La SSBJ – Sherbrooke en crise

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Date: 23 juin 2017
Auteur: Daniel Nadeau

À l’aube de notre fête nationale, on ne peut qu’être surpris de la crise qui sévit à la Société Saint-Jean-Baptiste du diocèse de Sherbrooke. Rappelons les faits. Il existe une volonté claire de la direction actuelle de la SSBJ de ne pas permettre l’accueil de nouveaux membres. À sa face même, il est curieux qu’une association qui a dans sa mission l’idée d’être et je cite : « Un organisme destiné à regrouper tous les citoyens désirant travailler à la promotion des intérêts des canadiens-français ». Cela est surtout préoccupant à une époque où ce genre d’associations cherche plutôt à fédérer de nouveaux membres plutôt que d’en restreindre l’accès.

Des organismes du genre font souvent appel à des firmes de communication comme la mienne afin de se repositionner et de se donner une image plus moderne pour ne pas disparaître. Même l’Église catholique romaine, institution plutôt conservatrice, tous en conviendront, l’a fait. Il y a quelques années, j’ai participé avec mon ami Réjean Gagné de la firme Bingo à une opération du genre pour la Fondation Mgr Jean-Marie Fortier et cela a donné de bons résultats.

Il faut donc comprendre que cette crise à la SSBJ du diocèse de Sherbrooke est plutôt liée à des considérations politiques. Il est connu par tous que l’actuelle dirigeante Micheline Dupuis est une ardente fédéraliste et j’imagine facilement qu’elle ne voit pas d’un bon œil l’arrivée des souverainistes d’Étienne Alexis Boucher dans son organisation. Madame Dupuis doit craindre que son organisme soit noyauté par les péquistes. Je l’entends dans mon imaginaire dire de telles choses.

Pourtant, cela est posé le problème au mauvais endroit. Une association comme celle de la SSBJ du diocèse de Sherbrooke doit vivre par et pour ses bénévoles. Si l’implication de ses membres est plutôt le fait de citoyennes et de citoyens qui voient la souveraineté comme la meilleure façon de défendre l’héritage canadien-français, c’est bien leur droit. Néanmoins, moi qui suis un fier Canadien français québécois et un Canadien, je ne vois pas le monde de cette façon. Je crois que l’on peut défendre autrement l’héritage canadien-français, le socle de notre culture, de notre langue et de nos institutions quoi qu’en disent les démiurges du multiculturalisme et du Nouveau Monde postnational à la Trudeau.

Chose certaine, on ne défend pas ses idées à coup d’interdictions et de coups fourrés juridiques. On les défend avec des arguments, des convictions et de la passion. La crise actuelle à la SSBJ du diocèse de Sherbrooke est vraiment triste pour celles et ceux qui comme moi croient qu’il faut défendre notre héritage canadien-français et notre patrimoine culturel. Ce n’est pas en verrouillant la porte à double tour que l’on fera progresser notre culture et notre langue. C’est vraiment dommage que le petit nombre de personnes qui croient au sens de notre héritage canadien-français se battent autour d’idées révolues et d’une autre décennie. Il faudrait que les dirigeants de la SSBJ du diocèse de Sherbrooke entendent la voix de la raison et cessent de mener ce combat d’arrière-garde qui ne peut que faire reculer notre héritage canadien-français au Canada.

Bonne fête nationale à tous et toutes!

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L’espoir trahi?

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Date: 22 juin 2017
Auteur: Daniel Nadeau

J’étais parmi ceux qui fondaient beaucoup d’espoir sur le nouveau gouvernement du Canada dirigé par le jeune et charismatique premier ministre, Justin Trudeau. Élu en octobre 2015, le nouveau gouvernement libéral n’est pas encore à mi-mandat. Il semble donc encore trop tôt pour avoir un jugement définitif sur ce gouvernement et sur le premier ministre.

Il faut dire que Justin Trudeau avait la partie belle. Il prenait le pouvoir après dix ans de gouvernement conservateur de Stephen Harper. Un gouvernement cachotier, rancunier et surtout en porte-à-faux avec la politique mainstream canadienne. Les valeurs portées et défendues par les conservateurs de Stephen Harper étaient souvent aux antipodes de celles des Canadiens de l’Ontario et du Québec.

Plus encore, Justin Trudeau a fait une campagne électorale impressionnante et il a fait très peu de fautes dans son parcours électoral. Au grand dam de celui qui aurait dû gagner cette élection, Thomas Mulcair. Justin Trudeau a aussi suscité beaucoup d’espoir parmi la population. D’abord, s’inscrire en rupture avec le régime conservateur de Stephen Harper. Puis, des engagements fermes quant au changement de la façon de faire de la politique. Enfin, par un programme de communications et des relations publiques à la hauteur et faisant appel largement aux nouveaux médias notamment aux médias sociaux.

Sur le plan de la politique internationale et du rayonnement du Canada dans le monde, on doit accorder une excellente note au premier ministre et à son gouvernement. Il a su bien gérer tant l’accord de Paris que les suites de l’élection de Donald Trump aux États-Unis, notre puissant voisin du sud.

Cela se gâche un peu en ce qui concerne les politiques intérieures du Canada. La réforme du mode de scrutin, un engagement central de la campagne de Justin Trudeau, a été mise à la poubelle. Son entêtement à faire vite avec la légalisation de la marijuana apparaît suspect aux yeux de plusieurs. Ses hésitations quant à ce que le gouvernement devait faire à la suite du jugement de la Cour Suprême du Canada sur la question du suicide assisté ne l’ont pas aidé et nous en vivrons les conséquences au cours des prochains mois.

D’autre part, le parcours tortueux du gouvernement Trudeau en matière d’environnement concernant l’accord de Paris et la question du pétrole des sables bitumineux de l’Alberta et des pipelines sont de mauvais points à son dossier. Je ne parle même pas des nombreuses consultations et des mécanismes de nomination qui donnent l’impression d’un gouvernement qui refuse d’agir. Passons sur la question de la place du Québec et des nations amérindiennes au Canada. Un bilan contrasté qui fait penser que peut-être nos espoirs seront trahis.

Justin Trudeau est en soi un phénomène politique. Sa popularité ici et à l’étranger ne fait aucun doute. Le problème qui se pointe à l’horizon concerne sa crédibilité. Sur ce point, de nombreuses améliorations sont possibles. Le danger qui guette Justin Trudeau est que sa popularité décline plus vite que la construction de son capital de crédibilité. Et ce n’est pas la vigueur de la parole de son caucus de députés du Québec qui pourront venir à sa rescousse…

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La politique et la scène

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Date: 21 juin 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Qu’ont en commun la scène, le théâtre et la politique? Une question qui peut sembler futile a priori, mais qui a tout son sens si l’on se donne la peine de bien y réfléchir. C’est l’entremêlement de l’humain et de la technologie dans la fabrique et la présentation d’un spectacle. Contrairement au cinéma, le théâtre met en présence un locuteur (des acteurs) et un public qui sont dans un même lieu, qui participe à une même célébration du présent. Ensemble, le locuteur et le public sont le spectacle. Il en va de même pour un politicien et son discours qui sera plus ou moins réussi selon la réception de son discours.

Au début du 20e siècle alors que les technologies de reproduction du son et de l’image commençaient à pénétrer le champ du divertissement populaire, ces nouvelles technologies n’ont pas tardé à menacer le théâtre qui était l’art de divertissement par excellence en France à cette époque. Industrie du disque, cinéma et radio devenaient une menace pour l’hégémonie du théâtre. (Larrue, Jean-Marc, et Giusy Pisano. Le triomphe de la scène intermédiale. Théâtre et médias à l’ère électrique, [Montréal], Presses de l’Université de Montréal, 2017, p. 8).

Si je vous parle de cela, c’est pour dire que le théâtre a été le témoin par excellence de la persistance de l’art de la co-présence, convenu comme le couple spectateur-acteur. Aussi loin que l’on puisse remonter dans l’histoire, nous associons le théâtre à la présence d’un acteur devant son public. On disait que cet art exerçait sa supériorité par son aptitude à mettre en scène la personnalité de l’acteur, quelque chose qui n’était pas reproductible par la technologie.

De nos jours, la politique n’en va pas autrement même si pour plusieurs elle a perdu ses lettres de noblesse. Il n’en reste pas moins que tout comme pour le théâtre, même si l’on peut trouver des thèses qui contredisent cette affirmation, le discours politique dans le cadre d’une assemblée partisane ou devant un public choisi permet de créer une « symbiose » entre une présence, celui d’un locuteur, et l’attention d’un public par sa capacité attractive, son magnétisme. Cela tient à la fois à sa « présence » sur scène ou au lutrin qu’à son contenu, mais aussi, et ce que nous oublions trop souvent, à la qualité de son public et à la réception de son message. En d’autres mots, il ne peut y avoir de bons orateurs sans de bons publics.

De nos jours, alors que la politique se résume à des clips télévisuels ou radiophoniques de 20 à 45 secondes, où toutes les entrevues sont scriptées par de mauvaises formules d’animation qui ne recherche que l’effet immédiat et le caractère spectaculaire, peut-on s’étonner de l’affadissement du politique avec un grand P dans notre vie démocratique? Tous se rappelleront le discours de Barack Obama à Montréal et en parleront comme d’une grande prestation. Pourtant, le contenu de ce discours était un classique du rappel des grandes valeurs de la pensée libérale avec quelques notes de contexte pour marquer les consciences. Ce qui était cependant remarquable c’est que l’orateur, Barack Obama, et son public, le tout Montréal, jouaient à la perfection chacun leur rôle et que Barack Obama avait fait du thème de l’espoir l’argument central de son propos. Nous voulons tous espérer en la politique avec un grand P en ces temps troubles de notre vie démocratique.

C’est en ce sens que je dis que la politique et la scène sont un peu la même chose et on peut espérer le retour du triomphe du politique tout comme le théâtre a duré malgré la reproductibilité du son et de l’image. C’est du moins ce que l’on peut en conclure à la fin de la lecture du livre de Jean-Marc Larrue et Giusy Pisano sur le triomphe de la scène intermédiale.

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Les sages paroles de Tocqueville

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Date: 20 juin 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Alexis-Henri-Charles Clérel, comte de Tocqueville, généralement appelé par convenance Alexis de Tocqueville, né à Paris le 29 juillet 1805 et mort à Cannes le 16 avril 1859, est un philosophe politique, homme politique, historien, précurseur de la sociologie et écrivain français. Il est célèbre pour ses analyses de la Révolution française, de la démocratie américaine et de l’évolution des démocraties occidentales en général.

Si je vous parle d’Alexis de Tocqueville ce matin c’est à cause d’un livre que vient tout juste de publier l’ancien recteur de l’UQAM, Claude Corbo, chez Del Busso éditeur sur Tocqueville. Relisant avec cet universitaire de carrière les écrits de Tocqueville chez les perdants, je suis tombé sur la citation suivante :

« Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire au moins qu’il n’a plus de patrie.

Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. » (Corbo. Claude, Tocqueville chez les perdants, Montréal, Del Busso, 2016, p. 32-33).

Que dire de plus pour prouver l’actualité de la pensée d’Alexis de Tocqueville en regard de la situation actuelle qui prévaut dans nos démocraties occidentales? Parmi celles-ci, certaines sont plus durement atteintes, par exemple notre voisin les États-Unis d’Amérique. Le ridicule tue et le président actuel des États-Unis, Donald Trump, est à pied d’œuvre pour nous en faire la démonstration chaque jour. Si nous pouvons parfois chercher à nous redonner de l’espoir, on peut tourner notre regard vers la France de Macron. Néanmoins, le chemin ne sera pas sans périls. Le Royaume-Uni traverse des jours sombres avec la nécessité de négocier sa sortie de l’Europe alors que le leadership politique de ce pays est lourdement affaibli. Il reste bien sûr d’autres pays où les choses semblent aller mieux comme l’Allemagne et le Canada, mais rien n’a autant d’influence dans le monde que ce qui se passe aux États-Unis, en France et au Royaume-Uni.

Notre démocratie est en souffrance et seul un regain citoyen pourra sauver la mise. Les démocrates de tous les pays seront-ils capables de s’unir pour faire triompher leurs valeurs tout en combattant les inégalités et les dysfonctionnements les plus évidents sous l’impulsion de cette idéologie détestable qu’est le néo-libéralisme?

C’est ce que nous verrons. Heureusement, se plonger dans des œuvres anciennes nous permet encore de réfléchir à ce que nous sommes. Qui aurait dit qu’Alexis de Tocqueville serait en 2017 une source de réflexion de notre époque. Lisez le livre de Claude Corbo, il en fait la démonstration.

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Dégage, vieux partis!

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Date: 19 juin 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Bon! Le travail a été fait. Emmanuel Macron a vaincu. Au grand dam de ses détracteurs, il a remporté son pari de gagner la présidence de la France et de se donner une forte majorité à l’Assemblée nationale pour faire une nouvelle politique et pour refonder la France sur de nouvelles bases. La France de Macron sera l’un des plus intéressants laboratoires politiques à étudier au cours des prochains mois et des prochaines années.

Il est vrai que le taux d’abstention est élevé et ses principaux adversaires politiques qui souhaitent le statu quo ou la rupture radicale avec l’Europe s’empressent de lui rappeler qu’il n’a pas la légitimité pour être à l’origine de grandes transformations notamment en matière d’une réforme en profondeur des Lois du travail. Le gauchiste activiste Jean-Luc Mélechon réclame un référendum sur cette question. Pour sa part, Marine Le Pen a vu son projet de faire reculer la France dans le repli identitaire et de rompre avec l’Europe s’effondrer. Même si elle a été elle-même élue comme député, le Front national ne comptera que huit députés à l’Assemblée nationale.

Emmanuel Macron sera parvenu à recomposer le visage politique de la France en favorisant le dégagisme envers les vieux partis traditionnels de droite et de gauche. Il a proposé une nouvelle voie : « ni droite, ni gauche, mais en avant ». Emmanuel Macron a maintenant le lourd défi de réussir là où tous ont échoué depuis les vingt dernières années. Macron et son gouvernement n’auront aucune excuse. Ils détiennent tous les leviers nécessaires pour proposer et réaliser les changements promis. Ils se doivent de réussir afin de garder vivant l’espoir qu’ils ont suscité auprès de la population.

Un espoir qui n’est pas partagé par un grand nombre de Français qui ne croient plus malheureusement que la politique est un outil crédible de changement économique et social. Devant la crise de légitimité du politique, la responsabilité d’Emmanuel Macron est énorme non seulement envers son pays, ce qui tombe sous le sens, mais envers toutes les démocraties. S’il réussit à faire la preuve que le politique demeure un véhicule pour améliorer et changer les choses, cela redonnera espoir à de nombreuses autres populations, ailleurs dans le monde, dans des démocraties occidentales. Il est trop tôt encore pour déterminer si Emmanuel Macron et son gouvernement réussiront ou échoueront. Réjouissons-nous au moins que l’action politique de Macron et de son mouvement ait fait reculer pour un temps les hydres du mépris, du repli sur soi et du racisme. Nous devons tous souhaiter à Emmanuel Macron la meilleure des chances. Son combat, celui de la France, c’est un peu celui de toutes les démocraties. Nous devons tous redonner à la politique ses lettres de noblesse et venir civiliser ce néolibéralisme qui nous tue tous à petit feu.

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Protéger les sources des journalistes

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Date: 16 juin 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Ces jours-ci, la Commission Chamberland, une commission d’enquête sur la protection de la confidentialité des sources journalistiques, prend son envol. On se rappelle que cette commission a été mise sur pied par le gouvernement du Québec dans la foulée de la chasse aux sources journalistiques au SPVM. Au passage, nous avons pu découvrir que cette pratique était plus répandue que nous pouvions l’imaginer et que des usages similaires existaient aussi à la Sureté du Québec.

Disons-le franchement, la protection de la confidentialité des sources journalistiques intéresse beaucoup moins le grand public que la corruption, la collusion concernant le financement des partis politiques mis en valeur par la Commission Charbonneau ou du scandale des commandites de la Commission Gomery. N’empêche que même si le sujet nous passionne moins, il n’en est pas moins fondamental pour notre vie démocratique.

Les journalistes peuvent révéler ce qui doit être dénoncé que par l’usage de sources privilégiées ou de sonneurs d’alerte. Ils peuvent aussi contribuer à nos débats démocratiques grâce à la Loi d’accès à l’information. En fait, les fuites, les sources confidentielles et la Loi d’accès à l’information sont les seuls outils d’information qu’ont les médias pour renseigner le grand public dans le cadre d’enquêtes journalistiques afin de « dénoncer les coquins » comme le disait le fondateur du journal Le Devoir, Henri Bourassa. Il tombe sous le sens que les sources des journalistes doivent être protégées si l’on souhaite vivre en démocratie et que nos médias ne soient pas des perroquets utiles des communiqués de presse bien léchés que produisent des gens comme moi qui pratiquent le métier des relations publiques.

Il faut donc que notre société de droits préserve les sources des journalistes et garantisse leur confidentialité sinon nous aurons beaucoup moins de faits à nous mettre sous la dent pour alimenter nos débats démocratiques. En ce sens, on doit saluer l’existence d’une commission d’enquête sur ce sujet.

En même temps, on est tenu de se préoccuper de la responsabilité des médias qui pour des raisons pas toujours édifiantes peuvent donner dans le sensationnalisme et le spectaculaire. C’est souvent le fait d’enquêtes journalistiques comme celle que l’on retrouve dans le Journal de Montréal, relayé devant un auditoire imposant sur l’ensemble du réseau TVA. Le populisme ne fait pas nécessairement bon ménage avec l’équilibre qu’exige la santé démocratique de nos débats.

Ce que nous devons garder en mémoire c’est que la commission Chamberland aura retenu notre attention grâce aux témoignages de deux personnages populaires parmi la gent journalistique, Marie-Maude Denis de Radio-Canada et Patrick Lagacé de La Presse+ et de Télé-Québec. La première s’est rendue célèbre par les révélations qui ont mené à la Commission Charbonneau et le second en étant la cible principale du SPVM et en ayant fait l’objet d’intrusions inacceptables dans sa vie privée. On a même appris que l’un des mandats obtenus pour mettre sous écoute madame Denis était de fausses allégations de relations intimes qu’elle aurait eues avec un membre du SPVM. Faut le faire! Pire encore, les policiers avaient pour hypothèse de travail principale que les médias concurrents s’échangeaient des scoops. Hypothèse grossière et farfelue.

Il est intéressant de constater que nous nous penchons sur l’importance de protéger les sources journalistiques au Québec et encore plus que l’on fasse la lumière sur les procédés douteux des pratiques policières au SPVM. C’est un bon début pour faire le ménage dans cette institution vitale pour notre équilibre démocratique. Nous devons avoir confiance dans les services policiers et dans notre système de justice sinon il ne peut y avoir de société de droits ni de démocratie…

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Le jour de la marmotte au ministère des Transports

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Date: 15 juin 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Plus ça change, plus c’est pareil. Cet adage décrit magnifiquement la situation qui prévaut au ministère des Transports du gouvernement du Québec. Non seulement le gouvernement ne réussit pas à s’entendre avec ses ingénieurs et a décidé hier de déposer une offre globale et finale sans possibilité de continuer de négocier sauf à la marge aux dires du ministre Pierre Moreau, mais la vérificatrice générale a une fois de plus décrié les processus de gestion des contrats au ministère des Transports. C’est comme l’a dit un député de l’opposition, le jour de la marmotte.

C’est incroyable qu’en 2017, après les audiences et le rapport de la Commission Charbonneau, après de multiples dénonciations et un nombre effarant d’allégations plus ou moins fondées, que la situation problématique amplement documentée perdure. Qu’attend le premier ministre Couillard pour agir dans ce dossier? Pourquoi ne nomme-t-il pas un nouveau ministre qui aurait l’autorité morale nécessaire pour remettre ce ministère, le plus important donneur de contrats de tout le gouvernement, sur les rails? Pour connaître personnellement le sous-ministre en titre, Marc Lacroix, avec lequel j’ai jadis travaillé, je suis sûr que si un ministre fort et déterminé prend les rênes du ministère, on pourra procéder au redressement nécessaire. Pourquoi alors le premier ministre Couillard ne pose-t-il pas des gestes en ce sens? Qu’a à gagner le gouvernement libéral de laisser perdurer une situation intenable dans un ministère aussi important? Comment le gouvernement peut-il continuer à laisser pourrir une situation que nous savons invivable? Pourquoi refuser à ses ingénieurs des conditions de travail permettant de s’assurer d’une expertise au ministère des Transports du Québec? Qu’attend monsieur Couillard pour agir?

C’est quand même incroyable du point de vue de la gestion de l’image politique du gouvernement. Nous savons que s’il y a eu un jour des retours d’ascenseur au parti libéral du Québec pour des faveurs obtenues, c’est vraisemblablement au MTQ que cela se serait produit. Nous savons aussi que l’on n’a toujours pas réglé la question des appels d’offres. Nous savons aussi que les extras continuent d’être un problème dans le coût de nos travaux en matière d’infrastructures routières. Nous savons enfin que nous n’avons pas l’expertise nécessaire au ministère des Transports pour encadrer les firmes privées et que plus de 90 % des travaux de surveillance sont encore sous la responsabilité de firmes privées. Pourquoi choisir l’inaction?

Le dernier rapport du vérificateur général et l’état actuel des négociations avec les ingénieurs du gouvernement sont des illustrations de l’inaction du gouvernement. Et ici, je ne rappelle même pas le scandale de l’autoroute de cet hiver. Comme le gouvernement ne veut pas agir ou est incapable d’agir, il faudra donc songer à le remplacer si nous voulons cesser de vivre le jour de la marmotte…

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Le déménagement de Costco au Plateau Saint-Joseph

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Date: 14 juin 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Comme prévu, le conseil municipal a donné son aval pour la délocalisation du Cotsco de son emplacement actuel au site du Plateau Saint-Joseph sur les terrains du Groupe Immex. Ainsi donc, désormais les Sherbrookois devront fréquenter ce site s’ils veulent continuer de fréquenter Costco.

Lors des échanges au conseil municipal, il semble que le débat était entre le site de la 12e avenue dans l’est et le site du Plateau Saint-Joseph. J’ai écrit il y a quelques semaines un blogue sur cette question où je disais avoir hâte de voir ce qu’en diraient les membres du conseil municipal.

D’abord, c’est sans étonnement que je constate que la majorité des membres du Renouveau sherbrookois se rallie derrière le maire Sévigny pour appuyer ce dossier. On notera que le parti qui a vu naissance pour s’opposer au Plateau Saint-Joseph est celui qui aujourd’hui vient sauver le site du Plateau. C’est ce que nous dit le conseiller Bruno Vachon dans l’édition d’hier dans La Tribune lorsqu’il déclare : « Le modèle actuel du plateau ne fonctionne pas. On va le rendre plus vivant ».

Le maire Sévigny, quant à lui, s’en remet aux forces du marché et à la volonté de Costco tout comme le conseiller Serge Paquin. Même le président de Commerce Sherbrooke, Louisda Brochu, fait fi des chiffres de l’observatoire commercial de l’organisme qu’il préside pour donner son accord au projet de délocalisation du Costco au Plateau Saint-Joseph. Nous sommes loin du moment où il avait démissionné de son poste de président du comité d’urbanisme pour dénoncer les possibles agrandissements du Plateau Saint-Joseph.

La décision de dire oui à ce projet est une mauvaise décision pour trois raisons fondamentales :

La Ville de Sherbrooke vient à la rescousse pour une deuxième fois au promoteur pour donner de l’élan à un projet qui n’a jamais généré les résultats promis. La première fois était celle concernant la localisation du Centre de foires.

Le Plateau Saint-Joseph est une très mauvaise idée, et ce, depuis le début. C’est un site éloigné de tout, accessible principalement par l’automobile et qui regroupe surtout de grandes bannières étrangères. Le site du Plateau est une pompe à fermeture de commerces locaux grands et petits. Un modèle d’affaires qui a eu sa chance et qui n’a jamais levé même si les Costco et Wal-Mart de ce monde auront toujours une clientèle assidue.

Le Renouveau sherbrookois a renié son ADN en donnant son aval à ce projet qui va à l’encontre de son programme et de ses origines. Je suis heureux de constater que ma conseillère municipale, Christine Ouellet, a voté contre. C’est une bonne note à son dossier en vue des prochaines élections en novembre. Le maire Sévigny m’a beaucoup moins impressionné. Le président de Commerce Sherbrooke, Louisda Brochu, aussi m’a déçu dans ce dossier. Imaginez, pour dire oui à ce dossier, on fait fi de la politique commerciale conçue et adoptée par Commerce Sherbrooke et on ne tient pas compte des données de son propre observatoire commercial.

La crédibilité de ce conseil municipal, de Commerce Sherbrooke et du Renouveau sherbrookois vient en prendre pour son rhume. Désormais, nous savons que le développement commercial à Sherbrooke se fait en fonction de la taille des investissements et de l’identité des commerces et des promoteurs. On ne veut pas intervenir dans les forces du marché, nous dit Serge Paquin, alors à quoi bon des politiques limitant les mouvements des forces du marché quand il est question du centre-ville de Sherbrooke. Manifestement, le signal donné par le conseil de ville de Sherbrooke est : désormais que ce seront les forces du marché notre seul guide. Alors, soyons conséquents et laissons les forces du marché jouer leur rôle et cessons de nous baratiner avec des politiques de développement commerciales, des principes de développement durable, etc. Place aux forces du marché…

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Le Hard Brexit de Theresa May

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Date: 13 juin 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Il n’y a pas qu’en France où il y a des élections palpitantes à suivre. Si la France semble imiter les États-Unis avec des taux d’abstention record, il n’en va pas ainsi au Royaume-Uni. Plus de 70 % des Britanniques se sont prévalus de leur droit de vote. Mais après avoir été divisés par la question de l’Europe en votant faiblement pour la sortie de l’Europe, les citoyens du Royaume-Uni compliquent encore plus les choses pour la classe politique anglaise.

On sait que l’actuelle première ministre se retrouve à la tête du Royaume-Uni avec pour principal mandat de négocier sa sortie de l’Europe alors qu’à l’origine elle n’était pas de celles et de ceux qui souhaitaient cette issue. Tout de même, désireuse de respecter la voix du peuple, Theresa May s’est mise à la tâche. Elle souhaitait d’abord accroitre sa majorité pour se donner une plus grande légitimité pour négocier avec la communauté européenne dans des négociations qui s’annoncent difficiles. Les élections générales du 8 juin n’ont pas donné le résultat attendu. Au contraire, l’écart s’est dangereusement rétréci avec le principal parti d’opposition, le parti travailliste. Un écart réduit à 700 000 voix. Les conservateurs de Theresa May perdent aussi la majorité absolue des sièges du Parlement.

L’élection au Royaume-Uni marque aussi l’écrasement des petits partis prenant ouvertement position contre la sortie de la communauté européenne, les remainers. La gauche britannique progresse, mais la personnalité de leur chef, Jeremy Corbyn ne semble pas convaincre les électeurs britanniques de faire confiance en cette version plus radicale de la gauche qui a rompu avec les années Blair.

Au fond, le personnage politique de la dame forte de Theresa May implose sous ses propres contradictions. Son leadership est remis en cause. Elle a voulu incarner un Brexit auquel elle ne croyait pas et a emprunté un discours exagéré contre les droits de l’homme au plan européen pour masquer l’échec du Royaume-Uni dans sa lutte contre le terrorisme.

L’élection du 8 juin affaiblit le leadership de Theresa May, questionne l’hégémonie de la pensée conservatrice dans la vie politique britannique et fragilise ce pays dans ses futures négociations avec la communauté européenne. À cet égard, le leadership fort de Macron en France pourrait avantager son pays et lui permettre d’imposer un Hard Brexit européen pour le Royaume-Uni. L’appui d’Angela Merkel est assuré à la France de Macron. Les citoyens britanniques ont par la voie de leur scrutin choisi un chemin difficile pour l’avenir de leur pays. Ce sera intéressant à voir évoluer au cours des prochaines années.

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La France absente des urnes

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Date: 12 juin 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Si tout comme moi, vous aviez suivi avec intérêt l’élection à la présidence de la France, vous étiez sûrement aussi impatient de voir ce qu’il adviendrait lors des élections législatives. Nos cousins français allaient-ils se donner une représentation à l’Assemblée législative pour faire contrepoids au nouveau président Macron ou allaient-ils plutôt se donner une assemblée pour faire opposition au pouvoir de leur nouveau président? Eh bien, les Français n’ont pas choisi de donner une véritable réponse à cette question. Ils ont choisi plutôt de s’absenter des urnes. Un électeur sur deux n’a pas été voté. Ce qui est alarmant pour toute démocratie.

Les Français qui ont été votés semblent cependant vouloir donner une solide majorité au parti du président Emmanuel Macron. Si nous en croyons les estimations, le parti de la France en marche d’Emmanuel Macron pourrait obtenir entre 390 et 430 députés à l’Assemblée législative. Une majorité plus que respectable, mais qui souffrira de l’abstention quant à sa légitimité.

La légitimité du gouvernement Macron est au cœur de l’actualité politique à venir. Le président Macron veut procéder à des changements en profondeur des lois françaises notamment du Code du travail. Il veut raffermir des lois qui restreignent les libertés des citoyens français au profit de la lutte contre le terrorisme. Il veut aussi libérer les forces de l’entrepreneuriat français et affirmer le caractère indéfectible du lien entre la France et l’Europe. Des sujets très sensibles qui ont été amplement débattus depuis plusieurs années. Avec la majorité appréciable que semble en voie de se donner le parti d’Emmanuel Macron, le nouveau président aura les moyens politiques de ses ambitions pour la France. Néanmoins, si le taux d’abstention élevé du premier tour des législatives se maintient au second tour, l’opposition pourrait alors se déplacer dans la rue plutôt qu’à l’Assemblée nationale française. Ce qui n’augure rien de bon pour l’avenir.

Nous pouvons, de notre regard d’Amérique nous féliciter de voir que la France a choisi de dire non à l’extrême droite Lepeniste. Nous pouvons aussi être rassurés d’avoir vu la France tourner le dos à celles et à ceux qui voulaient défaire la grande idée d’une communauté européenne forte et unie dans le sillage du Brexit anglais. Il est aussi apaisant de voir que les Français ont aussi refusé le discours anti-immigration comme solution pour vaincre le terrorisme.

Par ailleurs, les mois qui viennent seront très chargés pour la France et le président Macron. Après avoir anéanti les oppositions classiques de droite et de gauche, Emnmanuel Macron doit maintenant vaincre l’immobilisme français quant aux changements utiles et nécessaires aux lois de ce pays afin de permettre à la France de renouer avec la prospérité, la croissance et la justice sociale. Cela n’est pas joué. Ce qui compliquera davantage la tâche pour Emmanuel Macron c’est le taux élevé de l’abstentionnisme électoral, le pire score de toute l’histoire de la Ve République. Emmanuel Macron obtiendra sans doute une très solide majorité à l’issue du deuxième tour des législatives le 19 juin prochain. Il aura les mains libres en toute légalité pour changer la France, mais en aura-t-il la légitimité si les Français sont absents des urnes?

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