Le Web 2.0 : Comme au temps de Maurice Richard!

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Date: 22 avril 2015
Auteur: Daniel Nadeau

L’arrivée du Web 2.0 donna droit aux utopies les plus farfelues. Fini, nous disait-on, les barrières à l’entrée pour les créateurs de contenu. N’importe qui avec un ordinateur de moyenne puissance et une connexion Internet sera désormais capable d’inscrire sa voix dans le grand concert de la création culturelle mondiale. Fini aussi notre compréhension du monde tamisé par des responsables de médias qui nous disent quoi penser. Place aux citoyens-journalistes.web 2.0 argent

Pourtant, la réalité est toute autre. Pour les personnes qui sont des créateurs de contenu, le changement est certes radical. Néanmoins, nous devons reconnaître qu’une proportion sans cesse plus importante chaque jour de l’argent qui circule en ligne est accaparée par les firmes de technologies. Une part infime de cet argent revient aux créateurs et aux institutions qui les soutiennent. Citons Astra Taylor à ce sujet : « En 2010, les éditeurs d’articles ou de vidéos recevaient environ 20 cents de chaque dollar dépensé sur leurs sites par les annonceurs, contre près d’un dollar en 2003. De plus en plus, on n’accorde de la valeur aux produits culturels que dans la mesure où ils servent de « générateurs de signaux » d’où les données peuvent être extraites. Les véritables profits ne sont pas encaissés par les personnes qui alimentent les plateformes, mais par les firmes qui les possèdent. » (Astra Taylor, Démocratie.com. Pouvoir, culture et résistance à l’ère des géants de Silicon Valley, Montréal, Lux éditeur, 2014, p. 24)

Le secret de l’économie du Web 2.0 est simple. Il s’agit de prendre la création des gens sans la leur payer. Un bon site Web 2.0 a besoin pour connaître un succès financier d’un groupe de personnes qui l’utilisent, l’aiment et le placent au cœur de leur vie tout en convaincant leurs amis et parents de faire de même. En fait, « l’existence de ces sites repose donc sur le travail non rémunéré de millions de laquais qui besognent pour remplir le coffre d’une minorité de nantis. » (Astra Taylor, p. 25)

Devant cette situation, les propos de la blogueuse Michelle Blanc évoquant la nationalisation des équipementiers du Web, prennent tout leur sens. Nous sommes devant un système qui rappelle le féodalisme au Moyen-âge. Une sorte de « métayage numérique » qui fonctionne sur le principe que ce n’est plus la production et la distribution de la culture qui sont accaparées par une minorité, mais la valeur économique. « Occupant une position qui lui permet d’utiliser le réseau comme inducteur de valeur, un petit groupe profite de façon disproportionnée d’un effort collectif. » (Astra Taylor, p. 25)

S’il est vrai que les propriétaires des médias sociaux ne sont pas détenteurs des droits des productions de leurs usagers, il n’en reste pas moins que ce sont les seuls qui peuvent en tirer un profit en vendant leurs entreprises ou encore en les inscrivant à la bourse. Cela a valu des centaines de millions de dollars pour Bebo, MySpace et Goodreads, un milliard ou plus pour Instagram et Tumblr. L’achat de YouTube par Google lui a donné accès à des archives qui représentent moins un trésor d’une grande valeur qu’un véhicule publicitaire extraordinaire. Le succès de Google repose sur le nombre de clics qui sont autant de gouttes d’eau apportées à ce qui devient un torrent de fric.

La révolution du Web 2.0 s’est faite chez nous dans le cadre d’un capitalisme débridé et où peu de cas ont été faits à l’endroit des véritables créateurs de contenu. Ça rappelle des choses familières. N’était-ce pas le cas pour les joueurs de hockey du temps de Maurice Richard?

C’est pourquoi l’idée de nationaliser les infrastructures Web est une piste de réflexion incontournable pour l’ensemble des pays de la planète. Non seulement cela pourrait-il rendre les services accessibles à tous et de meilleure qualité, mais ça pourrait permettre de rétribuer à leur juste valeur les créateurs de contenus qui sont à n’en point douter « la valeur ajoutée » des réseaux et des sites Webs. Nous devons être reconnaissants à des gens comme ma collègue et amie Michelle Blanc qui clame haut et fort la nécessité d’un meilleur contrôle de l’État du monde numérique.

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