Dans un ouvrage publié récemment, l’historien Stéphane Savard se livre à des entretiens passionnants avec l’historien et ex-ministre du parti québécois, Denis Vaugeois, on peut prendre connaissance de l’évolution de la carrière de cet homme qui a eu une influence certaine sur notre connaissance de l’histoire et sur le monde de l’édition. Fondateur des maisons d’édition, Boréal et Septentrion, Denis Vaugeois a été un éditeur important au Québec et il a eu un apport significatif concernant la politique du livre au Québec et le développement des réseaux de bibliothèques publiques. Ce recueil d’entretiens menés d’une main de maître par Stéphane Savard constitue un voyage passionnant permettant de mieux découvrir la culture québécoise en suivant la trajectoire singulière d’un historien éditeur politicien. (Stéphane Savard, Denis Vaugeois. Entretiens, Montréal, éditions du Boréal, 2019, 381 p.)

Ce qui m’a le plus intéressé dans ces entretiens c’est la définition du nationalisme qu’inspire l’histoire du Québec à Denis Vaugeois. Ce dernier nous parle de « nationalisme historique ». Pour l’historien Vaugeois, c’est la langue française qui est le lien principal qui soude ce nationalisme historique. Appelé à définir son nationalisme historique, Vaugeois raconte : « Bien que de tradition catholique, ils (les Québécois francophones) demandent à l’État d’être laïque. Ils sont tolérants envers les autres religions dans la mesure où celles-ci restent du domaine du privé. Ils sont curieux et ouverts sur le monde. Ce sont de grands voyageurs, ils adorent l’aventure. Ils savent s’adapter et sont facilement chez eux à l’autre bout de la planète. Ils sont jaloux de leur liberté et respectent celle des autres. Ils sont pour l’égalité entre les hommes et les femmes, et de façon générale, entre les personnes. Ils réprouvent les injustices sociales et se méfient de la richesse. Ils respectent les différences et sont agacés par celles et ceux qui cherchent à imposer les leurs. Ils apprécient et défendent la liberté d’expression. Ils aiment manifester leur joie de vivre et sont pacifiques… Ils sont non-violents. Ils aiment la nature, le plein air et sont plutôt écologistes… Ils manifestent facilement leur compassion envers les démunis. » (Stéphane Savard, Denis Vaugeois. Entretiens, Montréal, Boréal, 2019, p. 110-111.)

Comment mieux dire à notre sujet ? Ce qui a le plus retenu mon attention c’est le propos tenu par Vaugeois sur le métissage et l’attitude de nos ancêtres envers les nations autochtones. Nous savons que pour Vaugeois l’histoire de la Nouvelle-France et les relations avec les nations autochtones sont centrales dans ses préoccupations historiques. Il est l’un de ces historiens qui prônent l’idée que nous sommes des métissés avec les nations autochtones. Il a même proposé une série qui a été diffusée à Radio-Québec (aujourd’hui Télé-Québec). Six émissions sont alors produites sous le thème de la diversité du peuplement, la série d’émission s’intitulera L’Étoffe du pays (six émissions de 27 minutes produites) en 1987.

Il s’ensuivra un débat important autour de la question du métissage franco-indien mené par le démographe Hubert Charbonneau qui s’insurge de la thèse de Vaugeois postulant à un métissage franco-indien : « Dans la première émission, nous faisons une large place au métissage franco-indien. Je préviens le public, si vous avez des problèmes avec le métissage génétique, il y a toujours le métissage culturel, dans les deux sens d’ailleurs. La réaction est immédiate : plusieurs affirment que les Québécois ne sont pas métissés que c’est un mythe. » (Stéphane Savard, Ibid. p. 112.)

Accompagnant cette thèse du métissage de la population Vaugeois nous parle aussi dans son œuvre de cohabitation des francophones avec les nations amérindiennes contrairement aux Anglais et aux Espagnols. La thèse de Vaugeois rejoint celle de Jean Morisset dans son livre publié l’an dernier chez Boréal intitulé : Sur la piste du Canadien errant. Dans ce livre, l’éditeur mentionne : « Jean Morisset nous invite à redécouvrir ce Canada enfoui sous les aveuglements de l’histoire et les traductions approximatives des cartes géographiques. Il montre comment la British North America s’est fabriqué une identité à partir des cultures autochtones, canadienne et métisse, tout en leur niant tout véritable pouvoir politique. Il montre enfin comment les Canadiens-faits-Québécois ont participé à cette appropriation du territoire en servant d’entremetteurs pour la Convention de la Baie-James, le dernier des traités historiques confirmant l’“extinction” des droits autochtones au profit du Dominion of Canada. » (Jean Morisset, Sur la piste du Canadien errant, Montréal, Boréal, 2018, 368 p.)

Dans une chronique parue lundi dernier, l’historien de gauche Jean François Nadeau publie une violente critique à l’égard de cette vision de l’histoire de Vaugeois où il s’insurge contre la thèse de ce dernier et de plusieurs autres historiens de l’absence chez nous d’un projet colonisateur envers les peuples autochtones. Un autre historien, dans la mouvance nationaliste pour qui j’ai beaucoup de respect, s’est à son tour élevé contre les propos du chroniqueur Nadeau l’invitant même à en débattre avec lui. Ce dernier a refusé.

Au fond, il y a ici un début de débat historique autour des propos de Denis Vaugeois recueillis par l’historien Stéphane Savard. D’un côté ceux qui croient à une exceptionnalité québécoise, à l’existence d’un peuple métissé et colonisé et de l’autre cette frange d’historiens de gauche qui nient l’existence du peuple québécois au profit d’un chapelet de minorités qui ont été exploitées et soumises au joug des blancs que nous représentons nous les Québécois. Dommage que le débat n’aura pas lieu cette fois, mais ce débat est important. Il est au centre de nos choix d’avenir. Le Québec est une nation et une société distincte et nous avons été nous aussi victimes des colonisateurs européens. Ce qui nous donne une stature intellectuelle différente dans ce débat sur le sort réservé chez nous aux Amérindiens.

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Le mal canadien

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Date: 19 février 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Ce n’est pas facile tous les jours d’être un Canadien quand nous sommes de fiers nationalistes québécois. À preuve, un dossier politique vient enflammer les passions. Le dossier SNC-Lavalin ne fait pas que des dommages à la crédibilité du gouvernement Trudeau, mais il vient aussi réveiller les pires passions entre les deux solitudes. Il s’agit de lire la presse anglophone du pays où le Quebec bashing a une place de choix sur les commentaires à l’endroit du Québec.

Le paradoxe de cette « crise politique toute canadienne » c’est que le premier ministre libéral Justin Trudeau est accusé de favoritisme envers le Québec corrompu. Le même Justin Trudeau qui refuse de reconnaître les droits nationaux du Québec. Par ailleurs, cette crise politique met à mal les relations entre les blancs colonisateurs et les nations autochtones du pays. La ministre de la Justice déchue, Jody Wilson-Raybould, représentait pour le gouvernement Trudeau le symbole de la réconciliation entre les Amérindiens et le peuple canadien. Il faut admettre qu’aucun gouvernement n’a mis autant d’efforts pour « réparer » les relations entre le Canada et les nations autochtones. Encore une fois, l’histoire le notera, le Québec fait obstacle à cette volonté canadienne de se réconcilier avec les nations autochtones.

Le Québec. La nation québécoise. Cette nation distincte qui n’en finit plus de faire vivre des émotions troubles chez nos compatriotes canadiens. Ce Québec, éternel adolescent rebelle, qui est corrompu jusqu’à la moelle. Ce Québec qui refuse de laisser passer sur son territoire le gazoduc des énergies sales de l’Alberta. Quel mépris avons-nous (nous Québécois) envers ce grand pays qui nous a fait découvrir la démocratie, qui nous a donné accès aux droits et libertés si chères à la culture canadienne ? Ce Canada qui nous a fait découvrir la richesse des autres grâce au multiculturalisme. Vraiment, la coupe est pleine. Le fédéraliste que je suis est sur le bord de démissionner de son rôle de grand Canadien.

Tout cela pour cela. Une compagnie qui s’est rendue coupable de corruption d’agents étrangers, un gouvernement qui souhaite ne pas pénaliser les employés et conserver des emplois stratégiques, voilà assez d’éléments pour créer une crise politique majeure. Le diable est aux vaches. Le premier ministre n’en finit plus de se justifier quotidiennement. Le Globe and Mail se frotte les mains. Le Canada anglais déverse sa hargne sur le Québec. Où sont ces Canadiens qui sont venus nous dire qu’ils nous aimaient en 1995 ?

Chose certaine, celles et ceux qui croient que l’idée de la souveraineté du Québec est morte et enterrée font fausse route. Ils errent. À preuve, un fédéraliste à tout crin comme moi se demande certain jour s’il ne faudrait pas la faire cette foutue indépendance et laisser les orangistes avec leurs préjugés. Nous méritons mieux au Québec que cette haine de ce que nous sommes…

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La maternelle de l’Assemblée nationale

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Date: 18 février 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Il y a en ce moment une guerre larvée entre les commissions scolaires et le nouveau gouvernement Legault eu égard au projet d’implanter des maternelles pour les enfants de 4 ans partout au Québec. Cette guerre prend aussi appui sur le lobby des CPE et des syndicats. Avant même que l’on ait annoncé un plan d’action, ce que le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, s’affaire à préparer, on assiste à une levée de boucliers contre cette idée d’implanter des maternelles 4 ans au Québec.

Que l’on ne s’y méprenne pas, les opposants n’attaquent pas ce projet célébré par les spécialistes des questions de l’enfance, dont le professeur Égide Royer de l’Université Laval. Il est vrai que les opinions des experts ne sont pas unanimes. Néanmoins, il semble de l’avis de tous que ce n’est pas une si mauvaise idée que d’implanter des maternelles 4 ans même si certains peuvent en mettre en doute la faisabilité ou encore la stratégie d’implantation.

Chose certaine, la volonté du gouvernement Legault ne peut être affirmée avec plus de vigueur qu’il ne l’a fait. Le premier ministre Legault a mis son siège en jeu sur cette question et un projet de loi, le projet de loi 5, a été déposé à l’Assemblée nationale la semaine dernière. Le gouvernement va implanter des maternelles 4 ans. Que cela soit entendu.

Dans ces circonstances, le combat des commissions scolaires contre ce projet est devenu improductif et même illégitime. Nous savons tous que le gouvernement Legault abolira dans son présent mandat les commissions scolaires afin de redonner le pouvoir aux parents dans les écoles. Les commissions scolaires seront transformées en Centre de services. À ce sujet, il serait intéressant de voir la possibilité de confier le transport scolaire et la gestion des immeubles aux villes plutôt qu’à un centre administratif. Là n’est pas mon sujet, nous aurons l’occasion d’écrire à nouveau à ce propos. Ce que je dis c’est que l’opposition non dissimulée des commissions scolaires aux maternelles 4 ans est inappropriée. Le gouvernement a un mandat clair de la population pour aller de l’avant avec ce projet et qui plus est, il a l’appui d’experts éminents sur la question.

Le discours défaitiste du type c’est impossible, il ne sera pas capable, repris en chœur par les oppositions à l’Assemblée nationale a pour effet de créer paradoxalement une maternelle à l’Assemblée nationale et celle-là n’a pas la légitimité des maternelles 4 ans du gouvernement Legault. Le gouvernement de la CAQ a été élu majoritairement et il a toute légitimité pour faire ce qu’il fait. Pour une fois qu’un gouvernement fait ce qu’il dit et dit ce qu’il fait. Ne boudons pas notre bonheur…

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Donner des leçons ou faire la leçon

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Date: 15 février 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Dans son dernier livre, le sociologue politique Joseph Yvon Thériault, invité régulier des émissions d’information de la radio de Radio-Canada, fait la distinction entre donner la leçon et faire la leçon. Il s’appuie sur la célèbre conférence de Max Weber prononcée devant les étudiants de l’Université de Munich en janvier 1919 et publiée depuis sous le titre « Le savant et le politique ».

Lisons ce que nous dit Joseph Yvon Thériault à propos de Weber : « Max Weber énonce dans ces deux conférences un cul-de-sac pratique, quelque chose d’impossible à réaliser. Il établit une coupure radicale entre la vocation de savant, qui serait la recherche de la vérité, et la vocation du politique, qui se rapporterait à la passion. Ce seraient des vocations irréconciliables. Le savant veut comprendre le monde, le politique le transformer. La science repose sur l’intellectualisation et la rationalisation, le politique sur la morale, la passion voire le prophétisme. Si pour “l’homme politique”, il ajoute comme qualités déterminantes à la passion le sentiment de responsabilité et le coup d’œil (avoir du pif, plus savamment, de la vertu), pour le savant, il lui interdit d’avoir des valeurs, des passions bref de donner des leçons. » (Joseph Yvon Thériault, Sept leçons sur le cosmopolitisme. Agir politique et imaginaire démocratique [Débats], Montréal, Québec-Amérique, 2019, p. 25-26)

Cela commence bien son essai sur le cosmopolitisme qui est un récit qui situe bien la trajectoire de la modernité, de la démocratie et de la diversité. Alors que nous sommes de plus en plus sans repères pour comprendre le monde dans lequel nous vivons, les textes rassemblés ici par Joseph Yvon Thériault nous permettent d’appréhender le monde avec une grille fort pertinente de son évolution depuis le temps des Grecs jusqu’à nous aujourd’hui.

Ce professeur et sociologue a toujours le don de nous faire part de ses idées souvent originales dans un discours structuré et convaincant. En cette époque où nous en avons marre collectivement des donneurs de leçons, il n’est pas inutile que quelqu’un nous fasse la leçon de façon convaincante et pertinente. Je vous invite à lire cet excellent essai d’un auteur qui a marqué notre histoire intellectuelle au cours des vingt dernières années notamment avec sa thèse sur l’américanité du Québec. À lire et à partager…

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Faites vos jeux !

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Date: 14 février 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Une vieille expression du jeu de hasard de la roulette semble convenir pour décrire l’actuel suspense lié à la décision de la Ville de Sherbrooke de se porter candidate pour présenter les Jeux de la Francophonie en lieu et place du Nouveau-Brunswick qui a décidé de se retirer de ces jeux.

J’ai écrit sur ce sujet la semaine dernière. Aujourd’hui, la situation est plus claire. Nous avons une idée des coûts de la tenue de ces jeux. Les chiffres qui ont circulé s’évaluent à 84 millions de dollars, le coût estimé pour la tenue de ces jeux. Il faut dire que les coûts gonflent considérablement avec les budgets liés à la sécurité et à la télédiffusion. D’autres chiffres estiment cela à plus de 130 millions de dollars.

L’investissement annoncé de la Ville de Sherbrooke de 5,5 millions de dollars est plutôt modeste. D’autant plus qu’une partie de cette somme était déjà budgétée pour la réfection de la piste de l’Université. Il est clair que dans ce conteste les gouvernements du Québec et du Canada devront sortir leur chéquier. Si l’on prend comme budget le chiffre de 84 millions de dollars et que l’on y soustrait la contribution annoncée de Québec de 17 millions de dollars et celle de la Ville de Sherbrooke de 5,5 millions de dollars, nous arrivons au chiffre de 22,5 millions de dollars, il reste donc un solde de 61,5 millions de dollars. Le gouvernement du Canada par la voix de sa ministre régionale, Marie-Claude Bibeau, a fait savoir qu’il s’engageait à payer 50 % de la somme totale soit 42 millions de dollars. Si nous comptons bien, 42 millions + 22,5 millions de dollars, cela donne 64,5 millions de dollars soit un manque à gagner de 19,5 millions de dollars. Rien ne va plus !

Il reste deux hypothèses pour que la Ville de Sherbrooke puisse présenter ces jeux. La première c’est que le comité organisateur diminue ses exigences et baisse le budget à 65 millions de dollars ou que l’une des parties augmente sa contribution. Il est peu probable que la Ville de Sherbrooke hausse sa contribution. Le gouvernement du Québec à de la marge, mais est-ce la priorité du gouvernement Legault ? Le gouvernement du Canada peut difficilement augmenter sa contribution à plus de 50 %. Il reste des revenus autonomes. Le marché des commandites étant ce qu’il est, il est irréaliste dans moins de trois ans de trouver plus que 500 000 $ en commandites au Québec pour ce genre d’événement d’autant plus que la SAQ et Hydro-Québec ont réorienté ce type de contribution vers des dossiers liés plus étroitement à leur mission.

Mesdames et messieurs de la Francophonie, faites vos jeux, rien ne va plus pour Sherbrooke !

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Affaire Wilson-Raybould : le chat sort du sac

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Date: 13 février 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Ainsi, la déloyauté d’un membre du cabinet des ministres de Justin Trudeau aura été mise à jour par son auteur. La démission de la ministre des Anciens Combattants, Jody Wilson-Raybould, est éloquente. On ne peut s’empêcher de croire qu’elle est à l’initiative de la fuite concernant l’affaire Wilson-Raybould publiée dans le Globe and Mail. Cela ressemble à un cas classique d’égo blessé où une ministre déchue de son titre et rétrogradée désire prendre sa revanche sur l’auteur de ce geste qui a bouleversé la vie de ladite ministre.

Égo d’ailleurs que l’on racontait démesuré chez cette ministre. Symbole de la réussite des nations autochtones dans ce pays, madame Wilson-Raybould n’a jamais digéré sa rétrogradation. Loin de moi l’idée de vouloir faire de cette dame, qui me semble respectable, une « traître à la nation ». Je crois que l’histoire est beaucoup plus simple.

Pour une raison qui m’est inconnue, l’ancienne ministre de la Justice Wilson-Raybould refusait d’accorder à SNC-Lavalin le droit de faire appel aux mécanismes de réparation plutôt que d’être jugé dans un procès criminel. Dans le cas d’un jugement, cette compagnie devrait vraisemblablement fermer ses portes avec la perte de ce siège social au Québec. Il est certain que devant cette catastrophe annoncée pour l’avenir de milliers d’emplois et pour l’économie du Québec, le cabinet du premier ministre a parlé de ce dossier avec la ministre Wilson-Raybould. Parler, faire pression, chercher à influencer, tous des mots qui sont sujets à interprétation selon les intervenants et les contextes. Même si les lois permettent au premier ministre de donner son avis à son ministre, la ligne est mince entre l’avis du premier ministre et son désir. Une ministre bien avisée comme l’était madame Wilson-Raybould peut très bien avoir eu du mal à faire la différence surtout si elle a reçu des appels des membres de sa garde rapprochée dans le même plan-séquence, comme nous dirions au cinéma. Alors il sera presque impossible de savoir un jour s’il y a eu ou non influence qui s’est transformée en interférence dans un dossier de justice par le cabinet du premier ministre ou par son entourage. C’est la parole de l’un contre la parole de l’autre.

Ce qui est étrange dans cette affaire c’est la volonté de l’ancienne ministre d’affronter son chef en public. Elle ne peut ignorer qu’elle peut lui porter des coups mortels en cette année électorale. C’est ici que le mot déloyauté prend son sens. Qu’importe les motivations de madame Wilson-Raybould, celle-ci fait la preuve de sa déloyauté envers son premier ministre, ses collègues du conseil des ministres et des membres du caucus libéral. L’affaire apparaît si claire que le caucus libéral devrait expulser madame Wilson-Raybould. Pour le Québec et ses intérêts supérieurs, ce n’est pas la première fois que les principes sacrés d’un élu issu des nations autochtones s’opposent à ses intérêts supérieurs. Pensez à Elijah Harper qui a largement contribué à tuer l’Accord du lac Meech qui reconnaissait le Québec comme une société distincte. Aujourd’hui, pour des questions de principe, madame Wilson-Raybould veut tuer une importante entreprise québécoise et pénaliser ses employés. Décidément, le Québec aurait avantage à améliorer ses relations avec les nations autochtones. Nous nous comprenons mal…

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Le piège des conservateurs d’Andrew Scheer

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Date: 12 février 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Le premier ministre du Canada Justin Trudeau passe de mauvais moments à la suite des révélations du Globe and Mail concernant des allégations de pressions indues du cabinet du premier ministre sur l’ex- ministre de la Justice et procureure générale du gouvernement, Jody Wilson-Raybould. Tout cela est lié à la rocambolesque tombée de SNC-Lavalin dans la corruption. Menacée d’un procès criminel qui la priverait de précieux contrats gouvernementaux, SNC-Lavalin souhaite se prévaloir de nouvelles dispositions législatives lui permettant de reconnaître ses crimes en payant une forte amende, mais sans perdre ses privilèges de contracter avec le gouvernement. Cela permettrait à SNC-Lavalin de ne pas fermer ses portes et, du même coup, éviterait que le Québec perdre l’un de ses plus grands fleurons en ingénierie. Sans compter que nous sauverons l’expertise pointue développée chez SNC-Lavalin.

Or, pour se prévaloir de cette nouvelle loi, il faut l’accord du procureur général du Canada et une entente avec le ministère de la Justice. C’est ici que le bât blesse. Il semble que l’ex-procureure générale du Canada, Jody Wilson-Raybould n’était pas chaude à cette idée. Ce qu’allègue le Globe and Mail se traduit par des pressions du Cabinet du premier ministre du Canada sur son ex-procureure générale pour sauver l’entreprise SNC-Lavalin. Le premier ministre Justin Trudeau a tout nié en bloc refusant toute hypothèse de tentative d’influencer le processus judiciaire. Les partis d’opposition ne l’entendent pas ainsi. Flairant le scandale, tant le NPD que les conservateurs d’Andrew Scheer sont montés à l’attaque en demandant une commission parlementaire pour faire la lumière sur cette question. Le NPD a demandé et obtenu que le commissaire à l’éthique fasse enquête sur la question.

Pendant ce temps, la ministre Jody-Wilson Raybould se réfugie derrière des avocasseries pour garder le silence et mettre en mauvaise posture son premier ministre. Il faut dire qu’elle doit avoir sur le cœur le fait d’avoir été déchue de ses fonctions de ministre de la Justice. Quoi qu’il en soit, madame Wilson-Raybould met le gouvernement Trudeau dans l’embarras avec son silence.

Justin Trudeau est piégé. Il ne peut trop en dire puisque le dossier de SNC-Lavalin est présentement devant les tribunaux. Il doit aussi comme député du Québec et chef d’un parti qui s’en va en élection, tout faire pour préserver le fleuron québécois de l’ingénierie tout en respectant l’État de droit. Les conservateurs et le NPD se drapent dans les principes de justice, mais à terme ils sont à détruire SNC-Lavalin et faire disparaître l’un des plus grands fleurons québécois qui a son siège social à Montréal. Ce ne sont pas les membres de l’élite économique torontoise qui pleureront l’affaiblissement économique du Québec. Les conservateurs n’ont aucune chance de faire élire des candidats à Montréal et le NPD va probablement être rayé de la carte électorale du Québec. Rien pour ralentir les efforts destructeurs des partis d’opposition sur cette question.

Il est vrai que SNC-Lavalin s’est elle-même mise dans cette situation intenable par son implication active dans des actes de corruption. Un comportement inacceptable et des gestes inavouables. La question est de savoir si les modifications législatives apportées par le gouvernement Trudeau permettant de punir les dirigeants et l’entreprise sans pour autant tuer l’expertise permettront de sauver notre fleuron de l’ingénierie. Chose certaine, la maladresse du gouvernement Trudeau dans ce dossier et le comportement électoraliste des oppositions nuiront à trouver une solution acceptable pour notre État de droit et favorisant le maintien des emplois chez SNC-Lavalin. À suivre…

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L’opinion publique et la justice

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Date: 11 février 2019
Auteur: Daniel Nadeau

La semaine dernière, le jugement du tribunal concernant l’affaire Bissonnette a été plutôt mal accueilli par les familles des victimes et plus globalement dans la communauté musulmane de Québec. Cette communauté a été fortement ébranlée par l’acte meurtrier innommable commis par ce tueur monstrueux qui a enlevé la vie à des gens qui avaient commis le crime de prier. Le jugement qui a été rendu soit une peine de perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 40 ans est la peine la plus sévère rendue au Québec depuis l’abolition de la peine de mort.

Nous ne sommes pas juristes. Nous entendons donc laisser le débat à ces doctes savants qui peuvent juger mieux que nous le soin de commenter le contenu juridique de cette cause. Encore faut-il dire que la difficulté principale de cette affaire tient dans notre philosophie de justice au Canada qui est fort différente de celle de nos voisins américains pour qui la peine de mort est légale et encouragée dans plusieurs États. La peine de 40 ans sans possibilité de libération conditionnelle fait en sorte que l’assassin ne pourra demander une libération conditionnelle avant d’avoir atteint ses 67 ans. La Couronne demandait 150 ans, comme le permet la loi depuis que le gouvernement conservateur de Stephen Harper, plutôt favorable à la peine de mort, avait modifié le Code criminel.

Le juge François Huot a pourtant prononcé un verdict très sévère à l’endroit de cet accusé en disant qui lui donnerait une peine exemplaire… « De manière à décourager ceux qui, partageant votre vision sectaire, ambitionneraient de suivre vos traces. L’intolérance et le racisme pourrissent notre tissu social. Il est du devoir des tribunaux de les réprimer fermement lorsqu’ils se matérialisent en actes criminels. »

Il faut se rappeler surtout de la souffrance des victimes et de leurs familles qui ne méritaient pas cela. C’est un jugement difficile, car il met en cause un geste d’un être dérangé à caractère xénophobe et l’équilibre de nos lois.

Rappelons une citation de l’article de La Presse+« Pour imposer une période d’inadmissibilité de 40 ans, le juge a dérogé aux prescriptions de l’article 74551 du Code criminel. Celui-ci permet le cumul de périodes d’inadmissibilité de 25 ans, de sorte que le juge au dossier peut imposer 25 ans, 50 ou 75 ans, mais rien entre ces chiffres. Il a déclaré que cet article tel que rédigé viole la Charte canadienne des droits et libertés, dont le droit à la vie et le droit pour un citoyen de ne pas subir de châtiments cruels et inusités. »

Quoi qu’il en soit, il est triste que la souffrance de ces familles soit prise en otage par la mécanique de nos lois et des principes de justice. Il pourrait y avoir appel de l’une ou l’autre des parties. Ce qui ne changera pas c’est que le geste posé par l’assassin Bissonnette est innommable, sauvage et qu’il ne représente pas autre chose que le fait d’un esprit fortement dérangé. Ce qui est le plus triste pour le Québec dans cette sombre histoire c’est que ces meurtres sont commis dans une société où il existe, quoi qu’en dise notre premier ministre, un terreau propice au développement d’un sentiment confus à l’endroit de la religion de l’Islam qui peut s’assimiler à une forme de ressentiment eu égard à une religion de la part de certains extrémistes et fêlés qui sont nôtres.

Nous devons réaffirmer notre haine de la violence et chasser de l’espace public tout discours à caractère islamophobe et nous rappeler que notre solidarité avec les familles des victimes et la communauté musulmane doit primer. L’opinion publique peut en bon droit être interloquée par ce jugement, mais notre solidarité envers les victimes ne peut souffrir d’aucun hiatus. Il faut condamner haut et fort ce geste sauvage tout en cherchant à préserver les principes de notre justice qui est différente de la Loi du talion de nos voisins américains. La quadrature du cercle.

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Mauvaise semaine au bureau pour Legault

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Date: 8 février 2019
Auteur: Daniel Nadeau

En cette période de rentrée parlementaire à Québec, le nouveau premier ministre issu de la Coalition avenir Québec (CAQ) doit trouver que la semaine a été particulièrement pénible au bureau. Toute la semaine, la Coalition avenir Québec a fait les manchettes pour les mauvaises raisons venant ainsi user prématurément son précieux bénéfice politique. On peut penser que la lune de miel que vivaient François Legault et son gouvernement est bel et bien terminée.

Cela commence avec une déclaration malheureuse du ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, au sujet du congédiement de l’agronome Pierre Robert. Congédiement justifié ou non, la protectrice du citoyen nous le dira bientôt, les explications du ministre Lamontagne ont plutôt jeté la confusion qu’autre chose. Il est devenu une cible facile pour l’opposition. Cela se complexifie du fait que la recherche dans le domaine des pesticides, entre autres, est complètement sous la coupe de l’entreprise privée. Cela est contraire à tous les usages en matière d’indépendance entre la recherche scientifique et les puissants intérêts privés. Cela est vécu sur une base quotidienne par toutes les universités et elles s’en tirent mieux que ce centre de recherche privé. Un peu surréaliste comme situation.

S’il n’y avait que cela. La nouvelle ministre à la Condition féminine, Isabelle Charest, a fait une déclaration malheureuse concernant le port du hijab par les femmes. Dire que c’est un signe d’oppression sans nuancer n’était pas la trouvaille du siècle. Ce qu’il y a de plus inquiétant c’est les relents de populisme d’une telle déclaration au moment où le gouvernement Legault souhaite légiférer sur le port des signes religieux pour les personnes en situation d’autorité. Défendre la laïcité est une bonne chose pour le Québec, mais défendre une vision de laïcité qui s’assimile à de la catho-laïcité et en stigmatisant les femmes musulmanes n’apparait pas comme la trouvaille de l’année. Le gouvernement de la Coalition avenir Québec aurait avantage à réfléchir aux conséquences de ses déclarations avant de lancer des débats qui seront à coup sûr diviseurs.

Comme si cela n’était pas assez, le gouvernement Legault a rompu l’un de ses principaux engagements auprès de la population québécoise. Celui de mettre fin au film des nominations politiques. La nomination de la directrice adjointe au cabinet du premier ministre Legault, Catherine Loubier, au poste de déléguée générale du Québec à New York a marqué les esprits. Pas tant parce que madame Loubier n’a pas les compétences nécessaires, ni que le gouvernement nomme quelqu’un lié à la structure partisane pour un tel poste, c’est plutôt la norme dans l’histoire de tous les gouvernements du Québec. Ce qui fait jaser ici c’est la déclaration intempestive du chef de la CAQ, François Legault, lors du congrès de la CAQ en mai à Québec où il avait déclaré solennellement qu’avec un gouvernement de la CAQ les nominations partisanes étaient terminées. Comme le disaient certains commentateurs, c’est l’effet boomerang qui fait mal ici à l’image du gouvernement. Cela ne peut qu’affecter la confiance de la population envers son gouvernement qui dit une chose en campagne et qui en fait une autre une fois parvenu au pouvoir. Le scepticisme ne peut que croître. Ce qui augure mal pour la suite des choses.

Pour finir, la Caisse de dépôt et placement du Québec est au cœur d’une tourmente concernant l’une de ses filiales dans le secteur immobilier. Les enquêtes du bureau de Québecor Média sont susceptibles de faire mal à l’image de notre bas de laine et le gouvernement doit être attentif s’il ne veut pas être emporté dans un tourbillon de cynisme. La Caisse de dépôt a promis d’agir promptement. C’est la grâce que nous nous souhaitons.

Bref, une mauvaise semaine au bureau pour François Legault…

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Être choisi après avoir été éconduit : Jeux de la Francophonie

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Date: 7 février 2019
Auteur: Daniel Nadeau

Il faut se rappeler la déception de la délégation sherbrookoise au lendemain du choix du Nouveau-Brunswick et de l’Acadie concernant la tenue des Jeux de la francophonie. Cela nous permet de comprendre aujourd’hui la réticence de certains des acteurs de l’époque à dire un oui retentissant à la possibilité de tenir les Jeux en remplacement du Nouveau-Brunswick qui s’est porté pâle pour de supposés motifs budgétaires, mais qui sont plutôt pour des motifs anti-français.

La Ville de Sherbrooke a une occasion de rendre service au Canada et au Québec tout en faisant œuvre utile pour ses infrastructures sportives et pour son rayonnement. La question est accessoirement une question financière ou de gros sous. Certes, il faut savoir combien cela coûtera à la Ville de Sherbrooke et voir si nous en avons les moyens, mais ces questions sont mathématiques et faciles à répondre.

Les vraies questions, une fois notre orgueil mis de côté, c’est de savoir si le temps qu’il nous reste permet d’organiser de vrais jeux à la hauteur de nos talents. Il faut aussi se demander si la population sherbrookoise sera au rendez-vous, si l’on pourra recruter des bénévoles et si nos organismes culturels sont prêts à s’investir dans l’aventure. De nombreuses questions qui sont liées à la capacité de notre milieu à se mobiliser pour un événement d’envergure.

Les autorités de la Ville de Sherbrooke sont à étudier les divers scénarios et à négocier avec le gouvernement du Canada et celui de Québec pour être rassurées sur les coûts. Tant mieux. Néanmoins, une telle aventure si elle doit avoir lieu dépasse largement la seule question des coûts et des négociations avec les gouvernements. Cette question met surtout en scène notre capacité de nous mobiliser et de faire ensemble de grandes choses. Avons-nous ce type d’envie ?

Voilà la question à laquelle il faudra répondre avant de nous engager à jouer les deuxièmes dans un film écrit contre le fait français par des conservateurs du Nouveau-Brunswick.

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