Quand la fiction s’invite dans l’espace public

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Date: 23 octobre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

La semaine dernière, mon attention a été happée par une manifestation à Washington. Vous me direz avec raison que des manifestations à Washington ce n’est pas ce qui manque depuis l’élection de Donald Trump à la présidence et vous aurez raison. Ce qui était particulier c’est que les femmes manifestaient dans des vêtements rouge-écarlate avec des coiffes blanches de religieuses. J’avais, me semble-t-il, une impression de déjà vu. Après quelques secondes, mon cerveau a trouvé ses repères. Les femmes s’étaient vêtues comme les comédiennes dans la série The Handsmaid Tale : la servante écarlate d’après le roman de la très talentueuse écrivaine canadienne Margaret Atwood.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas l’histoire. La voici : « Dans un proche futur, la combinaison de pollutions environnementales et de maladies sexuellement transmissibles a entraîné une baisse dramatique de la fécondité qui a pour conséquence un taux de natalité extrêmement bas. Les “Fils de Jacob”, une secte politico-religieuse protestante de type restaurationniste et aux accents fondamentalistes, en ont profité pour prendre le pouvoir, détruisant la Maison-Blanche, la Cour Suprême et le Congrès lors d’un coup d’État. Dans cette version dystopique et totalitaire des États-Unis, la République de Gilead, les dissidents, les homosexuels et les prêtres catholiques sont condamnés à mort par pendaison. Les relations hommes/femmes obéissent dorénavant à des règles très strictes. Alors que les hommes occupent toutes les positions du pouvoir, les femmes ont été démises de leur statut de citoyennes à part entière. Elles ne peuvent ni travailler, ni posséder d’argent, ni être propriétaires, ni lire. Elles sont catégorisées selon leur fonction : les Épouses (habillées en bleu) sont les femmes des dirigeants, les Martha (en gris) s’occupent de la maisonnée et les Servantes (en rouge pourpre) sont uniquement dédiées à la reproduction, sous la surveillance rigide des Tantes (en marron). Les Servantes sont affectées au sein des familles dirigeantes, jusqu’à ce qu’elles mettent au monde les enfants tant désirés. »

Une excellente série télévisée que vous pouvez voir sur ILLICO.TV chez nous et encore mieux lire le roman original de Margaret Atwood publié en français chez Robert Laffont. Il y a quelque chose de troublant dans cette œuvre d’Atwood. Il y a dans ce roman une ambiance qui rappelle 1984 de George Orwell. Plus troublant encore, c’est prendre connaissance de cette œuvre magistrale cette semaine où le monde occidental et, tout particulièrement le monde du showbizz québécois, sont ébranlés par des révélations de harcèlement et d’agressions sexuelles à l’encontre d’hommes et de femmes, mais plus particulièrement à l’endroit des femmes. Les hommes n’étant pas victimes de discrimination systémique par un patriarcat omnipuissant, les choses sont différentes.

L’œuvre de Margaret Atwood est puissante et porte à réfléchir. D’ailleurs, cette même semaine dernière, Margaret Atwood a été honorée en recevant le prix international Franz Kafka 2017 qui récompense le travail de toute sa vie. Même à 77 ans, Margaret Atwood demeure aujourd’hui l’une de nos plus grands écrivains. J’emploie sciemment le genre masculin pour dire qu’elle est la plus grande parmi tous.

Elle semble avoir bien compris les forces qui poussent les États-Unis d’Amérique dans les sillons d’une religion aussi bâtarde que celle que l’on reproche aux intégristes musulmans. Comme disait Karl Marx, la religion est l’opium du peuple. C’est préoccupant de voir ainsi la fiction s’insinuer dans la réalité et dans notre espace public. Le seul espoir que nous avons c’est que triomphent les forces de la liberté et de la raison.

Une réponse à Quand la fiction s’invite dans l’espace public

  1. Gilles Marcoux dit :

    Wow!

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