La langue fourchue de Drainville

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Date: 20 juin 2016
Auteur: Daniel Nadeau

Dans ma jeunesse, je raffolais des westerns américains mettant aux prises les blancs et les Indiens. Je ne sais pourquoi j’avais toujours beaucoup de sympathie pour Cochise et Geronimo et Sitting Bull. De grands noms de la cinématographie américaine d’un cinéma aujourd’hui révolu. Heureusement, car ce cinéma était très colonisateur dans son esprit et dans sa facture. L’une des répliques qui revenaient le plus souvent dans ces films était l’accusation faite par les protagonistes amérindiens à l’égard des blancs d’avoir la langue fourchue. Au fond, on reprochait aux blancs leur incohérence et leur mensonge faits aux Indiens. Ce n’était jamais simple. Bien des fois, ce sont « des méchants blancs » qui par leurs comportements inappropriés venaient rompre la parole donnée par les « bons blancs ». À ce jeu des bons et des méchants, ce sont toujours les Indiens qui sortaient perdants.

Tout cela pour dire que le départ de Bernard DrainvilleBernard Drainville m’a rappelé ce concept de langue fourchue. On voudrait bien nous rappeler son passage en politique comme celui d’un homme qui aura réformé nos institutions politiques avec les élections à date fixe et la baisse des contributions des individus au financement des partis politiques. Ce dont nous nous souviendrons c’est de la charte des valeurs qui a fait plus de mal au projet de pays des souverainistes que toutes les attaques des « trudeauistes » ou encore l’opportunisme politique de Bernard Drainville.

L’opportunisme politique de Bernard Drainville était sans borne. On l’a bien vu lorsqu’il a renoncé à la course au leadership du PQ pour devenir le bras droit de son adversaire d’hier Pierre Karl Péladeau. Mais ce n’est pas le pire souvenir qu’il nous léguera. Le pire souvenir de son opportunisme politique ce sont les commentaires partisans à l’égard de ses adversaires politiques qui ont décidé pour toutes sortes de raisons aussi diverses qu’uniques de quitter la politique et leur poste de député en cours de mandat. Le chevalier sans peur et sans reproche Drainville les a accusés de rompre un contrat moral avec leurs électeurs et les a pourfendus avec sa verve habituelle.

Aujourd’hui, Bernard Drainville a choisi, comme d’autres avant lui, de rompre le contrat moral avec ses électeurs de Marie-Victorin au nom de raisons qui lui appartiennent. Je ne conteste pas ses choix. Ils lui appartiennent. Je me rappelle cependant qu’il fait exactement ce qu’il reprochait à ses adversaires et sur un ton que l’on ne peut oublier. D’où mon rappel à la cinématographie américaine des films sur les Indiens avec la langue fourchue des blancs. Dans le cas de ces films, à la décharge des blancs, c’est souvent d’autres qu’eux-mêmes qui venaient rompre la parole donnée. Dans le cas de Bernard Drainville, c’est lui seul qui est responsable de sa langue fourchue…

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