Stephen Harper, départ en douce

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Date: 30 mai 2016
Auteur: Daniel Nadeau

Il est parti sur la pointe des pieds. En fait, Stephen Harper est parti sans même le dire de son poste de chef du gouvernement et de député de Calgary Heritage. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le citoyen Stephen Harper n’abuse pas des médias. Stephen HarperCelui qui aura réussi à réunir la droite canadienne et qui l’aura menée au pouvoir pendant dix longues années, pour bien des Canadiens, s’est contenté d’une brève allocution de 15 minutes jeudi dernier pour célébrer son héritage et pour donner sa vision de l’avenir du pays du point de vue du Parti conservateur du Canada.

Il n’y a pas eu d’esclandres. Pas de virulentes sorties contre les libéraux de Justin Trudeau qui pourtant sont à l’œuvre pour détricoter et réduire à néant son legs. Stephen Harper a même conservé son habitude de commencer son discours en français même si le congrès du Parti conservateur se tenait à Vancouver en Colombie-Britannique. C’est un mince héritage que lèguera Stephen Harper au Canada. Il passera à l’histoire comme l’un des premiers ministres les plus stratégiques de l’histoire de ce pays. Il fut un homme de parti avant d’être un homme de pays. Il aura consacré toutes ses énergies à bâtir une coalition politique pour vaincre la coalition dominante des libéraux qui représente pour Stephen Harper ce qui est le plus détestable comme gestion politique du pays.

Artisan d’une politique énergétique axée sur l’exploitation du pétrole des sables bitumineux, Stephen Harper poursuivait aussi une politique étrangère plus guerrière où le Canada participait avec ses partenaires à la défense des valeurs et des principes des Canadiennes et des Canadiens que sont la liberté et la démocratie. Son appui indéfectible aux politiques de l’État d’Israël était aussi sa marque de commerce. Il a aussi marqué le pas contre Poutine dans sa défense de l’Ukraine. Sur le plan de la politique intérieure, il était un inlassable défenseur de la Loi et l’Ordre et il n’a jamais hésité à renforcer les dispositions du Code criminel pour punir les criminels notamment en imposant des peines minimales par Loi selon les délits. On ne saura jamais si son conservatisme social sur la définition du mariage, les mœurs sexuelles et l’avortement était des concessions à la frange réformiste de sa coalition politique ou reflétait ses propres valeurs. Il jetait cependant du lest sur ces questions pour obtenir une majorité de suffrages aux élections pour former un gouvernement.

Ce qui le distinguait le plus c’est son côté contrôlant. Il voulait tout gérer. Ses collègues du cabinet n’avaient aucune marge de manœuvre. Il avait une haine maladive envers les médias et les intellectuels qui faisaient des études et écrivaient des livres libéraux qui venaient jeter de l’ombre sur son œuvre politique.

Bref, Stephen Harper a quitté la scène publique sans vraiment révéler aux Canadiennes et aux Canadiens son véritable ADN politique. Un communiqué de presse a annoncé sa démission de chef du Parti conservateur et une fuite nous a révélé son départ imminent de la Chambre des communes. Entre les deux, une brève allocution de 15 minutes devant ses partisans jeudi soir à Vancouver. C’est ce que l’on peut qualifier de départ en douce de celui qui fut notre premier ministre pendant 9 ans, 8 mois et 29 jours. Stephen Harper demeurera une énigme pour les Canadiennes et les Canadiens ainsi qu’un excellent sujet pour les historiens de demain…

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