Le voile, le zèle et la rupture…

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Date: 15 février 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Le premier ministre Couillard n’a pas tardé à retrouver ses habits légalistes du champion des droits et libertés. Il faut dire que son parti, le Parti libéral du Québec, s’est toujours fait un point d’honneur d’en être le premier rempart même si c’est un gouvernement libéral qui a permis en 1970 d’emprisonner injustement des centaines de Québécoises et de Québécois dans la foulée de la crise d’octobre. C’est aussi un gouvernement libéral, celui de Jean Charest, qui a suspendu les droits et les libertés des Québécoises et Québécois dans le sillon de la plus grande crise sociale du Québec contemporain : le printemps érable. Est-ce à dire que, comme on le dit familièrement, « les bottines ne suivent pas les babines » au royaume de Philippe Couillard?

Le voile des femmes québécoises de confession musulmane revient nous hanter au lendemain de l’attentat assassin et meurtrier de Québec où six Québécois de confession musulmane ont été lâchement assassinés par le présumé meurtrier de Cap-Rouge. Dans les jours qui ont suivi cet événement tragique, le premier ministre Couillard avait plutôt bien fait pour nous réconforter tous. Certains ont pensé que sa main tendue aux partis d’opposition sur une loi sur l’identité québécoise pourrait enfin se traduire par un apaisement. Enfin, donnera-t-on vie aux recommandations du rapport Bouchard-Taylor?Bouchard-Taylor Cela était sans compter l’intervention de l’un des signataires de ce rapport, le philosophe Charles Taylor, qui a pris position contre l’interdiction du port de symbole religieux pour les personnes en matière d’autorité. Position en nette opposition avec celle du sociologue et historien, l’autre signataire du rapport, Gérard Bouchard. Un constat tout simple, c’est la rupture. La fin du rappel du consensus Bouchard-Taylor, l’un de ses signataires ayant répudié la recommandation concernant les signes religieux au grand plaisir de notre premier ministre Couillard, il ne faut point en douter.

Pourtant, ce n’est pas le temps pour le premier ministre du Québec de faire du zèle avec cette question. Les plaies sont encore ouvertes pour de nombreuses Québécoises de la nouvelle immigration qui ont vécu difficilement l’épisode de la charte des valeurs du gouvernement Marois. Quant à nous, les immigrants des premières vagues, les Québécois de souche, nous sommes toujours à vivre un fort sentiment d’insécurité identitaire. Le Canada ne nous reconnaît toujours pas comme une nation au sein de ce pays avec des droits spécifiques pour assurer la pérennité de ce que nous sommes. Notre insécurité collective n’est pas maladive et elle doit être comprise. La meilleure compréhension que pourraient en avoir nos compatriotes canadiens serait de reconnaître la société distincte que nous sommes avec les droits avenants pour assurer l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants.

Il faut relire l’un des grands penseurs québécois du 20e siècle, le sociologue Fernand Dumont qui expliquait que l’histoire s’écrivait dans la dynamique entre la culture première (nos racines) et la culture seconde (nos efforts de compréhension du monde). Il y a toujours une tension entre nos horizons d’attente et ce que nous sommes à l’origine. Dans cette perspective simplifiée de la pensée dumontienne, il n’est guère étonnant de poser le constat que la culture première de l’identité individuelle des nouveaux arrivants soit différente de la nôtre, immigrants de vieille souche. Le débat sur les signes ostentatoires religieux n’est pas au fond si important pour la préservation de l’identité québécoise. Convenons-en. Néanmoins, ces débats, aussi futiles qu’ils soient, traduisent bien une profonde incompréhension entre ce que nous sommes et ce que nous voulons devenir. Seul le dialogue entre Québécois pourrait surmonter cette incompréhension. La méthode Couillard n’est pas susceptible de rapprocher nos cultures premières vers des horizons d’attente communs. C’est là le sens premier du drame québécois de l’identité. Jamais le vouloir-vivre ensemble ne pourra se bâtir durablement sans que nous puissions réconcilier nos cultures premières et secondes dans un dialogue ouvert et généreux. Pour l’instant, nous constatons que le voile musulman, le zèle de monsieur Couillard et la rupture du consensus Bouchard-Taylor nous conduisent à des débats où l’ignorance et l’incompréhension continueront d’être notre quotidien…

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