas acceptable et ne relève pas de la liberté d’expression. Comme disséminer la haine contre les juifs, les musulmans ou les femmes est totalement inacceptable.

Les humoristes dont fait partie Mike Ward sont très populaires au Québec. Ils vendent tous beaucoup de billets et gagnent très bien leur vie. Pourtant, le niveau de langage de nos humoristes, la qualité de leur vocabulaire n’est pas nécessairement quelque chose qui peut nous rendre fiers d’être dans la tribu. Sacrer, utiliser de gros mots et faire des blagues faciles semble avoir la cote d’amour au Québec. Tant mieux pour elles et eux, mais je ne peux m’empêcher de m’ennuyer des grands de ce métier comme les Yvon Deschamps et Sol. Ce n’est cependant pas une raison pour les limiter dans leur liberté d’expression. Je n’ai qu’à ne pas aller à leur spectacle ou fermer ma télévision. Par contre, je ne peux m’empêcher de penser que de tous les rôles qu’a pu jouer Mike Ward dans sa carrière d’humoriste, et j’avoue que je ne la connais pas, celui du rôle de victime n’est pas un bon casting pour lui et pour nous…

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Bâillonner la démocratie

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Date: 9 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Pour une autre session parlementaire, les travaux de l’Assemblée nationale du Québec se sont terminés par l’adoption d’un projet de loi sous le bâillon. En fait, le gouvernement Legault semble avoir beaucoup de difficulté à gérer les travaux en ayant à faire face à une opposition. Malgré les remarques du premier ministre Legault sur le nombre d’heures nécessaires pour respecter la démocratie, il n’a convaincu personne. Il semble bien que ce gouvernement qui n’a pas de réelle opposition n’aime pas beaucoup souffrir la contradiction (le Parti Québécois et le Parti libéral n’ont pas de chefs et commencent des courses au leadership).

Non seulement monsieur Legault n’aime pas les partis d’opposition parce qu’ils s’opposent aux politiques de son gouvernement. Il n’aime pas non plus les groupes de pression, car ces groupes s’opposent eux aussi aux politiques de son gouvernement. Pire encore, le gouvernement Legault semble ne pas aimer toute forme d’opposition, car il n’hésite pas à abolir tous les contre-pouvoirs qui pourraient faire obstacle à ses volontés comme il veut le faire avec les élus des commissions scolaires et qu’il l’a fait avec le Conseil d’administration du Fonds vert.

Monsieur Legault devrait se rappeler que la société québécoise est une société démocratique qui est souvent divisée sur de nombreuses questions. C’est plutôt sain de ne pas avoir toutes les mêmes opinions. Ce n’est pas vrai qu’un parti aussi populaire auprès de l’électorat représente la vérité et les seules options possibles. La Coalition avenir Québec est un point de vue sur le Québec, mais cette formation politique n’incarne pas le Québec et toute sa population. Il n’existe pas d’opinion de la nation québécoise et solidaire. Il existe des opinions dans la société québécoise et au gré des conjonctures il se dégage une opinion majoritaire qui est toujours circonstancielle et surtout qui ne justifie pas que l’on fasse taire les opinions minoritaires au nom des droits d’une majorité. On reconnaît la santé d’une démocratie à la façon dont elle négocie les opinions de celles et ceux qui ne pensent pas comme la majorité. C’est cela une démocratie saine et vigoureuse.

Le premier ministre Legault aurait intérêt à méditer sur ces questions et ainsi il pourrait découvrir la vertu des oppositions à l’Assemblée nationale et cesser de vouloir bâillonner toutes celles et tous ceux qui ne partagent pas ses opinions sur la conduite des affaires du Québec.

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