Les grandes figures oubliées de l’espace public québécois

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Date: 12 décembre 2017
Auteur: Daniel Nadeau

La Confédération des travailleurs catholiques du Québec (CTCQ) et le Congrès des métiers et du travail du Canada(CMTQ)

Les années 1930 ont donné lieu selon les propos du sociologue Fernand Dumont à une première révolution tranquille. Une « première révolution tranquille » qui aura donné lieu à un brassage d’idées sans précédent dans la société québécoise de cette époque. Céline Saint-Pierre vient d’ailleurs d’y consacrer un livre intitulé; « La première révolution tranquille. Syndicalisme catholique et unions internationales dans le Québec de l’entre-deux-guerres ».

Dans ce livre, elle écrit : « La dynamique socio-économique et politique de la période de l’entre-deux-guerres est fortement perturbée par les retombées de la Première Guerre mondiale et l’amorce de la Seconde Guerre mondiale, et par une crise économique touchant l’ensemble des pays occidentaux. À leurs profondes répercussions sur la société québécoise s’ajoutent des changements intérieurs. Une urbanisation croissante de sa population, une industrialisation en deuxième voire troisième phase, une économie soumise aux règles du capitalisme industriel contrôlé par des capitaux étrangers, secouent les idéologies traditionnelles et les modes de vie ébranlent le pouvoir des acteurs institutionnels, en particulier l’Église catholique et les élites de la petite et moyenne bourgeoisie. » (Céline Saint-Pierre, La première révolution tranquille. Syndicalisme catholique et unions internationales dans le Québec de l’entre-deux-guerres, Montréal, Del Busso éditeur, 2017, p. 217).

Dans ce tourbillon de changements, deux organisations y jouent un rôle crucial pour venir exiger des changements aux conditions de vie et de travail du plus grand nombre. Chacune de ces organisations a sa couleur particulière. Il y a d’abord, la Confédération des travailleurs catholiques du Québec qui deviendra la CSN au début des années 1960 et le Congrès des métiers et du travail du Canada qui deviendra en 1957 la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ). Ces deux organisations sont une réponse concrète à l’émergence d’une nouvelle force sociale durant cette période, la classe ouvrière.

La présence dans ces mouvements d’une volonté d’améliorer les conditions de vie et de travail des membres de la classe ouvrière s’est parfois butée à des velléités nationalistes. Le caractère national se jouxtait à l’héritage catholique romain. Tant et si bien que parfois « la CTCC et le CMTC viendront briser le mouvement unificateur souhaité et provoqueront une division au sein même d’une classe ouvrière composée en grande majorité de francophones catholiques. Cette division aurait-elle pu avoir comme effet de retarder la formation d’une conscience de classe commune de tous les travailleurs au Québec? » (ibid. p. 220-221)

Quoi qu’il en soit, on peut affirmer que tant l’ancêtre de la CSN que de la FTQ ont joué un rôle de premier plan dans ce Québec de l’entre-deux-guerres et ont contribué puissamment à affaiblir certains acteurs et certaines institutions et ont favorisé l’émergence de nouveaux acteurs. La thèse de Fernand Dumont reprise par Céline Saint-Pierre est que ces années ont donné lieu à une « première révolution tranquille qu’il faut comprendre comme l’expression d’un changement radical susceptible de provoquer une rupture avec l’ancien modèle de la société et d’annoncer l’arrivée d’un nouveau modèle. Celui-ci prend forme dans les rapports sociaux entre deux nouvelles classes sociales, la classe ouvrière en transformation et la bourgeoisie industrielle capitaliste. » (ibid. p. 224.)

Ce mouvement est annonciateur du Québec contemporain. C’est pourquoi il faut se rappeler le rôle des ancêtres de la FTQ et de la CSN et surtout comprendre qu’ils sont des grandes figures oubliés de l’espace public québécois.

Je recommande la lecture du livre de Céline Saint-Pierre à tous.

Lecture recommandée :

Céline Saint-Pierre, La première révolution tranquille. Syndicalisme catholique et unions internationales dans le Québec de l’entre-deux-guerres, Montréal, Del Busso éditeur, 2017, 236 p.

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