Les derniers rendez-vous des chefs avec l’opinion publique

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Date: 20 septembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Ce soir sur les ondes de LCN – TVA, nous aurons droit au dernier face à face des différents leaders des partis politiques présents à l’Assemblée nationale qui rivalisent d’efforts pour obtenir la confiance de la population. Les Philippe Couillard, Manon Massé, François Legault et Jean-François Lisée seront gonflés à bloc pour ce dernier grand rendez-vous de la présente campagne électorale. N’oublions pas la première émission de Tout le monde en parle dimanche soir qui sera aussi une dernière occasion pour les chefs pour faire une bonne impression auprès des électeurs.

Cela sera d’autant plus important ces deux rendez-vous à la lumière de la publication il y a quelques jours du dernier sondage de Léger. On y apprend que le PLQ est mathématiquement égal avec la CAQ même si la formation politique de François Legault conserve une confortable avance chez les francophones. Ce qui peut se traduire par la conviction que nous sommes en zone de gouvernement minoritaire et que celui-ci pourrait être dirigé par le PLQ, la CAQ ou même le PQ. Seul Québec Solidaire peut être exclu à ce stade-ci de la discussion de la possibilité de former un gouvernement.

Rien n’est joué dans cette campagne. La question de l’immigration et de l’identité aura miné la campagne de François Legault et de la Coalition Avenir Québec. Cherchant à rejoindre sa clientèle francophone qui est partagée à moitié sur la question de la réduction des seuils d’immigration, François Legault a négligé l’importance de la mécanique de cette politique phare de la CAQ. Dans le dossier des maternelles quatre ans, la mécanique de la politique fait aussi défaut même si l’on peut partager l’orientation fondamentale de cette dernière, suivant en cela l’opinion du professeur Égide Royer de l’Université Laval. Je souhaite que François Legault retrouve ses repères et qu’il parle comme il sait bien le faire à la population et qu’il rappelle que sa formation politique veut aider à redonner au Québec le gout de réussir et réparer les dommages qu’a faits le gouvernement Couillard à nos enfants et à nos aînés par sa politique d’austérité.

Pour sa part, Philippe Couillard s’est déguisé en Mesmer de la politique en nous faisant oublier les quinze dernières années de gouvernance libérale, à part la petite exception de 18 mois du gouvernement Marois. Le gouvernement libéral n’a pas tout faux. Il a respecté plus de 80 % de ses engagements de sa campagne de 2014. Il a cependant failli dans la compassion, la défense de la nation québécoise et surtout devant sa complaisance devant les riches et les puissants qui règnent en cette ère néo-libérale. Manifestement, le gouvernement de Philippe Couillard ne mérite pas le renouvellement de notre confiance.

Le PQ s’est renouvelé sous le leadership de Jean François Lisée. Il a fait le ménage de ses interminables débats sur l’article 1 de son programme et propose une vision résolument progressiste de l’avenir du Québec tout en disant ouvertement vouloir préparer le Québec à sa pleine autonomie par une élection sur la souveraineté en 2022.

Tous le disent, Manon Massé et Québec Solidaire mènent une campagne efficace. Ils sont les politiciens à visages humains de cette campagne. Chez eux, la compassion est abondante. Il devrait en donner aux libéraux. Néanmoins, cette campagne ne dit pas tout. Derrière les engagements populaires des solidaires, il y a une conviction profonde qu’il faut rompre avec l’économie libérale et nationaliser de grands pans de l’économie. Je doute que cette vision soit partagée par une majorité de Québécoises et de Québécois.

Il m’apparaît qu’en ce jour de face à face à TVA, il importe que le vrai François Legault se lève et parle au Québec avec son cœur et sa raison. Il doit nous transmettre son ambition pour notre devenir économique, son dépit envers les politiques du gouvernement Couillard qui face à tous les problèmes avait une solution : taxer les Québécois. Il doit aussi redire qu’il se portera à la défense des intérêts de la nation québécoise, de sa langue, de ses institutions et de sa place dans la fédération canadienne. Défendre les intérêts du Québec c’est la devise de François Legault, il devrait nous le rappeler avec émotions et convictions ce soir. Demain, nous commenterons ce débat pour finir la semaine. Puis, ce sera le vote par anticipation…

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Les faux pas inévitables devant l’opinion publique

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Date: 19 septembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Le dernier weekend n’a pas été facile pour les différents chefs en campagne électorale. De manière générale, on peut dire comme l’animateur Mario Dumont que la fin de semaine a été difficile pour tous les leaders des partis, mais horrible pour le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.

Ce n’est pas facile de nos jours faire une campagne électorale. Nous sommes très exigeants envers nos leaders et nos futurs dirigeants. Dans un livre récent, Guylaine Martel, professeure au département de communication à l’Université Laval, s’intéresse aux élus et prend en compte les exigences qui s’imposent à eux dans le contexte de médiatisation qui est le leur. Plus particulièrement, Guylaine Martel s’intéresse… « au dévoilement de leur identité publique comme privé, les mises en scène sophistiquées auxquelles ils sont exposés et dont ils doivent maîtriser la forme, la constante évaluation de leur crédibilité, de leur sincérité et de leur authenticité. » (Guylaine Martel, Incarner la politique. La construction de l’image médiatique des femmes et des hommes politiques au Québec, Québec, Presses de l’Université Laval, 2018, 177 p.)

Il faut bien comprendre que les femmes et les hommes que nous élirons le 1er octobre prochain sont en large partie le fruit d’une construction médiatisée en relation avec la formation d’une opinion publique en mouvement traversée par des conflits alimentés par de nombreux acteurs sociaux.

Guylaine Martel écrit : « La médiatisation, comme on l’a vu tout au long de cet ouvrage, joue un rôle de premier plan dans la construction de l’image des politiciennes et des politiciens. Les représentations qui circulent dans les médias conditionnent en grande partie les perceptions du public et la reproduction des modèles types par les politiciens eux-mêmes : le choix des images qui y sont présentées (vie publique/vie privée), leur fréquence (sous-représentation des uns/surreprésentation des autres), leur traitement (neutre/stéréotypé) s’inscrit dans une relation d’interdépendance entre le monde médiatique et le monde politique. La circulation des modèles politiques relève d’une responsabilité partagée. Aux médias traditionnels il faut ajouter les médias sociaux. Outils de surveillance par excellence, l’analyse de leur contenu montre que les usagers s’intéressent davantage à l’image des personnalités publiques – leur intégrité, leur honnêteté – qu’au contenu de leurs messages, et qu’ils s’attachent davantage encore à les critiquer qu’à les complimenter. Les médias, les anciens comme les nouveaux, font peser une forte pression sur les politiciennes et les politiciens. Si ceux-ci ont besoin de la visibilité médiatique pour augmenter le capital de notoriété nécessaire pour se faire élire, il faut admettre que la vie politique sous l’œil constant des médias est difficile et ne favorise pas toujours le recrutement de candidats qualifiés. » (Guylaine Martel, Ibid. p. 142-143)

Comprenant bien cette problématique particulière aux médias, à la politique et à l’opinion publique, on ne peut qu’être impressionné favorablement par la qualité des recrues en politique pour cette élection au Québec tout particulièrement à la Coalition Avenir Québec. Il faut aussi prendre avec un grain de sel les conséquences catastrophiques annoncées par les médias et leurs commentateurs de simples erreurs de faits ou d’attention d’un chef ou d’un autre. Les médias font aussi leur spin dans les campagnes électorales. Il faut garder cela à l’esprit avant de se former une opinion.

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Débattre en anglais…

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Date: 18 septembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Mario Dumont a expliqué hier dans un commentaire pourquoi il n’était pas favorable au débat en anglais qui s’est tenu hier. Au-delà des considérations stratégiques dont on pourrait discuter longuement pour chaque leader en présence et pour chaque formation politique, ce précédent est, je suis d’accord avec Mario Dumont sur cette question, préoccupant pour l’avenir. Le Québec est un État francophone où la langue commune est le français. Le geste posé par toutes les formations politiques hier soir d’accepter de participer à un débat dans la langue anglaise pourrait constituer un dangereux précédent pour notre avenir et venir affaiblir plus encore la place du français comme langue commune au Québec.

Quoi qu’il en soit, c’est fait. Parlons du débat! Un débat sans surprise où l’on doit souligner que la participante et les participants ont relevé avec brio le fait qu’ils débattaient dans une langue qui n’était pas leur langue maternelle. Même Manon Massé a fait bonne figure. Cela mérite d’être mentionné au moment où chez nos voisins au Nouveau-Brunswick, province officiellement bilingue contrairement au Québec, on ne peut même pas débattre en français à cause de l’incapacité du chef conservateur.

Pour l’essentiel, on a retrouvé les mêmes lignes de fracture et les mêmes affrontements présentés lors du débat français à Radio-Canada. La plus grande variante est que l’on a fait une place aux relations entre la communauté anglophone et la majorité francophone. On a eu droit à l’engagement de tous les chefs présents de maintenir un secrétariat aux affaires anglophones. On a eu aussi droit à la mise en valeur de l’engagement de François Legault d’abolir les commissions scolaires. Sujet qui n’a pas la même résonnance chez les anglophones que chez les francophones. Chez nous, en Estrie par exemple, on ne croit pas que la réaffirmation de l’abolition des commissions scolaires par la CAQ aura un effet positif sur le vote des anglophones dans les comtés de Richmond, Brome-Misissiquoi et de Mégantic. Le Bonjour-Hi a refait son apparition et a permis à tous les chefs de réaffirmer que le français sera la seule langue commune au Québec. Cela aura une faible influence sur le vote ailleurs dans le Québec francophone profond, si je puis dire.

L’occasion manquée demeure les réponses à une question d’un citoyen qui s’inquiétait de l’exode des jeunes anglophones scolarisés du Québec vers l’Ontario et l’Ouest canadien. Pas un chef, même le rusé Lisée, n’a pensé dire que l’on ferait des efforts pour retenir ces jeunes Québécois de souche anglophones au Québec en cette période de pénurie de main-d’œuvre. Alors que fait rage un débat sur l’immigration et que l’on souhaite accueillir de nouveaux arrivants qui ne parlent pas français, personne ne songe à intégrer ces jeunes anglophones québécois pure laine. Cocasse non?

Un débat sans véritable gagnant, mais qui contribuera à préparer le face à face final à TVA jeudi soir prochain. Un débat qui a des chances d’être déterminant pour le reste de la campagne électorale. Ce sera à voir…

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La vie est un récit. De nos jours, les spécialistes des communications et du marketing ont envahi le champ autrefois réservé à la littérature avec un grand L pour proposer des « narratifs » qui nous racontent des histoires pour nous convaincre qui comme citoyen qui comme consommateur de la justesse d’une idée ou d’un produit. Vous ne serez donc pas étonné que je vous affirme comme le fait le titre de ce blogue que le récit, la littérature et la vie c’est cela aussi l’opinion publique.

Faisant un retour sur ses ouvrages, François Ricard nous propose une série de ses écrits dans un nouveau livre tout juste sorti des presses chez l’éditeur Boréal intitulé; La littérature malgré tout. (François Ricard, la littérature malgré tout, Coll : [papiers collés] Montréal, les éditions Boréal, 2018, 195 p.)

Ce professeur de littérature à l’Université McGill s’est surtout fait connaître pour avoir été de l’équipée de Linteau, Durocher et Robert dans leur livre fondateur du révisionnisme québécois, Histoire du Québec contemporain. Il est aussi l’auteur de La génération lyrique et un spécialiste de la grande écrivaine Gabrielle Roy ainsi que de Milan Kundera.

Dans ce livre, François Ricard nous rappelle que la littérature s’étiole dans notre monde. Cela n’a rien à voir avec le nombre de romans publiés ou encore avec l’existence de plus en plus nombreuse de spécialistes en littérature. Cette évanescence du monde littéraire prend appui (et c’est nous qui le disons et non François Ricard pour fins d’honnêteté intellectuelle) sur la disparition de la curiosité de découvrir et de lire et aussi de fréquenter de vieux et grands auteurs qui ont fait de nous ce que nous sommes sans que nous le sachions. Aujourd’hui avec tous ses nouveaux interdits, ses mouvements de censure pour une cause ou pour une autre, il me semble clair que le monde littéraire tel que nous l’avons connu s’étiole et du même coup une certaine idée de l’humain et de sa destinée.

C’est cela que nous a inspiré le passage suivant écrit par François Ricard dans son avertissement en tête de son recueil d’articles qu’il nous propose de lire :

« Il n’est pas impossible que ce livre intéresse quelques spécialistes, chercheurs ou autres professionnels de la littérature. Mais ce n’est pas à eux qu’il s’adresse d’abord. Le lecteur idéal que j’imagine – et dont il doit bien rester quelques spécimens ici et là – n’est pas un savant ni un “littératurologue”, mais un individu, homme ou femme, jeune ou vieux, pour qui les œuvres littéraires ne sont pas un objet d’étude, mais un art de vivre, une manière de préserver et d’approfondir en nous le petit espace d’humanité et de liberté qu’il nous reste. Car le lecteur sait dans quel monde étrange nous sommes plongés, et combien ce monde diffère de celui où la littérature a occupé la place souveraine qui était la sienne pendant si longtemps. Il sait que cette souveraineté n’est plus et ne sera plus, et qu’il ne sert à rien de le regretter. Mais c’est plus fort que lui : il ne peut pas, vivre comme il l’entend, ne pas se tourner encore et toujours vers elle, la littérature, ou du moins vers ce qu’il subsiste d’elle et qui lui est donc plus cher que jamais. Car il sait que, sous la forme d’un fantôme ou d’un vestige, la littérature, la voix irremplaçable de la littérature est toujours là. Malgré tout. » (François Ricard, La littérature malgré tout, Coll : [Papiers collés], Montréal, Éditions du Boréal, 2018, p. 7-8.)

Rien à ajouter.

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Le débat sur le débat : Legault en sort gagnant!

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Date: 14 septembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Le grand gagnant du débat d’hier soir, comme le disait quelqu’un sur les réseaux sociaux, c’est l’Ontario. Tout au long de ce débat, on n’a pas eu de cesse de se comparer à l’Ontario. Sur une note plus sérieuse, le débat d’hier n’aura pas permis à l’un des protagonistes de se sauver avec le ballon pour marquer un touché. De manière générale, chaque chef est resté dans ses lignes usuelles que nous entendons tous les jours depuis les six derniers mois. Même pour les fanatiques de la politique, le débat aura été plutôt ennuyeux. Il sera donc surprenant que sa tenue fasse bouger l’aiguille des intentions de vote. D’autant plus que nous avions droit hier à une magnifique soirée d’été à Montréal et dans plusieurs régions du Québec. Ce qui risque d’avoir une influence sur les cotes d’écoute.

S’il faut chercher à départager les bons coups et les mauvais coups des uns et des autres, il faut reconnaître que Manon Massé est apparue solide et son attitude non verbale a démontré qu’elle s’ennuyait parfois avec ces représentants de la vieille politique. Elle a parlé moins que les autres, cinq minutes environ, mais elle a tout de même marqué des points notamment sur les traités de libre-échange où elle revendiquait la souveraineté du peuple face aux États étrangers et aux entreprises. Elle a aussi bien fait bonne figure quand elle a parlé des gens réduits au salaire minimum. Une excellente performance qui nous a donné du Manon Massé authentique.

Monsieur Lisée a, pour sa part, été égal à lui-même. Il a été bon et pertinent. Il connaissait ses dossiers sur le bout de ses doigts. Il a bien traduit les politiques qu’il propose à la population durant la présente élection générale. Il a eu la fâcheuse tendance d’interrompre souvent les autres et de parler par-dessus eux. Une bonne performance, mais il n’a pas réussi, contrairement à ce qu’il avait prétendu, à se sauver avec le point du match.

Philippe Couillard a été le plus malmené de tous les participants à ce débat. Il a dû défendre le bilan de son gouvernement et cela n’a pas été facile. L’austérité des premières années de ce gouvernement n’est pas facile à oublier, car les conséquences ont été terribles pour une large part de la population. Le premier ministre s’est un peu animé lorsqu’il a été question d’immigration, mais sa réponse quant au maintien de son candidat dans Taillon qui a déclaré que la CAQ fera un nettoyage de l’immigration a donné un dur coup à la crédibilité de son propos quant à une campagne électorale d’idées et dénuées d’attaques personnelles.

Francois Legault était celui qui avait le plus à perdre. On peut dire qu’il a tenu le coup. Il a offert une performance à l’image de sa campagne : prudente et déterminée. Comme François Legault est en avance au début de ce débat et que nous croyons que ce débat ne changera rien aux intentions de vote, on peut affirmer que François Legault est le gagnant de ce débat.

Nous savons que ce débat n’est que le premier de trois. On peut penser que c’était une bonne période d’entraînement pour celui qui aura lieu la semaine prochaine sur le réseau TVA. Bref, un débat un peu terne qui a permis à François Legault de consolider sa position de prétendant au poste de premier ministre. Il a passé son examen avec brio.

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Les médias, interprètes du monde

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Date: 13 septembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Dans plusieurs billets écrits sur ce site, nous avons souvent évoqué le concept d’opinion publique qui était façonnée par les médias et par un ordonnancement des faits qui comptent : l’agenda-setting. La professeure Nadège Broustau, la titulaire de la Chaire de communication publique de l’Université libre de Bruxelles et professeure à l’Université du Québec à Montréal vient de publier aux Presses de l’Université du Québec un ouvrage consacré à la genèse des débats publics médiatisés qui mettent au premier plan les médias et les journalistes comme interprètes de la société. Ce livre s’intitule : Les médias et les journalistes, interprètes de la société. Représentations et jurisprudence médiatique.

J’aurai l’occasion de commenter plus avant le contenu de ce livre dans un billet subséquent. Qu’il me suffise de dire aujourd’hui que de nombreux événements permettent de mieux comprendre le rôle de lieu de transit de nos visions du monde. Je vous donne pour exemple les reportages du Journal de Montréal et du journal Le Devoir sur l’échange du capitaine du Canadien de Montréal, Max Pacioretty.

Avant d’aborder le cœur du sujet, permettez-moi de vous citer l’éditeur à propos de cet ouvrage à la quatrième de couverture. L’éditeur écrit : « Les médias sont un lieu de transit de nos visions du monde. Leurs discours et leurs contenus sont autant de traces des mondes sociaux des acteurs qui les produisent, les reconstruisent, les font circuler : journalistes, relationnistes, publics citoyens, etc. Dans cette perspective, nous considérons les discours médiatiques comme des archives sociales, permettant à la fois d’étudier les marques de coopération de ces sources d’information et les représentations qu’elles véhiculent. Proposer une analyse de cette problématique, c’est aussi démonter la jurisprudence médiatique qui conditionne, accompagne, influence nos perceptions du sens des événements ainsi filtrés de notre environnement. » (Nadège Broustau, Les médias et les journalistes, interprètes de la société. Représentations et jurisprudence médiatique, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2018, 203 p.)

Une preuve éloquente de l’influence des médias sur la formation de l’opinion nous est donnée ces derniers jours par la couverture par Le Journal de Montréal et le journal Le Devoir de l’échange du capitaine du Canadien de Montréal, Max Pacioretty. On s’entend que Le Journal de Montréal est beaucoup plus sport que Le Devoir. La vision de chacun de ces journaux nous a été donnée par les articles parus sur cette nouvelle. Alors que Le Devoir titre que : Le Canadien échange un premier capitaine en 20 ans, Le Journal de Montréal titre pour sa part : Les capitaines du CH échangés. La vraie histoire c’est que depuis 1989-1990, tous les joueurs qui ont été capitaines du Canadien, sans exception, ont été échangés. Le titre du Journal de Montréal apparaît donc comme le plus judicieux. Si l’on se donne la peine de lire l’article, on comprend qu’être capitaine du Canadien de Montréal n’est pas de tout repos et que c’est comme un billet assuré pour aller jouer sous d’autres cieux alors que le titre du journal Le Devoir laisse entendre que c’est un fait rare. Ce qui est contraire à la réalité puisque depuis 1990, tous les capitaines ont été échangés et les deux qui ont précédé Pacioretty, Koivu et Gionta, ne se sont pas vus offerts de contrats par les Canadiens et ont signé avec d’autres équipes pour poursuivre leurs carrières ailleurs dans la Ligue nationale de hockey.

Si les interprètes du monde peuvent créer des perceptions aussi éloignées de la réalité, vous comprendrez que nous devons nous en méfier quant à des débats plus fondamentaux de notre vie démocratique. Ne croyez-vous pas?

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Sondages, opinion publique et élections

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Date: 12 septembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Dans ces billets quotidiens qui vous parlent de politique, nous prenons bien soin de ne pas donner dans le discours partisan. L’auteur de ces lignes comme vous a des opinions politiques, mais il juge que ce n’est pas de bon ton pour un blogue d’entreprise comme celui-ci d’avoir des opinions tranchées ou qui prennent ouvertement parti pour une formation ou une autre dans le cadre d’une campagne électorale.

D’ailleurs, dans une chronique écrite par le même auteur dans un autre registre dans le journal EstriePlus, la chronique de ce matin intitulée : Le grand bazar électoral, le texte proposé cherche à élever le débat et à expliquer l’impact de deux phénomènes qui frappent de plein fouet l’exercice de notre vie démocratique soit la civilisation du spectacle et l’emprise du marketing sur la vie politique contemporaine. Je vous invite à aller lire ce texte si cela vous intéresse.

Aujourd’hui, je veux commenter les derniers sondages publiés hier dans Le Devoir qui donnent encore la Coalition avenir Québec gagnante, mais aussi qui montre une remontée légère du Parti québécois. Le Parti libéral du Québec stagne au même endroit qu’au début de campagne et il est aux prises avec un taux d’insatisfaction élevé à l’égard du gouvernement qu’il a formé depuis 2014. Québec solidaire demeure une force latente surtout à Montréal et dans les milieux urbains. Ce qu’il faut retenir c’est que rien n’est joué encore dans cette élection. Une remontée de trois ou quatre points supplémentaires de Jean-François Lisée et de son parti pourrait transformer la possibilité actuelle d’un gouvernement majoritaire de la CAQ de François Legault en un gouvernement minoritaire ou pire encore à un gouvernement minoritaire libéral. Cela est d’autant plus possible qu’un Québécois sur deux mentionne que son opinion n’est pas encore définitive.

Ce qui vient une fois de plus accréditer la thèse que les sondages sont des outils essentiels pour tous dans une campagne électorale. Voici ce qu’en dit l’auteur René Gélinas dans un livre qu’il vient de publier aux éditions Robert Laffont, livre intitulé : Sondages. Outils de la démocratie ou opinion de la réalité? : « Les sondages sont importants. Importants pour les médias, pour les politiciens, pour les sondeurs et aussi pour les citoyens. Lorsqu’un sondage dévoile les intentions de vote, tout le monde y gagne. Pour les médias, le chiffre est roi. Il est noble, franc, réconfortant; il se vend bien. Pour les politiciens, il est une boussole. Il positionne, oriente et mobilise. Pour les sondeurs, le chiffre est d’affaires. L’industrie du sondage bénéficie grandement de l’appétit des médias en données et analyses, surtout pendant les campagnes électorales. Il ne s’agit pas d’un bénéfice monétaire immédiat, mais plutôt à long terme, découlant d’une notoriété accrue et d’une réputation de fiabilité que les sondages électoraux permettent d’établir et d’étaler devant un large auditoire. » (Page quatro de couverture, René Gélinas, Sondages. Outils de la démocratie ou opinion de la réalité, Montréal, Robert Laffont, 2018 179 p.)

Au fond, les sondages sont des outils utiles pour légitimer l’action de la classe politique et de solides arguments auprès des médias pour leur donner des idées sur les couvertures de chaque parti dans les campagnes. Comme le mentionne Gélinas, « Les sondages sont aussi un outil de la démocratie. Ils sont une sorte de mécanisme de rétroaction légitime qui, à la fois, mesure l’opinion publique et la façonne. » (Loc. cit.)On sera habituellement plus exigeant avec les meneurs qu’avec les figurants. Pour cela, ne gagez pas tous vos avoirs sur la véracité des affirmations des politiciens en campagne qui disent ne pas de préoccuper des sondages. C’est le plus gros mensonge d’entre tous.

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Idées reçues

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Date: 11 septembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Les discours politiques sont souvent porteurs d’idées reçues. Dans l’actuelle campagne électorale par exemple, plusieurs se réclament de l’ex-premier ministre René Lévesque et même de Robert Bourassa. On plaide à leur mémoire pour témoigner de la pertinence des gestes que l’on veut poser et des idées que l’on propose aux électeurs. Ça fait partie du jeu politique.

S’il y a un personnage de notre histoire politique duquel personne ne se réclamera c’est bien l’ancien premier ministre Maurice Le Noblet Duplessis. L’homme de la grande noirceur. Il faut dire cependant que les historiens ont une opinion moins unanime et moins tranchée sur ce personnage géant de l’histoire politique au Québec. Une certaine historiographie aime bien dire que sous Duplessis tout ne fut pas aussi noir que l’on veut bien le raconter. Parlant de la Révolution tranquille qui ne fut pas une vraie révolution, mais plutôt une modernisation accélérée de la société québécoise, plusieurs voix tendent à vouloir démontrer que tout n’a pas débuté avec le gouvernement de Jean Lesage, mais avant sous le régime maudit du duplessisme.

Il faut dire que Duplessis n’était pas le plus grand des démocrates. Il n’a jamais hésité à se servir de son pouvoir de législateur pour faire des Lois rétroactives contre des ennemis politiques, ni de se servir du pouvoir exécutif que lui conférait le titre de premier ministre pour avantager ses amis et l’Église catholique. Plus encore, il a usé de ce pouvoir pour maintenir les travailleuses et les travailleurs ainsi que leur organisation dans une situation de dépendance envers le patronat et leurs entreprises. Tout cela est l’objet des débats historiques entre historiens sur cette période de l’histoire politique contemporaine.

Si j’évoque cela aujourd’hui c’est qu’un jeune historien talentueux de l’histoire des idées et de l’histoire politique, Jonathan Livernois, vient de publier aux Éditions du Boréal un livre fort édifiant sur l’histoire du duplessisme. Non seulement nous rappelle-t-il dans ce livre les faits marquants de Duplessis et du Québec de ces années, mais il situe aussi son propos dans une perspective historiographique. Cela permet aux lecteurs que nous sommes de mieux comprendre à la fois les tentatives de réhabilitation de Duplessis dans notre histoire, mais aussi les excellentes raisons pour ne pas changer du tout au tout les perspectives dominantes de notre discours historiographique à ce sujet. Jonathan Livernois n’hésite pas à prendre position dans le débat. C’est rafraîchissant de lire un auteur qui n’était pas né en 1960 et qui nous donne son avis d’historien engagé sur ce personnage qui n’a pas fini de susciter des débats dans notre tentative de mieux comprendre notre histoire politique. Je recommande fortement la lecture de ce petit livre qui se lit comme un roman. En cette période électorale, cela permettra de relativiser le jugement sévère que l’on porte sur nos femmes et nos hommes politiques en lutte en ce moment.

Jonathan Livernois, La révolution dans l’ordre, Montréal, Éditions du Boréal, 2018, 248 p.

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Une pub osée de Nike

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Date: 10 septembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Le joueur de football Colin Kaepernick, à l’origine en 2016 du mouvement de boycottage de l’hymne américain, est le visage de la dernière campagne de publicité de l’équipementier sportif Nike. Une publicité osée pour l’équipementier Nike qui vient ici heurter de plein front le président américain Donald Trump qui mène un combat contre le mouvement lancé par Kaepernick et la NFL au nom du respect de l’hymne national américain.

Depuis qu’il a lancé son mouvement pour protester contre les violences policières envers les Noirs en posant un genou à terre lors de l’hymne national américain, Kaepernick est devenu une personnalité controversée aux États-Unis, célébrée par les uns et détestée par les autres, notamment par le président américain Donald Trump,  qui est entré en guerre ouverte à l’automne dernier contre les joueurs protestataires. Sous contrat depuis 2011 avec Nike, cette dernière n’a pas mis fin à son contrat de commandite malgré le fait qu’il n’est plus le quart arrière puisqu’il n’a plus de contrat avec la NFL.

Malgré cela, le porte-parole de Nike déifie le quart arrière sans contrat : « Nous croyons que Colin est l’un des sportifs les plus charismatiques de sa génération qui utilise la puissance du sport pour faire bouger le monde », a expliqué au site Internet de la chaîne ESPN Gino Fisanotti, dirigeant de Nike.

Nike nous a habitués à ses campagnes publicitaires plus originales que bien d’autres et cette publicité qui marque le 30e anniversaire de la campagne Just do it s’invite maintenant sur le terrain de la politique venant affronter Trump sur une situation qui l’irrite profondément.

Si l’on en croit les statistiques des ventes du site Web de Nike la semaine dernière, le pari a été gagné puisque les ventes ont augmenté de 30 %. Nike a joué gros, mais a bien calculé son geste et ses répercussions. L’important n’est-il pas « parlez-en en mal, parlez-en en bien, mais parlez-en »? Nike a pour le moment gagné son pari en envahissant le terrain de la politique américaine. Nike 1 – Trump 0.

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La grande dame du Québec

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Date: 7 septembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Hier, nous apprenions le décès de madame Lise Payette. Cette femme hors norme était une géante. Lise Payette a changé le monde dans lequel elle vivait. Elle s’est construite à la force de ses poignets. Une femme au parcours complexe, mais qui a toujours eu le goût de faire avancer les choses. Des gens comme cela, nous n’en avons plus. En cette époque de mise en scène de soi-même, d’égoïsme social et du repli individualiste, qui ferait aujourd’hui comme Lise Payette? Nous vivons une ère de spectacle, de fuite en avant dans le consumérisme et où l’argent et les honneurs font foi de tout.

Ce n’était pas la tasse de thé de Lise Payette qui a consacré sa vie à deux combats essentiels; l’indépendance du Québec et l’autonomie des femmes. Malheureusement pour elle et pour nous, elle n’aura pas vu de son vivant la réalisation de ces deux missions. Même si mes opinions sont différentes sur l’avenir du Québec de la cause défendue avec âpreté par Lise Payette, nous avions en commun le goût de libérer le Québec de ses chaînes, de ses peurs, de son manque d’ambition. Lise Payette souhaitait que le Québec prenne son envol et voulait éviter que la nation québécoise disparaisse comme elle l’avait narrée dans son documentaire disparaître.

La femme du Le pouvoir? Connais pas! a fait beaucoup pour les femmes du Québec. Toutes les femmes. Même celles qu’elle a malencontreusement un jour qualifiées d’Yvette dans une déclaration malheureuse durant la campagne référendaire de 1980. Lise Payette a consacré sa vie entière à l’avancement de la cause de l’égalité des femmes et des hommes. Nous devons toutes et tous lui en être profondément reconnaissants. Sans Lise Payette, le Québec ne sera pas où il est aujourd’hui et les femmes du Québec ne seraient pas au même point dans leur quête d’égalité. Pour cela aussi, le Québec entier doit lui d’être reconnaissant.

Ayant quitté la politique, Lise Payette a joué avec l’inconscient collectif des Québécoises et des Québécois en écrivant des textes de téléromans puissants. Qui aujourd’hui ne se souvient pas du Jean-Paul Des dames de cœur ou encore de La bonne aventure ou de Marylin. Lise Payette avait le don, comme Jeannette Bertrand, de toucher le cœur des Québécoises et des Québécois.

Tour à tour, journaliste, animatrice à la radio et à la télévision, ministre et auteure de téléromans à succès. Touche-à-tout, personnage parfois controversé, mais très apprécié du grand public. Lise Payette était une femme de convictions qui a su tout au long de sa vie utiliser ses talents exceptionnels de communicatrice pour faire avancer les causes auxquelles elle croyait.

Comme l’a déclarée hier, l’ancienne première ministre du Québec, Pauline Marois, soit dit en passant la première femme à briser le plafond de verre, Lise Payette était une femme d’audace avec une détermination sans pareil. Lise Payette était une géante et elle mérite des funérailles nationales.

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