La leçon de journalisme

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Date: 31 mars 2016
Auteur: Daniel Nadeau

Avez-vous vu l’entrevue qu’a donnée Marine Le Pen à Anne-Marie Dussault?  C’est une véritable pièce d’anthologie journalistique. Lors de cette entrevue d’une trentaine de minutes, Marine Le Pen fait preuve de beaucoup d’habiletés rhétoriques et de propos parfois démagogiques pour chercher à tourner au ridicule notre grande journaliste radio-canadienne, Anne-Marie Dussault.Anne-Marie Dussault journaliste

Pendant cette entrevue, Anne-Marie Dussault a semblé parfois désarçonnée et mal à l’aise face à la verve de Marine Le Pen. Est-ce que pour autant on peut dire, comme se sont permis de le dire des internautes sur les réseaux sociaux, que Marine Le Pen a donné une leçon de journalisme à Anne-Marie Dussault? J’en doute fortement. Je suis d’avis que madame Dussault n’a pas excellé, mais je crois que ses questions étaient pertinentes et essentielles. C’est plus la forme que le fond qui doit être mis en cause dans cette entrevue.

Le choix éditorial de la journaliste Dussault était de soumettre la cheffe du Front national de France, Le Pen, à l’épreuve des faits avec preuve audio-vidéo à l’appui. Les thèmes abordés étaient prévisibles : le refus de la classe politique de rencontrer Marine Le Pen, le mauvais accueil que lui ont fait des manifestants, les politiques du Front national en matière d’immigration et de droit à la citoyenneté ainsi que la propension de Marine Le Pen à nous faire la leçon sur des politiques qui résultent de nos choix démocratiques notamment la politique des réfugiés du gouvernement Trudeau.

Plutôt que la forme d’un réquisitoire, la journaliste Anne-Marie Dussault aurait eu avantage selon ma modeste opinion à adopter une approche empirique. Par exemple, au lieu de l’accuser de nous faire la leçon sur nos choix démocratiques, les recherchistes d’Anne-Marie Dussault auraient pu ressortir des archives la déclaration du Général de Gaulle en 1967 et lui demander si pour le Front national qu’elle dirige il est acceptable pour un dirigeant d’un pays étranger de se mêler de la politique intérieure d’un autre pays. Il aurait aussi fallu trouver des exemples français du même phénomène. Et tutti quanti…

Bref, je crois que les côtés procureur et inquisiteur d’Anne-Marie Dussault l’ont desservie dans cette entrevue. Elle a été un peu en déséquilibre et les auditeurs l’ont bien senti. Quelle mauvaise idée d’appeler à la barre des manifestants qui violent le droit à la liberté d’expression comme preuve à charge contre madame Le Pen! Quelle mauvaise idée aussi de chercher à mettre en boîte madame Le Pen avec la question de l’exclusion de son père du Front national.

Une entrevue à oublier pour Anne-Marie Dussault qui a malheureusement trouvé plus maline qu’elle au jeu de la rhétorique. Sans quoi, les demi-vérités de Marine Le Pen, ses solutions simplistes quant à des questions graves sans compter son amalgame douteux de la situation européenne et nord-américaine n’auront pas su convaincre les auditeurs informés de quoi que ce soit. Il est vrai cependant que de façon habile Marine Le Pen est venue réveiller au Québec un vieux fond de xénophobie et de nationalisme revanchard qui malgré notre refus de le voir est toujours présent chez nous…

5 réponses à La leçon de journalisme

  1. Nadia dit :

    Je suis plutôt d’accord avec votre analyse de la performance de AM Dussault. Cela dit, je demeure perplexe devant cet étalage d’extraits télé, qui ne viennent que parler à la place de l’intervieweure. À mon humble avis, AMD aurait eu tout avantage à être moins prévisible dans son plan d’entrevue, à laisser plus de place à des questions imprévues, ce qui aurait peut-être pu ébranler Marine LePen, qui, avouons-le, a tout vu en matière d’attaque et est passée maître dans l’art du revers.

  2. Benoît des Ligneris dit :

    J’ai trouvé Anne-Marie Dussault très très mauvaise. Elle a accusé Mme Le Pen de nombreux maux sans jamais avoir un seul extrait la concernant ! Il s’agissait toujours de paroles d’autres personnes et jamais de Mme Le Pen.

    Leçon numéro 1 : un journaliste doit toujours vérifier ses sources

    Un point clef à mon avis : les USA et le Canada pratiquent l’immigration choisie depuis … toujours. Si Mme Le Pen avait mieux connu le processus Canadien (et Québécois) elle aurait pu simplement dire : ce que vous avez au Québec et au Canada, le Front National souhaite la même chose en France.

    Leçon numéro 2 : Mme Le Pen aurait du se renseigner sur la politique d’immigration du Canada. N’entre pas qui veut : il faut être en bonne santé, riche (de préférence), jeune (de préférence), parler anglais (pour le Canada) ou Français (pour le Québec). Cela coûte environs 3000$ et prend un à deux ans. C’est beaucoup plus rapide si vous parlez n’importe quelle langue et emmenez avec vous 250 000$ ou plus.

    Les non-citoyens sont reconduits à la frontière régulièrement et personne n’en parle ou presque.

    Enfin, la démocracie ce n’est pas refuser de discuter avec ceux qui ne nous plaisent pas…

  3. Pierre Bertrand dit :

    Je crois que AMD est arrivée avec des préjugés dès le départ. Cela se sentait et en a irrité plus d’un. D’autre part AMD coupait la parole ce qui est devenue insupportable chez elle ! Qu’on soit d’accord ou non avec Mme Le Pen en démocratie il est important d’avoir accès aux maximum d’idées. D’autant plus que Mme Le Pen n’a pas dit que des conneries. Au contraire !

  4. Marcel LaRue dit :

    Bien sincèrement, Anne Marie Dusseault a été knockout après les toutes premières questions. Hautaine, malhabile avec ces détonations au lieu et place de faits avec des questions. Elle a voulu faire la leçon, la mettre en boîte, la ridiculiser, et lentement Marie LePen a démolie notre caricature de journaliste.
    Bien honnêtement j’étais sur le bout de mon siège. Car je me souviens….oui moi la mémoire est encore juteuse pour vous rappeler une entrevue entre Anne Marie Dusseault et le ministre Bachand. S’il y a eu par mis les libéraux un gentleman et bien c’est lui. Lors de cette entrevue Anne Marie Dusseault a été d’une malhonnêteté intellectuelle peu commune mais habituelle avec ses ennemis. Car pour cette femme le journalisme est un état d’âme et son âme est aussi simpliste que de dire que son conjoint était journaliste alors qu’il a lu les titres des journaux à Radio-Canada le matin à Joël LeBigot pendant plus de vingt ans. Elle n’est pas journaliste mais animatrice d’une émission d’affaires publiques. En passant, c’est quoi ce ridicule rictus? Elle a l’air du Jocker dans Batman.

  5. Pierre Cossette dit :

    J’ai bien aimé pour ma part l’entrevue faite à la radio de Radio-Canada par Michel C. Auger

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