Le budget du Québec : grande opération de relations publiques asymétriques

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Date: 31 mars 2015
Auteur: Daniel Nadeau

Dans des billets précédents de ce blogue, j’ai présenté les divers modèles de communication utilisés par les organisations.

J’avais aussi fait valoir ma préférence pour le modèle de communication bidirectionnelle symétrique puisque ce dernier permet de mettre à contribution toutes les parties prenantes et de favoriser l’émergence de positions plus consensuelles.

De loin, la présentation du budget est l’un des gestes les plus importants pour un gouvernement du Québec. Il existe d’ailleurs un rituel institutionnel autour de cet important geste de communication du gouvernement du Québec.

Le rituel budgétaire

Ce rituel se caractérise par le secret entourant les informations contenues dans le discours du budget. Une fuite d’une information particulière contenue dans le discours du budget devrait se traduire par la démission du ministre. On convoque aussi toutes les parties prenantes de la société civile à un dévoilement à huis clos du budget où les gens qui y participent sont conscrits à l’intérieur d’une salle sans avoir le droit ou la possibilité de communiquer avec l’extérieur.

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Puis, de façon formelle, le ministre des Finances dévoile son budget aux membres de l’Assemblée nationale du Québec. Dans un discours d’une bonne heure, les principaux éléments du discours du budget sont dévoilés avec une rhétorique à l’avenant pour convaincre les auditeurs de la justesse des choix faits par le gouvernement quant aux orientations budgétaires retenues pour la direction de l’État québécois.

Un poids média important et enjeu de gagner la faveur de l’opinion publique

Il va de soi que les médias accordent une importance majeure à cette nouvelle. Des émissions spéciales sont consacrées à la question, des analystes sont mobilisés, tous les porte-parole d’organisations importantes sont invités à commenter le contenu du budget. Le lendemain et le surlendemain, les analystes de la chose politique commenteront à ne plus s’en retenir tous les éléments du discours du budget présenté. Le ministre des Finances et les membres du gouvernement iront porter la bonne nouvelle dans les médias et dans les régions. Il y aura de nombreuses escarmouches sur les réseaux sociaux entre pro et contre budget. La bataille de l’opinion publique est lancée. Le peuple décidera en bout du compte qui sera le gagnant.

Des traditions à moderniser

Voilà un bel exemple d’une activité majeure de communication empêtrée dans le poids des traditions et qui n’est plus adaptée à son époque. Est-il concevable qu’un geste aussi important que l’adoption d’un budget aux répercussions majeures dans la vie de tous se décide à huis clos sans l’apport des parties prenantes? Dans ces circonstances, est-il étonnant que les budgets fassent toujours une large part de mécontents et se divisent entre les gagnants et les perdants? Peut-on s’attendre à l’ère des médias sociaux et de l’information continue que l’on puisse dégager des consensus larges sur les affaires communes?

Prendre parti pour la communication bidirectionnelle symétrique nécessite des changements institutionnels importants au Québec. Une véritable révolution culturelle. Néanmoins, ce n’est pas parce que c’est difficile à imaginer que c’est impossible. Pas étonnant dans de telles circonstances que certains penseurs des théories des communications aient remis en question le modèle de communication bidirectionnelle symétrique en faisant valoir son caractère idéaliste ou utopiste. C’est le cas du professeur Bernard Dagenais de l’Université Laval qui a, avec d’autres, remis en cause ce modèle. Je vous en parlerai dans un prochain billet de ce blogue.

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