François Legault, premier ministre

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Date: 12 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Nous peut parfois critiquer certains gestes posés par notre gouvernement, à d’autres occasions déplorer le caractère improvisé de ses positions, mais nous ne pouvons pas refuser de reconnaître que François Legault porte bien les habits de premier ministre.

Son récent séjour en Californie en constitue un excellent exemple. Nous avons pu y voir le François Legault séducteur qui a cherché à faire valoir les atouts du Québec auprès des grands joueurs du cinéma et du Web afin d’attirer des investissements chez nous avec surtout sa lubie des emplois payants pour le Québec. Il n’a pas craint dans les discussions qu’il a eues avec les dirigeants des entreprises géantes de faire valoir que son gouvernement est prêt à faire des deals avec eux. Du François Legault à son meilleur.

Rattrapé par l’actualité du pays, François Legault a aussi révélé son côté plus conservateur en invitant le gouvernement Trudeau à la prudence avant de taxer les géants du Web. Le monde à l’envers quoi ! Il faut cependant évoquer que des propos différents auraient fait scandale. On ne va pas visiter les gens qui nous offrent le gite et cracher dans la soupe. Comme monsieur Legault a quand même dit qu’il faut taxer les géants du Web à la hauteur de 3 %. L’honneur est sauf, mais la colonne vertébrale est souple.

Puis, il y a eu au sortir de la rencontre avec le gouverneur de la Californie le Legault converti aux vertus de l’environnement. Il a profité de l’occasion pour annoncer qu’il sera de la partie l’an prochain lors de la tenue de la conférence sur le climat qui se tiendra à Glasgow en Écosse.

Enfin, il y a eu le François Legault, homme d’État qui a invité les parlementaires à Ottawa d’entériner la nouvelle entente sur le libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada. Au-delà des peurs que l’on peut ou ne pas nourrir concernant les pratiques commerciales chinoises et leur présence accrue dans le marché de l’aluminium au Mexique, il est important que le Canada entérine cette entente. Monsieur Legault en homme d’État réaliste se dit déçu que madame Freeland n’ait pas obtenu les mêmes succès avec l’aluminium que les démocrates américains avec l’acier. Faut-il s’en étonner connaissant le poids du Canada dans l’échiquier politique ? Robert Bourassa citant Tayllerand avait l’habitude de dire qu’un État a la politique de sa géographie. On peut ajouter que l’on a aussi la politique de sa démographie.

Dans les circonstances du poids du Québec tant sur le plan économique, géographique et démographique, François Legault a réussi à nous faire rayonner et à représenter notre nation avec brio. Monsieur Legault excelle quand il nous représente simplement et c’est ce qu’il a fait en Californie.

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Il est rare qu’au Canada, nous puissions nous réjouir d’un succès de Donald Trump. Il est vrai que sous sa présidence des États-Unis, nous avons tendance à oublier les liens très étroits qui nous unissent à notre puissant voisin américain. L’annonce de la conclusion et de la signature hier du nouveau traité de libre-échange entre notre pays, les États-Unis et le Mexique est une excellente nouvelle pour terminer l’année 2019 qui ne fut pas de tout repos.

La conclusion de ce nouveau traité, le nouvel accord de libre-échange liant Canada, États-Unis et Mexique (ACEUM), qui a obtenu mardi l’aval des démocrates américains, a subi d’importants amendements – en particulier sur la législation du travail au Mexique – par rapport au texte initialement signé le 30 novembre 2018. Il semble aussi qu’une demande des démocrates concernant l’acier à laquelle a dû consentir le Mexique vienne perturber l’industrie canadienne de l’aluminium. L’affaire c’est que des protections supplémentaires ont été consenties à l’acier et que le Mexique a refusé d’accorder l’équivalent à l’aluminium. Ce qui a fait bondir les porte-parole de l’industrie de l’aluminium principalement concentré au Québec. Cela pourra occasionner des débats à la Chambre des communes. Déjà hier, le très conciliant chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet a déchiré ses habits sur la fausse prémisse que le gouvernement Trudeau a abandonné l’Industrie de l’aluminium québécoise. Ce qui s’avère à l’examen des faits une affirmation nettement exagérée. Néanmoins, l’occasion était trop belle pour le Bloc pour faire un peu de politique et se draper dans la fleur de lys québécoise.

À terme, il semble que l’accord ait été nettement amélioré du point de vue des droits des travailleuses, des travailleurs et de l’environnement. Ce qui devrait réjouir les progressistes canadiens habituellement réfractaires à ce type d’entente économique. Quoi qu’il en soit, l’ACEUM, qui doit être ratifié aux États-Unis d’ici la fin de l’année, remplacera l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) en vigueur depuis 1994 et qui a créé une vaste zone de commerce regroupant quelque 500 millions d’habitants. Reste à voir si les partis d’opposition au Canada prendront le risque de dire non à cette entente pour de futiles raisons politiques.

Contrairement aux apparences, le jeu politique est nettement à l’avantage du gouvernement libéral de Justin Trudeau. S’il fallait que des élections dont les Canadiennes et les Canadiens ne veulent pas soient déclenchées sur la question de la signature ou non de ce traité, il n’est pas dit que Justin Trudeau ne pourrait pas remporter sa majorité qui lui a échappé la dernière fois.

La logique veut que nous ratifiions ce traité dans les plus brefs délais et que nous passions à autre chose. Il y a bien d’autres dossiers urgents au Canada, dont celui de l’aliénation de l’Ouest et de l’environnement. Souhaitons que nos parlementaires canadiens soient à la hauteur de leurs tâches et qu’ils ne nous convient pas à jouer dans une tragi-comédie dont personne ne veut.

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Le canari de Mike Ward

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Date: 10 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Nous n’avons pas vraiment été impressionnés par les propos de l’humoriste Mike Ward lors de la réception de son Olivier dimanche soir dernier. Il s’est livré à un vibrant plaidoyer pour sa liberté d’injurier et de discriminer un jeune enfant handicapé. Pour Mike Ward, ce geste de s’attaquer à un enfant en raison de son handicap est courageux. C’est une vieille affaire qui encombre l’espace public et qui aurait dû se terminer il y a longtemps et Mike Ward aurait dû offrir ses excuses au bon moment avant que cette affaire ne dérape et ne devienne un faux enjeu de société.

Plutôt que cela, Mike Ward s’est entêté dans un véritable acharnement même s’il nous dit que c’est les médias qui en sont responsables et non pas lui. Ne craignant pas de se tourner en ridicule, il a aussi plaidé être le canari dans la mine qui est notre mesure de la liberté d’expression dans notre pays. Pousse Mike, mais pas trop fort…

Que l’on comprenne bien, je serai le premier à défendre la liberté d’expression de quiconque dans cette société même la liberté d’expression de celles et ceux avec lesquels je suis en désaccord avec les idées. Là n’est pas la question. Ce n’est pas une question de liberté d’expression que de s’arroger le droit de tenir des propos discriminatoires envers quelqu’un pour le ridiculiser. Cela ce n’est pas acceptable et ne relève pas de la liberté d’expression. Comme disséminer la haine contre les juifs, les musulmans ou les femmes est totalement inacceptable.

Les humoristes dont fait partie Mike Ward sont très populaires au Québec. Ils vendent tous beaucoup de billets et gagnent très bien leur vie. Pourtant, le niveau de langage de nos humoristes, la qualité de leur vocabulaire n’est pas nécessairement quelque chose qui peut nous rendre fiers d’être dans la tribu. Sacrer, utiliser de gros mots et faire des blagues faciles semble avoir la cote d’amour au Québec. Tant mieux pour elles et eux, mais je ne peux m’empêcher de m’ennuyer des grands de ce métier comme les Yvon Deschamps et Sol. Ce n’est cependant pas une raison pour les limiter dans leur liberté d’expression. Je n’ai qu’à ne pas aller à leur spectacle ou fermer ma télévision. Par contre, je ne peux m’empêcher de penser que de tous les rôles qu’a pu jouer Mike Ward dans sa carrière d’humoriste, et j’avoue que je ne la connais pas, celui du rôle de victime n’est pas un bon casting pour lui et pour nous…

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Bâillonner la démocratie

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Date: 9 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Pour une autre session parlementaire, les travaux de l’Assemblée nationale du Québec se sont terminés par l’adoption d’un projet de loi sous le bâillon. En fait, le gouvernement Legault semble avoir beaucoup de difficulté à gérer les travaux en ayant à faire face à une opposition. Malgré les remarques du premier ministre Legault sur le nombre d’heures nécessaires pour respecter la démocratie, il n’a convaincu personne. Il semble bien que ce gouvernement qui n’a pas de réelle opposition n’aime pas beaucoup souffrir la contradiction (le Parti Québécois et le Parti libéral n’ont pas de chefs et commencent des courses au leadership).

Non seulement monsieur Legault n’aime pas les partis d’opposition parce qu’ils s’opposent aux politiques de son gouvernement. Il n’aime pas non plus les groupes de pression, car ces groupes s’opposent eux aussi aux politiques de son gouvernement. Pire encore, le gouvernement Legault semble ne pas aimer toute forme d’opposition, car il n’hésite pas à abolir tous les contre-pouvoirs qui pourraient faire obstacle à ses volontés comme il veut le faire avec les élus des commissions scolaires et qu’il l’a fait avec le Conseil d’administration du Fonds vert.

Monsieur Legault devrait se rappeler que la société québécoise est une société démocratique qui est souvent divisée sur de nombreuses questions. C’est plutôt sain de ne pas avoir toutes les mêmes opinions. Ce n’est pas vrai qu’un parti aussi populaire auprès de l’électorat représente la vérité et les seules options possibles. La Coalition avenir Québec est un point de vue sur le Québec, mais cette formation politique n’incarne pas le Québec et toute sa population. Il n’existe pas d’opinion de la nation québécoise et solidaire. Il existe des opinions dans la société québécoise et au gré des conjonctures il se dégage une opinion majoritaire qui est toujours circonstancielle et surtout qui ne justifie pas que l’on fasse taire les opinions minoritaires au nom des droits d’une majorité. On reconnaît la santé d’une démocratie à la façon dont elle négocie les opinions de celles et ceux qui ne pensent pas comme la majorité. C’est cela une démocratie saine et vigoureuse.

Le premier ministre Legault aurait intérêt à méditer sur ces questions et ainsi il pourrait découvrir la vertu des oppositions à l’Assemblée nationale et cesser de vouloir bâillonner toutes celles et tous ceux qui ne partagent pas ses opinions sur la conduite des affaires du Québec.

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Haïr les femmes et les tuer !

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Date: 6 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Comment est-ce possible que des hommes puissent en toute lucidité faire preuve de violence envers un groupe ciblé pour la simple raison de leur genre et de leur sexe ? Cela paraît surréaliste. Pourtant, cela se passe encore de nos jours dans plusieurs pays en proie aux guerres. Même si l’actualité qui nous en est rapportée est un peu chiche sur ces questions, on ne peut ignorer la violence dont sont victimes les femmes dans les pays en guerre notamment en République démocratique du Congo, comme me le rappelait récemment un ami.

Il est difficile d’imaginer que des Casques bleus, membres des forces de l’ordre des Nations Unies, venus au Congo pour pacifier les choses peuvent être les auteurs de gestes de violence envers les femmes et les jeunes enfants en matière d’agression sexuelle. Rappelons aussi le féminicide rwandais durant les actes génocidaires des Hutus contre les Tutsis. C’est un fait connu des chercheuses et des chercheurs qui s’intéressent à la question des guerres, les femmes sont trop souvent prises pour proies durant les guerres et elles sont victimes de viols et d’agressions sexuelles.

C’est l’une des raisons pour lesquelles il faut se rappeler en ce 6 décembre la tuerie de l’École polytechnique de Montréal dans laquelle 14 étudiantes ont été assassinées en 1989, parce qu’elles étaient des femmes. Elles étaient 800 étudiantes à Polytechnique au moment du massacre. « Je haïs les féministes ! Vous êtes une bande de féministes ! » C’est ce qu’a crié le meurtrier, dont j’omets volontairement le nom, en tirant à bout portant sur ces jeunes femmes. Il s’est ensuite suicidé.

Durant cette journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes, instituée en 1991 par le Parlement du Canada, des cérémonies ont lieu partout au pays.

En cette journée sombre brille cependant une étincelle d’espoir dans le fait que ce drame n’a pas découragé les femmes d’étudier dans ce domaine ni de devenir ingénieures. Dans certains domaines du génie, leur nombre dépasse légèrement celui des étudiants masculins. C’est le cas en génie chimique, génie biomédical et génie biologique.

Selon le tout dernier rapport d’Ingénieurs Canada intitulé Des ingénieurs canadiens pour l’avenir, la proportion de femmes inscrites à des programmes de génie au Canada a battu des records en 2016, tant au premier cycle (20,7 %) qu’au deuxième (25,3 %). En 1989, 17 % des étudiantes de Polytechnique étaient des femmes, tous niveaux d’études confondus. En 2017, leur proportion est de 28 %, soit 2300 étudiantes, ou près d’une étudiante sur trois. Leur nombre a augmenté aussi sur le marché du travail. En 1989-1990, elles n’étaient que 4,3 % des ingénieurs dans la province, alors qu’aujourd’hui elles sont un peu plus de 14 %.

Cela tend à démontrer que la folie de certains hommes ne peut venir à bout de notre humanité collective. Rappelons-nous en ce 6 décembre que les femmes sont souvent les victimes de la violence sous toutes ses formes et que nous devons collectivement développer une tolérance zéro envers toutes ces manifestations sexistes qui sont encore malheureusement présentes dans nos sociétés. L’égalité pleine et entière des femmes et des hommes demeure aujourd’hui un objectif à atteindre plutôt qu’un acquis de société. Il ne faut pas l’oublier en cette journée de commémoration à la faveur de ces jeunes femmes de Polytechnique il y a aujourd’hui 28 ans.

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La Mathieubockcotétisation de l’actualité

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Date: 5 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Il a une énergie à faire peur. Comme Dieu, il est partout dans les médias de Québecor, sur les ondes de TVA et de QUB radio. Il pontifie ses idées qu’ils fabriquent sur mesure en fonction de ses clientèles. Possédant un vernis intellectuel suffisant et une culture générale solide, Mathieu Bock-Côté fait fureur en France.

Partout, tous les jours, il distille ses idées conservatrices prenant un soin jaloux à pourfendre la gauche progressiste qu’il juge réactionnaire sous bien des aspects. Il a même été l’objet d’une lecture quotidienne pendant un an du sociologue et éditeur Mark Fortier qui a publié récemment un petit essai littéraire sur Mathieu Bock-Côté intitulé : Mélancolies identitaires. Une année à lire Mathieu Bock-Côté chez Lux. Pour l’auteur, lire Bock-Côté constitue un véritable voyage exploratoire dans les continents de la droite actuelle tant en Amérique qu’en Europe.

Lisons les propres mots de Mark Fortier sur ses intentions : « Ce livre n’est pas une analyse de ses discours. Ce n’est pas non plus un pamphlet. Ce serait accorder trop d’importance au personnage. C’est une exploration aussi sérieuse que légère, des thèmes développés par une droite qui, des Amériques à l’Europe, gagne en force et s’incarne désormais dans des personnalités médiatiques éclatantes, tonitruantes, parfois pittoresques, souvent inquiétantes. On me reprochera peut-être de contester le conservatisme politique autrement qu’en m’enthousiasmant pour ses adversaires de prédilection, la gauche dite “culturelle et identitaire”. Refuser de prendre position sans avoir la prudence de se retirer des débats est un risque. Quiconque serait tenté de rester au milieu d’une bataille, mettrait en garde Thucyclide, s’expose à périr sous les coups des deux camps. Mais, de la contrainte et du risque raconte-t-on aussi, naissent la pensée et la beauté. C’est dans cette espérance qu’ont été écrits les textes qui suivent : que la corvée de lire MBC puissent surgir quelque fulgurance, de la tendresse et, qui sait, quelques bribes de vérités. » (Mark Fortier, Mélancolies identitaires. Une année à lire Mathieu Bock-Côté, Montréal, Lux Éditeur, 2019, p. 14)

Ceux qui liront ce livre de Mark Fortier et qui sont des partisans des idées de MBC retrouveront l’essentiel de sa pensée décortiquée par un adversaire idéologique certes, mais avec honnêteté et parfois avec rudesse. Farouche défenseur de l’idée de la nation québécoise, MBC est de ceux pour qui la fin justifie les moyens. Il est hanté par sa haine du multiculturalisme, la tiédeur de celles et ceux qui ne comprennent pas l’importance de défendre la langue française et surtout contre ses penseurs de gauche aveugles qui n’en ont que pour la fragmentation de la société mettant en péril son unité politique. Mathieu Bock-Côté déguise sous un fleuve de mots l’utilisation de concepts au gré de la nécessité de convaincre des thèses défendues. Un peu de supplément d’âme à la Fernand Dumont, un soupçon de conservatisme et surtout une aversion chaque jour confirmée pour cette gauche radicale qui n’en a que pour le poststructuralisme, les études foucaldiennes et l’environnement.

Bref, Mathieu Bock-Côté est le plus grand chantre du conservatisme et il ne se gêne pas pour distiller ses idées dans un romantisme nationaliste qui nie le rôle de l’économie et des rapports sociaux. Sa dernière cible est le monde du politiquement correct qu’il dénonce. On se demande quand il nous avouera son adhésion au populisme façon Trump. Populiste, Mathieu Bock-Côté croit comme jadis le chanoine Lionel Groulx au grand destin des chefs à poigne pour guider la nation.

Vous retrouverez toutes ces critiques et beaucoup plus dans le livre de Mark Fortier. Lire ce livre est une approche intéressante de Mathieu Boc-Côté et à la clé il y a une valeur ajoutée incontestable. Après avoir lu Mark Fortier, vous ne serez plus obligé de lire quotidiennement, ni d’entendre à l’émission La Joute de LCN, les savantes analyses de ce brillant sociologue. Mark Fortier vous donnera la clé qui vous permettra de savoir à l’avance ce qu’écrira ou dira Mathieu Bock-Côté…

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Une élection partielle sans histoires…

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Date: 4 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

C’est amusant d’observer les spins des partis politiques et des chroniqueurs politiques. Avant, on avait droit au spin des représentants des partis qui cherchaient à faire triompher leur vision des choses auprès des représentants de la presse. Ils y réussissaient plus ou moins, dépendamment de l’importance stratégique de la nouvelle et de la qualité des interlocuteurs. Ainsi, le chef de cabinet du premier ministre qui parle sous couvert de l’anonymat convenu à Denis Lessard de la Presse+ a un poids relatif plus important que le conseiller politique du bureau de comté d’un député d’une région du Québec.

Aujourd’hui les spins des conseillers politiques doivent rivaliser avec ceux des commentateurs politiques. C’est ce couple conseillers politiques et journalistes politiques et/ou commentateurs qui coconstruisent notre actualité politique. Le meilleur exemple que l’on peut en donner c’est l’élection partielle dans le comté de Jean-Talon dans la région de Québec.

Qui a pu croire un seul instant que le sort de cette élection n’était pas scellé dès son déclenchement. Le gouvernement de la Coalition avenir Québec dirigé par François Legault vit une très longue lune de miel avec la population du Québec. Au dernier sondage Léger, le taux de satisfaction atteignait plus de 70 %. Les intentions de vote pour la CAQ dans les sondages sont à l’avenant et le résultat de l’élection dans Jean-Talon est en parfaite phase avec cette réalité de la conjoncture politique.

Or, les médias pour faire des nouvelles lancent leur propre spin par exemple cette idée de la forteresse libérale imprenable, l’isolement du PLQ en dehors de l’île de Montréal, l’impact des affaires Dorion sur les intentions de vote pour Québec solidaire et toutes ces histoires. Certes, ce sont là tous des aspects d’une conversation intelligente et informée sur la conjoncture politique, mais en aucune façon la défaite libérale dans Jean-Talon est prémonitoire d’autre chose que du fait que ce parti a été renvoyé dans l’opposition par une population qui en avait marre des libéraux. C’est ce que la population du Québec a dit il y a un peu plus d’un an et c’est ce qu’elle vient de réaffirmer dans cette élection partielle. Quant à Québec solidaire et au PQ, ces partis vivent des fortunes contraires. Le Parti québécois est une formation politique qui a vécu et qui risque d’avoir du mal à se refaire une vraie santé politique notamment parce que son option souverainiste n’intéresse personne pour le moment. Québec solidaire, sorte de conscience jeune du Québec voit pour sa part son vote plafonné autour de 10 à 12 % et connaître des bonds dans des comtés où il y a des universités et des collèges. Le comté de Sherbrooke en est un bel exemple.

Bref, l’élection dans Jean-Talon indique que la traversée du désert des libéraux sera longue et pas de tout repos. La prochaine course au leadership donnera un peu de visibilité qui sera bienvenue pour ce parti. Néanmoins, comme je l’écris dans ma chronique dans EstriePlus ce matin, ce n’est pas avec le discours actuel que le PLQ reconnectera avec la population du Québec. Pour connaître à nouveau du succès sur le plan électoral, les libéraux doivent se donner une politique constitutionnelle qui fait du Québec le centre de son attention et il doit compter sur une montée de défaveur envers le gouvernement Legault. Pour le moment, rien de cela n’est sur l’écran radar. Cela n’empêche pas qu’il faille au PQ et au PLQ se donner un chef ou une cheffe. Après, comme aime bien le dire François Legault, on verra….

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COP 25 Madrid : le sommet de l’impuissance et de l’inaction ?

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Date: 3 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Plus de 25 000 délégués sont réunis depuis hier à Madrid dans le cadre d’une conférence internationale sur le climat tenue sous l’égide de l’ONU et de son secrétaire général, Antonio Gueterres. Avant le début, nous savons déjà que cette rencontre sera vue comme un échec par la jeunesse et les groupes écologiques. Il serait fort étonnant que cette conférence donne lieu à la mise en place d’une nouvelle gouvernance dédiée à l’urgence climatique. Pour reprendre les mots du secrétaire général, Antonio Gueterres, nous ne mettrons pas fin avec cette conférence à la guerre que nous menons contre la nature. La seule bonne nouvelle un peu positive, c’est la nomination par l’ONU du canadien Mark Carney comme envoyé spécial sur l’action climatique. Monsieur Carney a une solide réputation de financier international. Peut-être que les grands et les puissants de ce monde lui tendront l’oreille.

Depuis 27 ans maintenant les diplomates du climat se retrouvent pour une quinzaine de jours de négociations. Pour cette 25e édition de la conférence des parties à la convention de l’ONU sur le changement climatique (COP 25), les enjeux sont moindres qu’à Paris, en 2015, et qu’en Pologne l’an dernier. Il ne s’agit plus de conclure un accord universel ni d’en rédiger les règles d’application. Plus succinctement, il s’agit d’achever la rédaction du vadémécum d’un point essentiel de l’accord de Paris, son article 6.

Une tendance, de long terme sans doute, s’esquisse alors que commencent les discussions madrilènes. Nombre d’acteurs soulignent la convergence des problématiques touchant au climat et à la biodiversité, voire à la désertification. « Le rapport spécial du Giec sur les sols et le climat est le premier qui intègre ces questions qui sont celles des trois conventions de Rio », note la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du groupe 1 du Giec. Or, chaque convention onusienne fonctionne en silo et ne travaille que sur son sujet.

Au-delà du ballet juridique des accords qui n’ont aucun mordant de toute manière, il faut que les pays s’entendent sur la façon dont ils agiront pour empêcher le réchauffement de la planète qui, selon les dernières prévisions, pourrait atteindre 3 %. Une catastrophe, rien de moins. Le problème majeur c’est que la mise en place d’un plan d’action efficace sur la lutte aux changements climatiques nécessite une action concertée à l’échelle mondiale. Sans la participation de la Chine, de l’Inde et des États-Unis, les efforts du Québec et du Canada sont voués à l’échec. Or, comment demander à la population canadienne de souffrir, de changer son mode de vie et d’amoindrir sa qualité de vie si en bout du compte cette action ne sauve pas la planète et ne vient pas amoindrir le rythme du réchauffement de la planète ?

Le problème demeure entier. Tous les pays de la planète doivent lutter ensemble en étroite convergence pour contrer la lutte aux changements climatiques. Sans cette collaboration, on est voué à voir l’espèce humaine disparaître de la surface de la terre. Au moins, la planète va survivre à cette espèce, la nôtre, qui aura contribué à sa propre disparition. Il est vraiment temps que nous agissions et pour cela il faut réussir à créer un vaste mouvement de solidarité internationale autour de cet enjeu.

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Le baroud d’honneur de PKP

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Date: 2 décembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Dans les coulisses de la décision du gouvernement de François Legault de favoriser la formule coopérative présentée par les employés et les cadres du Groupe Capitale Médias se profile un bras de fer politique entre Pierre Karl Péladeau et le gouvernement du Québec. Sur son fil Facebook, monsieur Péladeau invite le gouvernement à revoir sa décision dans l’affaire de la faillite de Groupe Capitale Médias et de considérer sa proposition de se porter acquéreur des quotidiens régionaux. Pierre Karl Péladeau affirme que le gouvernement Legault fait un mauvais choix qui va mener à la dilapidation de fonds publics : « Laissez de côté votre orgueil et vos parties de bras de fer, monsieur le premier ministre, et prenez plutôt les justes mesures pour protéger l’information régionale comme nationale », a écrit M. Péladeau.

En même temps, Pierre Karl Péladeau s’indigne des propos du ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon à l’endroit de la présidente du Conseil de TVA et affirme que : Le premier ministre du Québec et son ministre de l’Économie et de l’Innovation, que nous aurions cru attentifs à la pérennité des entreprises, à la solidité des plans d’affaires, à la lutte contre le gaspillage des fonds publics et à l’intérêt général des Québécoises et des Québécois, se sont récemment lancés dans une opération de tordage de bras et d’intimidation envers Desjardins en les menaçant de revoir les crédits d’impôt auxquels Capital régional et coopératif Desjardins (CRCD) a droit en vertu de sa mission d’investissement et de développement économique, crédits également accessibles à d’autres fonds comme celui de la FTQ (Fonds de solidarité FTQ) et de la CSN (Fondaction).

« J’interpelle le premier ministre et le ministre de l’Économie et de l’Innovation à l’effet qu’il serait plus utile pour le Québec et ses médias qu’ils refassent leur travail et leur analyse. Il aurait lieu qu’ils reconsidèrent la proposition de Québecor présentée au début du processus. »

Bref, Pierre Karl Péladeau fait l’éloge de son modèle d’affaires : Québecor est mieux positionné que tout autre acteur corporatif pour la reprise de Groupe Capitales Médias. « Ainsi, Québecor ferait de cette activité un projet rentable plutôt qu’un canard boiteux nécessitant l’argent des contribuables que François Legault aura décidé de faire financer par l’ensemble des contribuables », a-t-il écrit.

Pour le patron de Québecor, « il en va de la démocratie saine et vivante ». « La précipitation improvisée du gouvernement compromet aussi l’indépendance des salles de rédaction puisque ces dernières seront les affidées du gouvernement pour assurer le financement des pertes d’exploitation qui ne manqueront pas d’être très importantes », ajoute le magnat de la presse au Québec.

Ce que ne dit pas monsieur Péladeau c’est pourquoi il a choisi de ne pas déposer de propositions aux créanciers pour racheter les actifs des quotidiens régionaux et surtout ce qu’il entendait faire une fois qu’il en aurait fait l’acquisition. Il semble être aussi peu préoccupé d’un autre danger qui guette la démocratie québécoise : celui de la concentration de la presse et des médias aux mains d’un seul homme…

 

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Histoire et mémoire

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Date: 29 novembre 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Dans sa dernière livraison, l’excellente revue Argument (Argument, politique, société, histoire, vol 22, no 1, automne-hiver 2019-2020) consacre ses efforts à discuter du déboulonnage de nos monuments tant chez nous qu’aux États-Unis dans le cadre d’une discussion sur les liens entre mémoire et histoire.

Dans le texte de présentation du numéro, le professeur d’histoire à l’Université de Sherbrooke Harold Bérubé, qui a assuré la coordination des textes concernant la mémoire mise à mal. Faut-il déboulonner nos statues ?, écrit qu’à la base, ce débat oppose la problématique entre histoire et mémoire. Citant l’historien français Pierre Nora, il opine que mémoire et histoire sont deux termes qui s’opposent : « … l’historien Pierre Nora les présente comme fondamentalement incompatibles, l’histoire cherchant toujours à écarter la mémoire. » (Harold Bérubé, La mémoire mise à mal, dans Arguments, ibid. p. 5)

Ce dont il est question dans ces pages riches en débats c’est de cette époque dans laquelle nous vivons où l’on cherche à rendre lisse notre environnement public et l’expurgeant de toutes traces d’un passé qui pourrait venir heurter nos sensibilités contemporaines de bien-pensants.

Pierre Moreau dans sa contribution au débat risque de l’alimenter en écrivant : « Quand on y pense, n’y a-t-il pas en effet une espèce de disproportion entre d’une part les actions, qui consistent la plupart du temps soit à lancer une pétition dans le cyberespace, soit à aller nuitamment marteler, peinturlurer une statue ou son socle, et d’autre part, le discours qui accompagne ces actions et les idéaux au nom desquels elles sont supposément commises ? On croit agir contre le racisme et le suprémacisme racial, condamner un génocide, etc., et on ne trouve rien de mieux à faire que de s’attaquer à des effigies de personnages morts depuis plus de cent ans… C’est cette déconnexion entre discours et initiatives politiques et le réel qui me semble caractéristique du militantisme progressiste actuel que je qualifie de carnavalesque tout comme au Moyen-Âge, était nommé durant la période qui précédait le carême un roi du carnaval choisi parmi les mendiants, et dont le règne temporaire ne changeait évidemment rien à la situation des pauvres tout au long de l’année. » (Pierre Moreau, En haine des statues. Quelques réflexions sur l’iconoclaste contemporain dans Argument, ibid. p. 52-53).

Bref, un numéro de revue contenant des textes qui ne manqueront pas de susciter les débats et qui ont le mérite, immense à nos yeux, de remettre en perspective ce discours ambiant de bien-pensants qui au nom de la bonne conscience cherche à nous imposer une forme de tyrannie du bien en faisant l’économie des faits complexes et têtus qui harnachent le cours de notre histoire qui elle est complexe et foisonnante. Nous recommandons fortement la lecture de ce numéro d’Argument et surtout d’en débattre avec vos amis.

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