Le récit, la littérature et la vie, c’est cela aussi l’opinion publique

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Date: 17 septembre 2018
Auteur: Daniel Nadeau

La vie est un récit. De nos jours, les spécialistes des communications et du marketing ont envahi le champ autrefois réservé à la littérature avec un grand L pour proposer des « narratifs » qui nous racontent des histoires pour nous convaincre qui comme citoyen qui comme consommateur de la justesse d’une idée ou d’un produit. Vous ne serez donc pas étonné que je vous affirme comme le fait le titre de ce blogue que le récit, la littérature et la vie c’est cela aussi l’opinion publique.

Faisant un retour sur ses ouvrages, François Ricard nous propose une série de ses écrits dans un nouveau livre tout juste sorti des presses chez l’éditeur Boréal intitulé; La littérature malgré tout. (François Ricard, la littérature malgré tout, Coll : [papiers collés] Montréal, les éditions Boréal, 2018, 195 p.)

Ce professeur de littérature à l’Université McGill s’est surtout fait connaître pour avoir été de l’équipée de Linteau, Durocher et Robert dans leur livre fondateur du révisionnisme québécois, Histoire du Québec contemporain. Il est aussi l’auteur de La génération lyrique et un spécialiste de la grande écrivaine Gabrielle Roy ainsi que de Milan Kundera.

Dans ce livre, François Ricard nous rappelle que la littérature s’étiole dans notre monde. Cela n’a rien à voir avec le nombre de romans publiés ou encore avec l’existence de plus en plus nombreuse de spécialistes en littérature. Cette évanescence du monde littéraire prend appui (et c’est nous qui le disons et non François Ricard pour fins d’honnêteté intellectuelle) sur la disparition de la curiosité de découvrir et de lire et aussi de fréquenter de vieux et grands auteurs qui ont fait de nous ce que nous sommes sans que nous le sachions. Aujourd’hui avec tous ses nouveaux interdits, ses mouvements de censure pour une cause ou pour une autre, il me semble clair que le monde littéraire tel que nous l’avons connu s’étiole et du même coup une certaine idée de l’humain et de sa destinée.

C’est cela que nous a inspiré le passage suivant écrit par François Ricard dans son avertissement en tête de son recueil d’articles qu’il nous propose de lire :

« Il n’est pas impossible que ce livre intéresse quelques spécialistes, chercheurs ou autres professionnels de la littérature. Mais ce n’est pas à eux qu’il s’adresse d’abord. Le lecteur idéal que j’imagine – et dont il doit bien rester quelques spécimens ici et là – n’est pas un savant ni un “littératurologue”, mais un individu, homme ou femme, jeune ou vieux, pour qui les œuvres littéraires ne sont pas un objet d’étude, mais un art de vivre, une manière de préserver et d’approfondir en nous le petit espace d’humanité et de liberté qu’il nous reste. Car le lecteur sait dans quel monde étrange nous sommes plongés, et combien ce monde diffère de celui où la littérature a occupé la place souveraine qui était la sienne pendant si longtemps. Il sait que cette souveraineté n’est plus et ne sera plus, et qu’il ne sert à rien de le regretter. Mais c’est plus fort que lui : il ne peut pas, vivre comme il l’entend, ne pas se tourner encore et toujours vers elle, la littérature, ou du moins vers ce qu’il subsiste d’elle et qui lui est donc plus cher que jamais. Car il sait que, sous la forme d’un fantôme ou d’un vestige, la littérature, la voix irremplaçable de la littérature est toujours là. Malgré tout. » (François Ricard, La littérature malgré tout, Coll : [Papiers collés], Montréal, Éditions du Boréal, 2018, p. 7-8.)

Rien à ajouter.

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