Les Bleus, les Rouges, Couillard et le 150e anniversaire du PLQ

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Date: 30 novembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

Le Parti libéral du Québec et son chef, le premier ministre du Québec, ont raison de célébrer l’héritage politique considérable que ce parti a légué au Québec au cours des 150 dernières années. On n’a que rappelé le rôle de l’équipe libérale de Jean Lesage lors de la Révolution tranquille pour prendre la pleine mesure de la richesse de l’héritage politique légué par ce parti au Québec moderne.

Là où l’on peut avoir des bémols sur le récit libéral de cet héritage, c’est quand Philippe Couillard donne dans la généralisation abusive et qu’il déclare que les libéraux sont associés à la nation du progrès et de la tarte aux pommes alors que les bleus sont assimilés à la force de la réaction, du conservatisme et du repli sur soi. S’il est vrai que les libéraux ont souvent été associés à de grands progrès dans notre histoire politique comme le fut le règne de Wilfrid Laurier et Mackenzie King au fédéral et d’Adélard Godbout, Jean Lesage et Robert Bourassa au provincial.

N’empêche que le récit de monsieur Couillard doit aussi inclure le règne du libéral Alexandre Taschereau qui a la triste caractéristique d’avoir été associé au gouvernement le plus corrompu de notre histoire ainsi que celui qui s’est opposé virulemment au droit de vote pour les femmes et à la reconnaissance des droits des femmes. Ce n’est qu’en 1964 que l’on a accordé la capacité juridique aux femmes du Québec. Cette semaine, j’ai consacré un billet pour rappeler à notre mémoire la vie incroyable d’Idola Saint-Jean, une féministe qui fut de tous les combats pour les femmes et pour le droit des plus humbles des Québécois.

Je peux comprendre que dans la joute politique on se permet d’exagérer les choses pour faire image. Vouloir associer tous les non libéraux de notre histoire politique à des forces réactionnaires est un pas à ne pas franchir même dans la rhétorique politique. Comme l’écrit le chroniqueur du journal Le Devoir Michel David le 28 novembre dernier : « À bien des égards, M. Couillard avait raison de dire que “le Québec porte la signature du PLQ”. Le long règne libéral inauguré en 2003 rappelle en effet celui de Louis-Alexandre Taschereau, dont la corruption est devenue légendaire. N’en déplaise au premier ministre, la commission Charbonneau a certainement marqué les esprits plus que le Plan nord ou le traité de libre-échange avec l’Union européenne.

De la longue liste des chefs libéraux qui ont dirigé le Québec depuis 1867, le préféré de M. Couillard est le successeur de Taschereau, Adélard Godbout, à qui l’on doit la création d’Hydro-Québec et surtout l’octroi du droit de vote aux femmes. Si M. Godbout a indéniablement fait progresser le Québec, la mémoire collective retient surtout de lui qu’il a été le plus fédéraliste des premiers ministres de l’histoire du Québec, jusqu’à ce que M. Couillard vienne lui-même lui disputer ce titre. »

À vouloir exagérer les choses, celles-ci deviennent insignifiantes. Un homme aussi épris d’histoire que le premier ministre Couillard devrait faire la part des choses même quand il veut « boxer » ses adversaires. Le Parti québécois, Québec solidaire et la Coalition Avenir Québec n’ont pas de leçons à recevoir du chef libéral en matière de dévouement à la cause québécoise et au progrès du Québec. Toutes ces femmes et tous ces hommes politiques cherchent à assurer le progrès du Québec avec des moyens différents. Le Parti libéral du Québec a laissé un legs important à notre histoire, mais il n’a pas le monopole du progrès de la modernité et de la protection et de la promotion de notre identité.

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