Le sursaut de l’Alabama

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Date: 15 décembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Mardi dernier, plusieurs observateurs en étaient profondément vaincus, les Américains qui habitent l’Alabama étaient pour élire, contre toutes attentes, le républicain Roy Moore au Sénat. L’État de l’Alabama élit des républicains depuis 1992. C’est un État qui a donné une avance de plus de 28 % au président Trump lors de la dernière élection présidentielle. Il est clair que le candidat républicain aurait été élu et cela n’avait pas été du profil de Roy Moore.

Roy Moore n’est pas un candidat commun. Il s’est fait connaître pour ses positions d’extrême droite et profondément religieuses. Or, ce même homme a été accusé pendant la campagne électorale d’avoir harcelé et agressé sexuellement de jeunes femmes et même de jeunes filles qui n’étaient pas majeures.

Le président Trump a quand même donné son appui à ce candidat en dépit des faits graves qui étaient allégués contre lui. Roy Moore a aussi reçu l’appui de l’ancien stratège du trumpisme à la Maison-Blanche et âme de la publication d’extrême droite BreitBart, Steve Bannon. De nombreux républicains avaient, parmi les modérés de ce parti, exprimé de fortes réserves devant la candidature de cet homme réputé aimer les jeunes filles, et ce, sans leur consentement, si l’on se fie aux allégations.

Le Parti républicain et le président Trump ont fait un pacte avec le diable de type faustien comme l’a commenté Élizabeth Vallet dans Le Devoir : « Ce faisant, l’Alabama n’est plus un État à deux partis, mais à deux factions, où s’affrontent un populisme identitaire sudiste (Moore, dans la foulée de Wallace) et un conservatisme classique (Strange et le RNC) d’où les démocrates sont absents. Mais il incarne aussi l’archétype d’une politique tribale, où l’adhésion à un système de valeurs prévaut sur toute autre considération : mieux vaut, pour une majorité de républicains de l’Alabama, voter pour un républicain chrétien comme Moore — fût-il prédateur sexuel — plutôt que pour un démocrate. Et le Parti républicain national (RNC) n’a pas su éviter l’écueil, revenant sur son désaveu pour finalement soutenir Moore, concluant un pacte faustien qui pourrait lui coûter cher dans un an, aux élections de mi-mandat. »

Devant l’enjeu de cette élection, l’importance pour Trump et les républicains de conserver leur mince majorité de deux sièges au Sénat, Trump a fait le choix d’appuyer de toute son aura présidentiel le candidat Roy Moore. Il a perdu son pari et c’est le démocrate Doug Jones qui a remporté l’élection au Sénat en Alabama. Ce qui ressort le plus de cela c’est que les électeurs républicains n’ont pas élu un homme comme Roy Moore malgré l’appui de Trump. Ça ne signifie pas la fin du trumpisme, mais on peut garder espoir en l’Amérique. Des sursauts sont toujours possibles des électeurs de ce grand pays…

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La péréquation canadienne et l’opinion de l’ouest sur le Québec

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Date: 14 décembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Tout dans ce pays est prétexte au débat. Parmi les questions délicates, il y a la question de la péréquation. Ces dernières années, cette mesure qui vise à aider chacune des provinces canadiennes à assurer la même qualité de services publics de base sans égards à la capacité fiscale de chacune. Le journaliste et animateur Gérard Filion donnait hier, à son émission d’affaires économiques sur les ondes de Ici RDI, des explications fort pertinentes sur cette question.

Dans une fédération comme le Canada, la péréquation est un système de transfert d’impôt permettant d’équilibrer la richesse des habitants des différentes provinces et des territoires. Le gouvernement fédéral prend cet argent à même les impôts payés au gouvernement du Canada par les citoyennes et les citoyens de chaque province. En gros, on comprend que les habitants des provinces ayant les plus grandes capacités fiscales, les provinces les plus riches paient une plus grande part d’impôt alors que les habitants des provinces les moins fortunées en paient moins. C’est une forme d’impôt à table progressif entre les habitants des provinces si l’on veut faire une image forte bien qu’elle ne soit pas tout à fait juste.

Tout cela pour dire que le Québec recevra cette année plus de onze milliards en vertu de ce programme soit une hausse d’environ huit cent cinquante à neuf cents millions de dollars. Ce qui fera le bonheur, j’en suis persuadé du ministre des Finances Carlos Leitao du gouvernement libéral de monsieur Couillard. Cela permettra au gouvernement d’être encore plus généreux dans cette année préélectorale.

Si je vous parle de péréquation aujourd’hui c’est que cela fait débat au Canada et que c’est l’un des angles par lequel le Rest of Canada, le ROC, attaque le caractère distinct du Québec. Par exemple, on invoque la péréquation comme outil de troc pour que l’on renonce à nos principes en matière environnementale comme ce fut le cas dans le dossier du pipeline Énergie Est. On décrie le fait que le gouvernement du Québec ait choisi de se donner des programmes sociaux et un système de garderie publique et on crée l’illusion que c’est les autres provinces qui paient pour nos programmes plus généreux. Tout cela n’est qu’illusion. Nous n’aurions pas ces programmes que nous recevrions les mêmes sommes. La péréquation n’a rien à voir avec le coût de nos programmes ou de celui des provinces, mais avec la capacité fiscale des provinces. C’est une politique basée sur les revenus des provinces et non pas sur les dépenses.

L’autre débat est plus québécois. C’est celui lancé par le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, qui a lancé que nous ne devrions pas être fiers de recevoir des paiements de péréquation et souhaitait que l’on se donne pour objectif à long terme, et non pas durant un mandat de quatre ans comme l’a affirmé, Philippe Couillard hier dans un point de presse, de ne plus recevoir de paiement de péréquation. En fait, François Legault disait en d’autres mots que nous devrions être collectivement plus engagés à créer de la richesse au Québec plutôt que de nous satisfaire de la situation actuelle. La péréquation est un faux débat, quant à moi, dans l’opinion publique et c’est un programme distinctif de la fédération canadienne parmi les démocraties avancées. C’est une bonne idée d’assurer un minimum de services de base sur tout le territoire canadien. C’est aussi une bonne idée de débattre au Québec de moyens pour créer plus de richesses, développer plus d’entreprises et susciter de l’entrepreneuriat. La seule mauvaise idée c’est d’accepter que l’on se serve de l’arme de la péréquation pour réduire de plus en plus le Québec à une province comme les autres alors que ce territoire est le siège de la nation québécoise francophone d’expression française et qu’avec des gens issus de plusieurs communautés nous formons une société distincte en Amérique du Nord. Nous sommes une nation et c’est une foutue bonne idée de devenir une nation plus riche et plus juste dans les prochaines décennies.

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La pauvreté et l’opinion publique

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Date: 13 décembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

La question de la pauvreté est un sujet qui vend. Ce sujet est en vogue à la période des fêtes où de multiples initiatives viennent en aide aux gens pauvres. La guignolée des médias, les paniers de Noël et de nombreux autres. Le temps des fêtes est particulièrement propice à la culpabilisation à l’endroit des plus démunis d’entre eux. Même si l’on ne peut raisonnablement être contre la vertu, il y a quelque chose de profondément hypocrite dans cette attitude que nous avons devant les pauvres et à la pauvreté. Comme si ces gens n’étaient pauvres que durant la période des fêtes.

C’est pourquoi nous nous réjouissons du dépôt par le gouvernement libéral de Philippe Couillard d’une politique de lutte contre la pauvreté par le ministre responsable, François Blais. Bien sûr, cette politique est fortement décriée par le collectif contre la pauvreté et de nombreux autres organismes qui travaillent quotidiennement avec les démunis. Je comprends.

Néanmoins, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain et reconnaître qu’il y a des avancées importantes pour de nombreuses citoyennes et de nombreux citoyens aux prises avec le problème du manque de ressources. Le plan déposé par le gouvernement libéral vient surtout en aide à celles et à ceux qui ne peuvent pas participer au marché du travail. Pour ces personnes, le plan du gouvernement Couillard est une nette amélioration. Les revenus qu’on leur accordera connaîtront une hausse significative.

Restent les autres, ceux qui sont aptes au travail. Certaines critiques accusent le gouvernement libéral de les abandonner et de créer deux catégories de pauvres : les bons pauvres inaptes au travail que l’on aide et les mauvais pauvres que l’on veut intégrer au marché du travail. Cette critique est à la fois fondée et injuste. S’il est vrai que notre gouvernement doit aider tous les pauvres, il est aussi vrai que « les pauvres » doivent s’aider. Ne dit-on pas « Aide-toi et le ciel t’aidera »? Ici, le cœur du problème est de trouver le point d’équilibre entre les devoirs que nous avons vis-à-vis de la société comparativement à nos droits. Aucun gouvernement n’a pu trouver jusqu’à ce jour ce point d’équilibre délicat entre l’incitation au travail et la participation du plus grand nombre. C’est là l’os que l’on trouve dans toute tentative de mettre en œuvre des politiques de lutte contre la pauvreté. Nous savons que la pauvreté n’est pas que matérielle. C’est plus complexe que cela.

En attendant, il faut se réjouir de l’annonce de politiques structurantes du gouvernement du Québec en cette matière et convenir que ce n’est qu’un début. Il faut continuer les réflexions et les débats pour trouver le meilleur point d’équilibre permettant de lutter efficacement contre la pauvreté et favoriser une réelle égalité des chances de toutes les citoyennes et de tous les citoyens du Québec. Lors de la prochaine campagne électorale, nous aurions une occasion d’en débattre.

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Les grandes figures oubliées de l’espace public québécois

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Date: 12 décembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

La Confédération des travailleurs catholiques du Québec (CTCQ) et le Congrès des métiers et du travail du Canada(CMTQ)

Les années 1930 ont donné lieu selon les propos du sociologue Fernand Dumont à une première révolution tranquille. Une « première révolution tranquille » qui aura donné lieu à un brassage d’idées sans précédent dans la société québécoise de cette époque. Céline Saint-Pierre vient d’ailleurs d’y consacrer un livre intitulé; « La première révolution tranquille. Syndicalisme catholique et unions internationales dans le Québec de l’entre-deux-guerres ».

Dans ce livre, elle écrit : « La dynamique socio-économique et politique de la période de l’entre-deux-guerres est fortement perturbée par les retombées de la Première Guerre mondiale et l’amorce de la Seconde Guerre mondiale, et par une crise économique touchant l’ensemble des pays occidentaux. À leurs profondes répercussions sur la société québécoise s’ajoutent des changements intérieurs. Une urbanisation croissante de sa population, une industrialisation en deuxième voire troisième phase, une économie soumise aux règles du capitalisme industriel contrôlé par des capitaux étrangers, secouent les idéologies traditionnelles et les modes de vie ébranlent le pouvoir des acteurs institutionnels, en particulier l’Église catholique et les élites de la petite et moyenne bourgeoisie. » (Céline Saint-Pierre, La première révolution tranquille. Syndicalisme catholique et unions internationales dans le Québec de l’entre-deux-guerres, Montréal, Del Busso éditeur, 2017, p. 217).

Dans ce tourbillon de changements, deux organisations y jouent un rôle crucial pour venir exiger des changements aux conditions de vie et de travail du plus grand nombre. Chacune de ces organisations a sa couleur particulière. Il y a d’abord, la Confédération des travailleurs catholiques du Québec qui deviendra la CSN au début des années 1960 et le Congrès des métiers et du travail du Canada qui deviendra en 1957 la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ). Ces deux organisations sont une réponse concrète à l’émergence d’une nouvelle force sociale durant cette période, la classe ouvrière.

La présence dans ces mouvements d’une volonté d’améliorer les conditions de vie et de travail des membres de la classe ouvrière s’est parfois butée à des velléités nationalistes. Le caractère national se jouxtait à l’héritage catholique romain. Tant et si bien que parfois « la CTCC et le CMTC viendront briser le mouvement unificateur souhaité et provoqueront une division au sein même d’une classe ouvrière composée en grande majorité de francophones catholiques. Cette division aurait-elle pu avoir comme effet de retarder la formation d’une conscience de classe commune de tous les travailleurs au Québec? » (ibid. p. 220-221)

Quoi qu’il en soit, on peut affirmer que tant l’ancêtre de la CSN que de la FTQ ont joué un rôle de premier plan dans ce Québec de l’entre-deux-guerres et ont contribué puissamment à affaiblir certains acteurs et certaines institutions et ont favorisé l’émergence de nouveaux acteurs. La thèse de Fernand Dumont reprise par Céline Saint-Pierre est que ces années ont donné lieu à une « première révolution tranquille qu’il faut comprendre comme l’expression d’un changement radical susceptible de provoquer une rupture avec l’ancien modèle de la société et d’annoncer l’arrivée d’un nouveau modèle. Celui-ci prend forme dans les rapports sociaux entre deux nouvelles classes sociales, la classe ouvrière en transformation et la bourgeoisie industrielle capitaliste. » (ibid. p. 224.)

Ce mouvement est annonciateur du Québec contemporain. C’est pourquoi il faut se rappeler le rôle des ancêtres de la FTQ et de la CSN et surtout comprendre qu’ils sont des grandes figures oubliés de l’espace public québécois.

Je recommande la lecture du livre de Céline Saint-Pierre à tous.

Lecture recommandée :

Céline Saint-Pierre, La première révolution tranquille. Syndicalisme catholique et unions internationales dans le Québec de l’entre-deux-guerres, Montréal, Del Busso éditeur, 2017, 236 p.

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Immigration et opinion publique aux États-Unis

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Date: 11 décembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Depuis l’élection de Donald Trump, notre voisin, les États-Unis d’Amérique nous étonnent chaque jour de plus en plus. On s’explique mal, nous les Canadiens, cette propension qu’ont nos voisins à vénérer la possession d’une arme à feu. On comprend la force du lobby de la National Rifle Association (NRA), mais devant toutes les tueries faites par des terroristes intérieurs, on peut saisir que les choses ne changent pas. Voilà un point que nous n’avons pas en commun avec nos voisins : la déification des armes à feu.

Nous avons cependant, du moins pour certaines franges de nos populations, des positions communes sur l’immigration. Le président Trump a fait ouvertement campagne contre l’immigration en s’attaquant particulièrement aux ressortissants mexicains qu’il a assimilés à des violeurs et des trafiquants d’armes et de drogues et aux ressortissants de pays du Moyen-Orient en ciblant les musulmans comme des terroristes potentiels. Nous n’en sommes pas encore là au Canada, mais on assiste souvent chez nous à des épisodes où un fort ressentiment se fait entendre contre les musulmans qui veulent, selon certains, nous imposer leurs modes de vie. On n’a que se rappeler les débats autour de la défunte chartre des valeurs du gouvernement Marois pour s’en convaincre.

Le président américain, Donald Trump, est passé de la parole aux actes en émettant des décrets limitant l’immigration et l’entrée de son pays aux musulmans. Il poursuit toujours son combat pour ériger un mur à sa frontière avec le Mexique. Ces volontés du président Trump sont ardemment contestées et ses décrets contre l’immigration musulmane font l’objet de vives contestations judiciaires et le débat sur ces décrets sera éventuellement tranché à la Cour Suprême américaine.

On ne peut donc pas s’étonner que le président Trump ait choisi d’abroger le statut de protection temporaire que son prédécesseur Barack Obama avait octroyé à des ressortissants haïtiens à la suite des cataclysmes vécus par cette petite île des caraïbes. Par l’abrogation de ce statut, plus de 50 000 ressortissants haïtiens sont aujourd’hui menacés d’expulsion. Cela touche 27 000 foyers américains et 78 % de ceux-ci ont plus de 25 ans.

Pire encore, en expulsant ces ressortissants haïtiens, les États-Unis se privent d’une main-d’œuvre utile qui contribue à son économie. 81 % de ces Haïtiens travaillent et vivent au-dessus du seuil de la pauvreté, 4 % ont leur propre entreprise, 23 % sont propriétaires de leurs maisons et leur revenu familial moyen est de 45 000 $/année soit au-dessous du 56 000 $ du revenu familial américain moyen. Ce qui semble indiquer que les Haïtiens sont investis dans le marché du travail, mais qu’ils gagnent moins cher que leurs concitoyens américains blancs. Le départ de ces ressortissants haïtiens occasionnera une perte nette de 164 milliards de dollars pour le produit intérieur brut américain (PIB). Tout cela au nom de convictions idéologiques douteuses quant à la sécurisation de la frontière américaine.

Cela risque d’avoir des conséquences pour nous puisqu’une partie de ces ressortissants haïtiens voudront peut-être choisir de venir au Canada pour ne pas retourner dans leur pays d’origine. Si l’on se fie à la dernière année où plus de 10 000 Haïtiens sont entrés illégalement au Canada, cela pourrait bien se reproduire encore dans la prochaine année. Il est à espérer que ces gens choisiront de le faire en vertu de nos lois plutôt que de le faire illégalement. Dans ce cas, l’opinion des Canadiens pourrait être plus positive à leur endroit. Après tout, nous avons chez nous un problème criant de main-d’œuvre. Ces ressortissants haïtiens pourraient être d’excellents candidats à une immigration réussie. Cela reste à voir en 2018.

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Faire la sourde oreille à l’opinion publique

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Date: 8 décembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

C’est à tort cette croyance que l’opinion publique est la reine du monde en toutes occasions et qu’elle fait constamment la loi dans nos sociétés démocratiques. Certes, on ne peut nier qu’elle influe lourdement sur les décisions de notre classe politique, mais il arrive aussi que l’on fasse sourde oreille à ses revendications les plus légitimes. Cela a de quoi rendre humbles les gens qui par des stratégies de communication vendues à juste prix affirment qu’ils peuvent agir sur le cours de l’opinion publique pour influencer lourdement sur les décisions des femmes et des hommes politiques.

Nous avons eu un bel exemple de l’impuissance de l’opinion publique à influer le cours des choses dans l’affaire de la famille Lawrence. Cette famille du Sri Lanka parfaitement intégrée à la société d’accueil qui était le Québec. On a largement fait état dans les reportages des médias de cette jeune fille de la famille Lawrence, Leony qui était une première de classe et qui souhaitait faire sa médecine. Les entrevues données par les membres de la famille et par la jeune Leony étaient touchantes et l’opération charme de la famille a réussi auprès d’un large public au Québec. Le ministre de l’Immigration du Québec, David Heurtel a même émis un certificat de sélection pour tous les membres de la famille.

Malgré cela, le gouvernement fédéral et le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, au premier chef ont fait la sourde oreille. Pourtant, les conditions gagnantes étaient réunies pour la famille Lawrence. Outre, la campagne de relations publiques favorable dont elle a fait l’objet, la famille habitait dans le comté du premier ministre, Justin Trudeau. Rien n’a fait broncher le gouvernement du Canada dans ce dossier.

Le gouvernement du Canada a raté une belle occasion de montrer son attachement à la fois à la question des réfugiés et à celle de sa sensibilité à une intégration réussie à la communauté francophone québécoise. J’espère que les autorités canadiennes avaient de bonnes raisons pour agir ainsi sinon son vernis d’ouverture, de tolérance et d’accueil à l’endroit des réfugiés pourrait en prendre pour son rhume. Ce qui a de plus désolant dans cette affaire c’est que de nombreuses voix progressistes au Québec s’échinent à défendre l’immigration et l’intégration à la société francophone québécoise. Alors que l’on ne cesse de nous rabâcher les oreilles avec la pénurie de main-d’œuvre, le gouvernement du Canada a choisi de renvoyer au Sri Lanka une famille d’immigrants parfaitement intégrée au Québec francophone et de surcroît qui participait activement au marché du travail. On attend toujours des explications du gouvernement canadien dans ce dossier.

Le pire scandale dans ce dossier n’est pas que le gouvernement du Canada ait pris cette décision au sujet de la famille Lawrence, non plus qu’il ait fait la sourde oreille à une opinion publique largement favorable à la famille Lawrence. Là où il y a un scandale, c’est le mépris de notre gouvernement envers le Québec manifesté par son mutisme. Le silence et l’indifférence sont les pires formes de mépris. Le gouvernement libéral de Justin Trudeau aurait avantage à méditer sur cette question.

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L’opinion québécoise et le Parti québécois

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Date: 7 décembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

La publication ce dernier weekend d’un sondage Léger dont les résultats mettent la Coalition Avenir Québec en tête devant les libéraux s’il y avait eu la tenue d’une élection générale la semaine dernière au Québec ne sont guère étonnants. Ce qu’il y a de plus étonnant dans ces résultats, c’est le piètre résultat du Parti Québécois de Jean-François Lisée qui arrive loin derrière la CAQ chez les francophones. Dans la région de Québec, c’est dévastateur, la CAQ a quasi un électeur sur deux en sa faveur (48 %). Le PQ, quant à lui, fait un piètre résultat avoisinant ceux de Québec Solidaire quant à la popularité des chefs et étant à 8 % de cette formation politique marginale plutôt implantée à Montréal.

Avec son 19 %, le Parti québécois de Jean-François Lisée flirte dangereusement avec la concrétisation de la thèse du défunt politologue de l’Université Laval, Vincent Lemieux, qui opinait que le PQ était un parti générationnel et qu’il était appelé à disparaître avec la génération qu’il l’avait porté depuis sa fondation. Thèse qu’a reprise à son compte le politologue Jean-Herman Guay de l’Université de Sherbrooke.

Quoi qu’il en soit, il faut user de beaucoup de prudence avant de divulguer les révélations de sa boule de cristal quand on est commentateur politique. Il ne suffit que de rappeler toutes les prévisions de ces mêmes commentateurs quant à l’élection d’Hillary Clinton à la présidence américaine l’année dernière. Bon, je sens que vous êtes convaincu.

Il est vrai que le PQ se cherche et qu’il a de la difficulté à se définir depuis qu’il a décidé de reléguer aux oubliettes temporaires le projet qui a présidé à sa fondation soit la réalisation de la souveraineté du Québec. Il faut dire que les débats sur cette lancinante question ne sont pas d’aujourd’hui. Dans un livre récent, le politologue et historien, Jean-Charles Panneton, fait le récit du gouvernement Lévesque. Dans un premier tome, il parle de la naissance du Mouvement souveraineté association jusqu’à la prise de pouvoir en 1976.

Dans le second tome, il parle du premier mandat du gouvernement Lévesque jusqu’au référendum. Il nous décrit un gouvernement réformiste qui multiplie les réformes dans la société québécoise. De nombreux gestes d’affirmation nationale. Une époque d’espoir au Québec et où le gouvernement du Québec était vu comme le principal défenseur de la nation québécoise en Amérique du Nord.

Ce récit de Panneton nous fait comprendre que le Parti Québécois de René Lévesque a laissé un important legs politique au Québec. Mais malgré que ce gouvernement passe pour l’un des meilleurs gouvernements de toute l’histoire du Québec, les critiques fusaient à l’époque de son aile progressiste et plus radicale cantonnée dans les comtés de Montréal-Centre, aujourd’hui bastion de Québec solidaire. Voici ce que déclarait Louise Harel au dernier jour du congrès de 1979 : « Certains croient que notre parti devrait demeurer dans l’ombre puisqu’il est au pouvoir et que toute déclaration de sa part risquerait de créer des rumeurs de dissension et d’inquiéter les électeurs. Pourtant, ce qui risque d’inquiéter bien davantage nos électeurs, c’est l’idée qu’au pouvoir nous serions devenus un parti moins transparent, plus ajusté aux sondages qu’au projet sur lequel nous nous sommes fait élire. En définitive, un parti moins accueillant et réceptif aux idées et valeurs nouvelles qui émergent dans notre société. » (Jean-Charles Panneton, Le gouvernement Lévesque. Du temps des réformes au référendum de 1980, Tome 2, Québec, Septentrion, 2017, p. 243-244).

Cette déclaration de Louise Harel démontre bien les tensions dynamiques qui ont toujours habité le Parti Québécois. Cela n’a pas beaucoup changé à notre époque.

Mieux encore, Louise Harel avait aussi ajouté ceci : « Avoir le courage de ses opinions, c’est nous présenter devant les Québécois, tant au référendum qu’à la prochaine élection, tels que nous sommes, c’est-à-dire une formation qui prône l’indépendance nationale et la justice sociale. Rappelons-nous que nos adversaires seront toujours plus forts que nous pour flatter l’instinct conservateur de certaines catégories de nos concitoyens. Nous ne gagnerons rien à dissimuler nos idées alors que nous avons tout à gagner à les expliquer. » (Loc. cit.)

Prémonitoires les propos de madame Louise Harel, ils épousent quasi parfaitement la situation actuelle dans laquelle se retrouve le Parti Québécois et son chef Jean-François Lisée. Le Parti québécois s’est intoxiqué à la lecture des sondages et cela lui a servi de boussole politique pour déterminer ses stratégies. Dans cela, il a perdu son identité propre et il est devenu une boutique sans particularités et sans marchés de niches. À vouloir être à tous et à toutes, on n’est plus rien. C’est dommage pour ce grand parti et encore plus pour le Québec, car nous aurons toujours besoin de la présence de la souveraineté libératrice pour faire notre place au Canada. Québec solidaire malgré son caractère sympathique est en porte-à-faux avec de nombreuses valeurs québécoises dont son appartenance au libéralisme. En ce sens, la disparition annoncée du Parti québécois serait une très mauvaise nouvelle pour les Québécoises et les Québécois.

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Le départ de l’académicien d’Ormesson

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Date: 6 décembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Hier, Jean d’Ormesson, le journaliste, philosophe et écrivain, l’homme des médias et le vénérable membre de l’Académie française nous ont quittés à l’âge de 92 ans. « Le romancier est décédé d’une crise cardiaque à son domicile de Neuilly (Hauts-de-Seine), a précisé sa fille, l’éditrice Héloïse d’Ormesson. “Il a toujours dit qu’il partirait sans avoir tout dit et c’est aujourd’hui. Il nous laisse de merveilleux livres”, a-t-elle ajouté. »

Il y a beaucoup à dire de cet homme à l’esprit pénétrant, aux idées de droite et à la plume poétique. J’ai souvent lu le chroniqueur du Figaro qui me faisait parfois penser à Raymond Aron. Il était l’une des vedettes d’une pensée de droite accueillante en France. Jean d’O, comme on le surnommait, était aussi de tous les plateaux de télévision et il était un commentateur intéressant.

Jean d’Ormesson a surtout été un romancier. J’avais raffolé de son Histoire d’un Juif errant et de La douane de mer. Il avait un sens du récit et une écriture simple qui allait droit au cœur. C’était un grand romancier. C’est aussi avec une grande joie que j’ai lu son histoire de la littérature française et que j’ai littéralement dévoré son autobiographie qui a remporté le prix Jean-Jacques Rousseau l’année dernière, autobiographie intitulée : Je dirais malgré tout que cette vie fut Belle.

Membre de l’Académie française, il a mené le combat pour y faire admettre des femmes. Il a réussi en y faisant entrer la grande Marguerite Yourcenar en 1980. Sur le plan politique, il se disait un homme de droite avec des idées de gauche. Ce n’est guère étonnant qu’il ait noué de solides relations avec tous les présidents de la Ve République française notamment avec François Mitterand.

Le départ de Jean d’Ormesson laisse un grand vide pour celles et ceux qui aiment la littérature et le monde de l’écrit. J’ai sur ma table de chevet son recueil de chroniques de 50 ans de journalisme intitulé; Dieu, les affaires et nous. J’y trouve toujours d’intéressantes opinions, même si cela concerne la politique et la société françaises. Ce qui me réjouit le plus c’est que cet auteur, l’un de mes préférés toutes catégories confondues, part en nous laissant de merveilleux livres et il est aussi entré dans la collection de la Pléiade, ultime consécration pour un auteur, celle de faire partie du trésor de l’humanité lettrée de ce monde. Lire et relire Jean d’Ormesson est une façon de lui donner l’immortalité. Bon repos monsieur l’académicien…

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Les grandes figures oubliées de l’espace public québécois

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Date: 5 décembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Benoit Lacroix

Benoit Lacroix est un prêtre dominicain, un théologien, philosophe médiéviste et professeur qui est né le 8 septembre 1915 à Saint-Michel de Bellechasse. Il s’est fait avantageusement connaître par son analyse pénétrante de l’œuvre du poète et écrivain québécois Hector de Saint-Denys Garneau. Homme de média, Benoit Lacroix est vite devenu une figure familière dans le panorama religieux et intellectuel au Québec. Qui ne se souvient pas de ces commentaires toujours pertinents lors de l’intronisation d’un nouveau pape ou sur des sujets litigieux discutés dans l’espace public québécois sur les matières religieuses. Benoit Lacroix qui est décédé le 2 mars 2016 à l’âge de cent ans est ce que l’on appelle un sage dans le monde intellectuel québécois.

Lors de l’attribution du prix Léon Guérin, qui lui a été décerné en 1981, voici le bilan de la carrière et de l’œuvre de Benoit Lacroix qui fut écrit :

« Théologien, spécialiste des religions populaires, écrivain, historien de la littérature et prêtre dominicain, Benoît Lacroix est, comme l’écrit Jacques Grand’Maison en 1981, “l’un des meilleurs témoins, au Québec, à titre de médiéviste et d’historien, de la tradition intellectuelle qui a façonné la pensée occidentale”.

Pour comprendre Benoît Lacroix, il faut avoir à l’esprit l’hypothèse selon laquelle la culture populaire des Canadiens français serait héritée directement du Moyen Âge et que les francophones du Québec auraient, en quelque sorte, escamotée la période de la Renaissance. Cela permet d’envisager l’histoire québécoise sous un jour nouveau.

Ce savant sait en outre comment éveiller l’intérêt pour les traditions et les religions populaires. Dès 1950, les qualités de médiéviste et de chercheur en traditions populaires se manifestent dans le premier ouvrage de Benoît Lacroix : Pourquoi aimer le Moyen Âge. Elles transparaissent ensuite tout au long de son œuvre et sont encore affirmées en 1986 dans La religion de mon père et, en 2001, dans La foi de ma mère »

Benoit Lacroix fut aussi un homme bien ancré dans son époque. La journaliste et chroniqueuse du Devoir Josée Blanchette en témoigne :

« Je me suis infiltrée à force de pots de confitures à la rhubarbe et de visites inopinées au fil des ans. J’avais émis le souhait d’y séjourner une semaine comme écrivaine en résidence; ils m’ont accordé 24 heures, un miracle. Ou du moins une première dans leur histoire.

Qu’une femme dorme entre les murs du couvent des frères dominicains Saint-Albert-le-Grand, c’est un peu comme faire entrer le loup dans la bergerie ou la bergère dans l’aumônerie. Mais il en faudrait davantage pour démonter ces 34 frères de 30 à 97 ans, qui vivent en communauté depuis 1873 au Canada et depuis 1960 sur le chemin de la Côte-Sainte-Catherine à Montréal.

Le père Benoît Lacroix, mon vieil ami nonagénaire, supervisait mon séjour d’un point de vue moral. Grand apôtre de la liberté et de la pensée pluraliste, le patriarche des dominicains s’amusait d’avance à l’idée de voir une athée confirmée partager leur quotidien et rencontrer ses frères de l’ordre prêcheur. » Josée Blanchette, « Bonté divine 24 heures au couvent des dominicains » Le Devoir, 26 octobre

Si je vous parle de Benoit Lacroix ce matin c’est que j’ai été invité ce jeudi à la librairie Mediaspaul au lancement d’une biographie de Benoit Lacroix intitulée : Un dominicain dans le siècle, biographie écrite par mon ancien professeur et ami, Guy Laperrière. Lui aussi fera bientôt l’objet d’un billet dans cette rubrique. Guy Laperrière est un excellent historien à la plume vive, alerte et simple…

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La petite convergence est née… QS et ON se marient…

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Date: 4 décembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Les membres de Québec solidaire ont finalement décidé d’abandonner l’idée de débattre et de voter sur la disparition du mot « patrimoine » de l’espace public québécois. Il semble bien que la raison a triomphé et qu’ils ont jugé que c’était une mauvaise idée d’écrire une novlangue québécoise en prévision du prochain scrutin électoral. Ils ont par ailleurs voté majoritairement à la faveur d’une fusion de leur parti avec Option nationale. Cela crée dorénavant une alternative claire pour les tenants de l’indépendance et de la souveraineté du Québec : les souverainistes progressistes représentés par Québec solidaire et Option nationale ou la souveraineté néo-libérale avec le Parti québécois de Jean François Lisée. C’est divertissant de voir la minorité des Québécois prônant la souveraineté comme avenir pour le Québec se diversifier ainsi.

Cela apparait comme une mauvaise idée pour les tenants de la souveraineté puisque selon le dernier sondage Léger-Le Devoir, s’il y avait des élections demain au Québec, c’est la Coalition Avenir Québec de François Legault qui serait appelée à former un gouvernement majoritaire avec 36 % des voix suivi d’un 32 % pour le Parti libéral du Québec. La CAQ obtient 43 % du vote des francophones selon ce sondage.

Pour sa part, Québec solidaire obtient 11 % des intentions de vote contre 19 % pour le Parti québécois. Si l’on ajoute les voix d’Option nationale, Québec solidaire obtiendrait alors 11,5 %. C’est dire que la convergence des souverainistes progressistes sans le Parti québécois est un coup d’épée dans l’eau en ce qui concerne l’identité du prochain gouvernement au Québec.

La grande convergence n’aura pas lieu et c’est vraisemblablement à un combat sans merci entre la Coalition Avenir Québec et le Parti libéral du Québec auquel nous aurons droit au cours de la prochaine année. Il est trop tôt pour crier victoire pour n’importe quel camp, mais les actions de la Coalition Avenir Québec de François Legault sont en hausse en termes de chances raisonnables de former le prochain gouvernement du Québec. Ce sera une intéressante histoire à suivre au cours des prochains mois.

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