Les dix ans d’un média à part : Médiapart

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Date: 17 mai 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Il faut être circonspect devant le silence des médias d’ici sur le dixième anniversaire du journal Web inédit que constitue Médiapart en France. Il est vrai que le modèle d’affaires de ce journal original et d’enquête se distancie des jérémiades de nos médias sur le déclin de leur modèle d’affaires et de la concurrence déloyale que leur offrent les grands du Net en exploitant leur contenu. Médiapart est un journal indépendant qui ne se finance qu’avec ses lecteurs et qui refuse de publier de la publicité. Un journal dont les seuls propriétaires sont ses lecteurs est une voie royale pour assurer son indépendance.

Comme l’écrit le président et cofondateur de Médiapart, Edwy Plenel, Médiapart est un phénomène en soi et qui est unique dans le monde. Son modèle est inspirant : « Premier média en ligne à s’être affirmé comme un journal à part entière, au point d’obliger l’État français à reconnaître, en 2009, par un décret de la République que la presse ne s’identifiait pas au support papier. Médiapart fut aussi le premier site d’information généraliste à défendre un modèle payant, sur abonnement mensuel ou annuel, alors que toutes latitudes, analystes, économistes et professionnels ne croyaient qu’au modèle gratuit, autrement dit à une gratuité financée par la publicité. Dix ans après sa création, notre journal affiche, depuis plusieurs exercices annuels, une rentabilité unique dans le secteur (un résultat net supérieur à 16 % du chiffre d’affaires) grâce à la fidélité de ses abonnés payants. Contrairement à la plupart des médias, il refuse toute recette publicitaire et n’accepte aucune subvention publique, ne dépendant ainsi ni du marché commercial ni de la puissance étatique. » (Edwy Plenel, La valeur de l’information : suivi de Combat pour une presse libre, Paris, Don Quichotte éditions, une marque des Éditions du Seuil, 2018, p. 13.)

Le slogan de Médiapart ferait l’envie du fondateur du journal Le Devoir Henri Bourassa qui voulait faire la lutte aux coquins, Médiapart clame pour décrire son indépendance économique radicale que : « Seuls nos lecteurs peuvent nous acheter ». (Loc.cit.) Cette autonomie radicale de Médiapart lui permet de vivre en totale indépendance des pouvoirs politiques et des puissances économiques. Il peut ainsi être la voix démocratique par excellence du peuple français et de tous les déshérités de la planète. Médiapart s’est servi de son indépendance pour pousser très loin le journalisme d’investigation et d’enquête et pour dénoncer les puissances de ce monde. « En dix ans, Médiapart aura imposé dans le débat public nombre de questions ignorées ou de sujets délaissés, de la fraude fiscale au harcèlement sexuel en passant par la corruption mafieuse » (Ibid. p. 18).

Ce n’est pas sans heurts que les gens de Médiapart ont pu exercer leur indépendance. À plusieurs reprises, Médiapart a dû se battre bec et ongles sur le terrain judiciaire pour imposer la légitimité et le sérieux de ses informations. (Ibid. p. 19.)

Médiapart est une expérience qui mérite d’être racontée et c’est ce que nous offre son directeur Edwy Plenel dans un livre tout juste publié que j’ai déjà cité abondamment dans ce court texte. Médiapart compte sur 140 000 abonnés payants qui paient en moyenne 225 $ canadien. Un journal construit sur un modèle unique d’enquêtes, de journalisme sérieux et avec un espace d’interaction important avec ses lecteurs qui voient leur contribution publiée sur le site Web de Médiapart. Symbole de son époque Médiapart est « le prototype de ce que pourrait être une nouvelle presse de qualité au siècle de l’ère digitale » (Ibid. p. 17). Appuyé sur des valeurs exemplaires, Médiapart fait figure de pionnier en ce 21e siècle et s’appuie sur des valeurs hautement prisées dans le monde libéral : « Notre but était précisément de défendre la valeur, dans toutes ses dimensions, celle de notre métier comme celle des finalités qui le légitiment : valeur de l’information, valeur de l’enquête, valeur du journalisme, valeur du participatif, valeur de la démocratie, valeur d’un public, valeur d’une entreprise, etc. C’est ainsi que, paradoxalement, nous ne cherchions pas tant à réussir qu’à démontrer : prouver que, sur Internet, ses divers supports et ses multiples réseaux, la presse pouvait renouer avec le meilleur de sa tradition et parvenir à vivre du seul soutien de ses lecteurs ». (loc. cit.)

Avec ses 140 000 abonnés payants, une pointe de 150 000 a déjà été atteinte, Médiapart a fait la démonstration de sa capacité de faire vivre son modèle d’affaires. Les quotidiens les plus prestigieux de France comme Le Monde avec 247 525 éditions payantes imprimées et Web et Le Figaro avec ses 236 994 éditions payantes sont les seuls qui dépassent les résultats de Médiapart. Même le prestigieux Libération fait moins avec 50 790 éditions payantes.

Médiapart est un vrai succès. Laissons à Plenel le soin de résumer sa situation au moment de la célébration de son dixième anniversaire : « La jeune et brève histoire de Médiapart fait partie de ces nombreuses volontés citoyennes qui résistent à ce sombre scénario [les pires scénarios découlant de l’âge numérique et la montée des droites multiples], refusant l’inéluctabilité de cette régression sans pour autant, l’exclure. Si novatrice soit-elle, ce n’est sans doute qu’une contribution parmi d’autres. Mais j’ai voulu en tirer quelques enseignements utiles à toutes les bonnes volontés qui cherchent les voies d’une refondation démocratique de l’écosystème médiatique en inventant des réponses nouvelles à la crise d’indépendance et de qualité de l’information. Mon seul souci est que nous soyons à la hauteur du défi que doivent affronter nos démocraties, qui, à force de se laisser dépérir, prennent le risque de se renier. Car la défaite du journalisme annonce toujours le recul de la liberté. » (Ibid, p. 22 et 23.)

Quelle leçon à tirer pour nous au Québec de cette expérience novatrice et singulière de Médiapart? Simplement constater que chez nous l’audace et l’innovation ne sont guère présentes en matière de recherche de nouveaux modèles d’affaires pour les médias. Nous sommes plutôt retranchés derrière nos vieilles habitudes de demander l’aide de l’État au prix peut-être de renier un peu de liberté et d’indépendance si essentielle aujourd’hui dans notre monde. S’affranchir des puissances économiques et des pouvoirs publics devrait être notre principale motivation à nous inventer de nouveaux modèles de médias et surtout à nous assurer que nous serons en mesure de réinventer notre démocratie pour la mettre au service du plus grand nombre.

À lire absolument : Edwy Plenel, La valeur de l’information : suivi de Combat pour une presse libre Paris, Éditions Don Quichotte, Seuil, 2018, 243 p.

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On s’informe plus, mais différemment!

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Date: 16 mai 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Bonne nouvelle. De manière générale, les gens que nous sommes s’informent plus en 2015 qu’en 2013. Nous passons d’une consommation quotidienne d’information, tous médias confondus, de 84 minutes par jour en 2013 à 101 minutes par jour en 2015. C’est ce que conclut une étude récente du Centre d’études sur les médias de l’Université Laval. (http://www.cem.ulaval.ca/pdf/Quebecnumerique.pdf)

L’hypothèse que privilégient les chercheurs pour expliquer ce phénomène est la pénétration des médias numériques dans toutes les couches de la population.On s'informe plus L’étude des chercheurs affirme que les médias numériques ont détrôné la télévision comme principal véhicule d’information des Québécoises et des Québécois en 2015. Près de neuf Québécois sur dix déclarent aujourd’hui recourir aux médias numériques de façon régulière pour s’informer.

Cela touche beaucoup plus les jeunes que les plus vieux. Ce sont les 18 à 24 ans qui utilisent principalement des sources d’information numériques, les 25 à 44 ans utilisent pour leur part de manière équivalente les supports numériques et les supports traditionnels alors que les plus de 44 ans font des choix plus traditionnels en optant pour la télévision, la radio et les imprimés. Les hommes sont généralement de plus grands utilisateurs des médias numériques que les femmes.

Autre fait étonnant, les gens qui s’informent par le biais des imprimés passent moins de temps que ceux qui s’informent par les médias numériques en utilisant un téléphone, une tablette électronique ou un ordinateur. Rappelons que 56 % des répondants de cette étude sont propriétaires d’une tablette électronique ou d’un téléphone intelligent et qu’ils ont au moins une application permettant d’accéder à des nouvelles.

Il ne faut pas s’étonner que dans le palmarès des résultats obtenus par les chercheurs, La Presse.ca obtienne le premier rang avec 14,6 % des mentions suivi par Météomédia avec 13,1 % et Radio-Canada avec 13 %. TVA obtient 9,1 % alors que Le Journal de Montréal électronique 5,3 %. Le temps passé par chaque utilisateur sur ces sites n’est pas le même que le pourcentage des mentions. Ainsi, c’est La Presse.ca qui obtient la palme avec 27,5 minutes suivies de Radio-Canada avec 18,1 minutes et de TVA avec 15,6 minutes.

Quoi que l’on en pense, les gens continuent de s’abreuver principalement en information des grandes autorités en la matière soit La Presse+, Radio-Canada et TVA. Ce qui surprend le plus dans cette étude c’est la piètre performance du Journal de Montréal et de sa plate-forme J5 qui ne récolte que 5,3 % de mentions et qui n’obtient que 3,7 minutes de temps d’utilisation. Sans surprise, le journal Le Devoir n’apparaît pas dans ce palmarès.

S’il semble incontestable dans cette étude que la multiplication des moyens d’information et des sources a créé chez la population une hausse du temps qu’elle consacre à s’informer, il semble aussi vrai qu’elle continue de s’informer auprès des sources les plus crédibles que représentent Radio-Canada, La Presse+ et TVA. La vision cauchemardesque qui faisait des réseaux sociaux et des magazines de variétés comme TLMEP les principales sources d’information ne se concrétise pas dans la réalité que présente cette étude. On s’informe plus, mais différemment, mais c’est le support qui varie et non pas le fournisseur de contenu…

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Si la BBC change, pourquoi Radio-Canada ne changerait-elle pas?

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Date: 15 mai 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Ces derniers temps, j’ai beaucoup écrit sur ce blogue des textes concernant la situation critique dans laquelle se retrouvent les médias. Que ce soit l’imprimé, la radio ou la télévision, tous les médias doivent revoir leur modèle d’affaires. Les revenus publicitaires chutent. La révolution Web ainsi que la prolifération des supports électroniques, les iPad les iPhone et toutes les variétés de nouveaux écrans, font leur effet. Comme dans tous les secteurs d’activités, pensons à UBER dans le transport, à Airbnnb dans le tourisme ou à de nouvelles applications qui attaquent de front l’industrie de la restauration. Bref, de partout les vieux modèles d’affaires craquent, les monopoles et nos vieilles façons de faire sont assaillis par les nouvelles technologies d’information et le monde en réseau.

Il faudrait faire preuve d’aveuglement volontaire pour ne pas y voir une occasion de repenser le modèle de notre société de radiodiffusion et de télédiffusion publique; la Société Radio-Canada/CBC. Bien sûr, le gouvernement Trudeau s’est commis dans un réinvestissement massif dans notre société d’État, mais il a subordonné ce nouveau réinvestissement à des conditions concernant l’ajout de contenu local, d’un virage numérique plus prononcé ainsi que d’un soutien plus actif à nos créateurs et au développement de la relève partout au pays.

Ce ne sont là que des mots pour lesquels on peut trouver une grande résonnance dans le public, mais on attend toujours que l’on mette de la viande autour de l’os. Le modèle qui a servi à construire Radio-Canada, la BBC au Royaume-Uni va vivre dans la prochaine année des transformations importantes. BBCComme chez nous, des voix se sont élevées pour demander une redéfinition de la mission de la BBC. On veut que BBC place plus de contenu original au cœur de sa mission sans pour autant que cela soit moins populaire et que l’on ne s’adresse qu’aux élites.

Même si l’on reconnaît l’indépendance éditoriale de la BBC, on ne lui demande pas moins de respecter certains devoirs et certaines obligations. Comme le rapporte le journal Le Devoir, la BBC devra dorénavant « agir avec impartialité, dans l’intérêt public et au service de tous les publics. » 

Le livre blanc sur la nouvelle charte de la BBC exige aussi la création d’un comité pour guider la direction sans pour autant toucher à l’indépendance et souhaite que les salaires des vedettes soient dévoilés au grand public.

Chez nous, Radio-Canada ne pourra faire l’économie d’une transformation majeure à commencer par cette direction bicéphale anglaise et française et par une discussion large sur la programmation retenue par cette société pour toutes ses plateformes y compris le Web. Il faudra un jour ou l’autre prendre les moyens pour soutenir la relève et pour en finir avec la « montréalisation des ondes » tout en faisant une plus large place à la Culture avec un grand C. Radio-Canada est un outil essentiel pour les Canadiennes et les Canadiens, mais il est temps qu’elle revoit ses façons de faire et ses pratiques pour jouer son rôle véritable. Si à la BBC, le modèle change, pourquoi Radio-Canada ne changera-t-elle pas?

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La déconstruction identitaire

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Date: 14 mai 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Nous vivons une époque où l’on veut par nos bonnes intentions réécrire des pages d’une histoire moins glorieuse. Il en est ainsi des excuses faites par les États à l’endroit de communautés ayant été victimes d’injustices ou pire encore de gestes meurtriers comme les juifs d’Allemagne lors de l’époque nazie.

C’est aussi une époque où nous portons très haut le flambeau de nos principes qui devraient se traduire dans les faits. Par exemple, ces dernières années on a beaucoup dénoncé le racisme et la discrimination dont sont victimes plusieurs citoyennes et citoyens au Québec particulièrement les personnes de couleur et les musulmans. On a aussi dénoncé les violences faites aux femmes et mis au banc des accusations le système de justice qui dans des causes comme le viol ou le harcèlement sexuel défavorisait les victimes et permettait aux coupables de s’en sortir.

C’est aussi une époque où l’on dénonce l’appropriation culturelle. Qu’est-ce que c’est l’appropriation culturelle? Voici une définition claire de Judith Lussier dans le Huftington Post : « Le concept d’appropriation culturelle s’avère utile pour illustrer l’arrogance – ou l’inconscience – avec laquelle des membres d’un groupe dominant s’approprient sans vergogne les codes culturels et/ou spirituels d’un groupe opprimé, de manière caricaturale, et le plus souvent sans que le crédit ne soit attribué. »

En vertu de ce concept qui veut déconstruire la culture de domination héritée de nos civilisations, pratiquer le Yoga, manger du spaghetti peut apparaître comme des gestes inconvenants et s’apparentant à des gestes d’appropriation culturelle. Judith Lussier pose une bonne question : « Est-ce que cela signifie que nous devrons bientôt renoncer à manger du spaghetti, à porter des kimonos ou à écouter du rap? Le cas échéant, le concept d’appropriation culturelle perdra-t-il des défenseurs, à force de vouloir élargir ses frontières? » Au fond, tout est une question d’équilibre. Reconnaître la richesse de la diversité culturelle et vivre le métissage n’est pas un geste d’appropriation culturelle, mais plutôt un geste d’hospitalité à l’autre. Il faudra garder cela à l’esprit.

C’est un peu la même chose avec la volonté d’écrire une langue épicène, délivrée de ses connotations sexistes et discriminatoires. C’est une bonne idée de faire évoluer la langue vers des horizons dégagés de ses vieux démons, mais la question pratique qui vient c’est : comment y parvenir alors qu’une majorité de gens peinent à écrire et à parler le français. On voudrait leur apprendre une nouvelle langue sans masculin ni féminin. Il est connu qu’une des langues les plus neutres du point de vue du genre est la langue anglaise. Nous pourrions tous nous y mettre. On règlerait ainsi la discrimination envers un genre par la disparition d’une civilisation. Il fallait y penser! D’autant que la civilisation française a colonisé de larges parties du monde, dont l’Afrique…

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Il y a parfois dans la vie de ces couples imprévisibles, mal assortis. On se demande ce qu’ils font ensemble. C’est notamment le cas du couple formé de spécialistes de relations publiques et journalistes. On le sait les relations entre les deux membres de ce couple sont souvent marquées de tension et de conflits. Pourtant, les spécialistes de relations publiques et journalistes ont désespérément besoin l’un de l’autre pour accomplir efficacement leur travail respectif. Ils sont les deux faces d’une même pièce, de véritables Janus…spécialistes de relations publiques et journalistes

Pour les journalistes, la cause est entendue. Les gens de relations publiques sont un mal nécessaire. Alors que les journalistes travaillent pour l’intérêt public, les spécialistes de relations publiques sont disqualifiés d’entrée de jeu parce qu’ils défendent les intérêts d’un client qui forcément n’a pas à se soucier du bien commun et de l’intérêt public.

Au risque de déplaire à mes amis les journalistes, je voudrais rappeler que le lien entre la pratique du métier de journaliste et la recherche du bien commun n’est pas toujours évident pour qui sait reconnaître des situations où la recherche du spectaculaire, du sensationnalisme, du populisme et du travail bâclé sont présentes dans le travail du journaliste. Dans ce domaine, comme dans celui des relations publiques je l’admets d’emblée, la médiocrité, le manque de professionnalisme et la recherche de raccourcis payants peuvent être la source de mauvaises pratiques professionnelles.

S’il est vrai que les journalistes sont généralement mus par un idéal lié à la recherche de la vérité et de la poursuite du bien commun, il est aussi vrai que les spécialistes de relations publiques peuvent être guidés par des principes similaires, même s’ils doivent les exercer dans des contextes différents.

Cela dit, même si les praticiens des relations publiques sont régis par un code d’éthique de la Société québécoise des professionnels des relations publiques et de la Société canadienne des relations publiques, ils ne sont pas sanctionnés pour de mauvaises pratiques professionnelles. Les journalistes peuvent l’être par l’intermédiaire du Conseil de presse. Cela ne serait pas une mauvaise idée que l’on crée un équivalent du Conseil de presse pour s’assurer que les mauvaises pratiques des praticiens de relations publiques soient sanctionnées publiquement.

Les relations entre spécialistes de relations publiques et journalistes doivent être nouées à partir d’une confiance mutuelle et de collaboration. Il faut aussi que les journalistes comprennent mieux le travail des gens de relations publiques. Si ces derniers défendent les intérêts d’un client qui le paie pour cela, il est aussi évident qu’un spécialiste de relations publiques incitera toujours son client à collaborer avec les médias, à dire la vérité et à pratiquer une relation transparente avec ces derniers. Faire obstruction au travail des journalistes à la recherche d’informations, aussi délicates soient-elles pour un client, est toujours une mauvaise stratégie qui se transformera en boomerang.

Malgré les tensions inhérentes à leurs métiers respectifs, les spécialistes de relations publiques et les journalistes sont condamnés à travailler ensemble, et cela pour le plus grand bénéfice du droit du public à l’information…

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Les journalistes

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Date: 9 mai 2019
Auteur: Daniel Nadeau

On parle beaucoup ces jours-ci des journalistes et de leur travail. Dans le cadre des billets de ce blogue, j’ai aussi abordé comment la venue des médias sociaux changeait profondément à la fois leurs conditions de travail ainsi que leurs façons de travailler. L’irruption dans notre vie commune des citoyens joueursnalistes, la recherche du spectaculaire et l’épidémie de relationnistes rendent le travail des journalistes plus difficiles. Sans compter l’engouement pour le commentaire et l’opinion au détriment des faits. Il n’y a pas de doute possible, le travail du journaliste a connu ces dernières années de profondes transformations et ce n’est qu’un début. Le métier est appelé à se transformer encore dans les années à venir.

Le changement ne devra cependant pas faire peur. Depuis le 18e siècle alors qu’est né l’imprimé, le métier de ce que l’on appelle aujourd’hui journaliste a connu de profondes mutations. Pour nous en convaincre, nous n’avons qu’à lire l’excellent ouvrage de Guillaume Pinson consacré à la culture médiatique francophone. (Guillaume Pinson, La culture médiatique francophone en Europe et en Amérique du Nord. De 1760 à la veille de la Seconde Guerre mondiale, Coll. « Cultures québécoises », Québec, PUL, 2016, 359 p.)journalistes

Au début du 18e siècle, le métier de journaliste n’existait pas. On avait plutôt affaire à des éditeurs qui dans des imprimés publiaient des horaires d’arrivée de bateaux, des informations sur les marchés et sur les denrées. Une presse plutôt d’affaires. Il s’est ajouté par la suite des imprimés de type encyclopédique où des intellectuels échangeaient des idées. L’ouvrage le plus célèbre du genre est l’encyclopédie de Diderot. Puis, il y a eu les journaux censurés à divers degrés qui relataient la vie de la Cour et des puissants. Il fallut attendre le milieu du 18e siècle avant de voir apparaître les ancêtres des journaux d’aujourd’hui, généralement de quatre pages sur deux, trois colonnes.

Puis au 19e siècle, les changements technologiques aidant, bateau à vapeur, télégraphe, on assiste à une première mondialisation de l’information et des médias avec le concours d’agence de presse. Une histoire passionnante qui nous est racontée par Guillaume Pinson. L’hypothèse centrale de son livre est la constitution d’un espace public francophone grâce au concours d’une culture médiatique francophone qui est présente en Europe, mais aussi aux États-Unis et au Canada. C’est aussi dans le cadre de l’expansion de cette culture médiatique que naissent les journaux et les imprimés.

C’est aussi dans ce contexte que nous retrouvons le début des journalistes avec les visages de journaliste-voyageur, de journaliste-ethnologue et de reporter. On ne peut en douter le journalisme tel que nous le concevons aujourd’hui a une longue histoire et a vécu de multiples transformations et il en vivra d’autres à l’avenir. Ce qui devrait tous nous rassurer c’est qu’il est aujourd’hui encore un élément clé de notre vie démocratique…

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La communication humaine

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Date: 8 mai 2019
Auteur: Daniel Nadeau

De nos jours, la communication est au centre de nos vies. Pour toutes les organisations et pour toutes les entreprises et même pour les individus, communiquer est devenu l’enjeu principal. Il convient donc de s’interroger sur les fondements de notre compréhension de ce mot si simple et si complexe à la fois : communication.

Le rédacteur en chef du magazine Sciences Humaines en 2003, Jean-François Dortier posait le problème ainsi dans une véritable encyclopédie des savoirs : La communication. État des savoirs publié chez Sciences humaines Éditions :

« La communication limpide et transparente est un mythe. Les messages sont souvent ambivalents, le récepteur sélectionne les données et les véritables enjeux sont souvent cachés : c’est ce que nous apprennent les recherches sur la communication depuis bientôt un demi-siècle » (Jean-François Dortier, « La communication : omniprésente, mais toujours imparfaite » dans La Communication. État des savoirs, Paris, Sciences humaines Éditions, 2003, p. 1)

Dortier ne saurait si bien dire. Il y a plusieurs façons de communiquer utilisées par l’humain pour se faire comprendre, et ce dès sa prime naissance. Rappelons les cris du bébé et ses pleurs pour nous dire qu’il a faim, qu’il est content, qu’il n’est pas bien. Ce n’est pas encore du langage raisonné, mais bien l’expression des besoins et des émotions. C’est aussi le cas du langage non verbal qui conserve toute notre vie son importance. Nos gestes, nos postures sont parties intégrantes de nos communications avec l’Autre.communication humaine

Il y a aussi bien sûr le langage. Au XXe siècle, les linguistes se sont intéressés « à la nature du langage, à sa logique interne, à sa structure et à son fonctionnement. Pour Ferdinand de Saussure (1857-1913), père de la linguistique moderne, la langue forme un système de signes abstraits articulés entre eux dont il faut comprendre l’armature plus que l’histoire ou l’usage. » (Ibid. p. 5)

Puis Roman Jakobson (1896-1982), dans son essai de linguistique générale publié aux Éditions Minuit en 1981, a proposé de distinguer six fonctions du langage:

  • « La fonction “expressive” ou “émotive” qui traduit les émotions;
  • La fonction “conative” qui a pour but d’agir sur le destinataire (par exemple en donnant un ordre);
  • La fonction “phatique” qui vise à établir ou maintenir un contact (comme lorsque l’on dit Allo au téléphone);
  • La fonction “métalinguistique” qui consiste à régler son propre discours (Je voudrais dire que… Voilà ce que je pense…);
  • La fonction “poétique” qui vise la recherche des effets de style;
  • La fonction “référentielle” qui consiste à transmettre une information. »

Le très grand universitaire Noam Chomsky (né à Philadelphie en 1928) et qui a enseigné toute sa vie au Massachusetts Institute a voulu reconstruire une grammaire universelle qui serait le fondement de toutes les langues du monde. Ces dernières années, les publications se sont intéressées à l’effet des médias dans nos vies en faisant comme le suggérait les travaux d’Herbert Marcuse des outils de propagande. Des concepts hérités des écrits de Karl Mark et d’Antonio Gramschi.

Plus récemment, il y a l’œuvre dominante de Jurgen Habermas qui avec ses livres sur l’espace public et l’agir communicationnel a révolutionné un peu nos façons de voir les communications et les interactions. Les thèses défendues par Jurgen Habermas se prêtent merveilleusement bien à notre monde où les nouvelles technologies de l’information s’imposent. Il faudrait aussi parler des thèses d’Armand Mattelart sur les communications-monde et celle de Nicos Poulantzas sur la révolution Internet.

De tout temps, les moyens techniques ont largement influé sur nos modes et sur nos façons de communiquer. Deux penseurs canadiens en ont fait la démonstration Harold Innis et Herbert Marshall McLuhan.

Ces dernières années, les recherches se sont approfondies et on s’est beaucoup intéressé à la sociologie des médias, aux théories de la réception et à plusieurs autres aspects des communications. Par ailleurs, de nombreuses universités offrent aujourd’hui des programmes de baccalauréat, de maitrise et de doctorat en communication, dont l’Université Laval qui est l’une des pionnières au Québec dans ce domaine.

Qui veut encore prétendre que communiquer c’est simple et donner à tout le monde…

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Qu’aimez-vous lire dans votre journal?

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Date: 7 mai 2019
Auteur: Daniel Nadeau

On raconte à juste titre que les gens lisent moins qu’auparavant. Cette réalité a eu un effet bœuf sur la rentabilité de nos quotidiens qui carburent au nombre de lecteurs pour attirer les annonceurs qui sont la véritable source de leur rentabilité. On parle beaucoup de ceux qui ne lisent pas, mais si l’on s’intéresse à celles et à ceux qui lisent, il faut se demander ce que préfèrent lire ces lecteurs de nos jours.

Pour répondre à cette question, je me suis appuyé sur la chronique de Stéphane Baillargeon publié le lundi 7 décembre 2016 dans le journal Le Devoir et intitulé : Le néophyte, l’amateur et l’expert. Le chroniqueur Baillargeon nous cite l’étude de la chercheuse Satu Vasanhola : « La chercheuse Satu Vasantola a fait le tri dans une recherche publiée par l’Institut d’études sur le journalisme de l’agence Reuters lié à l’université Oxford en Angleterre. Elle s’appuie sur le partage des nouvelles sur les médias sociaux. L’étude utilise des données fournies par la BBC et deux médias finlandais, la radio publique Yleis-radio et le journal Helsingin Sanomat (HS). »

Ce qui ressort de cette étude et qui peut susciter notre étonnement, nous dit Baillargeon, c’est la place respective des nouvelles et des reportages de fond dans les sources recommandées par les internautes sur les réseaux sociaux. Ainsi, « la nouvelle constitue 85 % de la production de HS, mais seulement 17 % du lot le plus relayé, par contre, les articles de fond qui représentent 15 % de la production totalisent 67 % des échanges. » (Loc. cit.)

La bonne nouvelle de cette étude c’est que vous aimez lire des articles de fond plutôt que de simples nouvelles. C’est encourageant pour l’avenir du journalisme. Madame Vasanhola l’explique « Les faits bruts ne suffisent pas. Les gens veulent que les faits soient traités avec des émotions et des histoires incarnées individuellement. » (loc. cit.)

Vous conviendrez avec moi que cette étude portée à notre attention par Stéphane Baillargeon du journal Le Devoir le 7 décembre dernier confirme bien des propos écrits ici sur l’importance du stroytelling, du pouvoir de l’émotion et du choix du bon angle pour qu’une information soit diffusée et lue. Que ce soit sur un format papier que sur la toile.

Le rapport de la recherche se termine avec des recommandations simples pour rédiger un texte qui sera lu et partagé :

  • « Ne craignez pas le journalisme de qualité, les longues formes, les angles personnels ni les émotions;
  • Oser rire, oser défendre des opinions et mettre en scène des personnes admirables sur des sujets du quotidien;
  • Fournissez un maximum de données et d’images » ( cit.)

Bref, soyez original et pertinent tout en fournissant du contenu intelligent et vous serez lu. Simple comme l’œuf de Christophe Colomb…

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Espace public et imprimé

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Date: 6 mai 2019
Auteur: Daniel Nadeau

J’évoque souvent le nom de Jurgën Habermas quand je vous entretiens sur ce blogue d’espace public et d’opinion publique. Cela va de soi. C’est lui dans son livre L’espace public qui a développé le concept même d’opinion publique qui est souvent utile pour décrire l’actualité dans le monde contemporain.

De nombreuses études spécialisées lient les concepts d’espace public et d’opinion publique à l’imprimé. Qui dit imprimé, dit imprimerie. Savez-vous dans quelle ville des Cantons de l’Est et en quelle année a été ouverte la première imprimerie? La plupart des gens se risqueront à répondre Sherbrooke, car c’est la plus grande ville des Cantons de l’Est aujourd’hui. Est-ce votre opinion? Si vous répondez oui, vous avez tort.

La première imprimerie de la région des Cantons de l’Est a été implantée à Stanstead en 1823. C’est un dénommé Silas Horton Dickerson, un Américain originaire du New Jersey, qui a implanté cette première imprimerie. Jeune, il a immigré au Canada et a œuvré comme apprenti imprimeur à Kingston dans le Haut-Canada et comme typographe à Montréal.

L’implantation d’une imprimerie à Stanstead en 1823 était la quatrième au Québec. On retrouvait alors des imprimeries dans les villes de Québec (1764), Montréal (1776) et Trois-Rivières (1815). Dickerson a ouvert cette imprimerie pour publier son journal le British Colonist and St-Francis Gazette, le premier journal dans les Cantons de l’Est.

Ce journal était réformiste au sens où il s’opposait au régime anglais et était favorable aux patriotes de Louis-Joseph Papineau. Il fut l’un des journaux au Bas-Canada qui a donné son appui aux quatre-vingt-douze résolutions du Parti patriote, ce qui déplaisait souverainement aux loyalistes présents en grand nombre dans les Cantons de l’Est. En 1834, Dickerson a accueilli Louis-Joseph Papineau à Stanstead à titre de président de l’Association des réformistes de la circonscription de Stanstead.

Non seulement Dickerson fut un patriote et un réformiste, mais il a aussi couplé son imprimerie d’une bibliothèque de prêts de livres privés. Ce personnage singulier de confession méthodiste a défendu bec et ongle la liberté de presse et il a été arrêté à trois reprises pour outrage au tribunal et emprisonné plusieurs semaines. Ses démêlés avec la justice jointes à ses dettes nombreuses, il était criblé de dettes, auront eu raison de ce libre penseur patriote du 19e siècle. Un groupe de marchands loyalistes de Sherbrooke l’ont contraint à vendre ses presses qui ont été transportées à Sherbrooke. Elles ont par la suite servi à imprimer le Farmer’s Advocate and Township Gazette, un journal dédié, sans étonnement, à combattre les idées réformistes. Le journal de Dickerson et sa bibliothèque de prêt de livres ont cessé leurs activités en 1834.

P. S. Les informations contenues dans ce billet sur Dickerson sont présentées dans le livre publié par le bibliothécaire à la retraite François Séguin chez Hurtubise. François Séguin, D’obscurantisme et des lumières. La bibliothèque publique au Québec des origines au 21e siècle, coll. : « Cahiers du Québec, Histoire politique», Montréal, Éditions Hurtubise, 2016, 657 p. Les informations sur Dickerson sont tirées d’un résumé des faits donnés par l’auteur aux pages 71-72 au chapitre 3 « Bibliothèques commerciales de prêt, cabinet de lecture et chambre de nouvelles ».

 

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L’opinion publique : comprendre sa nature et son influence 9

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Date: 3 mai 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Conclusion

Trois dimensions fondamentales ressortent de notre étude sur l’opinion publique relatée ici dans nos billets depuis près de deux semaines. La première est la définition de l’opinion publique comme expression caractéristique de la modernité politique. Deux traits caractéristiques se dégagent de ces diverses contributions : l’accent placé sur le caractère public et collectif du processus de formation de l’opinion, et l’évocation du thème transcendant de la rationalité de cette opinion.

La deuxième dimension concerne la nature même du public. La compétence et l’information du public, la suggestibilité de l’opinion, son degré de contrôle par la publicité et les élites et sa possibilité d’émancipation, selon Habermas par exemple, sont au cœur des préoccupations des chercheurs sur l’opinion publique.opinion publique conclusion

La troisième dimension de cette imposante littérature se consacre aux transformations opérées par l’introduction des techniques de sondage sur la manière de penser l’opinion publique.

Que conclure de tout cela?

De façon générale, il est possible de scinder l’histoire des théories de l’opinion publique en trois moments :

  • De l’Antiquité à la fin du Moyen-Âge, l’opinion des hommes ordinaires, où l’opinion du vulgaire, est stigmatisée comme l’expression d’un ensemble de préjugés que les esprits savants doivent ignorer, mais que les princes doivent surveiller et conduire.
  • De la Renaissance à la fin du xviiiesiècle, le déploiement de l’imprimerie favorise la constitution d’un public éclairé. Les lecteurs accèdent à l’énoncé public depuis le nouvel espace éminemment privé du for intérieur. D’un autre côté, les guerres de religion font éclore les premières grandes batailles d’opinion, où s’imposent les modalités et les acteurs bientôt familiers. Les phénomènes suivants apparaissent : cause à défendre, convictions, interpellations, exercice de la critique, justifications publiques, médias de masse, manifestations, diffusion de la compétence. Les progrès de la bourgeoisie, permettent l’apparition des pétitions, de la propagande, de la désinformation, les mobilisations collectives, les interventions solennelles et la naissance des Plus fondamentalement, cette nouvelle configuration s’accompagne d’un autre élément clé, dont les conditions d’émergence demeurent obscures, la quantification des opinions[i].

La Renaissance et les théories de la raison d’État font émerger une grande variété de modèles de gouvernement de l’opinion. Cette approche pragmatique à visée conservatoire voisine bientôt avec des modèles normatifs à visée progressiste. Ces derniers sont articulés à la constitution d’un nouveau jugement esthétique, visible notamment dans l’expansion fulgurante du livre et de la presse (gazette) puis dans l’institutionnalisation d’un univers littéraire et théâtral au xviie siècle. Le siècle suivant donne à l’opinion publique ses titres de noblesse, si l’on peut dire. L’œuvre de Kant en particulier, à partir d’une théorie normative du public, d’une conceptualisation du droit d’auteur et d’une fondation nouvelle de la critique comme l’œuvre de Fichte – notamment à partir d’une philosophie de l’intersubjectivité – constituent deux cas exemplaires d’une contribution allemande décisive qui redéfinissent les contours, les principes et les conditions d’autorité et de légitimité d’un jugement public d’opinion[ii].

Le xixesiècle est sans contredit celui où l’opinion publique noue son sort à la quête de sa mesure, c’est le positivisme en action. L’opinion devient un objet que les sociologues disputent aux philosophes, tandis que l’argument si particulier de la quantité joue un rôle peu à peu déterminant dans la qualification d’une opinion commune[iii].

Du xviiie siècle et du xixe siècle, on peut prendre la mesure des changements qui viendront affecter de façon irrémédiable la théorie de l’opinion publique. Les révolutions américaines et françaises investissent les gouvernés d’un pouvoir d’élection et d’arbitrage, inscrits dans des formes et des procédures institutionnelles.

Pendant le xixe siècle, le droit de vote, par exemple, est accordé à un nombre croissant d’individus, donnant ainsi naissance au suffrage de masse.

D’autre part, l’industrialisation pousse les populations à gagner les villes, où le capitalisme les amène en politique. Il faut vraiment prendre en compte cette transformation majeure qui fait que le paysan serf devient ouvrier électeur et la proximité de l’égalité des conditions de vie deviennent moteur des rapports sociaux.

Du côté des savoirs en de telles matières, les sciences de l’Homme et de la société supplantent désormais la philosophie. L’opinion des gouvernés devient l’affaire des « sociologues, puis plus tard celle des sondeurs et encore plus tard, des communicateurs. L’idéal normatif de l’opinion éclairée des philosophes cède la place à l’observation empirique des alternatives et bientôt, à la mesure quotidienne de l’opinion publique[iv] ».

Pour terminer cette reconnaissance de terrain de l’opinion publique, nous croyons utile de citer à nouveau Dominique Reynié :

« Le souci de faire parler l’opinion publique, pour la connaître, puis tenter de la gagner à sa cause, n’est pas le propre des gouvernements. Il arrime tous les acteurs de la politique moderne, depuis la presse de masse jusqu’aux partis politiques, aux associations, aux syndicats, en passant par l’Église et les intellectuels, les corporations et les divers groupes de pression. L’opinion publique devient peu à peu la référence obligée de toute entreprise de revendication. Il faut savoir la ranger à ses côtés, savoir la mettre en mouvement, lui fixer une direction, lui attribuer un sens[v]. »

[i] Dominique Reynié et Loïc Blondiaux, « L’opinion publique. Perspectives anglo-saxonnes », Hermès, no 31, Paris, CNRS Éditions, 2001, p. 22.

[ii] Ibid. p. 23.

[iii] Loc.cit.

[iv] Dominique Reynié et Loïc Blondiaux, « L’opinion publique. Perspectives anglo-saxonnes », Hermès, no 31, Paris, CNRS Éditions, 2001, op.cit. p. 22.

[v] Dominique Reynié, Le triomphe de l’opinion publique : l’espace public français du xvie au xxe siècle, Paris, Éditions Odile Jacob, 1998, p. 219.

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