L’auberge du chien noir ou la fin d’une époque de télévision

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Date: 12 mars 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Hier soir, j’ai regardé la très intéressante émission En direct de l’univers de France Beaudoin qui rendait hommage aux comédiennes, aux comédiens, aux artisanes et aux artisans de L’auberge du chien noir qui tirera sa révérence après quinze ans à l’antenne le 29 mars prochain sur les ondes d’ICI Radio-Canada dans une case horaire inhabituelle le jeudi à 20 h. Cela marquera la fin d’une époque tant pour les façons de faire de la télévision que de la regarder.

L’émission En direct de l’univers, comme c’est souvent le cas, nous a encore permis de vivre de très bons moments de télévision. Une grande équipe de comédiennes et de comédiens, d’artisans et d’auteurs de grands talents célébrés par une autre grande équipe de télévision. Durant les quatre-vingt-dix minutes offertes par l’équipe d’En direct de l’univers à ses auditeurs, nous avons eu droit à un hommage plein d’humanité, à des moments d’émotions intenses et à cette impression vraie que nous vivions la fin d’une grande histoire de famille, la nôtre, la famille québécoise.

Je suis un « fan » de L’auberge du chien noir depuis ses débuts. Plusieurs de mes collaborateurs au fil des ans m’ont taquiné avec ce plaisir coupable pour eux. Ils me trouvaient un peu ringard d’aimer cette « vieille émission » pour eux. Pourtant, ils avaient tout faux. L’auberge du chien noir c’est le Québec en microcosme avec les traits exagérés d’un Denis (François L’Écuyer) qui vit une relation particulière avec sa mère (André Lachapelle) et son frère le bon docteur avare Eugène Fillion (Jean-Pierre Chartrand). C’est aussi le Québec qui assume pleinement ses nouvelles réalités que sont les couples et les familles disloquées et reconstituées, les enjeux notamment par rapport à l’immigration, l’acceptation de celles et de ceux qui sont différents par leurs caractéristiques, comme la muette Jeannette (Élizabeth Chouvalidzé) ou le malade de l’Ahzeilmer (Gérard Poirier) ou la maladie mentale d’Annabelle (Valérie Deschenaux). C’est le Québec de l’égalité où médecins, professionnels de toute sorte et gens ordinaires se fréquentent, s’aiment et forment ensemble une grande famille avec ses tensions. C’est aussi, et cela est passé inaperçu je trouve, le Québec entrepreneurial avec le formidable développement des auberges et des affaires de la famille Trudeau. Un Québec entrepreneurial qui réussit et qui s’incarne dans une famille sympathique enracinée dans un quartier de Montréal. La mondialisation à taille humaine avec des valeurs québécoises. Voilà pourquoi j’aimais tant cette émission qui était pour moi un rendez-vous incontournable de télévision.

Bien sûr, souvent cela frisait la caricature, les effets de toge étaient prévisibles, toutefois cette émission n’était pas un « thriller », mais bel et bien le Québec au quotidien dans sa grandeur et parfois dans sa petitesse. Merci à toute l’équipe de comédiennes, de comédiens et aux auteurs ainsi qu’à toute l’équipe technique. Vous nous avez fait voyager au cœur de nous-mêmes pendant quinze ans. Ce n’est pas rien!

Avec la disparition de L’auberge du chien noir, c’est aussi une façon de produire de la télévision et de la regarder qui s’éteindra. C’était la dernière émission produite maison par Radio-Canada. Désormais, toutes les productions que nous verrons à l’écran d’ICI Radio-Canada seront produites à l’extérieur par le privé. C’est la fin d’une époque pour le diffuseur ICI Radio-Canada aussi.

Nous aurons encore de la bonne télévision chez ce diffuseur et ailleurs. Nous vivons désormais dans un monde où les Netflix de ce monde deviennent t aussi des joueurs incontournables. Nos façons de regarder la télévision, les écrans sur lesquels on la regarde, la mobilité sont autant de phénomènes qui ponctueront l’univers télévisuel québécois dans l’avenir. Espérons que ce sera pour le mieux. Quant à moi, je suis peiné de la disparition de L’auberge du chien noir de ma vie et je persiste et signe à dire que ce fut l’une des meilleures émissions de télévision jamais produites chez nous avec une équipe de comédiennes et de comédiens de talent et des auteurs qui ont toujours su dépeindre le Québec avec finesse et humour. Et comme le disait l’autre; « the show must go on! Avancer en avant! »

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