La crise de la presse écrite

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Date: 9 mai 2018
Auteur: Daniel Nadeau

Si des gens doutaient encore de la gravité de la crise qui agite la presse écrite au Québec, ils doivent être aujourd’hui plus convaincus que jamais de cette réalité en prenant connaissance de la décision prise par Power Corporation et annoncée hier de transformer le journal La Presse en organisme à but non lucratif. Une décision lourde de sens et qui laisse place à de nombreuses interrogations.

Ce nouveau modèle permettra selon le président de La Presse, Pierre-Elliott Levasseur, de trouver de nouvelles sources de revenus notamment auprès des gouvernements et des dons de citoyens et d’entreprises privées à la grande cause de l’information. Cela peut nous laisser perplexes. La première question qui se pose est l’impact de cette décision dans le marché étroit du monde des dons caritatifs. Ainsi, dorénavant, La Presse concurrencera les organismes culturels, les fondations d’université, d’hôpitaux et les organismes sociaux pour les dollars de la générosité des Québécois. D’autre part, ouvrir la porte à des subventions gouvernementales vient remettre en cause, en théorie du moins, l’indépendance des médias eu égard aux pouvoirs publics. Les dons des grandes entreprises auront le même effet sur l’indépendance des médias devant le pouvoir économique.

Certes, le monde de la presse écrite connaît de grands bouleversements avec l’arrivée du numérique et des réseaux sociaux. Les énormes ponctions faites dans le marché publicitaire québécois par les géants du Net ne sont pas sans conséquence pour la survie du modèle économique traditionnel des médias et particulièrement pour la presse écrire.

Il est indéniable que les médias traversent une crise financière sans précédent. Il est aussi indiscutable que l’apparition du Web et des réseaux sociaux ont un impact important sur le modèle d’affaires traditionnel des médias. Il est enfin clair que la démocratie a besoin d’une presse libre, diversifiée et indépendante.

Néanmoins, nous sommes circonspects devant la transformation de La Presse en OBNL (organisme à but non lucratif). Il semble que dans ce nouveau modèle d’affaires proposé, on aurait dû faire place à l’achat par les abonnés du contenu proposé par ce journal. Comme le fait si bien Médiapart en France. Encore une fois, l’audace québécoise passe par l’aide de l’État. Il aurait mieux valu que notre innovation passe par les lecteurs de La Presse+. Pourquoi un journal aussi populaire et avec une communauté engagée, si l’on en croit les dires de monsieur Levasseur, ne pourrait-il pas vivre de ses clients d’abord et avant tout? C’est la question qui se pose aujourd’hui au lendemain de l’annonce de cette nouvelle.

Une réponse à La crise de la presse écrite

  1. Louise Gingras dit :

    De 1) J’ai été une abonnée de La Presse toute ma vie, de semaine et de fin de semaine.
    Dès qu’on m’a obligé à m’acheté une tablette pour la lire j’ai dis non. J’ai 2 ordinateurs (2 portables), 1 mobile, des achats que j’ai décidés pour mon besoin et non à cause d’un fournisseur.
    De 2) Je paie actuellement des abonnements pour lire des quotidiens, sur mon ordi et j’en suis très satisfaite. Et je souhaite que cela dure encore longtemps.
    De 3) La Presse ne peut que se «mea-culpabiliser» pour ses décisions d’affaires pour plaire à ses commanditaires. Et si le gouvernement subventionne cette OSBL, je me trouverai à payer quand même pour lire des nouvelles…mais qui plairons aux personnes qui accordent ces subventions, et aux personnes qui feront des dons…
    De 4) Je suis en accord avec vous Daniel Nadeau. J’aime Ma Presse Libre d’influence et je suis prête à payer ma part (juste part d’utilisateur-payeur) pour cette liberté démocratique. Pour quelle raison, la direction n’y a pas pensé avant. Se serait-elle hélas trop éloigné de ses clients…les lecteurs, aveuglée par la nuée numérique… Aie ! la vie c’est ici à tous les jours, sans les réseaux sociaux.

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