Du grand Gilles Lesage…

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Date: 5 mai 2016
Auteur: Daniel Nadeau

Ça vous rappelle quelque chose Gilles Lesage? Né en Abitibi en 1934, il a longtemps été la référence du journalisme politique. Il a toujours eu une plume alerte et apte à nous faire comprendre les faits essentiels de notre vie politique. Il a été à la Tribune de presse du Parlement du Québec pendant plus de 21 ans. Pour le compte des journaux Le Devoir, La Presse et Le Soleil. Aujourd’hui à la retraite, Gilles Lesage vient d’écrire la préface du livre de Jocelyn Saint-Pierre sur la Tribune de la presse à Québec. La Tribune de la presse à QuébecSi je vous parle de lui matin, c’est parce que je viens à peine de lire la préface de ce livre et j’ai été ébahi de la justesse de l’analyse de Lesage sur le monde d’aujourd’hui.

Lisons-le ensemble :

« Mais un énorme S.O.S. s’élève contre l’instantané délétère, la propagande diffuse, les embâcles, les guets-apens et les traquenards. Cri du cœur pour l’information au premier chef, celle que l’on prétend diffuser avec surabondance, alors qu’elle est coupée et morcelée en tranches de saucisson brut, sans contexte et sans références.

On fait aisément avaler pour des primeurs et des inédits des balivernes, des ballons gonflables et des papotages de corridors parlementaires. Démêler le bon grain de l’ivraie est une tâche ardue, autant dans les faits et gestes des politiques que des journalistes. […]

Pas d’information sans image, proclament les bonzes de l’électronique tous azimuts et à tout prix. Tout en prétendant s’en tenir à “l’essentiel” et à faire ressortir “l’essence” de l’information quotidienne. […] Que d’orgueil, d’enflure verbale, d’outrecuidance même, dans ces allégations tonitruantes. Comme si les journalistes, las d’être des témoins […] doivent désormais se convertir en justiciers sans peur et sans reproche, voire en inquisiteurs, détenant à la fois l’endroit, l’envers et les revers de la vérité. Sans rendre de compte à quiconque, avec l’aimable aval de leurs “experts” patentés. […]

De l’écran catholique à l’écran cathodique tonitruant (pour reprendre un mot savoureux de Jacques Godbout), les relations entre les élus québécois et leurs concitoyens, par – ou surtout – sans la presse parlementaire, ont radicalement changé au fil des cinq dernières décennies. Mais si, par étourderie ou encombrement, nous avions remplacé calepins et notes par des outils extraordinaires dont nous sommes devenus, dare-dare, les esclavages libres, vaccinés et consentants? » (Gilles Lesage, « Plaidoyer pour les journalistes, témoins des acteurs politiques » dans Saint-Pierre, Jocelyn, La Tribune de la presse à Québec depuis 1960, Québec, Septentrion, 2116, p. 16-17.)

J’aurais bien aimé écrire ce texte criant de lucidité. Cela n’est pas sans conséquence sur l’équilibre de notre vie démocratique comme nous le suggère Gilles Lesage en citant le mémoire d’une étudiante de maîtrise en Sciences politiques à l’UQAM, Noée Murchison :

« La concentration de la presse, la marchandisation de l’information, la convergence et la centralisation des contenus ont des incidences fortes sur les pratiques journalistiques. Celles-ci se sont transformées et assouplies au cours de la dernière décennie. Les difficultés subies par les quotidiens, et la nouvelle technologie en constante évolution imposent des contraintes grandissantes aux pratiques professionnelles. Celles-ci remettent en question la mission de service public et de droit à l’information, la liberté de presse, la participation citoyenne, la nécessité de l’intervention gouvernementale et autres enjeux démocratiques » (Noée Murchison-Morand, « Les enjeux démocratiques de la “crise de l’information” au sein de la presse écrite quotidienne au Québec, Montréal, mémoire de maîtrise en science politique, UQAM, juillet 2012, p. vii dans Jocelyn Pelletier, La Tribune de la presse à Québec depuis 1960, op. cit. p. 17-18)

À méditer…

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